Iran: les raisons du coup d’arrêt de Trump à l’option militaire

Après une séquence de menaces militaires particulièrement virulente, Washington tempère soudainement son discours face à l’Iran. Conseils militaires, pressions régionales et risque d’escalade expliquent ce recul tactique, sans pour autant lever l’ambiguïté stratégique entretenue par l’administration Trump. Un article repris du site Ici Beyrouth.


Après plusieurs jours de menaces d’attaque militaire contre l’Iran en réponse à la répression sanglante des manifestations anti-régime, l’administration Trump semble avoir opéré un revirement tactique. Si le président américain n’exclut toujours pas formellement une intervention militaire, plusieurs facteurs expliquent ce recul soudain dans la rhétorique agressive de Washington.

Des conseils militaires qui refroidissent les ardeurs

Selon le Wall Street Journal, les conseillers de Donald Trump lui auraient clairement indiqué qu’une frappe de grande envergure contre l’Iran ne garantirait pas la chute du régime et risquerait au contraire de déclencher un conflit régional plus large. 

Des responsables américains auraient averti le président que les États-Unis auraient besoin de davantage de moyens militaires au Moyen-Orient, tant pour lancer une opération d’ampleur que pour protéger les forces américaines dans la région et leurs alliés comme Israël en cas de représailles iraniennes.

Les partenaires de Washington au Moyen-Orient ont également fait passer le même message à la Maison-Blanche : un bombardement massif ne ferait probablement pas tomber le régime, tandis que des frappes plus limitées pourraient remonter le moral des manifestants sans pour autant modifier la répression, rapporte le quotidien américain.

La pression des alliés régionaux et d’Israël

Le New York Times révèle que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, aurait demandé à Trump de reporter tout plan d’attaque militaire contre l’Iran, lors d’une conversation téléphonique mercredi dernier. Selon le journal, Netanyahou aurait sollicité le report de toute frappe, l’Iran ayant menacé de riposter contre Israël en cas d’attaque américaine.

Cette position israélienne s’inscrit dans un contexte de pressions diplomatiques plus larges. Des responsables de haut niveau du Qatar, de l’Arabie saoudite, d’Oman et d’Égypte auraient également exhorté l’administration Trump à ne pas attaquer l’Iran ces derniers jours, avertissant qu’une telle opération pourrait déclencher un conflit régional plus vaste, selon les informations du New York Times.

Le Wall Street Journal confirme ces démarches diplomatiques, précisant que la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite ont pressé Trump de ne pas frapper l’Iran. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, qui multiplie les contacts avec les dirigeants régionaux, y compris iraniens, a déclaré lors d’une conférence de presse à Istanbul jeudi qu’il œuvrait pour éviter une escalade militaire : «Nous ne voulons pas d’intervention ici».

Des menaces de représailles iraniennes bien réelles

Les responsables iraniens ont également joué un rôle dans cette désescalade en faisant passer des messages clairs. Selon le Wall Street Journal, Téhéran a contacté ces derniers jours les gouvernements de la Turquie, du Qatar, des Émirats arabes unis et d’Oman pour les avertir qu’en cas d’attaque, l’Iran frapperait les bases américaines dans la région.

D’après un diplomate familier de ces échanges cité par le Wall Street Journal, la cible la plus probable de représailles iraniennes serait la grande base militaire américaine au Qatar, que Téhéran avait déjà attaquée en juin dernier en réponse aux frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens. Par précaution, les États-Unis ont d’ailleurs déplacé certaines troupes hors de cette base mercredi, certains soldats ayant été envoyés dans des hôtels, selon un responsable au fait de la situation.

Un précédent qui pèse lourd

Al-Jazeera rappelle un épisode récent qui nourrit aujourd’hui la méfiance. En juin dernier, alors que Washington et Téhéran menaient des négociations intenses sur le dossier nucléaire iranien, Trump avait multiplié les signaux contradictoires, avertissant l’Iran que le temps pressait pour un accord tout en revenant aux discussions.

Le 13 juin, il déclarait sur Truth Social que son équipe restait «engagée dans une résolution diplomatique» et que son administration «tout entière» avait reçu pour directive «de négocier avec l’Iran». Quelques heures plus tard, Israël, allié de Washington, frappait l’Iran.

Le 20 juin, la porte-parole de la Maison-Blanche citait Trump affirmant qu’il prendrait sa décision «dans les deux prochaines semaines». Deux jours plus tard, des bombardiers B-2 américains larguaient quatorze bombes anti-bunker sur l’installation nucléaire de Fordo, enterrée dans une montagne près de Qom.

Une rhétorique qui évolue au gré des circonstances

Mercredi soir, Trump a déclaré que les tueries en Iran avaient cessé et que Téhéran avait assuré son administration que les manifestants arrêtés ne seraient pas exécutés. «Ils ont dit que les tueries ont cessé et que les exécutions n’auront pas lieu», a affirmé le président, ajoutant que «nous allons vérifier».

La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé jeudi que Trump et Netanyahou s’étaient entretenus, mais a refusé de donner des détails sur leur discussion. Elle a également affirmé que l’Iran avait annulé 800 exécutions suite aux avertissements de Trump, bien que Téhéran n’ait jamais rendu publics de tels projets d’exécutions massives.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a pour sa part nié dans une interview à Fox TV, que Téhéran prévoyait d’exécuter des manifestants antigouvernementaux. La pendaison est hors de question», a-t-il déclaré.

Un schéma récurrent de menaces et de reculades

Pour Jeremy Shapiro, directeur de recherche au Conseil européen des relations étrangères cité par Al-Jazeera, Trump est plus susceptible d’agir lorsque les menaces comportent «un faible risque d’escalade», tandis que les menaces contre des États dotés de l’arme nucléaire ou militairement puissants servent largement des objectifs rhétoriques. 

Les avertissements les plus extrêmes ou théâtraux, soutient-il, ont tendance à fonctionner comme des outils de «signalisation politique plutôt que comme des précurseurs d’une véritable action militaire».

Une partie d’échecs qui continue

Malgré ce recul apparent, les options militaires restent sur la table. Le Times of Israel rapporte que la chaîne 12 israélienne a indiqué, citant cinq sources impliquées ou familières des discussions à la Maison-Blanche, qu’une attaque américaine demeurait possible alors que Washington continuait d’évaluer la situation.

Trump aurait demandé que des moyens militaires soient mis en place au cas où il ordonnerait une frappe d’ampleur, selon le Wall Street Journal. Le quotidien américain indique que le président devrait ordonner au Pentagone d’envoyer le porte-avions USS Abraham Lincoln de la mer de Chine méridionale vers le Moyen-Orient, un voyage qui devrait durer environ une semaine une fois commencé.

«Le président et son équipe suivent de près la situation et toutes les options restent sur la table», a déclaré Leavitt, résumant ainsi l’ambiguïté stratégique qui caractérise la position américaine actuelle face à l’Iran.