Mali (papier 4) : Sous le sable, les “terres rares”…

Dernier article de la série de Mondafrique sur le Mali : le développement du secteur minier, notamment des "terres rares", passera par la construction d’infrastructures dévastatrices pour l'environnement.

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Un nouvel elodorado est apparu au Mali. Il a pour nom les “terres rares”. Lesquelles désignent un ensemble de dix sept éléments chimiques devenus indispensables dans de nombreuses technologies. Elles font notamment partie des métaux verts de la transition énergétique (super-aimants des générateurs des éoliennes et des voitures électriques, luminophores pour les lampes basse consommation et les LED).

Une étude récente du cabinet Adamas intelligence, spécialiste de ces terres rares, conclut qu’entre 2020 et 2025, la croissance de la demande mondiale des terres rares va s’accélérer d’une année sur l’autre, entraînant l’ouverture de nouvelles mines… Bingo !Le Mali et notamment le nord du pays est très riche en la matière.

Exploitation dévastatrice

Le marché des terres rares est dominé par la Chine qui produit 85% de la production mondiale. Elle en consomme 70 % avec une croissance de 6 % par an et a décidé d’en limiter la production sur son territoire. A ce rythme, Adamas Intelligence projette que la Chine ne devrait plus avoir de terres rares à exporter d’ici 2025-2030. Elle pourrait même devenir importatrice nette de ces métaux critiques, menaçant la sécurité d’approvisionnement du reste du monde.

Pour répondre à la demande croissante, il faudrait ouvrir une nouvelle mine de terres rares chaque année d’ici 2025. Ce à quoi la Chine s’attelle en investissant massivement dans des gisements à l’étranger. De quoi faire frémir les industriels européens consommateurs de ces métaux critiques.

Mais alors pourquoi la France qui a des gisements assez importants de terres rares en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie ne veut-elle pas les exploiter ? Parce que, le COMES (Comité pour les métaux stratégiques), créé par le gouvernement Fillon en 2011, a choisi d’orienter la stratégie économique française vis-à-vis des terres rares vers le recyclage des terres rares pour des raisons écologiques (voir le rapport du Sénat français adopté en mai 2016 sur « Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques »). Pourquoi ce choix ? Parce que les procédés d’extraction des terres rares ont des effets dévastateurs sur l’environnement et la santé. Et si la Chine a pu avoir une prépondérance sur ce marché, c’est en raison des coûts d’exploitation et des normes environnementales à l’extraction très faibles. C’est en partie pour cette dernière raison que la Chine qui assurait encore récemment près de 95 % de la production mondiale, a décidé de réduire la production de terres rares sur son territoire. C’est vous dire si la chose là pollue ! D’ailleurs, Madagascar est vent debout contre un projet d’extraction de terres rares par Tantalus, une société allemande cette fois. Les organisations de la société civile plaident pour qu’il n’y ait pas d’exploitation de terres rares à Madagascar. Elle alerte les responsables et les citoyens malgaches sur la base des résultats de recherches et de publications réalisées par des scientifiques, des ONG et des sociétés minières dans différents pays du monde. Rebelles CMAliens, si le bien-être de vos populations vous tient tant à cœur et que vous vous souciez un tant soit peu de votre environnement, nous nous ferons un plaisir de vous faire parvenir ces publications afin que vous ne plaidiez pas l’ignorance auprès de vos petits-enfants…

 

« Not In My Backyard »

Vous l’avez compris, les terres rares sont stratégiques pour les pays européens qui ne les produisent pas sur leur sol mais disposent d’industries qui en ont besoin. Et ce, d’autant que plus de la moitié de la demande supplémentaire entre 2016 et 2025 sera provoquée directement ou indirectement par des décisions politiques, telles des réglementations sur la mobilité ou les énergies renouvelables. Mais même si le sol européen regorgeait de terres rares, les pays européens rechigneraient à les exploiter car leurs populations, qui gardent un mauvais souvenir du travail dans les mines de charbon, refuseraient de retourner à la mine et de polluer leur environnement. Atteintes du syndrome hypocrite de NIMBY (Not In My Backyard, « pas dans mon arrière-cour ») – attitude d’un groupe de personnes qui, tout en n’étant pas nécessairement hostiles à l’infrastructure en tant que telle, n’acceptent pas que celle-ci puisse modifier leur environnement (nuisances environnementales, sociales ou encore esthétiques) – elles n’hésiteront pas, néanmoins, à consommer un objet contenant des terres rares produites sur les cadavres de populations lointaines. Charge à ces populations de mourir gentiment chez elles, sans jamais rêver à une vie meilleure ailleurs.

Quelle personne vivant en France s’étonne aujourd’hui de bénéficier de l’électricité la moins chère d’Europe ? Quelle entreprise française ne bénéficie pas de l’avantage concurrentiel que lui confère une électricité moins chère que celle de ses voisins européens ? Electricité produite grâce à l’uranium extrait au Niger dans des conditions que nul Français ne souhaite connaître, histoire de garder bonne conscience et de savourer béatement la chaleur en plein hiver tandis que le Nigérien, lui, s’il irradie, ce n’est pas de bonheur. Niger, pays de transit des migrants où l’on construit des camps pour les retenir. Niger, pays qui pour lutter contre les trafiquants a voté en 2015 une loi très sévère rendant leurs crimes passibles de peines pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison. Mais le trafiquant, aussi horrible soit son business, est-il responsable des causes de ces migrations ? Remettons les choses dans l’ordre : si le trafiquant profite de la misère humaine, il n’en est pas à l’origine.

Enjeu majeur

Commençons donc par désigner les vrais responsables au lieu de jeter du sable aux yeux. Quelles lois ont été votées pour punir les vrais responsables de ces migrations ou ceux qui à des milliers de kilomètres refusent d’accueillir ces migrants chez eux et vivent benoîtement leur quotidien sur la misère et les guerres liée au contrôle des matières premières que tentent de fuir les populations ?

D’un côté, une industrie nucléaire qui profite à Areva et aux dirigeants nigériens, mais aussi un confort douillet à bon prix pour les habitants de France, de l’autre, la coupe sombre dans le budget national au nom de la sécurité, aux dépens des investissements qui pourraient permettre le démarrage d’un développement durable, seule condition au ralentissement des migrations et donc à la fin des passeurs trafiquants.

Vous l’avez compris, les terres rares constituent un enjeu majeur de souveraineté économique, technologique et énergétique. Et pour sortir de la dépendance de la Chine, il n’y a qu’une solution : faire comme elle. C’est-à-dire maîtriser la matière première pour développer les chaînes de valeur ajoutée. En résumé, pollution et maladies pour Kidal, création de richesses pour le minier et son pays d’origine, confort et progrès pour le citoyen occidental et aveuglement pour le sacrifié prêt à tous les sacrifices pour lui aussi avoir son joujou qui aura coûté  la vie à combien des siens…

PS : La France compte sur le développement de son parc éolien pour porter à 23% la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici à 2020. A cet horizon, elle espère atteindre une capacité éolienne installée de 25 GW dont 6 GW offshore (soit 1 200 éoliennes). Pour y arriver, il faut, bien évidemment avoir la maîtrise des terres rares qui seront nécessaires. Cela semble bien parti à Kidal, mais début juillet, le tribunal administratif de Rennes a annulé les permis de construire de 16 éoliennes en forêt de Lanouée (Morbihan), deuxième massif forestier breton, invoquant la richesse écologique du milieu et les dimensions « hors d’échelle » du projet. Not in my backyard, remember ?

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