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Iran : Khamenei face au piège de Khomeiny

L’Iran vit une répétition historique sans issue. Comme en 1988, le régime est acculé. Mais Ali Khamenei ne dispose ni de la terreur fondatrice ni de l’autorité de Khomeiny. Renoncer au nucléaire ou au balistique, ce serait ouvrir la voie à l’effondrement.

Par Hamid Enayat, politologue, membre de l’opposition iranienne

En 1988, lorsque l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, fut contraint d’accepter le cessez-le-feu mettant fin à la guerre de huit ans contre l’Irak, toutes les ressources et capacités stratégiques du régime étaient épuisées, et les fronts manquaient gravement de soldats.

Ce recul signifiait l’abandon de slogans tels que « Guerre, guerre jusqu’à la victoire », « Le chemin vers Jérusalem passe par Karbala » ou encore « La guerre jusqu’à la dernière maison de Téhéran ».

Cette guerre, qui avait coûté plus de mille milliards de dollars, avait laissé du côté iranien près de deux millions de morts, de blessés ou d’invalides. Khomeiny qualifia ce retrait de « boire le calice de poison ».

Pour compenser cet échec stratégique, il déclencha une véritable opération d’extermination. Par une fatwa, Khomeiny ordonna en 1988 le massacre de plus de trente mille prisonniers politiques – des détenus restés fermement attachés à leurs convictions dans la lutte pour la liberté. Beaucoup d’entre eux avaient pourtant déjà purgé leur peine, mais furent exécutés à la suite de cette décision. Environ 90 % des personnes exécutées étaient membres de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran, que Khomeiny accusait d’avoir favorisé une politique de paix et la fin de la guerre.

Aujourd’hui, Ali Khamenei, dirigeant actuel de l’Iran, traverse une situation comparable. Il ne peut ni renoncer au programme nucléaire – qui a imposé au pays un coût de plus de deux mille milliards de dollars – ni abandonner le développement du programme balistique.

La raison en est claire : contrairement à Khomeiny, Khamenei ne dispose plus de la capacité d’intimider durablement la société par un massacre massif, d’autant que plus de trois décennies se sont écoulées et que la population iranienne, après plusieurs soulèvements, est désormais bien plus consciente et vigilante.

Par ailleurs, Khamenei ne possède pas, comme Khomeiny, l’influence, le prestige ni l’autorité nécessaires au sein du régime pour maintenir l’unité des différentes factions s’il devait reculer sur ses slogans fondamentaux.

En réalité, un abandon du programme nucléaire ou du développement balistique provoquerait une fissure au sein du « noyau dur » du système, qui constitue le principal pilier de survie du régime. Ce noyau dur est composé principalement de tortionnaires, de responsables des massacres, ainsi que de réseaux sécuritaires et de renseignement. Une telle rupture accélérerait fortement l’effondrement du pouvoir.

Il est donc illusoire de croire que le dictateur iranien puisse engager de véritables négociations ou renoncer volontairement à ses programmes nucléaire et balistique. Ali Khamenei n’acceptera pas la voie la plus courte et la moins coûteuse vers sa propre chute – à savoir le retrait de ces projets par la négociation. Et si un jour il était contraint d’y renoncer, cela signifierait que son régime se trouve déjà au bord de l’abîme, à un pas seulement de son effondrement.