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Conakry : le livre à l’heure de la jeunesse et du numérique

À Conakry, la 18e édition des 72 Heures du Livre, du 23 au 25 avril, place la jeunesse et le numérique au centre. Entre ambition culturelle et enjeux de développement, l’événement confirme son rôle structurant dans le paysage guinéen.

Au bord du lac Gbassikolo, à Conakry, le lancement officiel de la 18e édition des 72 Heures du Livre a donné le ton. Dans un cadre à forte charge symbolique, autorités, acteurs culturels et partenaires se sont réunis pour annoncer une édition tournée vers l’avenir, articulée autour d’un thème central : « Jeunesse et numérique : créativité, innovation et engagement ».

Depuis près de deux décennies, les 72 Heures du Livre se sont imposées comme l’un des principaux rendez-vous culturels de Guinée. Bien au-delà d’un salon littéraire, l’événement s’est progressivement structuré comme une plateforme de réflexion, de production et de diffusion des idées. Cette nouvelle édition entend franchir une étape supplémentaire en plaçant la jeunesse au cœur des transformations numériques et culturelles.

Dès l’ouverture, la commissaire générale Aïssata Kaporo Soumah a insisté sur la portée stratégique du thème retenu. Dans un pays où la population est majoritairement jeune, le numérique n’est plus un simple outil, mais un levier de développement. Encore faut-il en maîtriser les usages et en orienter les potentialités. Pour elle, l’enjeu est collectif : médias, institutions, acteurs éducatifs et culturels doivent contribuer à accompagner cette transition.

L’ambition affichée est claire : faire des 72 Heures du Livre un espace vivant, capable d’offrir des opportunités concrètes à la jeunesse. Écrire, créer, innover ne relèvent plus uniquement de la sphère artistique, mais participent d’une dynamique plus large, liée à l’émergence d’une économie culturelle en mutation.

Un levier culturel au cœur du projet national

La présidente du comité d’organisation, Diaka Camara, a prolongé cette lecture en rappelant que l’événement dépasse largement le cadre d’une manifestation littéraire. Elle le décrit comme une « aventure profondément guinéenne », où le livre agit comme un vecteur de transformation sociale. Dans son intervention, elle insiste sur la continuité d’une dynamique engagée lors des éditions précédentes, notamment celle consacrée à la puissance féminine.

Le thème de cette année s’inscrit dans une réalité démographique et sociale incontournable. En Guinée, près de 80 % de la population est jeune. Dans ce contexte, parler de numérique et d’innovation ne relève pas d’un effet de mode, mais d’une nécessité. La question n’est pas seulement technologique, elle est aussi culturelle : comment créer des espaces d’expression capables d’accompagner cette génération dans ses aspirations et ses pratiques ?

La dimension institutionnelle de l’événement renforce cette ambition. La gouverneure de la ville de Conakry, M’Mahawa Sylla, a mis en avant la récente désignation de la capitale comme Ville créative de l’UNESCO en littérature. Cette reconnaissance internationale marque une étape importante pour la Guinée, mais implique également des responsabilités. Elle suppose de renforcer les politiques de soutien à la création, à la lecture et à la production intellectuelle.

Dans cette perspective, les 72 Heures du Livre apparaissent comme un outil stratégique. En encourageant la circulation des idées, en favorisant les rencontres entre auteurs, lecteurs et professionnels, l’événement contribue à structurer un écosystème culturel encore en consolidation. Il participe également à inscrire Conakry dans des réseaux internationaux, où la culture devient un vecteur d’influence et de visibilité.

Le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a inscrit cette dynamique dans une vision plus large du développement national. Dans un discours à la tonalité symbolique, il a évoqué le lac Gbassikolo comme un miroir de l’identité guinéenne. Le choix de ce site pour accueillir l’événement ne relève pas du hasard : il incarne une volonté de lier culture, territoire et projection vers l’avenir.

Pour le ministre, faire du livre un pilier de cet espace envoie un message clair. La culture n’est pas périphérique, elle est au cœur du projet national. Cette orientation s’inscrit notamment dans le programme Simandou 2040, qui intègre désormais la dimension culturelle comme levier de développement. Dans cette configuration, la jeunesse est appelée à jouer un rôle central.

Déjà active, créative et connectée, elle constitue un moteur de transformation. Mais cette dynamique nécessite des cadres structurés, capables de canaliser les initiatives et de leur offrir des perspectives. C’est précisément l’un des objectifs assignés aux 72 Heures du Livre : créer un espace où les talents peuvent émerger, se rencontrer et se projeter.

Cette 18e édition revêt ainsi une dimension particulière. Elle intervient dans un moment charnière, marqué par une reconnaissance internationale et par des enjeux internes liés à la structuration du secteur culturel. En mettant l’accent sur le numérique, elle ouvre également une réflexion sur les nouvelles formes de création et de diffusion du livre.

Au fil des années, l’événement a évolué, s’adaptant aux mutations du paysage culturel et aux attentes des publics. 

Informations pratiques

Événement : 72 Heures du Livre – 18e édition
Lieu : Conakry, Guinée – lac Gbassikolo
Dates : du 23 au 25 avril 2026
Thème : « Jeunesse et numérique : créativité, innovation et engagement »
Ville invitée d’honneur : Forécariah

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