Maroc, l’ambassadrice de France, Hélène le Gal, n’a pas la cote

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Le bilan médiocre de l’ambassadrice de France au Maroc, Hélène Le Gal, qui ne lui vaut pas beaucoup de considération à Rabat, fait l’objet de quelques papiers ciblés dans les médias marocains influents

C’est peu de dire que l’actuelle ambassadrice et ancienne conseillère de François Hollande, Hélène Le Gal, ne contribue guère à rapprocher la France et le Maroc alors qu’une véritable « distanciation diplomatique » s’est installée entre les deux pays. Le malaise qui s’est installé entre Paris et Rabat est moins lié à des dossiers précis qu’au sentiment très fort, du coté marocain, d’une « arrogance » française.

Une diplomate de deuxième rang

Tout avait mal débuté. Les fonctions d’ambassadeur au Maroc, un des deux pays étrangers, avec les Etats Unis, où la France dispose de la plus forte représentation diplomatique, sont en général proposées à un cador du Quai d’Orsay. Tel n’est évidemment pas le cas avec Hélène Le Gal: « Le parcours de cette fonctionnaire « de deuxième rang », du Canada à la cellule africaine de François Hollande, alors président, n’aura pas laissé beaucoup de traces », souligne un diplomate marocain,.

Hélène le Gal a été propulsée chez Hollande puis chez Le Drian par l’ancien ministre de la Coopération Charles Josselin. Ce dernier encarté au Parti Socialiste, tendance cassoulet, sillonnait l’Afrique en appréciant notamment, comme d’autres, les charmes épicés de la vie nocturne. Un bon vivant en somme qui découvrait l’Afrique, à sa façon.

Or Charles Josselin avait fait venir à ses cotés la jeune Hélène le Gal comme conseillère technique. « La méconnaissance de la diplomate sur l’Afrique était abyssale », explique gentiment un de ses collègues du Quai d’Orsay.

L’ambassadrice ne doit en fait son poste à Rabat largemen qu’à l’appui de Jean Yves Le Drian, l’actuel ministre des Affaires Etrangères d’Emmanuel Macron. En effet, lors du quinquennat de François Hollande où il était le patron des armées, Le Drian l’avait largement instrumentalisée alors qu’elle veillait sur l’Afrique depuis un petit bureau à l’Elysée. D’où la fidélité du ministre dont on sait qu’il préfère les obligés aux tempéraments plus audacieux.

Une pluie de critiques

Soyons francs, il y a chez Hélène Le Gal un coté cheftaine, de surcroit de gauche, qui ne la prédestinait pas aux codes du Makhzen marocain(1). Depuis sa nomination à Rabat il y a huit mois, les critiques des officiels marocains , du moins en privé, sont récurrentes: un manque d’envergure et d’empathie, une absence de réseaux à Paris comme à Rabat, ou encore un total déficit d’initiative face à la détérioration des relations entre la France et le Maroc.

Sans parler d’une maitrise approximative de sa communication comme dans l’interview accordée au mensuel casablancais Economie & Entreprises, l’ambassadrice française à Rabat, n’a évoqué les noms des deux chefs de l’Etat, marocain et français. « Ce qui est peu habituel dans les annales diplomatiques, note le site « Maghreb intelligence », très lu dans les milieux marocains autorisés. Il est de circonstance, quand un ambassadeur, en poste dans un pays donné, prenne la parole qu’il mentionne la qualité des relations entre les chefs d’Etats, quand bien même ces relations seraient froides ou inexistantes ».

Pire, Hélène Le Gal n’a pu à aucun moment citer par leurs noms des responsables marocains avec lesquels elle était en contact, se contentant de leurs fonctions, comme Nasser Bourita, l’actuel ministre marocain des Affaires Etrangères et une des pièces maitresses de la diplomatie africaine du souverain Mohamed VI.

Des relations « denses »

Pour Hélène Le Gal, apparemment peu inspirée, les relations avec ses interlocuteurs locaux sont tout juste « fluides » et « denses ». Il faut dire que le temps des relations franco-marocaines de premeir plan est révolu

A s décharge, Hélène La Gal joue un peu le rôle de bouc émissaire dans les relations fort tièdes qui existent, ces derniers mois, entre la France et le Maroc. Les autorités de Rabat reprochent en effet à Paris de ne voir dans le Maroc qu’un partenaire nécessairement docile qu’on écarte, comme ce fut fait, cet automne, lors de la conférence de Berlin sur la Libye.

Plus grave, la diplomatie marocaine ne comprend pas pourquoi Jean Yves Le Drian qui dispose des clés de la politique africaine sous Hollande et sous Macron a tendance à voir dans le Royaume chérifien qu’un concurrent menaçant en Afrique. Les deux pays pourraient, selon certains à Rabat, se concerter utilement.

A condition que la diplomatie française ne considère plus le Maroc comme une chasse gardée.

(1) Le terme est utilisé pour désigner les codes traditionnels et sophistiqués du fonctionnement du Palais royal au Maroc


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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)