Mauritanie, le coup de force électoral du pouvoir

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Le chef d’Etat mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz,  sait qu’au lendemain des élections législatives peu démocratiques qui ont eu lieu le premier septembre, ses opposants pourraient contester la légitimité du scrutin dans la rue. Du coup le pouvoir de Nouakchott se prépare a emprisonné le leader du mouvement anti esclavagiste mauritanien, Biram Dah Abeid, le seul politique mauritanien susceptible d’organiser une mobilisation populaire contre le régime 

Le principal souci du pouvoir mauritanien aujourd’hui est de gérer au mieux les lendemains des élections législatives du 1er septembre marquées nécessairement par une fraude massive.

Le contre exemple malien

On voit bien que dans le Mali voisin, le président IBK, qui vient d’être réélu, n’a pas eu beaucoup de mal à frauder le résultat des élections, en provoquant de légères critiques des journalistes étrangers peu nombreux à être présents et des observateurs internationaux. Les uns et les autres se sont contentés de regretter de simples « irrégularités », alors que de nombreux bureaux de vote n’ont pas ouvert dans le Nord du pays et que des milices protégées par l’armée ont tué quelques 500 peuls dans le centre du pays. La vraie difficulté pour IBK aujourd’hui est de faire taire la contestation massive du processus électoral qui a choisi la rue comme seul moyen d’expression disponible.

La situation au Mali est de plus en plus tendue. Si IBK mate par la force la contestation populaire, il risque de perdre ses appuis internationaux. Mais s’il reste les bras croisés, le chef d’état malien s’expose à une contestation croissante, alors même que l’armée malienne, susceptible alors de rétablir l’ordre, est trop faible et divisée pour être la garante de l’unité nationale.

Des lendemains qui déchantent

La situation fort inconfortable d’IBK, malgré une réélection obtenue avec une majorité large mais factice, fait réfléchir naturellement son homologue mauritanien. Mohamed Ould Abdel Aziz, qui d’ici le 1er septembre, « encadre » le processus électoral dans son pays avec tous les moyens de l’Etat et donc une certaine efficacité, sait bien qu’il dont préparer les lendemains électoraux qui pourraient déchanter.

La situation en Mauritanie sera d’autant plus tendue  que le chef de l’état, avec un culot monstre, se prépare à annoncer qu’il se présentera à nouveau aux présidentielels d’ avril 2019 tout en ayant juré le contraire au printemps, lorsqu’il voulait préparer dans de bonnes conditions la visite du président français Emmanuel Macron.Tout autre est la donne aujourd’hui. Lors d’un rassemblement qu’Aziz a présidé à Rosso à 200 kilomètres de Nouakchott, le président mauritanien a fait explicitement référence à un troisième mandat, malgré le caractère inconstitutionnel d’une telle candidature. Pire, il a demandé à la population de voter massivement aux législatives pour son parti, l’Union pour la République (UPR), pour le soutenir dans son projet

Stratégies d’évitement

Dans ces conditions, le chef de l’Etat mauritanien a préféré prendre ses précautions en placçant Biram Dah Abeid en prison pour l’empêcher de mobiliser, demain, les forces populaires susceptibles de dénoncer les tricheries du pouvoir.Le leader du mouvement anti esclavagiste IRA, Biram Dah Abeid, est en effet le seul aujourd’hui dans le paysage politique mauritanien qui soit capable de faire descendre dans la rue ses très nombreux partisans. Lesquels ont montré ces dernières années  leur capacité à braver la féroce répression de la police mauritanienne.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)