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Notre semaine culturelle débute avec le Panorama des cinémas à Paris


Du Maghreb au Nigeria, en passant par Marseille et les scènes américaines, la création africaine et ses diasporas s’imposent cette semaine : littérature, festivals, cinéma et musique se répondent. Entre mémoire coloniale, traditions orales, regards contemporains et succès sur Netflix, ces événements témoignent d’une scène en mouvement, diverse et profondément ancrée dans les enjeux du présent.

Du 25 mars au 12 avril 2026, l’Institut du monde arabe accueille la 21ᵉ édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, avec projections et rencontres autour de films récents portés par des voix émergentes et confirmées.

 

À Paris, l’Institut du monde arabe consacre plusieurs semaines au cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient avec la 21ᵉ édition du Panorama des cinémas, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel. Parrainé par le cinéaste Hakim Belabbes et la poétesse et réalisatrice Hala Mohammad, le festival se déploie du mercredi 25 mars au dimanche 12 avril dans 14 lieux — dont 10 cinémas — à Paris, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne.

Cette édition s’articule notamment autour de six rendez-vous exceptionnels à l’IMA, proposant un florilège de films en avant-première. Au total, la programmation réunit vingt-trois longs métrages — dont douze avant-premières et deux premières françaises — ainsi qu’une dizaine de courts-métrages, confirmant l’ampleur et l’ambition de cette édition.

À travers cet ensemble dense, le Panorama propose une plongée dans des œuvres contemporaines qui interrogent les sociétés de la région, leurs mutations et leurs tensions. Les rencontres organisées autour des projections participent pleinement de cette démarche, en offrant des espaces d’échange et de contextualisation.

Installé dans l’auditorium de l’institution, le Panorama mêle projections, rencontres et échanges avec les équipes des films. L’ambition est claire : offrir un espace de visibilité à des productions souvent peu diffusées en Europe, tout en favorisant une lecture contextualisée de ces œuvres.

Dès l’ouverture, le ton est donné avec Hijra de Shahad Ameen, présenté en présence du monteur Hervé de Luz. Le film s’inscrit dans une génération de récits qui explorent les trajectoires individuelles dans des contextes marqués par des transformations sociales profondes.

La programmation se poursuit avec L’Héritier des secrets de Mohamed Nadif, suivi de Yunan de Ameer Fakher Eldin. Ces projections, accompagnées de rencontres, constituent un axe structurant du Panorama, permettant d’éclairer les processus de création et de replacer les films dans leur environnement politique et social.

Un espace de circulation

Le Panorama ne se limite pas à une juxtaposition de films. Il construit un espace de circulation entre différentes formes d’écriture cinématographique, où se croisent documentaire, fiction et hybridations narratives. Cette diversité reflète l’état actuel des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, marqués par une grande vitalité mais aussi par des contraintes de production et de diffusion.

La présence de films comme Sink de Zain Duraie ou The Lions by the River Tigris de Zaradasht Ahmed témoigne de cette pluralité. Les œuvres abordent des thématiques variées — relations familiales, héritages politiques, conflits, déplacements — tout en explorant des formes cinématographiques parfois expérimentales.

Le festival accorde également une place à des cinématographies moins visibles, comme celle du Soudan avec Cotton Queen de Suzannah Mirghani, présentée dans le cadre d’une séance spécifique. Cette ouverture participe à une cartographie élargie des cinémas de la région.

Au-delà des films eux-mêmes, le Panorama s’inscrit dans une démarche de médiation culturelle. En invitant des réalisateurs et des intervenants à accompagner les projections, il crée un espace de dialogue avec le public et propose des clés de compréhension dans un contexte où les images circulent rapidement mais de manière fragmentée.

Le Panorama se déploie également au-delà de l’IMA, dans plusieurs salles d’Île-de-France — de Saint-Denis à Aubervilliers, de Bondy à Créteil — ainsi qu’à Paris, notamment au Louxor, à l’Archipel ou à l’Institut des Cultures de l’Islam. Cette extension territoriale renforce sa portée et son accessibilité.

En réunissant des films venus de contextes divers, le festival contribue à dessiner une cartographie en mouvement des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, entre mémoire, création et circulation des récits.

Informations pratiques

Événement : Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient — 21ᵉ édition
Lieu principal : Institut du monde arabe (Auditorium, niveau -2)
Dates : du 25 mars au 12 avril 2026
Séances à l’IMA :
25 mars (20h) — Hijra — Shahad Ameen
1er avril (20h) — L’Héritier des secrets — Mohamed Nadif
2 avril (20h) — Yunan — Ameer Fakher Eldin
8 avril (20h) — Sink — Zain Duraie
9 avril (20h) — The Lions by the River Tigris — Zaradasht Ahmed
11 avril (19h) — Cotton Queen — Suzannah Mirghani
Autres lieux : Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers, Bondy, Créteil, Ivry-sur-Seine, Paris
Programme : projections, rencontres, avant-premières
Billetterie : www.pcmmo.org et sur place

« La Résidence », ausculter la mécanique coloniale


Premier roman de Laurent Crassat, La Résidence explore près d’un siècle de conquête coloniale en Afrique du Nord. Entre fresque historique, ironie politique et mémoire impériale, le livre retrace les logiques de domination qui ont façonné l’Algérie, le Maroc, l’Europe.



Avec La Résidence, paru le 6 février 2026 aux Éditions Intervalles, Laurent Crassat signe un premier roman qui choisit d’entrer dans l’histoire coloniale par la littérature plutôt que par l’essai. Le livre se déploie de 1830 à 1925 et plonge le lecteur dans l’histoire européenne de la colonisation de l’Afrique du Nord. L’ambition est claire: montrer que la conquête ne relève pas seulement de l’épopée militaire, mais d’un enchevêtrement de calculs politiques, d’intérêts financiers, de rivalités diplomatiques et de constructions idéologiques. Fortement documenté, le texte assume pourtant une écriture romanesque, ce qui lui permet de faire circuler la grande histoire à travers des scènes, des voix et des affrontements de pouvoir plus incarnés.

L’un des intérêts majeurs de l’ouvrage tient à la manière dont il oppose deux modalités de domination coloniale. D’un côté, l’Algérie, où la conquête apparaît dans sa brutalité la plus directe, sanglante et assumée. De l’autre, le Maroc, où s’installe un protectorat plus feutré, plus diplomatique en apparence, mais non moins structurant dans ses effets. En suivant cette ligne de fracture, Laurent Crassat ne s’en tient pas à une chronique militaire. Il restitue aussi la vie des colonisés et celle des colons, tout en replaçant ces trajectoires dans un faisceau d’événements historiques qui déborde largement le seul cadre maghrébin: prise d’Alger, Monarchie de Juillet, guerre de 1870, Commune de Paris, naissance de la Troisième République, crise de Tanger, instauration du Protectorat ou encore guerre du Rif. Le rappel des tensions d’Agadir en 1911, présentées comme un élément ayant contribué à la marche vers la Première Guerre mondiale, élargit encore le champ et montre combien la question coloniale fut aussi une affaire européenne.

Laurent Crassat.

Une galerie de figures et une langue de combat

Cette densité historique n’empêche pas le livre de se construire autour de personnages et de figures nettement identifiables. La Résidence fait ainsi se croiser les grands noms du colonialisme français — Thiers, Talleyrand, Lyautey, Bugeaud — avec ceux de sa contestation ou de sa résistance, tels Abdelkader et Abdelkrim el-Khattabi. À cette galerie politique et militaire s’ajoutent des intellectuels et des artistes comme Delacroix, Péguy ou Hugo. Ce choix n’a rien d’ornemental. Il permet de rappeler que la colonisation ne s’est pas seulement imposée par les armes ou les décrets, mais aussi par des récits, des représentations, des imaginaires et des justifications culturelles. En ce sens, le roman travaille autant la scène du pouvoir que la fabrique du regard.

Le communiqué insiste d’ailleurs sur l’un des traits les plus singuliers du texte: son ironie mordante et sa langue truculente, jouant avec le phrasé des élites de l’époque. C’est sans doute là que réside l’une des promesses les plus intéressantes du livre. Plutôt que d’écraser son sujet sous la gravité démonstrative, Laurent Crassat semble choisir la distance critique, le décalage, parfois la satire, pour mieux faire apparaître les mécanismes de domination. Ce parti pris peut donner au roman une double portée. Il restitue un moment historique précis, tout en laissant affleurer ses résonances contemporaines. Car derrière les intrigues politiques d’hier, le lecteur d’aujourd’hui peut reconnaître des formes de langage, des hiérarchies implicites et des rationalités de puissance qui n’ont pas entièrement disparu.

Né en 1975 à Bordeaux, écrivain, romancier et professeur de philosophie, Laurent Crassat a notamment enseigné au lycée français de Meknès et vit aujourd’hui en Dordogne. Ce parcours n’est pas anodin. Il éclaire en partie l’attention portée au Maghreb, aux circulations entre les deux rives et aux strates historiques qui continuent d’informer le présent. Que La Résidence soit son premier roman ajoute à la curiosité qu’il suscite: en 160 pages, l’auteur entend embrasser près d’un siècle d’histoire et en faire sentir à la fois la violence, la complexité et les prolongements.

Au fond, le livre semble se situer à la jonction de plusieurs attentes contemporaines: relire l’histoire coloniale sans simplisme, rendre visibles ses architectures de pouvoir, et rappeler que les conquêtes se jouent autant dans les bureaux, les salons et les discours que sur les champs de bataille. C’est ce croisement entre érudition, narration et mordant critique qui pourrait faire de La Résidence un ouvrage à part dans la rentrée littéraire: un roman bref par le format, mais ample par son horizon.


Ladysmith Black Mambazo en tournée aux États-Unis 

En tournée américaine au printemps 2026, Ladysmith Black Mambazo se produit sur plusieurs scènes du nord-est des États-Unis, avec des concerts programmés du 27 mars au 3 avril à New York, Storrs, Cambridge, Keene et Saratoga Springs.

Ladysmith Black Mambazo.

Figure majeure de la musique vocale africaine, Ladysmith Black Mambazo poursuit sa tournée américaine entamée en février, avec une série de dates dans le nord-est des États-Unis. Plusieurs concerts sont ainsi programmés du 27 mars au 3 avril à New York, Storrs, Cambridge, Keene et Saratoga Springs.

Fondé en 1960 à Ladysmith, dans la province du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud, par Joseph Shabalala, le groupe s’est imposé comme l’un des ensembles les plus influents du continent. Composé de chanteurs masculins, il s’inscrit dans les traditions vocales locales de l’isicathamiya et du mbube, deux styles zoulous a cappella caractérisés par des harmonies précises, une grande discipline collective et une forte dimension spirituelle.

À l’origine, ces chants étaient interprétés dans les communautés de travailleurs migrants, souvent dans des contextes nocturnes où la discrétion et la maîtrise vocale étaient essentielles. Le terme isicathamiya, qui évoque l’idée de marcher sur la pointe des pieds, traduit cette esthétique du contrôle et de la retenue. Ladysmith Black Mambazo a su transformer cette pratique en une forme scénique codifiée, tout en conservant son ancrage social et culturel.

Au fil des décennies, le groupe a construit une œuvre prolifique, récompensée par de nombreux disques d’or et de platine, en Afrique du Sud comme à l’international. Leur musique s’est progressivement imposée comme un vecteur de diffusion de la culture zouloue, mais aussi comme un langage universel, capable de toucher des publics bien au-delà de son contexte d’origine.

Une reconnaissance mondiale

La reconnaissance internationale du groupe s’est accélérée en 1986 avec sa participation à l’album Graceland du chanteur américain Paul Simon. Cette collaboration a marqué un tournant décisif, en exposant leur musique à un public mondial et en contribuant à inscrire durablement leur nom sur la scène internationale. Elle s’inscrivait également dans un contexte politique sensible, où la circulation des artistes sud-africains était encore marquée par les tensions liées à l’apartheid.

Depuis, Ladysmith Black Mambazo a remporté plusieurs distinctions majeures, dont cinq Grammy Awards. L’un d’eux a été dédié à la mémoire de Nelson Mandela, soulignant le lien étroit entre leur trajectoire artistique et l’histoire contemporaine de l’Afrique du Sud. Le groupe a ainsi souvent été perçu non seulement comme une formation musicale, mais comme un symbole culturel et politique.

Aujourd’hui, l’ensemble est porté par une nouvelle génération, notamment des membres de la famille Shabalala, qui perpétuent l’héritage du fondateur. Cette continuité familiale s’accompagne d’une volonté explicite de transmission. Le groupe intervient régulièrement dans des programmes éducatifs et développe des projets destinés à initier les jeunes à l’isicathamiya, afin d’éviter la disparition progressive de cette tradition.

Sur scène, Ladysmith Black Mambazo privilégie une approche minimaliste. L’absence d’instrumentation met en avant la précision des voix, la richesse des harmonies et la cohésion du groupe. Chaque geste, chaque déplacement est maîtrisé, participant à une esthétique globale où la sobriété renforce l’intensité.

Dans un environnement musical dominé par les technologies et l’amplification, cette économie de moyens confère à leurs performances une dimension presque intemporelle. Le public est invité à une écoute attentive, où la nuance et la respiration prennent le pas sur l’effet spectaculaire.

Cette tournée américaine illustre cette permanence. En se produisant dans des salles de tailles et de statuts variés — du théâtre universitaire à des lieux plus intimistes — le groupe maintient un lien direct avec des publics diversifiés. Chaque concert devient ainsi un espace de transmission, où se croisent mémoire, identité et création contemporaine.

Informations pratiques

27 mars 2026 — New York — Symphony Space
28 mars 2026 — Storrs (Connecticut) — Jorgensen Center for the Performing Arts
29 mars 2026 — Cambridge (Massachusetts) — Sanders Theatre
2 avril 2026 — Keene (New Hampshire) — Colonial Theatre
3 avril 2026 — Saratoga Springs (New York) — Caffè Lena Billetterie disponible via les sites officiels des salles et plateformes de reservations

« The Black Book », un thriller nigérian sur Netflix

À voir ou à revoir sur Netflix, The Black Book s’impose comme un thriller nigérian marquant, mêlant vengeance et critique sociale. Réalisé par Editi Effiong, le film explore les violences policières et les dérives institutionnelles dans un Nigeria contemporain.



Sorti en 2023 sur Netflix, The Black Book s’est rapidement imposé comme l’un des films nigérians les plus visibles à l’international. Réalisé par Editi Effiong, ce thriller s’inscrit dans une nouvelle génération de productions africaines qui cherchent à conjuguer exigence narrative, ambition visuelle et portée politique.

Le film suit Paul Edima, incarné par Richard Mofe-Damijo, un ancien agent devenu diacre, dont la vie bascule lorsque son fils est accusé à tort d’un crime puis exécuté par un réseau de policiers corrompus. Ce point de départ, classique dans sa structure, sert de moteur à un récit qui oscille entre enquête, vengeance et dénonciation.

Très rapidement, The Black Book dépasse le cadre du simple film d’action. La trajectoire de son personnage principal devient le prisme d’une réflexion plus large sur les institutions nigérianes. Le film met en scène une police infiltrée par des logiques de corruption, où la violence n’est plus une dérive mais un mode de fonctionnement. Cette représentation, bien que fictionnelle, fait écho à des réalités contemporaines, notamment aux mobilisations contre les violences policières.

Visuellement, le film marque une évolution notable dans le cinéma nigérian. Les scènes d’action, les décors urbains et le travail sur la lumière témoignent d’un effort de production inhabituel à cette échelle. Avec un budget estimé à environ un million de dollars, The Black Book se positionne comme un projet ambitieux pour Nollywood, une industrie longtemps caractérisée par des productions rapides et peu coûteuses.

Un tournant pour Nollywood

Le succès du film ne se limite pas à ses qualités techniques. Dès sa sortie, The Black Book s’est hissé dans le top 10 de plusieurs dizaines de pays sur Netflix, atteignant même le classement mondial. Cette visibilité internationale confirme une tendance déjà amorcée : celle d’un cinéma africain de plus en plus tourné vers un public global.

Ce positionnement s’inscrit dans une transformation plus large de Nollywood. Longtemps centrée sur un marché local ou diasporique, l’industrie nigériane investit désormais dans des productions capables de circuler à l’échelle internationale. Cela implique une montée en gamme des standards techniques, mais aussi une évolution des récits, qui doivent être à la fois ancrés localement et compréhensibles universellement.

Dans ce contexte, The Black Book apparaît comme un film charnière. Il conserve des éléments typiques du cinéma nigérian — intensité dramatique, ancrage social fort — tout en adoptant les codes du thriller globalisé. Cette hybridation constitue l’une des clés de son succès.

Le film s’inscrit également dans une dynamique de financement nouvelle. Une partie de ses ressources provient d’investisseurs issus du secteur technologique nigérian, signe d’un rapprochement croissant entre industries culturelles et écosystèmes économiques émergents. Cette évolution pourrait, à terme, transformer durablement les conditions de production du cinéma africain.

Au-delà de son succès, The Black Book pose une question centrale : celle de la représentation. En mettant en scène un État fragilisé par la corruption et la violence, il participe à une forme de critique interne, rarement portée à cette échelle. Le film ne cherche pas à lisser les réalités qu’il évoque. Il les expose frontalement, au risque de déranger.

Ce positionnement confère à l’œuvre une dimension politique, sans pour autant sacrifier son efficacité narrative. Le spectateur est pris dans un récit tendu, mais constamment ramené à une réalité plus large, celle d’un système où la justice apparaît incertaine et contestée.

Informations pratiques
Titre : The Black Book
Réalisation : Editi Effiong
Pays : Nigeria
Année : 2023
Durée : 2h04
Plateforme : Netflix
Genre : thriller, policier

La Nuit des Griots à Marseille (3-10 avril)

Du 3 au 10 avril 2026, Marseille accueille la 11e édition de La Nuit des Griots, un festival consacré aux traditions orales d’Afrique et de ses diasporas, entre musique, transmission et création contemporaine, dans une programmation ouverte et plurielle.

Du 3 au 10 avril 2026, Marseille devient l’un des points d’ancrage des cultures africaines en Europe avec la 11e édition de La Nuit des Griots. Pensé comme un festival de cultures vivantes, l’événement met à l’honneur une figure centrale de l’Afrique de l’Ouest : le griot, dépositaire d’une mémoire orale transmise de génération en génération.

Dans un contexte où les pratiques artistiques se recomposent entre héritage et modernité, La Nuit des Griots propose une programmation qui mêle concerts, danse, rencontres et arts vivants. L’objectif est double : préserver des traditions anciennes tout en leur offrant un espace d’expression contemporain, accessible à un public élargi.

Au cœur du festival, la figure du griot occupe une place structurante. À la fois musicien, conteur, historien et médiateur, il incarne une fonction sociale essentielle dans les sociétés ouest-africaines. Porteur de la parole, il transmet les récits fondateurs, les généalogies et les valeurs collectives. Sa voix ne se limite pas à l’expression artistique : elle constitue un vecteur de cohésion sociale.

Le griot est également un poète et un conseiller, dont le rôle s’inscrit dans la durée. Il intervient lors des moments clés de la vie communautaire — mariages, naissances, cérémonies — et contribue à maintenir un lien entre passé et présent. Cette fonction, profondément ancrée dans la culture mandingue, repose sur une transmission orale exigeante, qui se perpétue au fil des générations.

Une tradition réinventée dans un cadre contemporain

La Nuit des Griots s’inscrit dans cette dynamique de transmission tout en l’adaptant aux réalités contemporaines. Le festival ne se limite pas à une mise en scène patrimoniale : il propose un espace de dialogue entre les formes traditionnelles et les expressions actuelles. Les artistes invités explorent ainsi des croisements entre musique ancestrale et influences modernes, entre oralité et nouvelles formes de narration.

Marseille, ville portuaire marquée par une forte diversité culturelle, constitue un terrain particulièrement propice à cette rencontre. En accueillant le festival, elle devient un lieu de circulation des imaginaires, où se croisent les héritages africains et les expériences diasporiques. Cette dimension est centrale dans l’identité de l’événement, qui entend refléter la pluralité des trajectoires culturelles.

La programmation, volontairement ouverte, s’adresse à un public large. Elle articule performances scéniques et moments de partage, permettant de contextualiser les pratiques artistiques présentées. Les rencontres offrent notamment des clés de lecture sur les traditions griotiques, leur évolution et leur place dans les sociétés contemporaines.

Au-delà de la scène, le festival affirme une ambition de transmission. En mettant en avant des traditions séculaires, il contribue à leur visibilité et à leur reconnaissance. Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de valorisation du patrimoine immatériel africain, souvent méconnu ou réduit à des formes folklorisées.

La Nuit des Griots se positionne ainsi comme un espace de médiation culturelle, où la parole, la musique et le récit deviennent des outils de compréhension du monde. En croisant héritages et créations actuelles, le festival propose une lecture dynamique des cultures africaines, loin des représentations figées.

Informations pratiques
Événement : La Nuit des Griots — 11e édition
Dates : du 3 au 10 avril 2026
Lieu : Marseille, France
Programme : concerts, danse, rencontres, arts vivants
Billetterie : disponible en ligne via les plateformes du festival