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La mort d’Ali Larijani décapite le cœur du pouvoir iranien

La mort d’Ali Larijani, annoncée mardi par le ministre israélien de la Défense Israël Katz, marque un tournant majeur dans la recomposition du pouvoir iranien. Selon des sources israéliennes, l’ancien président du Parlement et secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale aurait été tué lors d’une frappe aérienne à Téhéran, dans le cadre de l’escalade militaire en cours. Cette disparition intervient quelques semaines seulement après celle de l’ayatollah Ali Khamenei, survenue fin février, et alors que le régime iranien traverse une phase de reconfiguration brutale, entre guerre ouverte, crise de succession et durcissement sécuritaire.

Figure centrale mais discrète du système, Larijani n’était ni chef de l’État ni guide suprême. Pourtant, depuis début 2026, il apparaissait comme l’homme fort du régime, celui à qui Khamenei avait confié la gestion des dossiers stratégiques dans un moment de vulnérabilité extrême. À la croisée du politique, du militaire et du renseignement, il incarnait une forme de pouvoir sans titre, fondé sur la confiance du Guide et sur sa capacité à articuler les différentes branches de l’appareil d’État. Sa disparition ne constitue donc pas seulement l’élimination d’un haut responsable, mais celle d’un pivot du système, au moment même où celui-ci bascule vers une logique de confrontation totale.

Ce portrait, rédigé avant l’annonce de sa mort, permet de comprendre comment Ali Larijani s’était imposé, en quelques semaines, comme le véritable centre de gravité du pouvoir iranien — et pourquoi son élimination pourrait accélérer encore la transformation d’un régime de plus en plus dominé par ses structures sécuritaires. Un article repris du site partenaire, le média francophone Ici Beyrouth.


Ali Khamenei et Ali Larijani

Dans les couloirs feutrés du pouvoir iranien, un homme s’est imposé discrètement mais fermement comme le véritable centre de gravité de la République islamique. Son nom : Ali Larijani. Agé de 67 ans, cet apparatchik chevronné n’est ni président ni guide suprême, mais c’est lui qui, depuis début janvier, tiendrait les rênes d’un Iran au bord de la guerre.

Tout a commencé dans les premières semaines de l’année, alors que l’Iran était secoué par des manifestations nationales et que la menace de frappes américaines planait sur la région. L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême vieillissant et conscient de sa propre vulnérabilité, s’est tourné vers un lieutenant de confiance pour piloter le pays dans cette période de crise aiguë. Depuis, le président officiellement élu, Massoud Pezeshkian, chirurgien cardiaque reconverti en politique, a été progressivement mis sur la touche. L’homme qui se définit lui-même comme «un médecin, pas un politicien» a reconnu publiquement que pour faire avancer le moindre dossier, même lui doit désormais s’adresser à Larijani.

Un fils de l’élite, formé dans les tranchées du pouvoir

Larijani n’est pas un homme sorti de nulle part. Il est issu d’une famille appartenant à l’élite politique et religieuse de l’Iran, ce terreau d’où émergent les figures qui façonnent durablement la République islamique. Son parcours l’a conduit à servir comme commandant au sein des Gardiens de la Révolution, le corps paramilitaire qui constitue l’épine dorsale du régime. Cette expérience militaire lui a conféré une légitimité rare, celle de l’homme qui connaît à la fois les rouages du pouvoir politique et les logiques des forces armées.

Pendant douze ans, il a occupé la présidence du Parlement, une longévité exceptionnelle dans un système où les équilibres sont constamment renégociés. En 2021, Khamenei lui a confié une mission d’une tout autre envergure : négocier avec Pékin un accord stratégique global sur vingt-cinq ans, un partenariat à plusieurs milliards de dollars destiné à ancrer l’Iran dans l’orbite chinoise. Le choix de Larijani pour cette mission diplomatique de premier plan témoignait déjà de la confiance absolue que lui accordait le guide suprême.

L’homme providentiel d’une crise existentielle

Aujourd’hui, Larijani cumule des responsabilités qui définissent véritablement le pouvoir en Iran. En tant que chef du Conseil suprême de sécurité nationale, il supervise à la fois la répression des manifestations internes – menée avec une force létale – et les négociations nucléaires avec Washington, coordonne les relations avec Moscou, Doha et Mascate, et planifie les opérations militaires en cas d’attaque américaine. Et il est considéré comme le premier sur la liste des hommes capables de «gérer le pays» si Khamenei et les hauts responsables venaient à être éliminés.

Nasser Imani, analyste conservateur proche du gouvernement iranien cité par le New York Times, résume cette confiance en des termes sans équivoque : «Le guide suprême fait pleinement confiance à Larijani. Il croit que Larijani est l’homme de cette jonction sensible en raison de son bilan politique, de son esprit acéré et de ses connaissances».

Lors d’une visite à Doha ce mois-ci, Larijani a accordé un entretien à Al Jazeera où il a incarné cette posture de fermeté mesurée qui caractérise son style : «Nous ne cherchons pas la guerre, et nous ne l’engagerons pas. Mais si elle nous est imposée, nous répondrons».

Une omniprésence médiatique calculée

Au cours du dernier mois, la visibilité de Larijani a explosé tandis que celle du président Pezeshkian s’effaçait. Il s’est envolé pour Moscou pour s’entretenir avec Vladimir Poutine. Il a enchaîné les réunions avec les dirigeants du Moyen-Orient et les négociateurs nucléaires. Il a accordé des interviews télévisées de plusieurs heures à des médias iraniens et étrangers, surpassant en fréquence le président lui-même.

Sur les réseaux sociaux, il publie des selfies avec des Iraniens ordinaires, des photos de visites à des sanctuaires religieux, des clichés depuis la passerelle d’avions. Une mise en scène d’homme du peuple qui contraste avec l’opacité traditionnelle des figures sécuritaires iraniennes.

Les limites d’un pouvoir sans titre

Pourtant, Larijani n’est pas infaillible ni sans limite. Il ne peut pas succéder à Khamenei : cette fonction requiert le statut de haut clerc chiite, qualification qu’il ne possède pas. Et son bilan – notamment sa participation à la répression des manifestations ayant causé la mort d’au moins 7 000 manifestants selon les groupes de défense des droits humains – le rend profondément impopulaire auprès d’une frange significative de la population.

Mais dans l’Iran de 2026, entre menace de guerre et crise de succession, c’est Larijani que Khamenei a choisi pour tenir la barre. Non pas parce qu’il est le plus légitime aux yeux du peuple, mais parce qu’il est, aux yeux du système, le plus fiable.