Abbas et Abou-Rahme: une exploration des révolutions du printemps arabe

"May amnesia never kiss us on the mouth" (2020-2022) a été exposée au MoMA, à New York, au début de l'année. L'exposition dans une version nouvelle est présentée à la Common Guild de Glasgow, avec de nouvelles performances des artistes.

Depuis les révolutions arabes du début des années 2010, le duo artistique Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme constituent des archives personnelles composées de clips vidéo trouvés et d’autres séquences enregistrées postées sur les médias sociaux, qui constituent la base de leur projet « May amnesia never kiss us on the mouth » (2020-2022) – une exploration de la violence, du traumatisme et de la résistance. L’œuvre a été exposée au MoMA, à New York, au début de l’année. L’exposition dans une version nouvelle est présentée à la Common Guild de Glasgow, avec de nouvelles performances des artistes.

Basel Abbas and Ruanne Abou-Rahme, ‘May amnesia never kiss us on the mouth’ (2020 – 2022). Photographie numérique. Courtesy of the artists.

                    May amnesia never kiss us on the mouth

Partageant leur temps entre New York et Ramallah, le duo artistique Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme travaille à partir du texte, des installations, du son, du film et de la performance, en utilisant fréquemment des matériaux d’archives et des artefacts pour explorer comment les récits « officiels » de l’histoire se rapportent à l’expérience réelle des gens qui la vivent.

May amnesia never kiss us on the mouth » (2020-ongoing) des artistes Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme est un projet évolutif qui met en avant les remarquables archives personnelles d’Abbas et d’Abou-Rahme, constituées de clips vidéo trouvés et de séquences enregistrées éphémères, collectées par les artistes depuis le début des années 2010 et le début des révolutions arabes. Postés en ligne et sur les médias sociaux par des personnes ordinaires vivant en Palestine, en Irak et en Syrie et dans les environs, les clips vidéo, souvent ad hoc et enregistrés sur des appareils mobiles, se concentrent sur le chant, la danse, la protestation et la performance.

Ce matériel collecté constitue la base de leur installation intitulée Only sounds that tremble through us (2022). Les traces numériques de ces corps performants sont réunies avec de nouvelles performances créées par les artistes avec la danseuse Rima Baransi et les musiciens Haykal, Julmud et Makimakkuk, travaillant à Ramallah, en Palestine. Les séquences vidéo sont mises en boucle, manipulées et superposées à des images comprenant des paysages solarisés et des habitations détruites. Les projections sont rythmées et augmentées d’une écriture fragmentaire en arabe et en anglais, détaillant les expériences de violence, de traumatisme, de déplacement et de résistance. Le son, composé par les artistes, oscille entre une voix solo, chantant comme un chant funèbre, et un son réverbéré, lourd de notes basses. Au fur et à mesure que le son et l’image en mouvement s’accumulent, le témoignage d’une expérience partagée émerge, ainsi qu’un corpus collectif de connaissances.

Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme, May amnesia never kiss us on the mouth, 2020-2022.

May amnesia never kiss us on the mouth témoigne des bouleversements géopolitiques, des migrations forcées et de la désintégration des communautés, tout en mettant en œuvre des modes de survie pour ceux qui sont marginalisés par les conditions coloniales-capitalistes. Le titre général du projet, May amnesia never kiss us on the mouth (« Que l’amnésie ne nous embrasse jamais sur la bouche ») est emprunté à la traduction anglaise du Manifeste infraréaliste (1976) de l’écrivain chilien Roberto Bolaño, utilisé ici par Abbas et Abou-Rahme comme un rappel à la résistance à l’oubli et à l’effacement des histoires personnelles, politiques et communautaires qui disparaissent trop rapidement de la conscience.

Abbas et Abou-Rahme donneront une nouvelle vie à l’installation avec une performance live intitulée An echo buried, buried, but calling still (« Un écho enterré, enterré, mais qui appelle encore », 2022). Cette performance s’appuie sur des sons, des vidéos et des textes provenant des archives de l’artiste et combinés avec des voix en direct, de l’électronique, des échantillons sonores et des projections. Cette nouvelle œuvre s’attache à l’importance de la voix et de l’incarnation par le chant comme témoignage de la résilience des communautés menacées.

Site du projet: https://mayamnesia.diaart.org/

Il s’agit de la plus importante présentation de l’œuvre d’Abbas et d’Abou-Rahme au Royaume-Uni à ce jour. Le projet a été commandé par le Museum of Modern Art et la DIA Art Foundation, New York, et présenté au Migros Museum für Gegenwartskunst, Zurich.

Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme, May amnesia never kiss us on the mouth, 2020-2022. Installation au MoMA, New York, avril 2022. Photo Jonathan Muzikar.

Modus operandi

Les artistes  travaillent à Bushwick à New York, où ils ont eu la chance de trouver un loft dans lequel ils vivent et travaillent. Un espace est  consacré à l’électronique. Une grande partie de la post-production de leurs œuvres y est réalisée. Ils ont également un studio mobile en Palestine, ils ont une partie de leurs caméras qui restent en Palestine.

Leur pratique est vraiment engagée politiquement avec les gens. Quand ils réfléchissent à un projet, ils se préoccupent de la façon dont une voix collective émerge. Ils ont beaucoup d’amis et de famille en Palestine, donc il y a toujours une dimension très personnelle. Ils lisent  beaucoup et discutent ensemble, mais avant tout, ils se demandent qui se souciera de savoir pourquoi ils font ce qu’ils font. Leur travail donne un sentiment d’urgence parce qu’ils réagissent et répondent à des événements qui se passent sur le terrain – et, inversément, Ils permettent aux événements dans le monde d’entrer dans leur travail artistique. Il est très important que celui-ci soit malléable – ils traitent souvent du deuil, et de la violence, et donc ils permettent aux projets de muter et de changer en réponse aux mouvement de l’actualité. Le matin, ils se réveillent et commencent à parler de l’actualité ou de ce qu’ils ont lu, et c’est ainsi que les choses commencent à se mettre en place.

Only The Beloved Keeps Our Secrets (« Seul le bien-aimé garde nos secrets »)

Vidéo monocanal, son 2 canaux+sub woofer, 10’09 », 2016: https://vimeo.com/ruanneandbasel

Le 19 mars 2014, Yusuf Shawamreh, 14 ans, a franchi la « barrière de séparation » érigée par l’armée israélienne près d’Hébron. Il allait cueillir de l’Akub, une plante comestible qui pousse en haute altitude et ne fleurit que pendant une courte période, c’est un mets délicat dans la cuisine palestinienne. Les forces israéliennes lui ont tendu une embuscade et l’ont abattu. Après une injonction du tribunal, les images de surveillance militaire ont été diffusées et ont donc circulé en ligne. Only the beloved keeps our secrets nous invite à réfléchir aux formes d’enchevêtrement entre la destruction des corps et l’effacement des images, et aux conditions dans lesquelles ces mêmes corps et images pourraient réapparaître.

Les artistes

Basel Abbas (né à Nicosie, Chypre, en 1983) et Ruanne Abou-Rahme (née à Boston, États-Unis, en 1983) ont présenté des expositions individuelles, notamment à l’Art Institute of Chicago (2021), au Kunstverein de Hambourg (2018), à l’Art Jameel Project Space Dubai (2017), à Alt Bomontiada, Istanbul (2017) et à Carroll / Fletcher, Londres (2016).

Leur travail a été inclus dans de grandes biennales internationales telles que la 12e Biennale de Sharjah (2015), la 10e Biennale de Gwangju, la 31e Biennale de São Paulo (toutes deux 2014), la 13e Biennale d’Istanbul (2013) et la 53e Biennale de Venise (2009). Ils participent actuellement à la 12e Biennale de Berlin (2022).

Site des artistes: https://www.baselandruanne.com/

L’exposition

May amnesia never kiss us on the mouth est présenté à la Common Guild, à Glasgow, du 9 septembre au 9 octobre.
5 Florence St Glasgow, G5 0YX, UK
https://thecommonguild.org.uk/programme/basel-abbas-ruanne-abou-rahme-may-amnesia