Militaires ivoiriens incarcérés au Mali, une probable affaire d’Etat

Depuis le 10 juillet au soir date à laquelle 49 militaires ivoiriens, dont une grande partie issue des forces spéciales; débarqués à l’aéroport de Bamako ont été emprisonnés par les autorités maliennes, on se perd en conjectures. Plus l’affaire s’éclaircie et plus elle devient opaque…

La dernière réaction de l’état-major des armées de Côte d’Ivoire est venue renforcer le malaise qui entoure cette histoire. En effet, les explications du colonel Armand Guezoa Mahi sont si surprenantes qu’elles mettent en lumière l’embarras d’Abidjan dans cette affaire rocambolesque.

Pour comprendre l’étrangeté de ces déclarations, il faut savoir que depuis quatre jours cette intrigue prospère sur un embrouillamini. Les militaires maliens arrivaient-il à Bamako dans le cadre d’une mission des Nations Unies, comme l’assure Abidjan ou étaient-ils des mercenaires venus déstabiliser le Mali comme l’affirme Bamako ?

Dans un premier temps, Olivier Salgado, porte-parole de la Minusma donne le point aux autorités ivoiriennes en écrivant dans un tweet que les soldats arrêtés sont des Eléments Nationaux de soutien (NSE). Ces effectifs sont des forces d’appui aux contingents des pays déployés au Mali dans le cadre des Nations Unies.  Mais dès le lendemain, il est contredit par sa hiérarchie à New-York qui déclare à RFI : « Les troupes ivoiriennes n’appartiennent pas aux forces de la Minusma. Une requête de la Côte d’Ivoire, pour déployer des éléments nationaux de soutien, a été approuvée en 2019. Cependant, aucune troupe n’a été déployée sous cette convention depuis ce moment-là. » Premier set gagné par les autorités maliennes, mais le match n’est pas fini…

C’est après ces aveux onusiens qui ont déstabilisé Abidjan que le chef d’état-major est monté au filet en déclarant que : les éléments avaient été arrêtés dès leur arrivée à l’aéroport et donc, qu’ils n’avaient pas eu le temps d’accomplir les formalités administratives. Sous entendant ainsi qu’ils n’avaient pas eu la possibilité de s’enrôler à la Minusma. Comme si ces formalités se faisaient sur le coin d’un comptoir au débarquement et ne suivaient pas une procédure longue et stricte… Le haut gradé s’embrouille ensuite en donnant moult détails sur les raisons du déploiement des militaires et du contrat avec Sahel Aviation Services, une société qui travaille, elle pour les Nations Unies. Mais ce qu’il ne dit pas est plus important que ce qu’il dit, car en réalité, le travail de ces militaires consistait seulement à sécuriser le hangar de cette société dans l’aéroport de Bamako. Or, selon des documents que Mondafrique a pu consulter, sur les 49 militaires, 31 sont des Forces spéciales. Pourquoi tant de soldats d’élite pour garder un entrepôt ? Cette histoire n’a pas fini de livrer ses secrets…

 

Previous articleL’Iran sur la corde raide entre l’Ouest et l’Est
Next articleUkraine, l’inquiétant trou noir des livraisons d’armes
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)