L’opposition en France cible des services algériens

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Les récents voyages du chef de la diplomatie française à Alger, Jean Yves Le Drian, ouvrent une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays.

L’aide de Paris pour la surveillance des opposants en France contre le soutien d’Alger dans la politique libyenne de la France. Voici le deal discret que Jean Yves Le Drian, ainsi que le patron de la DGSE, Bernard Emie, sont venus négocier à Alger lors de plusieurs déplacements.

Le Quai d’Orsay souhaite en effet mettre fin à la période glaciale qui a suivi l’éviction de l’ancien président algérien, Abdelaziz Bouteflika, qui avait noué avec le pouvoir français des liens étroits. Au point qu’au début de l’année 2019 Emmanuel Macron avait tout mis en oeuvre pour assurer la survie politique du chef d’état algérien.

Une page se tourne

Depuis la retraite forcée de Bouteflika, les services de sécurité algérienne, en premier lieu la DCSA (renseignement militaire), auront mis au pas les relais de la France en Algérie soupçonnés de complicité avec les réseaux de l’ancien DRS (services algériens) du fameux général Mediem, dit « Toufik ». Lesquels avaient mis en coupe réglée les relations entre Paris et Alger. 

« Les élections présidentielles ont eu lieu. Il y a désormais un nouveau gouvernement avec lequel la France veut travailler ». C’est ainsi que le nouveau cours de la diplomatie française vis à vis de l’Algerie fut présenté par le Ministre des affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, lors de sa conférence de presse à Alger le 21 janvier dernier. L’offre ne s’arrête pas aux vœux pieux mais s’annonce opérationnelle. « Cela signifie que dans tous les secteurs de notre coopération, que ce soit la sécurité, que ce soit l’économie, la culture, la justice, l’éducation, la mobilité, la formation, nous allons reprendre nos discussions, les approfondir et leur donner une nouvelle dynamique ».

L’opposition algérienne ciblée

La priorité donnée à la sécurité avant l’économie retient l’attention. Cette priorité cible notamment la structuration et d’organisation de l’opposition au régime dont la France est traditionnellement la base arrière. La communauté algérienne en France est la plus représentée de la diaspora à travers le monde. Dès le début du Hirak, le 22 février 2019, les Algériens de France ont répondu aux mêmes mots d’ordre qu’en Algérie. Chaque dimanche place de la république à Paris, les mêmes slogans étaient à l’ordre du jour que face à la Grande Poste à Alger: Etat civil, démocratie, liberté. Citoyenneté.

La coopération entre Paris et Alger a été confirmée le 12 Mars à Alger lors d’une nouvelle conférence de presse du même Le Drian. Le président Tebbounen a-t-il souligné, souhaiterait « un partenariat extrême, une feuille de route, des RDV, itinéraires d’actions, pour que ce partenariat progressivement devienne une réalité ».  Le terme « extrême » est glissé de manière subliminale dans un discours aux allures rassurantes.

La DGSE au coeur

La chronologie de la démarche de coopération sécuritaire se confirme par la visite très discrète la semaine passée de l’ancien ambassadeur à Alger et actuel patron de la DGSE, Bernard Emié.  C’est ce que révèle « la Presse », une société médias italienne partenaire de l’agence Associated Press.  A l’ordre du jour, la question des opposants algériens en France devenue prioritaire. 

D’après une source de sécurité, Alger demande le soutien de la DGSE pour tenter de débusquer les opposants politiques qu’il juge « un peu trop actifs » sur le sol français. Déjà en son sein, les services algériens ont élaboré un plan pour les activistes, dont certains se rendent chez eux pendant leurs vacances. 

Les contours de cette coopération ne sont pas connus pour le moment. Echange du renseignement ou les signalements sur les déplacements, les activités politiques, ou à des actions proprement coercitives à l’encontre de l’opposition algérienne se trouvant sur le sol français ? 

En échange de cette surveillance de l’opposition algérienne, la France réclame une coopération des services algériens au Sahel comme sur le dossier libyen. Effectivement la diplomatie algérienne, fleuron du régime depuis l’indépendance, apporte un discret soutien à Paris dans l’aide que la France n’a cessé de fournir au général Haftar, qui tente, par la force, de mettre l’ensemble territoire libyen sous son controle.

 

La conférence de presse de Le Drian à Alger le 12 Mars 2020 : https://www.youtube.com/watch?v=TZA2SX4jfqA

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