Avec les massacres de Peuls, le Mali livré aux fractures ethniques

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Quelque 134 villageois peils ont été tués samedi 23 mars à Ogossagou-Peul, dans le centre du pays. IUne milice de chasseurs dogons est montrée du doigt. L’ancien Premier ministre Moussa Mara met en garde contre le risque de facture ethnique que crée, au centre du Mali, la situation de cette ethnie.

Hier comme aujourd’hui, le Centre du Mali s’illustre par des conflits
intercommunautaires, l’instrumentalisation des milices de « chasseurs » traditionnels, une pression accentuée sur l’ethnie peulh et, par conséquent, un tissu social fissuré. Au détriment de l’Etat ! C’est ainsi qu’un  dispositif de renseignement inopérant accroit ainsi la myopie de nos forces de sécurité.

Face à cette situation inquiétante, les groupes armés terroristes (GAT) sont mobiles, imbriqués dans la population, agiles et mettent en œuvre une stratégie limpide : ciblage de l’Etat et de ses attributs, attaque des forces internationales, discours structuré se fondant sur les iniquités causées par l’Etat, justice expéditive mais simple et reconnue par les populations…

La bataille devient inégale, et en faveur des forces terroristes.

Des terroristes très présents

Sur le terrain, les terroristes s’installent et s’autorisent des incursions toujours plus loin dans le pays profond. Tantôt c’est vers le Sud (Banamba début novembre), tantôt c’est le Sahel occidental (Nara, Kolokani, Diema, Nioro). Ils métastasent et surfent sur toutes les frustrations des communautés maliennes. Ils n’occupent pas de ville ou de village, ne se regroupent pas mais donnent l’impression d’être partout en même temps.

Il nous faut nous rendre ainsi à l’évidence que nos discours martiaux, nos actes pour affirmer la présence de l’Etat sonnent et sonneront creux face à la réalité.

Le Centre devient emblématique des faiblesses structurelles de l’Etat au Mali : incapacité à comprendre et à dialoguer avec la société, inaptitude à percevoir les besoins de ceux qu’il est censé servir, échouant ainsi dans ses missions. Partant de ce contact, il convient de changer de fusil d’épaule.
Sinon nous échouerons et contribuerons à creuser encore plus le fossé entre les populations et ceux qui sont sensés les servir.

Au détriment de la collectivité et du pays.

Changeons d’approche !

Le changement d’approche doit se traduire par une modification profonde de la démarche. Deux objectifs sont à fixer pour la gestion de la crise au Centre du Mali :  faire cesser tous les conflits intercommunautaires, ramener la quiétude entre les Maliens dans cette zone. Il s’agira ensuite de faire des populations les premiers alliés de l’Etat et gagner ainsi leur confiance !

L’objectif ne doit pas être la pacification ou la destruction obsessionnelle des GAT mais restaurer la confiance entre l’Etat et les populations et recoudre le tissu social. Cela inclut de lutter contre les
malfaiteurs, mais par un chemin diffèrent et sans doute plus efficace.
Il faut au préalable changer de discours et faire en sorte que les forces de sécurité tiennent le langage de la solidarité entre l’Etat avec et les
populations ! Annulons immédiatement la mesure d’interdiction de circuler à moto ou à bord de « pick – up ».

Stop aux amalgames

Nous devons arrêter les amalgames, éviter les exactions contre les populations, renoncer définitivement à toute forme de brutalité contre ceux que nous devons protéger, toutes communautés confondues, respecter scrupuleusement les droits de l’Homme et observer une sévérité accrue contre tous les contrevenants.
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Il serait bien indiqué d’organiser dans chacun des cercles du Centre du pays, des forums de la paix et de la réconciliation et y convier toutes les communautés. Ils permettront de faire la cartographie des
sources de tensions intercommunautaires et d’identifier des moyens de les résorber. Il faut placer ces rencontres sous l’égide des légitimités traditionnelles et religieuses et faire assurer la mise en œuvre
de leurs recommandations par le préfet et les élus du cercle avec l’appui de l’Etat dans toutes ses dimensions (forces de sécurité, administration, projets de développement…).

Les « chasseurs » à leur place

Parallèlement à l’engagement des communautés vers la pacification et l’entente, il est indispensable que l’action des chasseurs traditionnels (dozos) soit inscrite exclusivement dans un registre défensif. Ils ne doivent pas s’adonner à des attaques ou à des représailles. Force est à restituer à la loi et à ses défenseurs (justice). L’Etat ne doit permettre aucune enfreinte à ces règles et de manière durable.

Le déploiement complet de l’Etat (administration, collectivités, élus, justice, services de base…) et la fourniture de tous les services nécessaires aux populations est à faire rapidement. Nos concitoyens sont à rassurer. Pour ce faire, il faut envisager des mesures ponctuelles visant à enrôler des
ressortissants de la zone dans la fonction publique et les déployer au Centre ou y ramener les ressortissants de la zone qui étaient affectés ailleurs.

C’est à cette condition que les Maliens seront plus motivés, mieux acceptés, mieux informés et plus protégés que d’autres.


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