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Aníkúlápó, une épopée yoruba sur Netflix (30 janvier)

Avec Aníkúlápó, le cinéma nigérian s’empare de la mythologie yoruba pour bâtir une fresque ambitieuse, où le surnaturel éclaire les mécanismes du pouvoir. Né comme un film, le projet se prolonge aujourd’hui en série sur Netflix, dont la nouvelle saison sera mise en ligne le 30 janvier.

Rarement une production africaine aura assumé avec autant de clarté son ancrage mythologique. Aníkúlápó s’inscrit dans une tradition narrative profondément yoruba, tout en adoptant les codes d’une fresque épique contemporaine. Le projet, imaginé et réalisé par Kunle Afolayan, s’est d’abord imposé comme un film avant d’être développé en série, confirmant l’ambition de construire un univers durable, cohérent et pleinement africain.

Le récit se déroule dans l’ancien empire d’Oyo, au XVIIᵉ siècle, à une époque précoloniale rarement représentée à l’écran. Saro, voyageur sans titre ni fortune, cherche à se frayer un chemin dans un monde régi par les hiérarchies sociales, les alliances politiques et les forces invisibles. Son ascension brutale, déclenchée par une relation interdite avec une reine, le conduit à une chute tout aussi radicale. Trahi, condamné, puis ramené à la vie par un oiseau mystique, il devient un être à part : celui qui a franchi la frontière entre la vie et la mort.

Le cœur symbolique du film repose sur cette figure surnaturelle. Dans la cosmologie yoruba, la mort n’est pas une fin, mais un passage régi par des équilibres précis. En défiant ces lois, Saro ne gagne pas un pouvoir absolu ; il s’expose au contraire à une forme de malédiction. Aníkúlápó interroge ainsi la tentation humaine de dominer le destin, et rappelle que toute transgression du sacré a un coût. Le mythe devient un outil de réflexion politique : gouverner, désirer, posséder sont autant de gestes qui engagent une responsabilité morale.

Une œuvre africaine qui choisit le mythe

Là où une grande partie des productions africaines contemporaines privilégient le réalisme social ou le thriller urbain, Aníkúlápó fait un autre choix. Kunle Afolayan s’appuie sur les récits ancestraux pour parler du présent. Le pouvoir royal, les intrigues de cour, la violence symbolique exercée sur les corps et les esprits font écho à des questions toujours actuelles : légitimité, abus d’autorité, rapport entre individu et communauté.

Sur le plan formel, le film se distingue par une attention particulière portée aux décors, aux costumes et à la langue. Le choix du yoruba comme langue principale n’est pas anecdotique : il affirme une souveraineté culturelle et narrative, sans souci de simplification. Le spectateur est invité à entrer dans un monde dont il doit accepter les règles, les silences et les symboles. Cette exigence contribue à la singularité de l’œuvre sur une plateforme dominée par des récits standardisés.

Le succès du film a conduit Netflix à développer la série Aníkúlápó : Rise of the Spectre. Celle-ci prolonge l’histoire au-delà de la mort initiale de Saro et explore les conséquences politiques et spirituelles de sa résurrection. Les intrigues s’élargissent, les personnages gagnent en complexité, et l’univers mythologique se densifie. La série permet ainsi d’inscrire le récit dans une temporalité longue, fidèle à la logique des épopées.

La saison 2, dont la sortie est annoncée le 30 janvier, confirme la volonté de Netflix d’investir dans des narrations africaines ambitieuses, capables de conjuguer ancrage local et portée universelle.

Informations pratiques

Titre : Aníkúlápó/Aníkúlápó : Rise of the SpectreCréation et réalisation : Kunle Afolaya
Origine : NigeriaPlateforme : NetflixFormat : film (2022), puis série
Saison 1 : disponible
Saison 2 : sortie le 30 janvier
Langue : yoruba (sous-titres)
Genre : fresque historique, mythe et fantasy