Avec King of Boys: The Return of the King, Nollywood s’aventure avec une ampleur rare sur un terrain longtemps contourné : celui du pouvoir politique comme système total. Cette mini-série sombre et ambitieuse, à voir ou à revoir, déploie une vision désenchantée de la conquête de l’État, où l’illusion morale n’a plus cours.
Suite directe du film King of Boys (2018), la série ne se contente pas de capitaliser sur un succès antérieur. Elle en déplace l’échelle et en approfondit radicalement la portée. Là où le film proposait une tragédie du pouvoir encore contenue dans les codes du film de gang, The Return of the King élargit le cadre pour en faire une fresque politique structurée, patiente, implacable.
L’intrigue reprend après la disparition d’Eniola Salami, figure centrale et redoutée, femme d’affaires devenue cheffe de clan politique. Donnée pour morte, elle réapparaît dans un Nigeria plus instable que jamais, décidée non seulement à reconquérir son influence, mais à investir frontalement le champ du pouvoir institutionnel. À partir de ce retour, la série opère un basculement net : le crime organisé cesse d’être une fin en soi pour devenir un outil parmi d’autres dans une stratégie de prise de l’État.
Ce qui distingue immédiatement The Return of the King, et justifie qu’on s’y attarde aujourd’hui, tient à sa frontalité. La série ne cherche ni à adoucir ni à simplifier les mécanismes du pouvoir nigérian. Elle expose un système où les frontières entre affaires, politique et violence sont volontairement brouillées, où l’État apparaît comme un territoire à conquérir, et où la morale ne constitue jamais un principe, mais un levier tactique.
Au centre de cette architecture se tient Eniola Salami, incarnée avec une intensité remarquable par Sola Sobowale. Le personnage échappe à toute catégorisation confortable. Ni héroïne ni anti-héroïne, elle incarne une figure tragique du pouvoir : lucide, autoritaire, protectrice à ses heures, cruelle souvent, toujours stratège. La série évite toute lecture simpliste du féminin en politique. Eniola n’est pas une femme confrontée à un monde d’hommes ; elle est le monde tel qu’il fonctionne, avec ses règles implicites, sa brutalité assumée et ses compromis nécessaires.
Sur le plan narratif, la mini-série gagne en densité ce qu’elle abandonne volontairement en immédiateté. Le rythme est plus lent que dans le film, les dialogues plus chargés, les intrigues plus nombreuses et plus imbriquées. Le spectateur est invité à suivre des jeux d’influence complexes, des retournements d’alliances, des stratégies électorales étalées dans le temps. Cette exigence peut désorienter, mais elle confère à l’ensemble une profondeur rare dans les productions africaines destinées à une diffusion grand public.
La mise en scène accompagne cette ambition par une tonalité sombre, presque crépusculaire. Les décors nocturnes, les bureaux feutrés, les résidences sécurisées et les lieux de pouvoir filmés comme des espaces clos participent d’une atmosphère d’étouffement. Le Nigeria de King of Boys n’est pas un simple arrière-plan : c’est un champ de forces, un territoire disputé, où chaque parole engage une menace potentielle.
Politiquement, la série s’impose comme l’une des propositions les plus audacieuses issues de Nollywood et diffusées sur Netflix. Sans désigner explicitement des figures réelles, elle renvoie sans détour à des pratiques bien identifiées : élections truquées, clientélisme, instrumentalisation des foules, collusion entre élites économiques et appareils sécuritaires. Ce réalisme assumé confère à la série une portée qui dépasse largement le cadre de la fiction.
La diffusion de The Return of the King sur Netflix confirme également une évolution stratégique majeure : celle d’un Nollywood capable de produire des récits longs, complexes, politiquement situés, sans chercher à les lisser pour un public international. La série ne s’explique pas, ne traduit pas ses codes, ne simplifie pas son contexte. Elle impose son univers, son rythme et sa logique.
À distance de sa sortie, King of Boys: The Return of the King apparaît ainsi comme une œuvre charnière. Plus politique que spectaculaire, plus exigeante que divertissante, elle s’impose comme une série à voir ou à revoir pour comprendre comment le cinéma nigérian ose désormais regarder le pouvoir droit dans les yeux.
Informations pratiques
Titre : King of Boys: The Return of the King
Création : Kemi Adetiba
Pays : Nigeria
Année : 2021
Format : mini-série (7 épisodes)
Genre : thriller politique
Disponibilité : Netflix
Langues : anglais, yoruba (sous-titres disponibles)






























