Mali, le chef religieux Dicko s’en prend violemment aux bars et aux gays

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Dans un élan de sincérité wahhabite, le patron du Haut Conseil Islamique (HCI) et véritable chef religieux du Mali, Mahmoud Dicko, a tenu des propos extravagants sur les récents attentats qui ont ensanglanté Bamako. Ce tout puissant imam, largement subventionné par le Royaume des ténèbres qu’est l’Arabie Saoudite, vient de déclarer que ces actes terroristes étaient le résultat « d’une colère de Dieu ».

Nous devons nous attendre au pire, a-t-il expliqué en substance, tant que la société malienne continuera à tolérer les gays, les lesbiennes et les lieux de perdition que sont les bars. « Les dirigeants du monde, explique-t-il, ne doivent plus faire l’apologie de l’homosexualité ». Les auteurs de ces assassinats sont certes de mauvais musulmans pour notre saint homme, mais surtout « d’anciens rappeurs », contaminés sans doute par les coupables décibels d’une musique satanique.

Mourir pour Tombouctou

Il aura fallu toute la cécité du pouvoir français durant « l’opération Serval » déclenchée en janvier 2013 au Nord Mali pour prétendre à une croisade humaniste. La mythologie servie alors par une habile communication de l’armée française opposait alors les « bons » maliens de Bamako aux « méchants » islamistes du Nord. Ce qui ne résiste pas à l’observation.

Dans son immense majorité, le peuple malien comme le reste des populations du Sahel, Niger et Mauritanie notamment, sont imprégnés par des valeurs islamiques réactionnaires. Cet islam rétrograde est propagé dans des écoles coraniques florissantes, ultimes refuges d’une jeunesse totalement abandonnée à son sort par un Etat et des écoles publiques en faillite. Sur fond de généreuses subventions de l’Arabie Saoudite et du Qatar.

Vers la République islamique

Au Mali, les chefs religieux d’inspiration salafiste constituent en effet les dernier recours d’une population déstructurée. La plupart revendiquent ouvertement les principes de la charia, de la polygamie et jusqu’au recours à l’excision.

Dinosaure politique et habile dialecticien, l’Imam Dicko, proche entre tous des Saoudiens, surfe sur cette islamisation wahhabite, et depuis fort longtemps. Ainsi en 2010, ce saint homme s’en prenait violemment au code libéral de la famille que tentait d’imposer le président d’alors, Amadou Toumani Touré. On le voyait alors galvaniser une foule de 50 000 partisans dans un des deux stades de Bamako, des publics que les politiques maliens seraient bien en mal de réunir.

C’est lui encore qui en janvier 2012, deux jours avant le début de la rébellion au Nord Mali, prenait position en faveur d’une République islamique, comme l’avait expliqué dans « le Monde » l’anthropologue Gilles Holder. Plus tard, lorsque le Nord Mali tenta de proclamer don indépendance, Mahmoud Dicko envoyait ses proches apporter provisions et médicaments aux rebelles, avant de se rendre lui même sur place pour tenter de jouer le rôle de conciliateur.

Prurit anti occidental

Généralement discret, l’Imam Mahmoud Dicko livra en juillet 2013, en pleine campagne électorale présidentielle, une vision claire de son projet politique : « Pendant deux décennies, notre modèle démocratique a été factice… Les politiques ont alors incarné la corruption, la mauvaise gouvernance et le clientélisme. Résultat, cette élite a été conspuée par le peuple qui s’est tourné vers la mosquée » Et qui a fait de l’Imam Dicko le vrai patron spirituel du pays intimement convaincu que la démocratie « doit s’adapter aux réalités et aux valeurs du Mali ». Des réalités qui excluent les bars, les rappeurs et les gays de leur horizon.

Tout en défendant les valeurs wahhabites de ses parrains et amis séoudiens, Mahmoud Dicko habile a revendiqué une alliance privilégiée, depuis 2002, avec l’actuel président IBK. La France pouvait-elle ignorer l’axe improbable entre les deux hommes ? Comment Hollande et Fabius ont-ils pu bénir, durant l’été 2013, l’élection présidentielle qui portait au pouvoir une telle coalition? Comme beaucoup de pouvoirs dans la région, le régime malien a conclu un pacte dangereux avec la mouvance salafiste. Le deal est en gros le suivant: prenez soin de la société malienne, que nos services publics ne peuvent plus prendre en charge, et nous, nous gérons le pouvoir.

Sauf que, la crise malienne s’étendant, l’Imam Dicko, qui est déja l’homme fort du Mali, ne se contentera pas de ce partage des taches.

Revoir ici l’interview de Nicolas Beau au sujet de l’intervention française au Mali en janvier 2013 sur Oumma.com

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)