« MBZ », le si impénétrable patron des Émirats arabes unis

À la tête des Émirats arabes unis (EAU) depuis l’accident cérébral de son demi-frère, Khalifa Ben Zayed Al Nahyane, survenu en 2014, Mohamed Ben Zayed Al Nahyane , dit MBZ, en est devenu le président en titre le 14 mai 2022. Un souverain tout puissant mais toujours très mystérieux, car fort avare de déclarations publiques.

Un article de Ian Hamel

Farouchement indépendant, « MBZ » est capable d’incroyables retournements de situation, comme celui de snober les États-Unis et de tendre la main à Poutine, alors que ce dernier tente d’envahir l’Ukraine.      

A Abou Dhabi, la capitale des EAU, Emmanuel Macron a présenté ses condoléances au nouveau chef d’État et il a même cru judicieux de féliciter Mohamed ben Zayed al Nahyane pour son « élection ». Une « élection » qu’il ne pouvait guère perdre puisqu’il a été élu par le Conseil suprême fédéral, réunissant les monarques des sept émirats. La fonction ne peut guère échapper au souverain d’Abou Dhabi, émirat qui regroupe 80 à 90 % des ressources des EAU. « MBZ » n’a, en effet, pas besoin d’être caressé dans le sens du poil. Ce n’est pas un démocrate et il n’entend pas le devenir. La moindre contestation du pouvoir n’est pas non plus à l’ordre du jour. Contrairement à certains dirigeants africains ou arabes, les Émiratis ne jouent pas les hypocrites. Tout juste concèdent-ils qu’il est « possible de donner son avis. D’exprimer son mécontentement dans certaines émissions de radio. Et je peux vous assurer que les responsables mis en cause sont sommés de s’expliquer », nous avez confié Mohamed Jllal Alrayssi, directeur général d’Emirates News Agency.    

En clair, un citoyen peut s’indigner d’une problème de voirie non résolu, mais personne ne se risque à donner son avis sur la surprenante abstention des EAU de voter sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU relatives à l’Ukraine et condamnant la Russie. Il faut bien l’admettre, à Abou Dhabi, les contacts au niveau ministériel sont en général aussi cordiaux qu’ennuyeux. Ministres et membres des cabinets n’égrènent, très poliment que des banalités. « MBZ » décide seul et décide de tout. Mais le souverain, qui ne s’exprime que fort rarement en public, reste un inconnu. Contrairement à Mohammed Ben Salman (« MBS »), l’héritier du trône de Riyad, il ne fait pas l’objet de multiples biographies. Il est pourtant âgé de 61 ans. Né le 11 mars 1961 à Abou Dhabi, il est le fils du cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, fondateur des EAU et président du pays jusqu’à sa disparition en 2004. Marié, « MBZ » a neuf enfants, quatre fils et cinq filles.    

Les Frères musulmans sur la liste noire  

           Prince héritier d’Abou Dhabi depuis 2004, « MBZ » accède rapidement au pouvoir, en 2014, quand son demi-frère Khalifa ben Zayed Al Nahyane (né en 1948) est victime d’un accident vasculaire cérébral, dont il ne se remettra pas. Ce dernier, connu pour son amour du football, ou du moins pour le rachat de prestigieux clubs de foot, était considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde (une fortune estimée à 20 milliards de dollars). Pour sa disparition le 13 mai dernier, à l’âge de 74 ans, les Émirats ont décrété un deuil officiel de quarante jours.

Si l’on ne connaît guère les goûts et les passions de « MBZ », en revanche, on sait ce qu’il veut et surtout ce qu’il n’aime pas du tout. En premier lieu les Frères musulmans. Venus d’Égypte, accueillis à bras ouverts à partir des années 60 dans les EAU, en particulier dans les administrations et les écoles, ils ont brutalement été accusés d’avoir « mordu la main qui leur a été tendue ». Abou Dhabi les a inscrits en 2004 sur la liste noire des organisations terroristes. Un an après que le souverain émirati ait soutenu le coup d’État en Égypte, visant à destituer le président Mohamed Morsi. Mohamed Al Hammadi, ancien rédacteur en chef du journal Al Attihad, auteur du « Roman noir des Frères musulmans », s’étonne de la complaisance de l’Occident, et notamment de la France, vis-à-vis de la Confrérie. « Chaque pays est bien évidemment maître de sa stratégie vis-à-vis du terrorisme. Mais il est important de prendre conscience du danger que représente la Confrérie et de traiter les Frères musulmans comme une menace pour la culture, la société, les valeurs françaises », nous avait-il assuré.     

Abou Dhabi coopère avec Moscou

Quant aux réformes récentes entreprises par les EAU, les médias n’ont souvent retenu que l’autorisation de consommer de l’alcool et le concubinage. Il s’agit pourtant d’une véritable révolution silencieuse, inspirée du modèle laïc français. Elles portent sur le mariage, le divorce, l’héritage. Sans oublier le monde des affaires. Jusqu’au 1er juin 2021, la loi limitait à 49 % la part du capital que pouvait posséder un étranger. Dorénavant, il peut créer et détenir la totalité du capital d’une entreprise.

Dans le nouveau code civil, l’article 13 stipule que la loi applicable dans le pays où le mariage a été conclu est dorénavant applicable aux EAU en cas de divorce ou de séparation. Il en est de même, en cas de décès, concernant les droits de succession. « MBZ » a tout simplement pris acte que près de 90 % de la population de son pays est étrangère, venant d’Asie, du Moyen-Orient, du Maghreb, d’Europe, et qu’il ne fallait plus lui imposer les lois islamiques, et notamment la charia. Plus révolutionnaire encore : les couples ont la possibilité de vivre ensemble sans être mariés… Même un pays comme la Tunisie ne va pas aussi loin.

Bien évidemment, le chemin est encore très long. La polygamie n’a pas été abolie, et l’homosexualité n’est toujours pas tolérée. Malgré tout, quand, en plein ramadan, vous pouvez commander une bière à la terrasse d’un café à Dubaï, alors qu’un an auparavant vous deviez vous planquer au fond d’un restaurant, vous prenez conscience que les choses commencent à bouger aux Émirats. Sur des sujets autrement plus sérieux, nous ne sommes pas non plus au bout de nos surprises. Quand en mars 2022, Abu Dhabi est venu rappeler à Moscou que les EAU souhaitait poursuivre le développement des relations avec la Russie et la diversification des domaines de coopération bilatérale, le président américain a dû s’étrangler. Il a compris que « MBZ » jouait dorénavant sa propre partition dans la guerre énergétique qui fait rage entre l’Est et l’Ouest.

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