Mauritanie, les scandales économiques oubliés par Jeune Afrique (suite)

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Dans son numéro 2965 du 5 au 11 Novembre 2017, le magazine panafricain basé à Paris, “Jeune Afrique” (JA), a consacré un supplément « Plus » à “La Mauritanie, l’avenir en pointillé”. Rt cela sans jamais mentionner les scandales à répétition qui caractérisent ce régime. 

Lors de sa visite au Soudan, en Janvier 2010, le général Ould Abdel Aziz, chef d’Etat mauritanien, supervise la signature d’une convention, relative à l’érection, en Mauritanie, d’un complexe industriel de production de sucre, pour une capacité de 60.0000 T/J de cannes à sucre, un budget de 335 millions de dollars et deux mille emplois. Une enveloppe de 440 millions de dollars a été versée. La Mauritanie  en a donné 60% et le partenaire soudanais devait contribuer à hauteur de 40%. Et le ministre des Affaires économiques de l’époque, Sidi Ould Tah, de fanfaronner : « C’est le plus grand projet agricole et industriel alimentaire jamais réalisé par le pays, durant toute son histoire ».

Mais, après la fondation de la société et la désignation de ses fonctionnaires, les partenaires soudanais se désistent, ne versant que cinq millions de dollars sous forme de subvention technique. Suite à ce désintérêt subit, la Mauritanie demande, aux partenaires institutionnels nationaux, comme la SNIM, la CNAM, les banques ou le Port de Nouakchott, de mobiliser l’argent nécessaire à la contribution du gouvernement. Histoire de continuer à entretenir un projet mort-né. Ce qui a conduit à dilapider plus de dix milliards d’ouguiyas dans un gigantesque détournement organisé.

Logements indécents

Fondée en 2010, l’ISKAN a pour mission d’exécuter la stratégie du gouvernement dans le domaine de l’habitat. Ses deux prédécesseurs, la SOCIM et la SOCOGIM, avaient construit des quartiers qui portent encore leur nom, à Nouakchott et à Nouadhibou. ISKAN dépense, pour sa part, beaucoup d’argent… sans résultats : 60 milliards pour la fondation de villes fantômes comme Chami, Termesse, Nouveau Benichab, PK7 Rosso…

Son projet de construire 4000 logements, à Nouakchott, destinés à la location/vente est restée lettre morte. Sa convention, signée dans un protocole de Mai 2011, avec la Société saoudienne de prêt et d’investissement, pour la construction de 30.000 logements à Nouakchott et dans les villes de l’intérieur n’a pas avancé.

Les ailes brisées de la MAI

Alors que logiquement, l’Etat mauritanien devait opter pour la nationalisation de la Mauritanie Airways dont il détenait 10% du capital, il a préféré lancer une autre société – MAI – qui récupère un Boeing 737-700 cloué au sol à Perpignan (France), propriété d’une société sénégalaise en faillite depuis Avril 2009. La nouvelle société débloque, à cette fin, 25 millions de dollars. Un prix excessivement cher, selon les spécialistes. Première mauvaise opération. Quelques semaines plus tard, le directeur général part finaliser, à Prague, l’achat de deux Boeing 737-500 à la société tchèque d’aviation. La SNIM aurait contribué, dans cette affaire, pour 40 millions de dollars. Mais, après cinq ans d’activités, la MAI reste encore incapable d’assurer la desserte des aérodromes de Néma, Sélibabi, Tidjikja,  Kiffa et Aïoun. Pire, ses trois engins volent avec des moteurs loués. Depuis sa fondation, elle n’a jamais publié ses comptes, n’a fait l’objet d’aucune inspection, n’a versé aucun sou, ni aux impôts, ni au Trésor, ni, moins encore, aux institutions nationales qui lui ont fourni ses équipements et ses sièges. Sa tentative d’intégration avec une société nigérienne a échoué et ses vols vers Paris et les villes d’Afrique centrale sont arrêtés.

STP, un gouffre à subventions

En 2005, l’Etat procède à la réforme du secteur des transports. Le bureau des transports qui en avait le monopole, pendant plus de vingt ans, est désavoué. Une société des transports publics, la STP, est subventionnée par l’Etat et les privés nationaux. Pour lancer son réseau de transport urbain en 2010, le gouvernement sollicite l’appui du Venezuela et de l’Iran. Sans aucune étude préalable, la STP est née qui devait être dotée de plusieurs centaines de véhicules. Un contrat opaque est passé, avec la société iranienne Khodra, pour la livraison de 200 bus  et de plusieurs conteneurs de pièces de rechange. Finalement, seuls 65 bus sont acheminés. Le reste attendrait une notification financière des partenaires.

Mais la STP commence à fonctionner, lentement, presque sans moyens. La visite du Premier ministre et de son directeur général, au siège de la société iranienne partenaire, ne lui fut d’aucun secours. Pour lui mobiliser les fonds, l’Etat oblige certaines sociétés publiques à lui acheter des actions et lui octroie, afin de lui éviter la faillite, un impôt, prélevé sur chaque litre de gasoil consommé, sur l’ensemble du territoire national. L’écurie de la société est renforcée par un lot de bus venus de France, après avoir été interdits de circulation dans la région parisienne et l’on attend une commande qui viendrait de la république de Chine.

Selon diverses informations concordantes, la STP constitue l’un des foyers les plus ardents de la gabegie systématisée où se trament les affaires les plus rocambolesques et les plus opaques. Les lobbies qui profitent de cette anarchie sont si puissants qu’ils lui évitent, à chaque fois, le débarquement des services de l’inspection générale d’Etat.

CDD, la pompe à fric

En février 2012, le conseil des ministres adopte un projet de loi fondant une société de  dépôt et d’épargne, avec, pour objectifs, le dépôt, l’assurance et le développement. Comme les banques, cette institution va financer les projets d’investissement dans tous les domaines, particulièrement celui des industries. Un proche du président, Ahmed ould Moulaye Ely, est choisi pour diriger l’institution. Des notifications financières lui sont rapidement accordées et la voilà très vite en besogne. En quelques mois, des milliards d’ouguiyas sont distribuées… sans aucune garantie. Pour exemple, la convention de prêt, signée au profit d’un général retraité, pour lui permettre, via un projet ad hoc, de briguer la présidence de la fédération des agriculteurs. Après quelques temps, il s’avère que cette caisse a battu tous les records, en termes de faiblesse de recouvrement. Mais paradoxalement, la CDD s’instaure en caisse-providence pour les banques primaires proches du pouvoir qui ont des problèmes de liquidité. Elle accorde ainsi 1 milliard 200 millions à la Maurisbank, déjà en état avancé de faillite, 500 millions à la BMS, 500 millions à la BPM et 500 millions à la NBM (Nouvelle Banque de Mauritanie) qui appartiennent toutes à… qui vous savez. Et lorsque la SNIM veut se débarrasser de sa filiale Daman Assurances, pour régler quelques soucis d’argent, c’est encore la CDD qui se porte candidate à payer les pots cassés. Des informations rapportent que les membres de son comité de gestion et de crédit sont endettés, jusqu’aux cheveux de leur tête, avec proches et amis. Une aventure de plus qui a fait partir en fumée plus de 30 milliards d’ouguiyas, au pays de la lutte contre la gabegie.

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