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Banlieues Bleues : jazz, luttes et diasporas en mouvement

Banlieues Bleues 2026 :

Du 27 mars au 17 avril 2026, le festival Banlieues Bleues revient en Seine-Saint-Denis avec une édition resserrée et ambitieuse, mêlant jazz, musiques du monde et scènes afro-diasporiques dans une programmation audacieuse, politique et résolument tournée vers les circulations culturelles contemporaines.

Pendant trois semaines, la Seine-Saint-Denis se transforme en cartographie sonore en constante recomposition. Pour sa 43e édition, le festival Banlieues Bleues choisit de condenser son énergie du 27 mars au 17 avril 2026, en investissant dix villes du département et une quinzaine de salles. Loin d’un simple rendez-vous musical, l’événement s’affirme comme un espace de circulation des imaginaires, où les héritages africains, les diasporas et les expérimentations contemporaines se rencontrent, se frictionnent et se réinventent.

Cette année, la programmation assume pleinement son ambition : faire du jazz non pas un genre figé, mais un langage en perpétuelle transformation. Un jazz traversé par les mémoires coloniales, les luttes politiques, les hybridations culturelles et les esthétiques urbaines. Un jazz qui dialogue avec le rap, les musiques électroniques, les traditions africaines et les scènes du Sud global.

L’affiche du festival, signée par l’illustratrice Calixte Bernard, donne d’ailleurs le ton. Elle met en avant le public lui-même, comme pour rappeler que Banlieues Bleues est avant tout une expérience collective, un lieu où se fabrique une écoute partagée, attentive aux mutations du monde.

Dès la soirée d’ouverture, le 27 mars à Pantin, le festival annonce la couleur. Le projet Twende Pamoja, réunissant la Nigériane Aunty Rayzor, la Tanzanienne Kadilida et le violoniste Théo Ceccaldi, incarne cette volonté de brouiller les frontières. Le singeli tanzanien y croise des flows rap et des textures instrumentales inattendues, dessinant une musique à la fois ancrée et déterritorialisée.

Dans la foulée, la DJ Edna Martinez prolonge cette dynamique avec ses sets inspirés de la culture picó colombienne, elle-même nourrie d’influences africaines. Une manière de rappeler que les circulations musicales ne sont jamais univoques, mais tissées d’allers-retours, de détours et de réappropriations.

Héritages vivants, modernités réinventées

Au cœur de cette édition, une idée traverse l’ensemble de la programmation : les héritages ne sont pas des archives figées, mais des matières vivantes à réactiver. Le festival met ainsi en lumière des artistes qui travaillent la mémoire musicale pour en faire un terrain d’expérimentation.

Le 29 mars à Épinay-sur-Seine, l’Orchestre de la Crèche, venu de Kinshasa, offre une relecture vibrante de la rumba congolaise. Cette musique, longtemps associée à une forme de nostalgie, retrouve ici une vitalité nouvelle, portée par une scène locale qui ne cesse de la réinventer. Sa présence pour la première fois en France constitue un moment fort du festival.

Dans un autre registre, le projet Love & Revenge, programmé le 4 avril à Saint-Denis, revisite le répertoire d’Oum Kalthoum. Mais loin de la simple reprise, il s’agit d’une transfiguration. La musique devient un espace visuel et sonore où se rencontrent tradition arabe et esthétiques contemporaines, dans un geste artistique qui interroge la transmission autant qu’il la célèbre.

Le festival accorde également une place importante aux traditions musicales africaines revisitées. Le 9 avril à Saint-Ouen, Maalem Houssam Guinia fait résonner la musique gnawa dans une dimension à la fois spirituelle et contemporaine. À ses côtés, Retro Cassetta, surnommé « l’homme aux 20 000 cassettes », explore les archives sonores du Maghreb, révélant des trésors oubliés et leur redonnant une nouvelle actualité.

Cette tension entre passé et présent se retrouve aussi chez des artistes comme Sombat Simla, qui détourne les sonorités traditionnelles thaïlandaises, ou encore le duo Guillaume Latil et Matheus Donato, qui tisse des liens subtils entre jazz et choro brésilien. Autant de propositions qui témoignent d’un monde musical en constante recomposition.

Musiques, luttes et imaginaires politiques

Mais Banlieues Bleues ne se contente pas d’explorer les formes musicales. Le festival interroge aussi leur dimension politique. Cette année, cette réflexion prend une forme particulièrement marquante avec la projection du documentaire Soundtrack to a Coup d’État de Johan Grimonprez, le 31 mars au cinéma Le Trianon à Romainville.

Le film revient sur l’assassinat de Patrice Lumumba, figure majeure des indépendances africaines, en mettant en lumière un angle original : le rôle du jazz dans les stratégies de soft power des États-Unis pendant la guerre froide. À travers les musiques d’Abbey Lincoln, Max Roach, Nina Simone ou encore Dizzy Gillespie, le documentaire montre comment le jazz a été utilisé à la fois comme outil de propagande et comme langage de résistance.

Cette ambivalence traverse l’ensemble du festival. Elle se retrouve dans les performances d’artistes qui interrogent les rapports de pouvoir, les héritages coloniaux et les identités contemporaines. Le projet Aïchoucha de Khalil EPI, par exemple, révèle la richesse des musiques traditionnelles tunisiennes tout en les inscrivant dans un dispositif scénique contemporain.

De même, la présence d’artistes comme Uzi Freyja, qui ouvre le festival avec un rap-électro-twerk intense et engagé, ou encore KeiyaA, dont la musique échappe à toute catégorisation, témoigne d’une volonté de bousculer les normes. Ici, les genres se mélangent, les identités se recomposent et les récits dominants sont remis en question.

Le festival donne également une visibilité forte aux artistes féminines qui réinvestissent des traditions longtemps réservées aux hommes. Asmaa Hamzaoui, avec son groupe Bnat Timbouktou, en est un exemple emblématique. En s’imposant dans l’univers gnawa, elle ouvre un espace inédit, à la fois musical et symbolique.

Enfin, Banlieues Bleues continue de penser la musique comme un espace de circulation globale. Des sound systems colombiens aux scènes nord-africaines, des expérimentations électroniques aux traditions africaines, la programmation dessine une cartographie décentrée, où les périphéries deviennent des centres.

Informations pratiques

Festival Banlieues Bleues – 43e édition
Du 27 mars au 17 avril 2026
Seine-Saint-Denis (10 villes) + Paris
37 groupes – 23 soirées
Lieux principaux :

– La Dynamo (Pantin)
– Théâtre Berthelot (Montreuil)
– Studio Zéro – Académie Fratellini (Saint-Denis)
– Le Trianon (Romainville)
– Divers lieux à Saint-Denis, Saint-Ouen, Épinay-sur-Seine, Aubervilliers

Événements à retenir :

– 27 mars : ouverture avec Twende Pamoja (Pantin)
– 29 mars : Orchestre de la Crèche (Épinay-sur-Seine)
– 31 mars : projection Soundtrack to a Coup d’État (Romainville)
–  4 avril : Love & Revenge (Saint-Denis)
–  9 avril : Maalem Houssam Guinia & Retro Cassetta (Saint-Ouen)
–  17 avril : clôture avec Konono n° 1 (Aubervilliers)
Accès : Navettes gratuites disponibles pour certains concerts (Stains, Clichy-sous-Bois) sur réservation.
Réservations : 01 49 22 10 10