Mauritanie, les frasques financières de l’ancien président Aziz

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Depuis son départ du pouvoir, il y a presque un an, il ne se passe pas un jour sans que les medias ou les réseaux sociaux ne citent le nom de l’ancien président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, mis en cause par des affaires sulfureuses et des scandales financiers.

Distribution de terrains en catimini, contrats juteux au profit de particuliers et aux dépens de l’Etat, bateaux pillant les ressources halieutiques en toute impunité, discrimination douanière, exemptions fiscales et de surfacturation de toutes sortes, racket des entreprises étrangères établies Mauritanie.

Lorsque Ould Abdel Aziz s’était emparé du pouvoir, il inaugura son règne par un discours vertueux auquel beaucoup de mauritaniens crurent. Mais bien vite ils déchantèrent en s’apercevant que le nouveau régime n’avait fait que remplacer les anciens pillards par de nouveaux venus, plus voraces et moins enclins à partager leur butin.

La confusion public-privé s’est installée dans les administrations avec les mêmes méthodes, l’esprit bureaucratique et l’arrivisme qui étouffent le sens des missions régaliennes de l’Etat en les transformant en pompes à fric. L’endettement et les déficits de l’Etat se sont creusés à la pelleteuse, à notre insu. Le banditisme financier est devenu la règle. On comprend la frénésie des uns et des autres pour participer à la curée.

Si aujourd’hui on comparait les photos satellites entres 2007 et 2020 on identifierait aisément les zones foncières phagocytées par ces appétits insatiables et on se rendrait compte que des individus qui ne possédaient pas même un Hammam en 2005 sont aujourd’hui à la tête d’un important patrimoine foncier.

Aujourd’hui au niveau supra national il existe un certain nombre de mécanismes et d’ONG indépendantes pouvant permettre de traquer tout l’argent sale où qu’il soit planqué. Et dans ce monde globalisé et interconnecté les mauritaniens trouveront bien le moyen tôt ou tard de récupérer tout ce qui leur a été indument soustrait.

« Je suis suffisamment riche ; ma richesse ne provient pas des biens du peuple ! » Cette fanfaronnade de l’ex-président de la République en a choqué plus d’un. Car au moment où leur ex président étalait et se vantait de sa richesse, eux, ont du mal à joindre les deux bouts. Les Mauritaniens ne sont pas dupes ! Ils n’ignorent pas qu’à sa prise de pouvoir, Ould Abdel Aziz n’avait qu’une ou deux demeures à Tevragh Zeina et un Hammam au Ksar.

Ils savent que pendant ses onze années à la tête du pays, il n’a jamais eu de compte à rendre à qui que ce soit et a toujours confondu les biens publics avec ses biens personnels. C’est sachant que les salaires et les avantages cumulés de toute une vie d’officier intègre de l’armée ne peuvent en aucun cas, offrir une telle fortune que beaucoup de mauritaniens ont adopté le slogan « Voleurs rendez l’argent ».

En fait, l’homme et son clan sont immensément riches : en plus de centaines de boutiques, des centres commerciaux et des marchés construits sur l’aire commercialement stratégique d’écoles publiques de Nouakchott, il a acquis de vastes étendues sur l’ensemble du territoire, transformées en lieux de villégiatures.

A son actif, des immeubles, des Tours, des banques, des sociétés industrielles et commerciales, des compagnies d’assurances, de distributions des produits pétroliers. Sa puissance économique s’étend dans tous les secteurs de la vie, allant du transport à l’immobilier à la construction de routes, location d’engins du génie civil, société de forage, aux industries agropastorales, en passant par les banques, les sociétés industrielles et commerciales, les compagnies d’assurance et de distribution des produits pétroliers.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)