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Sur Arte, le thriller qui inquiète les militaires algériens

Basée sur les tractations obscures autour d’une vente d’arme aux militaires algériens, qui ont réellement existé, Alger Confidentiel, une fiction franco-allemande, lève un coin du voile sur la réalité de la corruption au sein du pouvoir algérien et sur les traumatismes que ce délitement du régime provoque pour tout un peuple

Une chronique d’Olivier Toscer

Alger, quelque part avant le début de l’Hirak. Un marchand d’armes allemand, venu conclure un marché portant sur plusieurs milliers de fusils mitrailleurs et de lance-roquette dernier cri, est enlevé dans la villa du gouvernement où il séjournait. Qui l’a enlevé ? Pourquoi ? Ce businessman allemand est-il la victime collatérale des sourdes luttes intestines entre généraux ? Ou un nouvel otage des islamistes qui se sont enhardis au point de frapper au cœur de la capitale algérienne ? A moins qu’il ne s’agisse d’un billard à trois ou quatre bandes entre le régime algérien, le gouvernement allemand et des marchands d’armes concurrents, sous l’œil de la CIA ?

Ecrit par Abdel Raouf Dafri (Un prophète, Mesrine) à partir du best seller allemand Paix à leurs armes d’Oliver Bottini, cette ambitieuse co-production allemande réalisée par Frédéric Jardin, un expert du thriller à la française (Engrenages, Braquo) explore les coulisses du monde du renseignement et le cynisme glacial de la realpolitik sous les latitudes très particulières d’Alger. Force est de constater qu’il s’agit là d’un terrain de jeu idéal pour les manip’ en tous genres et les chausse-trappes politico-militaires.

Un brouillard épais

« En Algérie vous n’êtes en sécurité nulle part », prévient d’emblée le sbire du régime algérien venu accueillir le marchand d’armes allemand à l’aéroport. Il pourrait ajouter : « Et vous ne savez jamais d’où viennent les coups, ni qui est le mieux à même de les parer ». Car sitôt après l’enlèvement réalisé, le brouillard le plus épais règne sur la conduite de l’enquête.

Djamel, le chef des kidnappeurs, et son grand père, un dissident

Ralf, l’attaché de police de l’ambassade allemande est dépêché par la Chancellerie à Berlin pour retrouver son compatriote. Il croit pouvoir compter sur Amel, la jeune juge d’instruction saisie de l’enquête, avec lequel il entretient une relation amoureuse secrète. Mais dans l’ombre plane la figure du général Soudani, l’homme fort du régime. Patron de ce qui ressemble furieusement à la célèbre DRS, Soudani semble n’avoir aucune intention de retrouver le businessman allemand, profitant même de son enlèvement pour essayer de conclure le même marché d’armes à moins cher, grâce à un autre intermédiaire, français celui-là. Et ce n’est pas le représentant de la CIA sur place qui cherche à l’en empêcher. Bien au contraire.

Des personnages fracassés

On comprend vite que les aléas du contrat allemand ne peuvent qu’arranger le complexe militaro-industriel américain. Les enjeux s’additionnent, s’entremêlent et s’entrechoquent, sous le regard intéressé d’autres personnages secondaires tous plus fracassés les uns que les autres. Au fur et à mesure de l’intrigue apparaît l’existence d’un groupe de jeunes résistants au pouvoir des généraux, des idéalistes attachés à faire tomber la clique de corrompus au pouvoir depuis des décennies à Alger. Quitte à s’entendre, quand il est nécessaire avec les islamistes d’Aqmi toujours embusqués dans les montagnes de Kabylie.

Bref, cet enchevêtrements de protagonistes, reflétant chacun une part de la réalité traumatique algérienne, dresse une trame narrative foisonnante, qu’il serait inconvenant de dévoiler plus avant. Notons simplement que des flash-backs viennent également évoquer la « décennie noire», ou guerre civile algérienne (1991-2002), à travers l’enfance tragique de Djamel et d’Amel, qui explique beaucoup de choses. « C’est une manière de lier petite histoire et grande histoire, et de faire ressentir viscéralement aux spectateurs les pulsations de l’histoire de ce pays », explique le réalisateur Frédéric Jardin.

Une démocratie d’opérette

Malgré certaines longueurs dans le scénario, la série décrit à merveille le mental algérien dans toutes ses contradictions. « Alger Confidentiel est une mini-série qui mêle le polar, l’étude socio-politique l’espionnage, expose le scénariste d’origine algérienne Abdel Daouf Dafri. Tout cela au cœur de cette Algérie que ses dirigeants osent appeler une démocratie au prétexte qu’une seule tribu gère le pays. Sans oublier d’évoquer la cupidité des Occidentaux qui ne trouvent rien d’autre que lui vendre des armes ».

Autant dire que cette mini-série risque de renforcer encore la conviction du régime militaire algérien que le mal vient de l’ancienne puissance coloniale qui abrite les opposants et qui .

 

 

 

 

 

 

Alger confidentiel, une série de 4×45 minutes sur arte.tv, jusqu’au 18 mars 202

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