Avignon accueille le Printemps de l’Afrique, un événement culturel dédié à la création contemporaine du continent. Le 4 avril, le vernissage de l’exposition Rwanda Indépendant sera accompagné d’un concert d’inanga par l’artiste rwandais Daniel Ngarukiye.
C’est un souffle venu du continent africain qui traversera Avignon en ce début de printemps. Le 4 avril marque l’ouverture du Printemps de l’Afrique, un événement qui célèbre la vitalité artistique contemporaine africaine à travers expositions, musiques et rencontres. À l’honneur cette année : le Rwanda, son histoire, sa mémoire et sa création contemporaine. L’exposition Rwanda Indépendant, inaugurée ce jour-là, propose un regard sensible et engagé sur le parcours du pays depuis son accession à l’indépendance, en 1962, jusqu’à aujourd’hui.
Cette exposition n’est pas une simple rétrospective historique. Elle mêle archives, photographies contemporaines, œuvres plastiques et installations pour questionner les traces laissées par le passé, les espoirs de reconstruction et les dynamiques actuelles de création. Le choix du Rwanda, plus de trois décennies après le génocide de 1994, invite à interroger le pouvoir de l’art dans les processus de mémoire et de reconstruction collective. Rwanda Indépendant rend hommage à une génération d’artistes qui, au-delà du traumatisme, ont choisi de créer, de raconter et de transmettre.
Pour accompagner ce vernissage, un concert exceptionnel d’inanga sera donné par Daniel Ngarukiye. Cet artiste rwandais, à la fois musicien et conteur, fait résonner les cordes de l’inanga — instrument traditionnel à la sonorité douce et hypnotique — comme autant d’échos d’une mémoire vivante. L’inanga, longtemps réservée aux chants de rois et aux récits initiatiques, devient ici un vecteur poétique et politique, porté par une voix contemporaine qui ne renie rien de ses racines.
Ce concert, intime et profondément émouvant, vient renforcer la portée de l’exposition : il ne s’agit pas seulement de regarder ou d’apprendre, mais de ressentir, d’écouter, de se laisser traverser par une culture qui se réinvente. Dans le contexte d’Avignon, ville de théâtre et de patrimoine, cette rencontre entre la mémoire rwandaise et le public européen prend une dimension singulière. Elle rappelle que les récits du Sud ont toute leur place dans les scènes du Nord, et qu’ils viennent y bousculer les imaginaires, enrichir les dialogues et ouvrir d’autres perspectives sur l’histoire.
Loin des clichés ou des approches folklorisantes, le Printemps de l’Afrique affirme une volonté claire : faire entendre des voix africaines plurielles, puissantes, critiques et créatives. Il offre un espace de visibilité et de reconnaissance à des artistes souvent absents des grands circuits de l’art occidental.
En ouvrant sa nouvelle édition avec le Rwanda, le Printemps de l’Afrique fait un choix fort. Il rend compte d’une réalité complexe, entre douleur de l’histoire et fierté d’une renaissance culturelle. À travers les œuvres exposées et la musique de l’inanga, c’est tout un pan de l’identité rwandaise qui s’exprime, dans sa fragilité comme dans sa force.