Notre semaine culturelle africaine (9-15 janvier) débute avec AFRIMA Music Village à Lagos (9 janvier 2026)

Concerts populaires et scènes urbaines, expositions conceptuelles, littérature engagée, cinéma nigérian et grands rendez-vous panafricains : cette semaine culturelle dessine une Afrique plurielle, en mouvement. De Lagos à Casablanca, de Ouagadougou aux plateformes de streaming, la création africaine affirme ses voix, ses luttes et ses récits contemporains.

Le vendredi 9 janvier 2026, Lagos deviendra l’épicentre de la musique africaine contemporaine. Le AFRIMA Music Village investira le Ikeja City Mall, à Alausa, Ikeja, pour une soirée annoncée comme l’un des temps forts de la semaine des All Africa Music Awards. Une nuit open-air, festive et dense, pensée comme une célébration collective de la création musicale africaine.

Le vendredi 9 janvier 2026, Lagos deviendra l’épicentre de la musique africaine contemporaine avec l’AFRIMA Music Village, l’un des moments les plus fédérateurs de la semaine des All Africa Music Awards. Installé au Ikeja City Mall, à Alausa, au cœur de Lagos Mainland, l’événement se tiendra en prélude à la 9ᵉ édition des AFRIMA, organisés du 7 au 11 janvier dans la capitale économique nigériane.

Pensé comme un contrepoint assumé à la cérémonie officielle de remise des prix prévue le 11 janvier, l’AFRIMA Music Village s’impose depuis plusieurs éditions comme le versant le plus populaire, le plus immédiat et le plus incarné des AFRIMA. Là où la cérémonie consacre, le Music Village rassemble. Là où l’institution formalise, il libère les corps, les sons et les circulations. Open-air, festif et dense, il attire aussi bien les habitants de Lagos que les artistes, managers, producteurs et journalistes venus de tout le continent pour la semaine AFRIMA.

Présenté comme l’un des plus grands rendez-vous musicaux jamais organisés à Lagos, le Music Village 2026 réunira plus de 25 artistes et DJs africains sur une seule scène, le temps d’une nuit non-stop, de 18h (WAT) jusqu’à la fermeture. Ce format volontairement foisonnant n’a rien d’anecdotique : il traduit une vision de la musique africaine comme un flux continu, traversé par des influences multiples, des collaborations spontanées et une énergie collective qui dépasse les logiques de tête d’affiche.

Cette année marque une montée en puissance symbolique et logistique avec l’association du Music Village à la célèbre Mainland Block Party. Cette alliance transforme l’événement en un véritable « city-wide takeover », une prise de possession culturelle de la ville par la musique. Plus qu’un concert, il s’agit d’une fusion entre block party et grand rassemblement panafricain, pensée comme une célébration de la rue, de la fête, de la communauté et de l’expérience AFRIMA dans ce qu’elle a de plus vivant.

Le public n’est pas seulement spectateur : il circule, danse, répond aux artistes, participe à cette dynamique de communion qui fait la singularité du Music Village. L’événement se vit autant qu’il s’écoute, dans une logique de partage immédiat et d’appropriation collective.

Un plateau panafricain

Le line-up 2026 assume pleinement sa dimension continentale. Il mêle grandes figures de la pop et des musiques urbaines africaines, artistes enracinés dans des traditions musicales fortes, voix montantes et DJs influents. Des artistes comme Harmonize, Peter Psquare, Yemi Alade, Wande Coal, Zlatan, Ayuba, Stonebwoy, Innos’B, Kcee, 9ice, Jeriq, Skales, Moliy ou encore Femi Kuti incarnent la diversité des scènes africaines actuelles, de l’afrobeats à l’afropop, du hip-hop aux héritages afrobeat et highlife.

La présence d’Iba One, figure majeure du rap malien, confirme l’orientation résolument panafricaine de l’événement, au-delà des seuls pôles anglophones ou ouest-africains dominants. La Côte d’Ivoire sera quant à elle représentée par Didi B, annoncé comme l’unique artiste ivoirien du line-up officiel, appelé à se produire devant un public international et des professionnels de l’industrie venus de toute l’Afrique et de la diaspora.

Le choix du Ikeja City Mall n’est pas anodin. Situé à Lagos Mainland, dans un quartier densément peuplé et facilement accessible, le site permet d’accueillir un public massif dans un cadre sécurisé, tout en restant profondément ancré dans la vie quotidienne de la ville. Ces dernières années, le centre commercial s’est imposé comme un espace hybride, capable d’absorber de grands événements culturels sans rompre avec son environnement urbain. Le Music Village y trouve un écrin à la hauteur de ses ambitions : populaire, ouvert, urbain et profondément lagossien.

Au-delà du spectacle, l’AFRIMA Music Village agit comme une véritable vitrine de l’industrie musicale africaine contemporaine. Pour les artistes, c’est un espace de visibilité et de rencontres informelles. Pour les professionnels, un lieu d’observation privilégié des tendances, des publics et des nouvelles dynamiques du marché. Pour Lagos, enfin, une affirmation supplémentaire de son statut de capitale culturelle majeure du continent, capable d’absorber, de transformer et de projeter l’énergie musicale africaine.

Informations pratiques

Événement : AFRIMA Music Village – 9ᵉ édition
Date : vendredi 9 janvier 2026
Horaires : de 18h (WAT) jusqu’à la fermeture
Lieu : Ikeja City Mall, Alausa, Ikeja, Lagos, Nigeria
Cadre : All Africa Music Awards 2026 (7–11 janvier, Lagos)
Format : concert open-air, musique non-stop, block party & performances live
Programmation : plus de 25 artistes et DJs africains annoncés
Billetterie officielle : www.afrima.org

 

Lagos : Nifemi Marcus-Bello expose la matière comme archive vivante (jusqu’au 10 janvier) 

À Lagos, Material Affirmations: ORÍKÌ Acts I–III marque le retour de Nifemi Marcus-Bello sur son sol natal. Une exposition dense et conceptuelle, où bronze, aluminium et cuivre deviennent des récits critiques de l’histoire, du présent et des futurs africains.



 Nifemi Marcus-Bello

« Mon objectif a toujours été d’interroger l’histoire des matériaux et l’identité, tout en cherchant à comprendre leur signification culturelle au sein de la société. » Cette déclaration de Nifemi Marcus-Bello donne le ton de Material Affirmations: ORÍKÌ Acts I–III, sa première exposition personnelle à Lagos, présentée par Tiwani Contemporary en collaboration avec Marta Los Angeles. Plus qu’une exposition de design, il s’agit d’un projet de recherche plastique et politique, où la matière devient langage, mémoire et projection.

Le fil conducteur de l’exposition est l’oríkì, tradition yoruba de poésie de louange et d’affirmation identitaire, transposée ici dans l’espace visuel et sonore. Une bande sonore, portée par la voix de Folake Marcus-Bello, la mère de l’artiste, délivrant un oríkì personnalisé à son fils, enveloppe le visiteur. Cette présence intime donne à l’exposition une dimension transgénérationnelle, reliant gestes artisanaux, transmission familiale et histoire collective.

Trois actes, trois matérialités, trois temporalités

L’exposition se structure en trois actes, chacun centré sur un matériau et une temporalité précise.

Act I – Friction Ridge se concentre sur le bronze, matériau du passé. Marcus-Bello s’inscrit ici dans la continuité des bronzes du Bénin, non pour les citer, mais pour en prolonger la logique : un matériau comme porteur de récit, de rituel et d’identité. Les œuvres, réalisées selon la technique traditionnelle de la cire perdue en collaboration avec des artisans de Lagos et de Benin City, portent physiquement les traces de la main humaine. Le choix de formes répétées, notamment des assises collectives aux courbes douces, met en avant la notion de touch work, ce travail du toucher qui relie le corps, la matière et la communauté.

Act II – Tales By Moonlight explore l’aluminium comme matériau du présent. Issu de l’économie informelle, du recyclage et de la réparation, l’aluminium raconte une Afrique prise dans les flux de la surconsommation mondiale. Les pièces s’inspirent directement du travail des fondeurs de pièces automobiles à Lagos, qui prolongent la vie de véhicules importés d’Europe et des États-Unis. Ici, l’aluminium devient le symbole d’une modernité bricolée, à la fois ingénieuse et contrainte, révélant les déséquilibres structurels de l’économie globale.

Act III – Whispers of a Trail se tourne vers le futur à travers le cuivre. Métal stratégique, abondant en Afrique mais majoritairement exporté sans transformation, il cristallise les enjeux d’extraction, de valeur ajoutée et de souveraineté économique. Marcus-Bello y injecte une dimension personnelle, liée à ses années passées en Zambie, au cœur du Copperbelt. Les œuvres — tables, assises, luminaires — interrogent la possibilité d’un futur où les ressources africaines seraient transformées localement, générant innovation et autonomie.

Au-delà de leur fonction, ces objets se veulent métaphysiques. Ils interrogent notre rapport à l’usage, à la valeur et au désir, tout en rendant visibles les chaînes humaines — artisans, marchés, territoires — qui rendent la matière possible.

Présentées auparavant à Los Angeles et Miami, et aujourd’hui réunies à Lagos, ces œuvres trouvent ici une résonance particulière. La ville n’est plus seulement un contexte, mais un acteur du récit. À quelques jours de sa clôture, Material Affirmations: ORÍKÌ Acts I–III s’impose comme une exposition majeure, où le design africain contemporain affirme sa capacité à penser le monde à partir de ses propres matériaux.

Informations pratiques
Exposition : Material Affirmations: ORÍKÌ Acts I–III
Artiste : Nifemi Marcus-Bello
Dates : jusqu’au 10 janvier 2026
Lieu : Tiwani Contemporary, Victoria Island, Lagos, Nigeria
Type : exposition solo (design / art contemporain)
Accès : informations et horaires via les canaux officiels de Tiwani Contemporary

Avec Najat Aatabou, la chanson populaire marocaine à l’honneur à Casablanca (13 janvier 2026)

Le 13 janvier 2026, Casablanca accueillera l’une des grandes voix du répertoire populaire marocain. Najat Aatabou est annoncée en concert au Morocco Mall, dans le cadre d’un événement présenté comme l’Africa Festival Morocco Mall. Une date confirmée, relayée par les canaux officiels du lieu et de l’artiste, qui s’inscrit dans la dynamique des programmations culturelles hivernales de la capitale économique marocaine.

Figure incontournable de la chanson marocaine depuis les années 1980, Najat Aatabou incarne une musique à la fois populaire, engagée et profondément ancrée dans les réalités sociales. Sa voix puissante, reconnaissable entre toutes, a porté des textes souvent audacieux sur la condition féminine, l’amour, la liberté et les contradictions de la société. Au fil des décennies, elle s’est imposée comme une artiste transgénérationnelle, capable de rassembler un public large, bien au-delà des cercles traditionnels de la musique populaire.

Le concert annoncé au Morocco Mall s’inscrit dans une soirée à vocation culturelle et musicale, sous l’appellation « Africa Festival ». Les éléments actuellement disponibles indiquent qu’il s’agit d’un événement ponctuel, centré principalement sur la performance de Najat Aatabou, plutôt que d’un festival au sens classique du terme, avec une programmation étendue sur plusieurs jours ou plusieurs scènes. À ce stade, aucune autre tête d’affiche n’a été officiellement annoncée pour la même date.

Une artiste emblématique dans un cadre grand public

Le choix du Morocco Mall comme lieu d’accueil n’est pas anodin. Espace commercial mais aussi plateforme événementielle, il accueille régulièrement des concerts destinés à un large public, dans une logique d’accessibilité et de visibilité. Cette configuration permet à Najat Aatabou de se produire dans un cadre grand public, tout en touchant un public varié, allant des amateurs de musique populaire marocaine aux spectateurs plus jeunes ou occasionnels.


 Najat Aatabou

L’événement participe également à une mise en avant plus large des cultures africaines au sein de programmations urbaines contemporaines, même si l’appellation « Africa Festival » reste, en l’état, davantage une dénomination événementielle qu’un label institutionnalisé. La communication officielle insiste avant tout sur la présence de l’artiste et sur le caractère exceptionnel de la soirée.

Pour le public casablancais, comme pour les visiteurs de passage, ce concert constitue une occasion de retrouver sur scène une voix majeure du patrimoine musical marocain, toujours active, toujours suivie, et dont les performances live restent un moment fédérateur.

Informations pratiques
Artiste : Najat Aatabou
Événement : Africa Festival Morocco Mall
Date : mardi 13 janvier 2026
Heure : 20 h
Lieu : Morocco Mall, Casablanca, Maroc
Type : concert
Billetterie : informations disponibles via les canaux officiels du Morocco Mall et plateformes partenaires

 

« Le harem du roi » de Djaïli Amadou Amal : quand l’amour se heurte au pouvoir

Avec Le harem du roi, Djaïli Amadou Amal explore la collision entre modernité et traditions patriarcales. Un roman tendu et politique, paru en format poche début janvier 2026, qui interroge le pouvoir, la condition féminine et le prix intime de l’autorité.

Paru en édition poche début janvier 2026, Le harem du roi s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Djaïli Amadou Amal, autrice camerounaise dont les romans sondent, avec constance et précision, les rapports de domination à l’œuvre dans certaines sociétés africaines contemporaines. Après Les Impatientes, ce nouveau texte confirme une écriture engagée, mais jamais didactique, où la fiction sert d’outil d’exploration sociale.

Le roman s’ouvre sur une situation familière et résolument moderne. Seini et Boussoura vivent à Yaoundé. Lui est médecin, elle professeure de littérature. Ils forment un couple éduqué, urbain, amoureux, ancré dans un présent où les rôles semblent négociables et les choix personnels respectés. Cette normalité apparente est brutalement fissurée lorsque Seini est rappelé à ses origines : fils d’un lamido, un roi traditionnel peul, il est appelé à succéder à son père.


Djaïli Amadou Amal

À partir de ce basculement, Le harem du roi change d’échelle. Le roman quitte l’espace privé pour entrer dans celui du pouvoir coutumier. Seini devient chef religieux et politique, dépositaire d’une tradition qui ne souffre aucune remise en question. Boussoura, elle, découvre un monde régi par des règles strictes, où la polygamie, la hiérarchie féminine et la soumission au souverain constituent l’ordre social.

Un homme pris dans un système

Le cœur du roman réside dans cette tension irréductible. Peut-on exercer un pouvoir traditionnel sans en épouser les violences symboliques ? Peut-on aimer une femme et accepter qu’elle devienne une épouse parmi d’autres ? Amal ne propose pas de réponse simple. Elle montre au contraire comment le pouvoir, même hérité, transforme celui qui l’exerce. Seini n’est ni un monstre ni un tyran caricatural. Il est un homme pris dans un système qui exige des sacrifices et les impose surtout aux femmes.

Boussoura est le véritable centre de gravité du récit. Intellectuelle, lucide, amoureuse, elle se heurte à une structure sociale qui nie son individualité. À travers elle, l’autrice explore la condition des femmes enfermées dans le harem, chacune porteuse d’une histoire, d’une résignation ou d’une stratégie de survie. Le harem n’est pas décrit comme un simple décor exotique, mais comme une institution politique à part entière, un espace où se joue l’ordre du pouvoir masculin.

La force du roman tient à son écriture maîtrisée, directe, sans pathos excessif. Amal ne cherche pas à choquer, mais à rendre visible. Les scènes de vie quotidienne, les silences, les regards, les compromis imposés donnent au texte une densité particulière. Le lecteur assiste à une lente dépossession : celle d’une femme, mais aussi celle d’un homme qui renonce progressivement à ce qu’il était.

Le harem du roi est aussi un roman sur l’impossibilité du compromis. Entre la modernité et certaines traditions, l’autrice montre que la conciliation est parfois un leurre, surtout lorsque les structures de pouvoir reposent sur l’inégalité. Le livre ne condamne pas une culture dans son ensemble, mais interroge ce qui, en son sein, résiste à toute réforme.

Paru initialement en 2024, le roman trouve une nouvelle actualité avec sa sortie en poche début 2026. À un moment où les débats sur les droits des femmes, les héritages culturels et les formes de domination traversent les sociétés africaines et diasporiques, Le harem du roi s’impose comme un texte nécessaire. Un roman qui ne cherche pas à réconcilier, mais à faire voir et à faire réfléchir.

 

Informations pratique
Titre : Le harem du roi
Autrice : Djaïli Amadou Amal
Pays : Cameroun
Genre : roman
Première parution : août 2024 (Éditions Emmanuelle Collas)
Édition poche : janvier 2026 (J’ai Lu)
Formats : broché, poche, eBook
Thèmes : pouvoir traditionnel, condition féminine, polygamie, modernité vs tradition

 

« Lionheart », le Nigeria autrement : un film à voir ou à revoir sur Netflix 

Avec Lionheart, Genevieve Nnaji signe un film nigérian à contre-courant des excès de Nollywood. Une comédie dramatique sobre et élégante, à voir ou à revoir, qui parle d’entreprise, de filiation et de pouvoir féminin sans folklore ni démonstration.

À sa sortie, Lionheart a marqué un tournant discret mais décisif dans l’histoire du cinéma nigérian contemporain. Non par un choc esthétique ou un geste radical, mais par un choix plus rare : celui de la justesse. Dans un paysage souvent dominé par l’emphase narrative et émotionnelle, le film de Genevieve Nnaji impose une écriture mesurée, lisible, profondément ancrée dans le réel.

L’intrigue tient sur une ligne claire. Adaeze Obiagu, cadre efficace et loyale, travaille dans l’entreprise de transport fondée par son père. Lorsque celui-ci tombe malade, elle se retrouve confrontée à une succession incertaine où ses compétences sont mises en doute au profit de considérations traditionnelles. Pour sauver l’entreprise familiale, elle devra composer avec un oncle plus âgé, charismatique mais imprévisible, des partenaires financiers sceptiques et un environnement professionnel encore structuré par des réflexes masculins.

Ce qui distingue immédiatement Lionheart, et justifie qu’on le voie ou le revoie aujourd’hui, c’est son refus de la caricature. Le Nigeria qu’il montre n’est ni misérabiliste ni folklorique. Lagos apparaît comme une métropole contemporaine, organisée, traversée par les mêmes enjeux que toute grande capitale économique : compétitivité, crédibilité, héritage, pression du résultat. Le film parle d’entreprise, de gouvernance, de négociation — des thèmes rarement traités avec sérieux dans le cinéma africain grand public — sans jamais basculer dans le discours pédagogique.

Genevieve Nnaji, également interprète principale, évite avec intelligence le piège du film-programme. Lionheart n’est pas un manifeste féministe au sens militant du terme. Adaeze n’est ni une victime, ni une héroïne sacrificielle, ni une figure de revanche. Elle est compétente, calme, stratège, parfois hésitante, souvent lucide. Son combat n’est pas idéologique mais pragmatique : elle veut diriger parce qu’elle sait faire. Cette posture confère au film une portée politique implicite, précisément parce qu’elle n’est jamais martelée.

La nuance plutôt que l’affrontement frontal

La relation entre Adaeze et son père constitue l’autre axe fort du récit. Lionheart explore la transmission dans toute son ambivalence : loyauté, dette symbolique, affection, mais aussi aveuglement et reproduction de normes anciennes. Le père n’est pas présenté comme un obstacle caricatural, mais comme un homme d’une génération antérieure, attaché à des réflexes culturels qu’il ne remet que partiellement en question. Là encore, le film préfère la nuance à l’affrontement frontal.

Sur le plan formel, la mise en scène se caractérise par une grande discrétion. Pas d’effets ostentatoires, pas de dramatisation excessive. La caméra accompagne les personnages dans leur quotidien professionnel, s’attarde sur les réunions, les déplacements, les silences. Cette retenue donne au film une tonalité presque universelle. Lionheart pourrait se dérouler dans n’importe quelle économie émergente, dans toute entreprise familiale confrontée au passage de relais et à la modernisation.

Le choix de Netflix de produire et de diffuser le film a joué un rôle déterminant dans sa réception internationale. Lionheart fut le premier film nigérian acquis comme Netflix Original, ouvrant la voie à une visibilité nouvelle pour Nollywood, moins spectaculaire mais plus qualitative. Le film ne cherche jamais à expliquer le Nigeria au spectateur occidental, ni à l’exotiser. Il part du principe que le spectateur saura suivre – et ce pari est tenu.

À distance de sa sortie, Lionheart apparaît comme un film charnière. Ni œuvre radicale ni produit formaté, il incarne une transition : celle d’un cinéma nigérian capable de raconter son présent avec sobriété, élégance et précision. Un film à voir, et surtout à revoir, pour mesurer ce que la retenue peut produire lorsqu’elle est maîtrisée.

Informations pratiques

Titre : Lionheart
Réalisation : Genevieve Nnaji
Pays : Nigeria
Année : 2018
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie dramatique
Disponibilité : Netflix
Langues : anglais, igbo (sous-titres disponibles)

 

«King of Boys: The Return of the King » , le pouvoir politique nigérian mis à nu en série

Avec King of Boys: The Return of the King, Nollywood s’aventure sur un terrain rarement exploré avec autant d’ampleur : celui du pouvoir politique. Une mini-série sombre et ambitieuse, à voir ou à revoir, où la conquête de l’État se joue sans illusion.

Avec King of Boys: The Return of the King, le cinéma nigérian franchit un seuil. Suite directe du film King of Boys (2018), cette mini-série ne se contente pas de prolonger une intrigue à succès : elle en radicalise les enjeux et en approfondit la portée politique. Là où le film esquissait une tragédie du pouvoir, la série en déploie l’architecture complète.

L’histoire reprend après la chute apparente d’Eniola Salami, figure centrale et redoutée, femme d’affaires devenue cheffe de clan politique. Disparue, puis donnée pour morte, elle réapparaît dans un Nigeria encore plus instable, décidée à reprendre sa place et à s’emparer du pouvoir institutionnel. La série bascule alors du film de gang vers une véritable fresque politique, où corruption, alliances, violence et stratégie électorale s’entremêlent.

Ce qui distingue immédiatement The Return of the King, et justifie qu’on la voie ou la revoie aujourd’hui, c’est sa frontalité. La série ne cherche pas à édulcorer les mécanismes du pouvoir nigérian. Elle montre un système où les frontières entre affaires, crime organisé et politique sont poreuses, où l’État est un terrain de conquête, et où la morale n’est jamais un principe opérant mais une variable stratégique.

Le personnage d’Eniola Salami, incarné avec une intensité remarquable par Sola Sobowale, est au cœur de cette dynamique. Elle n’est ni héroïne ni anti-héroïne classique. Elle est une figure tragique du pouvoir : lucide, cruelle, protectrice, parfois maternante, toujours calculatrice. La série évite toute lecture simpliste du féminin en politique. Eniola n’est pas une femme “dans un monde d’hommes” : elle est le monde tel qu’il fonctionne, avec ses codes, sa brutalité et ses compromis.

Narrativement, la mini-série gagne en densité ce qu’elle perd volontairement en accessibilité. Le rythme est plus lent que dans le film, les dialogues plus chargés, les intrigues plus nombreuses. Le spectateur est invité à suivre des jeux d’influence complexes, des retournements d’alliances, des stratégies à long terme. Cette exigence peut dérouter, mais elle donne à l’ensemble une profondeur rare dans les productions africaines destinées au grand public.

La mise en scène assume une tonalité sombre, presque crépusculaire. Les décors, souvent nocturnes, les bureaux feutrés, les résidences sécurisées, les lieux de pouvoir filmés comme des espaces clos, participent à une impression d’étouffement. Le Nigeria de King of Boys n’est pas un décor : c’est un champ de forces, un territoire disputé, où chaque parole engage une menace potentielle.

Sur le plan politique, la série est sans doute l’une des œuvres nigérianes les plus audacieuses diffusées sur Netflix. Sans nommer explicitement des figures réelles, elle renvoie clairement à des pratiques connues : élections truquées, clientélisme, instrumentalisation des foules, collusion entre élites économiques et appareils sécuritaires. Ce réalisme assumé donne à la série une portée qui dépasse largement le cadre de la fiction.

Le choix de Netflix de diffuser The Return of the King confirme aussi une évolution stratégique : celle d’un Nollywood capable de produire des récits longs, complexes, politiquement situés, sans chercher à les lisser pour un public international. La série ne s’explique pas, ne se traduit pas culturellement : elle impose son univers, son rythme et sa logique.

À distance de sa sortie, King of Boys: The Return of the King apparaît comme une œuvre charnière. Plus exigeante que spectaculaire, plus politique que divertissante, elle s’impose comme une série à voir ou à revoir.

 

Informations pratiques
Titre : King of Boys: The Return of the King
Création : Kemi Adetiba
Pays : Nigeria
Année : 2021
Format : mini-série (7 épisodes)
 Genre : thriller politique
 Disponibilité : Netflix
 Langues : anglais, yoruba (sous-titres disponibles)

 

Soko Festival 2026 à Ouagadougou : créer, résister, transmettre (15-17 janvier)

Le Soko Festival revient à Ouagadougou pour sa 11ᵉ édition, du 15 au 17 janvier 2026. Ancré au Burkina Faso et reconnu dans la région, ce rendez-vous pluridisciplinaire met en dialogue musique, arts de la scène et marché professionnel, avec une ambition claire : soutenir la création africaine contemporaine dans toute sa diversité.

Pensé dès l’origine comme un espace de circulation des œuvres et des idées, le Soko Festival se distingue par son double mouvement. D’un côté, des performances artistiques ouvertes au public — concerts, spectacles vivants, propositions hybrides. De l’autre, une plateforme de rencontres professionnelles qui structure l’événement et en fait un véritable levier pour les artistes et les acteurs culturels. En 2026, le thème annoncé, « Créer, Résister, Transmettre », inscrit explicitement le festival dans une réflexion sur la place de la culture africaine aujourd’hui : comment produire, comment tenir, comment passer le relais.

La programmation détaillée (noms d’artistes, horaires, lieux précis) n’est pas encore publiée, mais le cadre est posé. Le Soko Festival n’est pas un simple enchaînement de concerts. Il revendique une économie de la création, attentive aux conditions de production, de diffusion et de circulation des œuvres. Cette approche explique la fidélité d’un public professionnel — programmateurs, producteurs, managers, journalistes — qui s’y rend autant pour voir que pour rencontrer.

Un marché des arts au cœur du festival

Au centre du dispositif se trouve Yaar Music, le volet « marché » du Soko Festival. Yaar, qui signifie « marché » en mooré, fonctionne comme un espace d’échanges et de mise en réseau : présentations de projets, rencontres B2B, discussions sur les modèles économiques, circulation des pratiques. Cette dimension fait du Soko un rendez-vous structurant pour les scènes musicales et artistiques d’Afrique de l’Ouest, au-delà du seul temps du spectacle.

Le festival s’adresse ainsi à plusieurs publics sans jamais les opposer. Les spectateurs viennent pour découvrir des propositions artistiques souvent peu visibles dans les circuits commerciaux. Les professionnels y trouvent un lieu de travail, de veille et de projection. Les artistes, enfin, bénéficient d’un cadre où création et stratégie ne sont pas dissociées.

Le choix d’Ouagadougou n’est pas neutre. Capitale culturelle historique de la région, la ville demeure un point d’ancrage pour les arts vivants en Afrique de l’Ouest. Le Soko Festival s’inscrit dans cette tradition tout en la renouvelant, en assumant une programmation contemporaine et en ouvrant des espaces de réflexion sur les conditions actuelles de la création.

L’édition 2026, par son thème, affirme une posture : la culture comme acte de résistance et de transmission, dans un contexte où les artistes africains doivent composer avec des contraintes économiques, politiques et logistiques fortes. Sans discours grandiloquent, le Soko Festival propose un cadre concret pour penser et pratiquer cette résistance par l’art.

Pour qui s’intéresse aux scènes africaines contemporaines, aux dynamiques professionnelles de la culture ou simplement à la découverte de propositions artistiques exigeantes, le Soko Festival constitue un rendez-vous à suivre de près.

Informations pratiques

Événement : Soko Festival – 11ᵉ édition
Dates : du 15 au 17 janvier 2026
Lieu : Ouagadougou, Burkina Faso
Thème 2026 : Créer, Résister, Transmettre
Contenu : musique, arts de la scène, rencontres professionnelles (Yaar Music)
Programmation détaillée : annoncée sur place et via les canaux officiels du festival