Mondafrique revient sur le massacre de 60 peuls au Burkina

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Le massacre de dizaines de peuls au Burkina dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, tel que le décrit l’association indépendante Tabitol Pulaaku Burkina (TPB), fait craindre dans les semaines à venir l’amorce d’un véritable génocide ethnique dans la région du Sahel. Voici le récit des militants de l’association TPB.

En ce début d’année, l’assassinat de six personnes dont le chef de village par des individus armés non identifiés, dans le village de Yirgou, commune de Barsalgo, province de Sanmatenga au Centre nord, a conduit à des actions de représailles contre des personnes appartenant à la communauté
peule. Les responsables de ces tueries sont des éléments du groupe d’autodéfense communément appelés « Koglewéogo » et appartenant à l’ethnie mossi sous le prétexte fallacieux que les peuls seraient les principaux suspects dans les dossiers du terrorisme. A l’image de ce qui se passe au centre du Mali où les Peuls sont également tués en grand nombre au nom dune hypothétique lutte contre le djihadisme.

Des craintes d’un génocide ethnique

Ces représailles d’une violence inouïe ont consisté en une
chasse poursuite et des exécutions sommaires de plusieurs peuls tués à
bout portant par des armes à feu ou carrément égorgés.

Même les Peuls qui étaient membres de ces groupes Koglewéogo ont été tués et égorgés par leurs camarades Kogléweogos. N’est-ce pas un nettoyage ou génocide ethnique ?

De nombreux témoignages, récits et publications décrivent une
situation d’horreur insoutenable. Les chiffres officiels du gouvernement font état de 46 morts. D’autres sources estiment les morts à plus de 60 tués.

Dans la matinée du 2 janvier 2019, la situation restait encore très
confuse. L’intervention des autorités publiques en charge de la sécurité
et de l’ordre étant intervenue tard et de façon non déterminée à la
hauteur de la menace explique le bilan effroyable de perte en vie
humaine.

A la date du 3 janvier, malgré l’annonce d’un déploiement plus
important des forces de l’ordre dans la zone de conflit, la situation
restait volatile et très préoccupante. Plusieurs survivants, femmes,
enfants et personnes âgées restaient introuvables, beaucoup errant dans
les broussailles, exposés aux intempéries de cette période de
l’harmattan.
S’il faut saluer ce déploiement, tardif, des forces de l’ordre qui a permis
une accalmie, il faut regretter et déplorer l’absence de mesures
déterminées de l’autorité publique pour retrouver, rassurer et sécuriser
les survivants.
A la date du 3 janvier, aucune action de l’action sociale, des services de
santé et de secours n’est engagée sur le terrain pour protéger et sécuriser
les survivants.

Un lourd tribut au terrorisme

De l’ensemble des burkinabès, les peuls sont ceux qui ont payé jusque là un lourd tribut au terrorisme et à l’extrémisme violent.
Primo, le Sahel, leur région, est la plus sinistrée. Des
villages ont cessé d’exister. Des populations ont été contraintes à l’exil.
Les services sociaux de base ; école, santé et administrations publiques
ont été fermés ou démantelés. Des milliers d’enfants sont privés d’école
et d’avenir.
L’économie de la région est complètement sinistrée. Les marchés
contraints de fermer ou de se transformer en tremplin de trafics illicites
de toute sorte.
La vie sociale dans plusieurs communes du sahel est désormais
ouvertement régie par les lois des terroristes transformant les femmes
et les jeunes filles en être de second rang.

Secundo, du point de vue des tueries, les peuls sont ceux qui
enregistrent le plus de perte en vie humaine
.

Tertio : ce sont aussi eux qui sont stigmatisés comme étant des
terroristes :
« peul égal terroriste » et traités comme tel. Pourtant il est
établi que la radicalisation touche l’ensemble de nos communautés.
Autant il y a des Dicko radicalisés, autant il y a des Sawadogo, des
Sanogo, des Ouédraogo, des Konaté, des Maiga…radicalisés.
L’extrémisme violent et le terrorisme ne sont pas circonscrits à une
communauté spécifique.

La victoire du terrorisme !

Les tragiques événements de Yirgou montrent que les terroristes ont
enregistré une nouvelle victoire sur notre peuple. Désormais, il nous pousse à nous entretuer,
pour se porter en sauveur de ceux d’entre nous qui se sentiront
abandonnés et mal aimés et fatalement basculer notre pays dans les
abimes de la guerre civile. La situation géographique du village de
Yirgou, le théâtre du drame, est très propice à l’effet de contagion
recherché. Les Burkinabè doivent comprendre donc, que c’est inutile
de se battre quand vous êtes déjà battu par la pluie.
Alors, l’heure est grave !
Mais elle le serait davantage si nous restions assis à ne rien faire. Ces
dernières années, force est de constater que la manipulation des
identités se banalise et menace gravement l’homogénéité sociale de
notre pays. Fermer les yeux sur cette situation tragique que vivent
actuellement les communautés peules et autres, c’est pour l’Etat
burkinabè se tirer une balle dans le pied. Les populations ne se référent
plus à la justice pour régler les litiges. Elles préfèrent se rendre justice
elles-mêmes. Il suffit qu’un membre de la communauté peule soit
suspecté d’un délit pour que le courroux s’abat sur toute la
communauté. La communauté peule a payé un lourd tribut dans notre
pays..

L’Etat doit assumer

Face à l’urgence et la gravité de la situation l’Association TPB, et la
Coalition OSC du Pulaaku présentent ses sincères condoléances aux
familles et à toutes les communautés endeuillées. Tout en condamnant
l’assassinat barbare du chef et de 5 autres personnes, nous compatissons
à la douleur des familles endeuillées et présentons nos sincères
condoléances. Notre organisation lance un vibrant appel à la retenue et
au calme à tous les habitants et à tous les acteurs.
Nos associations lancent un appel pressant à l’Etat, à assumer ses
responsabilités et toutes ses responsabilités.
Il faut veiller à l’arrêt immédiat et sans délai de la perpétuation des
crimes afin d’éviter tout embrasement.
Il faut protéger, sécuriser, rassurer et prendre en charge les survivants.
Une action d’envergure doit être immédiatement engagée pour
réaffirmer l’obligation du vivre ensemble de tous les Burkinabès.
Les services compétents de la justice doivent se mettre en branle pour
rechercher et documenter l’ensemble des preuves et poursuivre sans
ménagement les auteurs et les commanditaires des meurtres. C’est
l’impunité qui est en grande partie responsable du sentiment que les
commissions des crimes en groupe et contre une certaine communauté
nationale sont normales.
Face à la banalisation de la vie humaine, au droit à la vie de tout citoyen
Burkinabè, et à la boucherie humaine de Yirgou, notre organisation
appelle le peuple burkinabè sans distinction ethnique, les autorités, les
forces démocratiques, les structures de droits humains, les OSC, les
syndicats, les coutumiers et les religieux à se mobiliser pour dénoncer
les manœuvres divisionnistes des terroristes et les groupes
d’autodéfense Kogleweogo et exiger
1-L’arrêt immédiat des crimes odieux, et à l’arrestation des fautifs qui
seront jugés et sanctionnés à la hauteur de la gravité de leurs crimes

2-Le désarmement de tous ceux qui détiennent des armes
de guerre, notamment les milices Kogleweogos.


3-L’implication de l’armée burkinabè dans le respect des codes
républicains ;

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)