Mauritanie, le vice s’en prend à la vertu

Partages

Un président mauritanien sans foi ni loi, Mohamed Ould Aziz, qui devrait finir sa vie comme l’ancien chef d’Etat gambien Yayah Jameh, vient de saisir les comptes de Mohamed Bouamatou, « le Georges Soros africain » connu pour sa générosité.

En matière de mauvaises fréquentations, le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, ne craint personne, des spécialistes de faux dollars aux trafiquants de drogue, comme on va le raconter dans cet article. Eh bien le voici qui avec le formidable culot qui le caractérise cherche à criminaliser les personnalités qui s’opposent à lui. Campagnes de presse, contrôles fiscaux, perquisitions, interpellation des familles: tout est prétexte pour détruire une des figures les plus respectées de Mauritanie, Mohamed Bouamatou, industriel inventif et mécène de nombreuses ONG.

Condamné à l’exil, l’ancien patron des patrons mauritanien qui dénonce l’enrichissement du clan présidentiel est aujourd’hui victime d’un mandat d’arrêt lancé contre lui par un pouvoir disqualifié.

L’école du vice

Les crimes de Mohamed Bouamatou? C’est d’être créateur de milliers d’emplois dans la banque, la téléphonie ou l’humanitaire, fondateur dans son pays d’un hôpital ophtalmologique pour les plus démunis, mécène aussi bien de Human Rights Watch que des associations d’aide aux migrants, bienfaiteur de la presse mauritanienne indépendante, contributeur dans de nombreuses écoles. Animée par des avocats français et belge connus pour leur engagement en faveur des droits humains, la Fondation de Mohamed Bouamatou  met son énergie au service de la démocratie et de la bonne gouvernance.

Ce qui n’est pas franchement la direction choisie par le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz qui transforme les écoles publiques en boutiques au profit de son clan et dont le CV serait plus proche de don Corléone que de Gandhi.

Alors qu’il n’était que chef du bataillon présidentiel en 2006, le colonel Aziz fut même soupçonné d’avoir trempé dans une rocambolesque affaire de faux dollars impliquant un ressortissant irakien agissant depuis le Ghana. D’où le nom de « Ghanagate », qui s’est imposé dans les médias. Apparemment, le « deal » n’a pas abouti, mais une conversation a été enregistrée, où l’on reconnaît la voix du président Aziz qui préside à la manoeuvre. L’enregistrement a été authentifié par des experts de la Cour de Cassation française  sollicités par l’ONG française, « Sherpa », animée par William Bourdon.

Voici ci dessous la vidéo tournée par quelques militants de la société civile mauritanienne à l’intention du président français, Emmanuel Macron, qui se rend en Mauritanie le 2 juillet.

Coumba et consorts

Une certaine Coumba Ba, proche à l’époque du colonel Aziz, fut mêlée étroitement à cette affaire rocambolesque. Son nom est synonyme aujourd’hui d’impunité. Son protecteur devenu chef de l’Etat, elle devient sa conseillère, puis en janvier 2015, la ministre de la Jeunesse et des Sports. Comme quoi, dans le monde de petits truands qu’est devenu la Mauritanie, le trafic de faux dollars est le sésame qui permet de s’occuper des générations montantes.

Antonio Indjai, l’ancien chef d’état-major de l’armée de Guinée-Bissau, le paradis des narco-trafiquants était reçu à Nouakchott comme un ami et allié

La duplicité du président Aziz est totale. On le voit utiliser Interpol pour traquer ses opposants, alors qu’il entretient les meilleures relations avec des personnalités citées dans des affaires de drogue. Ainsi Antonio Indjai, l’ancien chef d’état-major de l’armée de Guinée-Bissau, le paradis des narco-trafiquants, est reçu par Aziz en 2010. D’après le site « Alakhbar Info », dont les informations ont pu être recoupées par Mondafrique et l’ONG « Sherpa » de l’avocat William Bourdon, les deux hommes discuteront du sort de plusieurs détenus en Mauritanie pour trafic de drogue.

Autre relation d’Aziz, l’homme d’affaires espagnol d’origine sahraouie, Hamadi Ould Bouchraia est consul honoraire de la Mauritanie en Guinée Bissau (où il a aussi été consul honoraire d’Espagne). Il a  obtenu de Ould Abdel Aziz, en novembre 2008, la libération de son neveu qui était détenu par Nouakchott pour trafic de drogue.

Yahya Jameh et Aziz, même combat

Depuis l’accession au pouvoir du président Aziz, cette camarilla qu’on pourrait appeler « le club de madame Coumba Ba », recrute de nombreux comparses. Nombreux sont les Procureurs, Présidents de cour suprême, ministres de la Justice ou des finances, qui sont les bras armés de la police politique mise en place par le président Aziz.

Tous devraient méditer l’exemple de la Gambie, où l’on a vu le président Yahya Jameh prendre la fuite face à la colère de son peuple malgré l’aide qu’a tenté de lui apporter son ami Mohamed Ouls Abdel Aziz.

L’ancien patron des patrons mauritanien, Mohamed Bouamatou, aide un grand nombre d’ONG, dont « Human Rights Watch » et SOS Méditerranée, des associations de la société civile mauritanienne et plusieurs journaux, dont le site Mondafrique.

Partages
Previous articleLe business du terrorisme (2/5), des marchands d’armes heureux
Next articleIgrek, le rappeur algérien rebelle
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)