Le patron de « Mondafrique » pris en filature à Tunis

Présent à Tunis depuis le lundi 30 avril pour suivre le déroulement des élections municipales, le rédacteur en chef de « Mondafrique », Nicolas Beau, a été pris en filature par une escouade de policiers en civil.Voici son témoignage.

Par un hasard de l’histoire fâcheuse qui m’est survenue en Tunisie, le Président de la République, Beji Caïd Essebsi, comme le Premier ministre, Youssef Chahed, ont célébré, le 3 mai, la journée mondiale de la liberté de la presse. « Mon soutien à la liberté de la presse est un choix irréversible », a déclaré le chef d’Etat tunisien. Sans contestation possible, la liberté d’expression est désormais un acquis précieux depuis le moment historique que fut, le 14 janvier 2011, le départ du président Ben Ali.

Hélas les vieux réflexes policiers, hérités des règnes de Bourguiba puis de Ben Ali, ont la vie dure. J’ai été suivi en effet depuis mon arrivée en Tunisie, le lundi 30 avril, par une discrète équipe de policiers. Et cela dans tous mes déplacements. Trois sources au ministère de l’Intérieur ont confirmé cette filature dont je me suis rendu compte seulement, le mercredi 2 mai, dans la soirée.

Une initiative extravagante

D’après les informations que j’ai pu obtenir, au moins sept policiers étaient mobilisés pour suivre mes faits et gestes, aussi bien en voiture qu’à pied ou en moto. Il faut avouer qu’en cette période de menace sécuritaire, une telle mobilisation pour connaitre les sources politiques d’un envoyé spécial connu en Tunisie parait totalement extravagante.

Le mercredi 3 mai et alors que je me rendais pour diner à La Marsa, la banlieue nord de Tunis, j’ai réalisé qu’une voiture blanche, dont le numéro d’immatriculation débutait par les chiffres 200, me suivait. Les deux policiers mobilisés stationnèrent une partie de la soirée à l’entrée du restaurant.

Rebelote, le lendemain jeudi, alors que je me rendais dans une banlieue résidentielle au domicile d’un ami malade. La même voiture blanche, qui était garée depuis le matin même devant l’hôtel Majestic en plein Tunis, me suivit à la trace avant de se garer, comme moi, devant l’immeuble où j’étais attendu. Je me suis alors adressé aux deux policiers pour les prier de passer leur chemin -ce qu’ils firent mine de faire quelques minutes plus tard en quittant les lieux.

Messages de protestation

Mais aujourd’hui vendredi, le manège devait continuer. En début d’après midi et alors que je passais chez un ami avocat face au Parc du Belvédère en plein centre de Tunis, plusieurs policiers prenaient des photos des plaques des résidents de l’immeuble pour connaitre l’identité de mon interlocuteur.

J’ai adressé des messages de protestation aux conseillers du Premier ministre, que je rencontrais dans la matinée de vendredi ainsi qu’à un proche du ministre de l’Intérieur contacté également. Aussi bien le Premier ministre que le chef de la police affirmaient ne pas être au courant d’une telle filature. Ils invoquaient une possible initiative spontanée d’un service de police qui avait cru faire du zèle. Dont acte.

De telles pratiques sont d’autant plus regrettables que la transition démocratique tunisienne a apporté une formidable liberté d’expression qui est aujourd’hui un acquis incontestable qui ne devrait pas pouvoir être remis en cause. Et même pas par des initiatives intempestives de policiers trop zélés!

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

2 COMMENTS

  1. Quand vous écrivez sur la filature d’un journaliste de mondafrique par les autorités tunisiennes vraisemblablement,si je ne me trompe pas votre article n’interresse aucunement les mekhzeniens mais dès que vous écrivez un article sur l’algerie et sa situation , on remarque des centaines de commentaires et des réactions et des dénigrements et des profusions d’insultes mekhzeniens c’est incroyable ces gens là ne s’occupent surtout pas de leurs affaires ni de leur conditions comme si L’Algérie leur devrait quelque on oubli que c’est un pays étranger et qui n’ont aucun droit sur lui.

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