Mauritanie, l’imposture d’une campagne contre l’extrémisme

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Le président Mohamed Ould Abdel Aziz vient de lancer une campagne contre l’extrémisme religieux pour convaincre Emmanuel Macron de se rendre fin juin 2018 en Mauritanie. De la poudre aux yeux !

Le président français est attendu à Nouakchott d’ici la fin juin 2018, juste avant la réunion du G5 Sahel qui doit s’y tenir en juillet. Les discussions porteront notamment sur la lutte contre le terrorisme au Sahel, une priorité absolue du président Macron obsédé par l’idée de rapatrier les troupes françaises d’Afrique.

Emmanuel Macron devrait se souvenir que malgré les promesses du pouvoir mauritanien faites à Laurent Fabius, aucun soldat mauritanien n’a été envoyé par l’état mauritanien pour combattre dans le cadre de l’opération militaire, dite « Serval », que l’armée française mena en janvier 2013 au Nord du Mali. Et pour cause, puisqu’à l’époque, les nombreux Imams salafistes, formés souvent en Arabie Saoudite et qui tiennent, avec la bénédiction du président mauritanien, les grandes mosquées du pays, dénoncèrent dans leurs prêches le principe d’une telle expédition.

Pour donner le change à l’approche du sommet du G5 (Mali, Mauritanie, Niger, Tchad, Burkina) qui se tient cet été à Nouakchott en présence sans doute d’Emmanuel Macron, Mohamed Ould Abdel Aziz vient de lancer une grande campagne contre l’extrémisme religieux. Qui peut encore croire à sa bonne foi? N’est ce pas lui qui depuis dix ans a passé avec les forces salafistes, voire djihadistes, sans son propre pays?

Le mirage mauritanien

Face au terrorisme, l’approche sécuritaire de l’actuel pouvoir mauritanien est plus empreinte de duplicité que de combatitivité De notoriété publique, le président Aziz a passé un pacte douteux en 2010 avec les amis de Ben Laden qui, moyennant quelques gratifications, se tiennent tranquilles. Il y a mieux: un site internet proche du pouvoir n’hésite pas à Nouakchott à publier les communiqués des groupes terroristes, y compris quand ils attaquent une base gazière en Algérie en 2013. Autant d’initiatives qui sont sans doute à mettre au crédit du « pragmatisme » du président Aziz.

En prime, le pouvoir mauritanien offre aux ex chefs terroristes le gite et le couvert et organise chez lui une véritable base arrière pour djihadistes fatiqués. Les représentants des mouvements indépendantistes du Nord Mali ont pignon sur rue à Nouakchott. Par ailleurs, le mauritanien Lemine Ould Salem, domicilié à Paris, a pu s’entretenir longuement avec celui qui a été l’un des plus hauts dignitaires d’Al-Qaida, Abou Hafs. Le journaliste raconte cette incroyable rencontre dans un livre intitulé « L’histoire secrète du Djihad. D’Al-Qaida à l’Etat islamique ». Etrange proximité, la belle villa d’Abou Hafs fait face à Nouakchott à celle de l’ancen chef de la Sécurité d’Aziz.

Un paix civile précaire 

Ces dernières années, ces arrangements douteux ont garanti une certaine paix civile à la Mauritanie. Contrairement aux Maliens ou aux Nigériens, les Mauritaniens n’ont guère connu d’attentats spectaculaires. Mais pour combien de temps? Et à quel prix?

Pour diner avec le diable terroriste, il faut une longue cuillère. Il n’est pas certain que le pouvoir mauritanien aie vraiment l’usage.

 

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)