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« Soumsoum, la nuit des astres » : le retour de Mahamat-Saleh Haroun au cinéma

En compétition officielle à la 76e Berlinale, Soumsoum, la nuit des astres signe le retour de Mahamat-Saleh Haroun. À travers le destin d’une adolescente habitée de visions, le cinéaste explore mémoire, croyances et bouleversements contemporains au cœur du Tchad.

Dévoilé mi-février en compétition officielle à la 76e Berlinale, Soumsoum, la nuit des astres confirme la singularité du regard de Mahamat-Saleh Haroun. Depuis DarattUn homme qui crieGrigris ou Lingui, le réalisateur franco-tchadien n’a cessé de proposer une image du continent affranchie des clichés, attentive aux tensions entre héritages ancestraux et mutations modernes. Avec ce nouveau long métrage, il pousse plus loin encore une esthétique de l’épure et du symbolique.

Le film s’ouvre dans un Tchad désertique récemment frappé par des pluies diluviennes. Nous suivons Kellou, adolescente scolarisée, amoureuse, connectée à son téléphone comme toutes les jeunes filles de son âge. Mais Kellou est habitée par des visions. « Je fais des rêves. Je vois des événements qui se produisent », confie-t-elle. Née dans le sang après la mort de sa mère en couches, elle porte une marque ambivalente, à la fois stigmate et possible puissance.

Entre merveilleux et chronique contemporaine

Haroun installe son récit au cœur d’une cosmogonie où âmes errantes, fêtes des masques et étoiles messagères composent une trame discrète mais persistante. Le film convoque le merveilleux sans jamais basculer dans l’illustration folklorique. L’invisible affleure dans les silences, dans les regards, dans la manière dont la caméra capte les visages comme des paysages intérieurs.

La rencontre de Kellou avec Aya, femme ostracisée et qualifiée de sorcière par les habitants, constitue un pivot narratif. À travers cette figure marginalisée, le cinéaste interroge la peur collective, la désignation de boucs émissaires et la place des femmes dans un environnement social traversé par le syncrétisme religieux et les tensions identitaires. Ce qui pourrait relever du conte devient alors une lecture en creux du Tchad contemporain.

Le décor joue un rôle central. Le plateau de l’Ennedi, avec ses arches naturelles, ses falaises et ses grottes, impose une dimension quasi intemporelle au récit. Ces paysages spectaculaires, filmés avec ampleur, rappellent par moments l’usage mythique de Monument Valley chez John Ford. Ils inscrivent la quête de l’héroïne dans un espace qui semble échapper à l’agitation humaine, proche d’une éternité minérale.

Une œuvre d’épure et de transmission

Le parcours initiatique de Kellou se construit dans la tension entre modernité et héritage. Le téléphone portable coexiste avec les croyances anciennes. Les visions prophétiques se heurtent à un village en proie aux conséquences du dérèglement climatique. Les inondations du 1er septembre 2024, évoquées dans le film, ancrent le récit dans une actualité tangible.

Haroun tisse ces éléments avec une grande sobriété. La mise en scène privilégie les plans longs, les cadres ouverts et une direction d’acteurs contenue. Maïmouna Miawama incarne Kellou avec une fragilité retenue, tandis qu’Achouackh Abakar Souleymane confère à Aya une présence magnétique. Les dialogues, souvent elliptiques, invitent à lire entre les lignes.

Mahamat-Saleh Haroun

Produit par la société française Pili Films et coproduit en exécutif par la société tchadienne Goï-Goï Productions, le film bénéficie d’une diffusion internationale assurée par Films Boutique. Sa sélection en compétition à la Berlinale l’inscrit d’emblée dans la rotation des grands festivals, augurant un parcours soutenu dans les mois à venir.

Soumsoum, la nuit des astres peut dérouter par son rythme et son style narratif inhabituel. Il refuse les démonstrations appuyées et privilégie une progression presque méditative. Mais c’est précisément dans cette retenue que réside sa force. Haroun y apparaît en passeur, reliant passé et présent, visible et invisible, mémoire et devenir.

À Berlin, le film s’impose comme l’une des propositions les plus singulières de la compétition 2026. En explorant le merveilleux comme un prisme pour comprendre le réel, Mahamat-Saleh Haroun poursuit une œuvre cohérente et exigeante, attentive à la complexité des identités africaines contemporaines.

Informations
Réalisation : Mahamat-Saleh Haroun
Pays : Tchad / France
Première mondiale : Berlinale 2026, compétition officielle
Production : Pili Films, Goï-Goï Productions