De Paris à Tunis, de Londres au désert tchadien, la semaine culturelle africaine déploie un vaste paysage de créations et de luttes. Arts visuels, musiques diasporiques, cinéma engagé et traditions vivantes dessinent des circulations sensibles entre territoires, mémoires et urgences contemporaines.
À la galerie AFIKARIS, l’exposition Où la terre et le ciel se croisent de Saïdou Dicko explore l’horizon comme espace de mémoire et de projection. Un travail sensible, à la frontière de la photographie et de la peinture, où le paysage devient langage.
Jusqu’au 28 février 2026, la AFIKARIS Gallery consacre une exposition personnelle à Saïdou Dicko, figure singulière de la scène artistique contemporaine africaine. Intitulée Où la terre et le ciel se croisent (Where the Earth and the Sky Meet), cette exposition propose une traversée poétique de paysages réels et mentaux, où l’horizon agit comme une ligne de tension entre enracinement et déplacement.
Chez Saïdou Dicko, le paysage n’est jamais décoratif. Il est une expérience vécue, traversée par la mémoire de l’enfance, par les déplacements géographiques et par les récits silencieux du quotidien. Photographe de formation, l’artiste a développé au fil des années une pratique hybride, mêlant photographie, peinture, aquarelle et intervention manuelle sur l’image. Les silhouettes humaines, souvent réduites à des ombres noires, surgissent dans des espaces ouverts — routes poussiéreuses, champs, ciels immenses — comme des présences à la fois anonymes et profondément incarnées.
Dans Où la terre et le ciel se croisent, l’horizon devient un motif central. Il n’est pas une simple ligne de séparation, mais un lieu de passage, de bascule, presque de méditation. Les figures qui peuplent les œuvres semblent marcher vers ce point indéterminé où le sol cesse d’être stable et où le ciel s’ouvre comme une promesse. Cette tension visuelle traduit une réflexion plus large sur l’exil, le retour, l’attente, mais aussi sur la capacité du regard à transformer l’espace en récit.
L’exposition s’inscrit dans une dimension profondément intime. Les œuvres convoquent des souvenirs personnels, mais refusent toute lecture strictement autobiographique. En travaillant sur la silhouette — forme universelle, presque archétypale — Saïdou Dicko ouvre son travail à une expérience partagée. Chacun peut s’y projeter, reconnaître une marche, une traversée, un moment suspendu. Le paysage africain, bien que présent, n’est jamais assigné à une identité figée : il devient un espace mental, un lieu de circulation entre les mondes.
La galerie AFIKARIS accompagne cette démarche avec une scénographie épurée, laissant aux œuvres l’espace nécessaire pour respirer. Fidèle à sa ligne curatoriale, la galerie met en avant une création africaine contemporaine qui échappe aux assignations ethnographiques ou esthétiques. Ici, aucune volonté d’exotisme, mais un regard exigeant sur des pratiques artistiques qui interrogent le monde depuis des expériences situées.
Où la terre et le ciel se croisent s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur la place du paysage dans l’art contemporain africain. Loin d’une nature idéalisée, le paysage devient un territoire politique et sensible, traversé par les questions de mobilité, de mémoire et de transmission. Chez Saïdou Dicko, il est surtout un espace de silence, où l’image parle sans jamais s’imposer.
Cette exposition offre un temps d’arrêt. Un moment de contemplation, presque de retrait, où l’on accepte de se tenir, comme les silhouettes de l’artiste, entre la terre et le ciel, dans cet intervalle fragile où naissent les récits.
Informations pratiques
AFIKARIS Gallery, 7 rue Notre-Dame de Nazareth, Paris 3ᵉ
Du 10 janvier au 28 février 2026
Mardi – samedi, 11 h – 19 h
Entrée libre
Gabès, laboratoire d’une catastrophe écologique durable (6 février)
À Tunis, la projection du documentaire Gabès Labess ouvre un espace de réflexion essentiel sur l’écologie politique en Tunisie. En mettant en lumière la région de Gabès, ce rendez-vous interroge les liens profonds entre désastre environnemental, injustice sociale et mobilisations citoyennes en Afrique du Nord.
Vendredi 6 février 2026, le public est invité à découvrir Gabès Labess, un film documentaire réalisé par Habib Ayeb, à l’occasion d’une projection organisée en marge de l’exposition Autumn of the Earth, Spring of the Comprador de Saif Fradj, curatée par Farah Sayem. La séance sera suivie d’un temps d’échange, prolongeant la réflexion autour des enjeux environnementaux et sociaux contemporains en Tunisie.
Située au sud-est du pays, la région de Gabès occupe une place singulière dans l’imaginaire tunisien. Longtemps perçue comme un territoire fertile et stratégique, elle est devenue au fil des décennies l’un des symboles les plus frappants d’une industrialisation destructrice, menée sans véritable considération pour l’environnement ni pour les populations locales. La construction, dans les années 1970, d’un complexe industriel chimique lié à l’exploitation des phosphates a profondément altéré le littoral, l’oasis — unique oasis côtière au monde — et les équilibres sanitaires, économiques et sociaux de toute une région.
C’est cette réalité que Gabès Labess donne à voir, sans sensationnalisme mais avec une rigueur analytique et humaine. À travers des témoignages d’habitants, de pêcheurs, d’agriculteurs et d’acteurs associatifs, le film documente une pollution chronique de l’air, de la mer et des sols. Maladies respiratoires, effondrement des ressources halieutiques, disparition progressive des cultures traditionnelles : la catastrophe écologique apparaît ici comme indissociable d’une violence sociale silencieuse, lente, mais durable.
Le documentaire montre également que cette situation n’est pas le fruit d’un accident ou d’une fatalité, mais le résultat de choix politiques et économiques répétés. Hérités pour partie de la période autoritaire, ces modèles de développement extractivistes se sont prolongés après la révolution de 2011, révélant les contradictions profondes de la transition tunisienne. Gabès apparaît alors comme un véritable laboratoire à ciel ouvert : promesse de justice sociale et de dignité d’un côté, continuité d’un système industriel prédateur de l’autre.
À travers cette lecture lucide et engagée, Gabès Labess s’inscrit pleinement dans une réflexion plus large sur l’écologie politique en Afrique du Nord. Longtemps marginalisées dans le débat public, les questions environnementales y sont pourtant centrales. À Gabès, l’écologie n’est ni un luxe ni un discours abstrait : elle est une question de survie, de dignité et de droits fondamentaux. Le film rejoint ainsi d’autres luttes écologiques africaines, où les populations locales paient le prix fort de stratégies industrielles pensées loin de leurs territoires.
La projection sera suivie d’un débat ouvert, conçu comme un espace de parole et de confrontation des points de vue. Il s’agira notamment d’interroger les notions de justice environnementale, la responsabilité des États et des industries, mais aussi les formes de résistances citoyennes qui émergent dans des contextes de forte asymétrie de pouvoir. À Gabès, malgré l’usure, la précarité et la fatigue sociale, des mobilisations persistent, portées par des associations locales et des collectifs de citoyens qui refusent l’effacement de leur territoire.
Le parcours de Habib Ayeb éclaire la démarche du film. Géographe de formation, enseignant-chercheur et cinéaste, il développe depuis de nombreuses années un travail à la croisée des sciences sociales et du cinéma documentaire. Son regard, à la fois engagé et méthodique, s’attache aux territoires dominés et aux voix longtemps absentes du récit officiel. Avec Gabès Labess, le cinéma devient un outil critique, capable de rendre visibles des réalités reléguées hors champ et d’ouvrir des espaces de réflexion collective.
Informations pratiques
Vendredi 6 février 2026 à 17 h 30
La Boîte – 25 rue 8603, La Charguia I
Tunis 2035, Tunisie
Projection du film documentaire Gabès Labess (47 min), suivie d’un temps d’échange.
À Londres, la musique soudanaise au service de la solidarité (6 février)
À Londres, la diaspora soudanaise se mobilise à travers la musique. Le 6 février 2026, Music for Sudan réunit artistes et publics autour d’un concert solidaire célébrant la diversité musicale du Soudan, tout en soutenant les populations déplacées du Darfour et du Kordofan.
Dans un contexte marqué par la crise humanitaire persistante au Soudan, la culture devient un levier essentiel de mobilisation. Le vendredi 6 février 2026, The Africa Centre accueille Music for Sudan: A Night of Regional Sudanese Music, une soirée caritative portée par des acteurs de la diaspora soudanaise au Royaume-Uni. De 19h à 21h, la musique s’y fait à la fois mémoire, célébration et appel à la solidarité.
Conçu comme un concert-collecte de fonds, l’événement met en lumière la richesse et la diversité du patrimoine musical soudanais, souvent méconnu en Europe. Loin d’un répertoire uniforme, Music for Sudan propose un voyage à travers plusieurs traditions régionales, révélant la pluralité culturelle d’un pays situé au carrefour de l’Afrique subsaharienne et du monde arabe. Chaque performance est pensée comme un fragment d’histoire, un récit musical ancré dans des territoires, des langues et des pratiques sociales distinctes.
Une place particulière est accordée au mardoum, genre emblématique de la région du Kordofan, reconnaissable à ses rythmes puissants et à son ancrage dans les danses collectives. Cette tradition, rendue célèbre par de grandes figures de la musique soudanaise, témoigne de la capacité du chant et du rythme à fédérer des communautés entières. À travers ce répertoire, le concert rend hommage à une culture populaire profondément liée à la vie quotidienne et aux rites sociaux.
Autre axe fort de la soirée : Aghani Al-Banat, une tradition musicale portée par les femmes, historiquement associée aux célébrations familiales, aux mariages et aux espaces de sociabilité féminine. Longtemps reléguée à la sphère privée, cette expression occupe aujourd’hui une place centrale dans les dynamiques culturelles de la diaspora, devenant un symbole d’affirmation et de transmission. En la mettant en avant, Music for Sudan souligne le rôle fondamental des femmes dans la préservation et la réinvention des patrimoines musicaux soudanais.
Sur scène, deux artistes incarnent ce dialogue entre héritage et présent : Jumana Eltgani et Ahmed Allord. Tous deux actifs sur la scène contemporaine, ils inscrivent leurs performances dans une continuité culturelle tout en y apportant une sensibilité actuelle, façonnée par l’exil, la migration et les échanges transnationaux. Leur présence reflète la vitalité d’une scène diasporique qui refuse l’effacement et revendique une visibilité artistique.
Au-delà de la dimension musicale, la soirée est explicitement solidaire. L’intégralité des bénéfices est destinée à soutenir des personnes déplacées originaires des régions du Darfour et du Kordofan, parmi les plus durement touchées par les violences et les crises successives. Ces fonds sont redistribués via des initiatives coordonnées par des organisations de la diaspora, engagées dans une aide directe et concrète.
L’événement se distingue également par son accessibilité. Des billets gratuits, ainsi que des remboursements de frais de transport, sont proposés aux demandeurs d’asile et aux réfugiés souhaitant y assister. Ce choix témoigne d’une volonté claire : faire de Music for Sudan un espace inclusif, où la musique devient un lieu de rencontre et de reconnaissance, indépendamment des statuts ou des parcours.
À travers cette soirée, la diaspora soudanaise à Londres affirme une conviction forte : la culture n’est pas un luxe en temps de crise, mais un outil de résistance, de lien et de reconstruction. En conjuguant musique, mémoire et engagement humanitaire, Music for Sudan rappelle que les scènes culturelles peuvent aussi être des espaces d’action.
Informations pratiques
Événement : Music for Sudan – A Night of Regional Sudanese Music
Date : Vendredi 6 février 2026
Horaires : 19h – 21h
Lieu : The Africa Centre, 66 Great Suffolk Street, Londres
Artistes : Jumana Eltgani, Ahmed Allord
Objectif : concert solidaire au profit des populations déplacées du Darfour et du Kordofan
Billetterie : en ligne – billets solidaires, accès gratuit et aide au transport pour réfugiés et demandeurs d’asile selon conditions solidaire célébrant la diversité musicale du Soudan, tout en soutenant les populations déplacées du Darfour et du Kordofan.
Gospel Dream : quand le gospel traverse Paris et ses églises (7 février)
En février, la chorale Gospel Dream déploie le gospel afro-américain dans plusieurs églises parisiennes. Une série de concerts qui mêle ferveur spirituelle, héritages africains et énergie collective, transformant les lieux patrimoniaux de la capitale en scènes vibrantes et ouvertes à tous.
Depuis plus de trois décennies, Gospel Dream s’impose comme l’une des formations majeures du gospel à Paris. Son ambition dépasse le simple cadre musical : il s’agit de faire entendre, à travers les voix et les rythmes, une histoire longue et transatlantique, née dans les communautés afro-américaines, nourrie de racines africaines, et devenue au fil du temps un langage universel d’espérance et de résistance.
Tout au long du mois de février, la chorale propose une véritable itinérance musicale à travers plusieurs lieux religieux emblématiques de la capitale. Le premier rendez-vous marquant a lieu le samedi 7 février 2026 à la Cathédrale Américaine de Paris. Dans cet édifice anglican situé avenue George-V, le gospel trouve un écrin particulièrement symbolique. Les harmonies puissantes, les appels-réponses et l’intensité des chœurs prennent une ampleur particulière sous les voûtes de la cathédrale, offrant au public une expérience immersive où la musique dialogue avec la spiritualité du lieu.
Mais ce concert n’est qu’une étape d’un parcours plus large. D’autres dates sont programmées les week-ends suivants, toujours à la Cathédrale Américaine, permettant à différents publics de découvrir ou redécouvrir Gospel Dream dans ce cadre prestigieux. Cette régularité témoigne du succès durable de la formation et de l’engouement parisien pour le gospel, bien au-delà d’un effet de mode.
À partir de la mi-février, Gospel Dream investit également d’autres églises historiques de Paris, élargissant encore la portée de cette série. Parmi elles, l’église de la Madeleine accueille la chorale pour des concerts où la monumentalité du lieu dialogue avec la ferveur du gospel. D’autres dates sont prévues à Saint-Louis d’Antin – Espace Bernanos, à Saint-Germain-des-Prés ou encore dans des paroisses du nord et de l’est parisien, confirmant la volonté de toucher des publics variés et de faire circuler cette musique dans toute la ville.
Sur le plan artistique, chaque concert conserve une identité propre. Le répertoire mêle negro spirituals, gospels traditionnels et pièces plus contemporaines, parfois réarrangées pour s’adapter à l’acoustique spécifique de chaque lieu. Cette capacité d’adaptation est l’une des forces de Gospel Dream : la chorale ne plaque pas un format unique, mais laisse la musique dialoguer avec l’espace, le public et le moment.
La diversité des chanteurs et musiciens participe également à cette richesse. Leurs origines multiples reflètent les circulations culturelles à l’œuvre dans le gospel lui-même. Sur scène, l’émotion est palpable, l’interaction avec le public constante, et la frontière entre concert et célébration s’estompe rapidement.
En multipliant les dates et les lieux en février, Gospel Dream propose bien plus qu’un événement ponctuel. C’est une série cohérente, presque un parcours initiatique à travers Paris, où chaque église devient le temps d’une soirée le théâtre d’une mémoire chantée, collective et vivante.
Informations pratiques
Concerts gospel – Gospel Dream
Samedi 7 février 2026 – Cathédrale Américaine de Paris
Autres dates tout au long de février (week-ends) à la Cathédrale Américaine
Concerts à partir de la mi-février à la Madeleine, Saint-Louis d’Antin, Saint-Germain-des-Prés et autres églises parisiennes
Horaires : généralement à 20h30
Durée : environ 1h15
À Paris, IBIYEWA fait vibrer les héritages africains au présent (7 février)
Le 7 février, le groupe IBIYEWA se produit au Son de la Terre à Paris. Entre rythmes africains, jazz et grooves contemporains, le trio propose une musique du mouvement, festive et habitée, où la tradition se réinvente au contact des scènes urbaines actuelles.
Le samedi 7 février 2026, le trio IBIYEWA se produit sur la scène du Le Son de la Terre, à Paris. Une date qui accompagne la sortie en France de leur premier album, Vendredi Magnifique, et confirme l’émergence d’un projet musical où les héritages africains se réinventent au contact des grooves contemporains.
Né à Bruxelles, IBIYEWA est avant tout une histoire de circulation. À l’initiative du batteur béninois Angelo Moustapha, protégé du guitariste Philip Catherine, le trio réunit deux figures marquantes de la scène bruxelloise : le guitariste malgache Joel Rabesolo, voix singulière de la jeune génération, et le saxophoniste belge Toine Thys, musicien incontournable aux multiples projets.
Leur musique repose sur un principe clair : faire du rythme un langage commun. La batterie n’y est pas un simple support, mais un moteur qui structure les morceaux, ouvre l’improvisation et entraîne le dialogue entre guitare et saxophone. Le groove est constant, parfois hypnotique, parfois plus aérien, mais toujours central.
Vendredi Magnifique célèbre la fête, la nuit et la liberté du corps. Les morceaux, écrits par les trois musiciens, naviguent entre acoustique et textures électroniques, sans jamais perdre leur ancrage rythmique. Derrière l’énergie festive, l’album interroge la manière dont les rythmes africains voyagent, se transforment et s’inscrivent dans des paysages urbains contemporains.
Le nom du groupe dit beaucoup de cette démarche. En yoruba, IBIYEWA signifie « ici, nous nous ressemblons ». Une profession de foi musicale : dépasser les frontières culturelles, créer un espace sonore partagé, où influences africaines, jazz, électro et improvisation coexistent sans hiérarchie.
Sur scène, cette philosophie prend corps. De Bruxelles à Ouagadougou, de Conakry à Tananarive, de Luanda à Paris, le trio construit une relation directe avec le public, portée par une joie communicative et une énergie collective. La danse s’invite naturellement, sans jamais exclure l’écoute attentive.
Au Son de la Terre, lieu emblématique des musiques africaines et diasporiques à Paris, ce concert s’inscrit pleinement dans une programmation qui pense l’Afrique comme une source vivante et contemporaine. Avec IBIYEWA, la tradition n’est ni figée ni folklorisée : elle circule, se transforme et s’invente au présent, au rythme des corps en mouvement.
Informations pratiques
Le Son de la Terre, 2 port de Montebello, Paris 5ᵉ
Samedi 7 février 2026 à 20 h
Musiques africaines contemporaines / afro-jazz
Billetterie en ligne et sur place (concert ou formule dîner-concert)
Au cœur du désert tchadien, le FICSA fait vibrer les cultures sahariennes (7-13 février)
Du 7 au 13 février 2026, Amdjarass accueille la 6ᵉ édition du Festival international des cultures sahariennes. Une semaine de célébration artistique et patrimoniale au cœur du Sahara tchadien, entre traditions vivantes, échanges interculturels et affirmation identitaire.
À l’extrême nord-est du Tchad, aux portes du Sahara, la ville d’Amdjarass devient, le temps d’une semaine, un carrefour culturel majeur. Du 7 au 13 février 2026, la cité accueille la 6ᵉ édition du Festival International des Cultures Sahariennes (FICSA), un rendez-vous désormais incontournable pour la valorisation des patrimoines culturels sahariens et des arts du désert.
Pensé comme un espace de transmission et de dialogue, le FICSA célèbre les multiples expressions artistiques des peuples du Sahara : musiques traditionnelles, danses rituelles, poésie orale, artisanat, gastronomie et pratiques sociales ancestrales. Loin d’un folklore figé, le festival met en lumière des cultures vivantes, en constante réinvention, portées par des communautés nomades et sédentaires dont les savoir-faire traversent les siècles.
Soutenu par les autorités locales et nationales, le FICSA s’inscrit dans une politique de promotion culturelle et touristique de la province de l’Ennedi-Est, territoire spectaculaire classé pour ses paysages rocheux et son patrimoine naturel exceptionnel. Le festival devient ainsi une vitrine du Sahara tchadien, trop souvent réduit à ses contraintes géographiques, alors qu’il constitue un espace de création, de circulation et d’échanges historiques.
Durant sept jours, Amdjarass se transforme en scène à ciel ouvert. Les performances musicales occupent une place centrale, mettant à l’honneur les rythmes sahariens, les chants accompagnés de percussions et les formes vocales liées à la poésie orale. Ces expressions artistiques racontent la vie dans le désert, les migrations, les alliances tribales, mais aussi la relation intime entre l’homme, l’animal et l’espace saharien.
Le FICSA accorde également une large place aux arts du mouvement. Les danses traditionnelles, souvent collectives, traduisent des rituels sociaux et symboliques : célébrations, mariages, victoires ou moments de passage. Elles dialoguent avec des démonstrations équestres et des courses de dromadaires, temps forts très attendus du festival, qui rappellent le rôle central de ces animaux dans l’histoire des échanges transsahariens.
Si le festival est ancré dans le Tchad, il dépasse largement les frontières nationales. Le Sahara y est pensé comme un espace culturel continu, reliant différentes régions et peuples. À ce titre, le FICSA constitue un lieu de rencontres interculturelles, où artistes, artisans et visiteurs venus d’autres zones sahariennes partagent pratiques et récits. Même s’il n’est pas centré exclusivement sur la diaspora soudanaise, le festival fait écho aux circulations culturelles entre le Tchad, le Soudan et l’ensemble de la bande saharienne.
Les expositions d’artisanat occupent un autre volet essentiel de la programmation. Bijoux, textiles, objets en cuir ou en bois témoignent de savoir-faire transmis de génération en génération. En valorisant ces productions locales, le FICSA participe aussi à une dynamique économique, offrant une visibilité accrue aux artisans et aux circuits courts.
Au-delà de l’événement festif, le Festival International des Cultures Sahariennes porte une ambition plus large : réaffirmer la dignité culturelle des peuples du désert, renforcer la fierté identitaire et inscrire le Sahara dans les grandes cartographies culturelles contemporaines. Dans un monde où les marges sont souvent invisibilisées, Amdjarass devient, le temps d’une semaine, un centre.
Informations pratiques
Événement : Festival International des Cultures Sahariennes (FICSA) – 6ᵉ édition
Dates : Du 7 au 13 février 2026
Lieu : Amdjarass, province de l’Ennedi-Est, Tchad
Programme : musiques et danses sahariennes, poésie, artisanat, courses de dromadaires, expositions culturelles
Public : tout public
Galerie Angalia : voir le bassin du Congo autrement ( jusqu’au 28 février)
À la galerie Angalia, l’exposition Au cœur du bassin du Congo propose une immersion photographique dans l’un des territoires les plus vitaux et menacés de la planète. Le regard de Hugh Kinsella Cunningham relie paysages, communautés humaines et urgences climatiques.
Jusqu’au 28 février 2026, la Galerie Angalia présente Au cœur du bassin du Congo, une exposition photographique de Hugh Kinsella Cunningham, visible tout au long de la semaine du 6 février. Fidèle à sa ligne éditoriale, la galerie poursuit son travail de mise en lumière d’artistes engagés, attentifs aux réalités contemporaines de l’Afrique centrale et, en particulier, de la République démocratique du Congo.
Le bassin du Congo constitue l’un des plus vastes ensembles forestiers du monde et l’un des principaux régulateurs climatiques de la planète. Pourtant, ce territoire demeure largement absent des récits visuels dominants, souvent réduit à des chiffres, des alertes ou des images spectaculaires décontextualisées. Le travail de Hugh Kinsella Cunningham prend le contre-pied de cette approche. Son regard s’inscrit dans le temps long, celui de la présence, de l’observation et de la relation patiente avec les lieux et les populations.
L’exposition rassemble une sélection de photographies issues de plusieurs années de terrain. Le fleuve Congo y apparaît comme une colonne vertébrale, structurant les vies, les déplacements et les imaginaires. Autour de lui, se déploient des scènes de la vie quotidienne : pêche, transport fluvial, gestes agricoles, instants de repos ou de traversée. À ces images s’ajoutent des paysages plus silencieux — forêts denses, montagnes des Virunga, sommets des Ruwenzori — où la nature impose une présence presque écrasante, mais désormais fragile.
Ce qui frappe dans cette série, c’est l’absence de toute dramatisation forcée. La menace climatique, pourtant bien réelle, n’est jamais illustrée par l’effroi. Elle se lit dans les détails : la fonte progressive des glaciers, les transformations des écosystèmes, les adaptations quotidiennes des populations riveraines. La photographie devient alors un outil de compréhension, un espace de nuance, loin des récits catastrophistes qui saturent l’actualité environnementale.
Le travail de Cunningham se situe à la frontière du photojournalisme et de la photographie documentaire sensible. Il ne cherche pas à imposer un discours, mais à rendre visibles des liens : liens entre humains et milieux naturels, entre mémoire et territoire, entre exploitation et vulnérabilité. Chaque image semble poser la même question, en filigrane : comment habiter un monde en transformation sans en épuiser les ressources vitales ?
La galerie Angalia accompagne cette démarche par une présentation sobre, laissant au regard le temps de circuler. Spécialisée dans la mise en avant d’artistes vivant et travaillant en République démocratique du Congo, la galerie s’attache à défendre des pratiques visuelles ancrées dans le réel, mais ouvertes à une lecture globale. Ici, l’Afrique centrale n’est ni périphérique ni exotisée : elle est montrée comme un espace stratégique, au cœur des enjeux planétaires contemporains.
Au cœur du bassin du Congo dépasse ainsi le simple cadre de l’exposition photographique. Elle invite à une prise de conscience lente, presque silencieuse, où l’image agit comme un lieu de rencontre plutôt que comme un choc. Dans un contexte de crises écologiques accélérées, ce travail rappelle que la photographie peut encore être un outil de vigilance, de transmission et de responsabilité.
Informations pratiques
Galerie Angalia, 10–12 rue des Coutures Saint-Gervais, Paris 3ᵉ
Du 1er au 28 février 2026
Horaires habituels de la galerie
Entrée libre






















































