En Iran, la militante des droits humains Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, a été condamnée à six ans de prison supplémentaires. Une décision judiciaire emblématique de la répression persistante contre les défenseurs des libertés fondamentales.
Un tribunal iranien a condamné Narges Mohammadi à six ans de prison pour « rassemblement et collusion en vue de commettre des crimes », selon son avocat, cité par l’AFP. La décision, rendue publique dimanche, s’accompagne d’une interdiction de quitter le territoire iranien pendant deux ans. La militante de 53 ans est incarcérée depuis décembre, après son arrestation dans la ville de Mashhad, dans le nord-est de l’Iran.
Cette arrestation a eu lieu le 12 décembre, alors qu’elle participait à une cérémonie en hommage à un avocat retrouvé mort dans des circonstances jugées suspectes par plusieurs défenseurs des droits humains. Narges Mohammadi avait pris la parole publiquement lors de cet événement, ce qui a conduit à son interpellation avec d’autres militants. Pour les autorités judiciaires iraniennes, cette prise de parole constitue un acte relevant de la « sécurité nationale », une qualification régulièrement utilisée pour poursuivre les voix dissidentes.
À cette peine de six ans s’ajoute une autre condamnation prononcée dans un dossier distinct : un an et demi de prison pour « activités de propagande contre le régime », ainsi qu’une peine d’exil interne de deux ans dans la ville de Khosf, située dans la province du Khorassan du Sud. Selon la loi iranienne, les peines de prison ne sont pas cumulables : seule la plus lourde doit être exécutée. Néanmoins, ces condamnations successives maintiennent la militante dans une situation d’incarcération quasi permanente.
Militante engagée contre la peine de mort
L’avocat de Narges Mohammadi, Mostafa Nili, a précisé que le verdict n’était pas définitif et qu’un appel restait possible. Il a également exprimé l’espoir que sa cliente puisse être libérée temporairement sous caution pour raisons médicales. L’état de santé de la militante est en effet jugé préoccupant. En décembre 2024, elle avait déjà bénéficié d’une libération provisoire de trois semaines afin de recevoir des soins, après l’ablation d’une tumeur et une greffe osseuse. Depuis son retour en détention, ses proches et plusieurs organisations de défense des droits humains alertent sur la dégradation de sa condition physique.
Figure centrale du militantisme iranien, Narges Mohammadi est depuis plus de vingt-cinq ans engagée contre la peine de mort, la répression politique et les discriminations visant les femmes, notamment l’obligation du port du voile. Vice-présidente du Centre des défenseurs des droits humains, organisation fondée par la prix Nobel Shirin Ebadi, elle a été arrêtée et jugée à de multiples reprises. Une grande partie de la dernière décennie s’est déroulée pour elle derrière les barreaux.
Son engagement lui a valu une reconnaissance internationale majeure en 2023, lorsque le comité Nobel norvégien lui a attribué le prix Nobel de la paix, saluant son combat « contre l’oppression des femmes en Iran » et « pour les droits humains et la liberté pour tous ». À l’époque, elle se trouvait déjà en détention et n’avait pu se rendre à Oslo pour recevoir son prix. Cette distinction n’a cependant pas infléchi la position des autorités iraniennes, bien au contraire : depuis lors, les poursuites judiciaires à son encontre se sont poursuivies.
Même emprisonnée, Narges Mohammadi n’a cessé de protester. Elle a organisé des rassemblements dans la cour de la prison, soutenu d’autres détenues et mené plusieurs grèves de la faim pour dénoncer ses conditions de détention et celles des prisonniers politiques. Ces actions lui ont valu des sanctions disciplinaires supplémentaires, mais ont contribué à maintenir son cas sous les projecteurs internationaux.
Sa situation personnelle illustre aussi le coût humain de cet engagement. Mère de deux enfants, elle n’a pas vu ces derniers depuis 2015. Ils vivent aujourd’hui à Paris, loin de leur mère, contrainte de mener son combat depuis une cellule. Cette séparation prolongée est régulièrement évoquée par ses soutiens comme une forme de punition indirecte infligée à la militante et à sa famille.
La nouvelle condamnation de Narges Mohammadi intervient dans un contexte de durcissement de la répression en Iran, marqué par l’arrestation de militants, de journalistes et d’avocats, ainsi que par des procès expéditifs devant des tribunaux révolutionnaires. Pour de nombreuses ONG, ces décisions judiciaires traduisent la volonté des autorités de dissuader toute forme de contestation organisée.
À l’échelle internationale, cette affaire suscite une nouvelle vague de réactions indignées. Des organisations de défense des droits humains appellent à sa libération immédiate et inconditionnelle, tandis que plusieurs gouvernements occidentaux dénoncent une instrumentalisation de la justice. Pour ses soutiens, Narges Mohammadi est devenue bien plus qu’une prisonnière politique : elle incarne la persistance d’une résistance civile, malgré la prison, la maladie et la pression constante de l’appareil répressif iranien.































