L’Institut du Monde Arabe fait renaître « les mystères d’Osiris »

A travers l'exposition "Osiris, mystères engloutis d'Egypte", l'Institut du Monde Arabe à Paris fait revivre, jusqu'au 31 octobre, les plus célèbres fêtes rituelles de l'Egypte ancienne.

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En 2006, « Trésors engloutis d’Egypte » rassemblait au Grand Palais des pièces issues des fouilles sous-marines de Canope, d’Hérakléion et d’Alexandrie : une exposition qui bénéficiait d’une scénographie suggestive et originale.

L’IMA reprend le flambeau : toujours dans le sillage de l’archéologue sous-marin Franck Goddio, « Osiris, mystères engloutis d’Egypte » entraîne les visiteurs dans un voyage subaquatique à travers les cités antiques égyptiennes disparues et propose une vision renouvelée des rituels fondateurs de cette civilisation grâce à 250 vestiges et objets de culte récemment sauvés des eaux en baie d’Aboukir et à une quarantaine de pièces magistrales exceptionnellement prêtées par les musées du Caire et d’Alexandrie.

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La mission de l’Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine (IEASM) à découvert à quelques kilomètres d’Alexandrie les cités de Thônis-Héracléion et de Canope, submergées depuis le 8ème siècle en baie d’Aboukkir ainsi que des vestiges de temples. Les fouilles sur ces deux sites ont mis au jour de nombreux témoignages archéologiques en relation directe avec les « Mystères d’Osiris » : monuments, statues, instruments rituels, offrandes cultuelle… Attestant ainsi de la célébration des « Mystères » en ce lieu. Cette célébration initiatique d’une durée de 21 jours commémorait, perpétuait et renouvelait la légende Osirienne.

La légende d’Osiris et les rituels sacrés

Osiris, fils de la Terre et du Ciel, fut tué et par son frère Seth. Ce dernier démembra le corps d’Osiris en 14 morceaux avant de le jeter dans le Nil. Isis, sœur-épouse d’Osiris, grâce a ses pouvoirs divins, remembra son corps, avant de lui rendre la vie et de concevoir leur fils : Horus. Osiris devint alors le maître de l’Au-delà et Horus, victorieux de Seth, eût l’Egypte en héritage.

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Les « Mystères d’Osiris » constituaient les fêtes rituelles les plus importantes qui se déroulait en Égypte chaque année depuis le moyen empire au moins (1850 av. J.-C.) d’abord à Abydos, la ville sacrée d’Osiris puis dans toutes les métropoles d’Egypte. L’effigie du dieu parée de lapis-lazuli, de turquoises, d’or et de pierres précieuses, sortait du temple sur sa barque, triomphant dans la liesse populaire. Des prêtres mimaient certains épisodes de la passion du dieu, plasmodiaient des litanies funèbres, chantaient la victoire d’Osiris. Le cortège divin rejoignait ensuite le tombeau d’Osiris.

Une scénographie spectaculaire

Sur 1100 m² au sein de l’Institut du Monde Arabe le visiteur peut être initié à ces « célébrations » et avoir accès aux rituels réalisés dans le plus grand secret des temples. Grâce à une véritable « mise en scène » audio-visuelle, il peut suivre les processions nautiques.

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En effet, les salles d’expositions sont plongées dans une pénombre subaquatique, dans des volumes baignés de transparence bleuâtres ou verdâtres et un climat sonore peuplé de souffles et d’eau (musique des abysses ou bien musiques « antiques » reconstituées) immergent le visiteur loin du tourbillon parisien, dans un « monde du silence », une caverne d’Ali-Baba sous-marine qui recèle des trésors engloutis. Le visiteur appréhende ainsi les objets comme à travers un « masque » de plongeur, dans un délicieux état d’apesanteur temporelle.

Les vidéos proposées ne viennent qu’accentuer cette impression d’apesanteur temporelle : au cours des salles traversées, de grandes failles verticales laisse apparaître à un rythme régulier des images sous-marines tantôt fixe tantôt animées, des lumières plus ou moins chargé de limon et de plancton, des poissons, des accumulation de débris des murs de pierre, des champs de colonnes reposant par le fond et des plongeurs au travail.  La vision des archéologues en combinaison et bouteilles, tête à tête avec leurs merveilleuses trouvailles et les disputant aux poissons… c’est surréaliste !

D’Osiris à Dyonisos : une page d’histoire de la Méditerranée

Après les deux premières parties de l’exposition consacrées à la légende d’Osiris et aux mystères d’Osiris, la troisième séquence est tout aussi passionnante en ce qu’elle mety l’accent sur la postérité du mythe . En effet la légende Osirienne n’est pas morte avec les pharaons, en témoigne par exemple la splendide statue du « taureau Apis » datée de l’époque de l’empereur Hadrien (117 et 138) qui exprime toute l’ambivalence de l’animal sacré, à cheval entre deux civilisation : l’égyptienne et la romaine. De même, la superbe statue d’Antinoüs (trouvée à Canope, autre cité engloutie) : le favori d’Adrien, mort noyé dans le Nil au cours d’une chasse au lion, avait en effet été divinisé pour avoir connu le même sort qu’Osiris. Osiris l’égyptien se révèle être le « grand frère » l’ancêtre de Dionysos. L’assimilation se comprend par le fait que leurs légendes présentent beaucoup d’analogies : le démembrement, et le retour à la vie et que tous deux ont été des rois civilisateurs.

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Laissons la parole à Frank Goddio, archéologue et commissaire de l’exposition : « vouloir comprendre les cérémonie en l’honneur d’Osiris demeure ambitieux : mieux vaut peut-être essayer de les faire ressentir au public par l’entreprise de objets mis au jour dans les deux villes disparues aux portes de l’Égypte ».

Cette exposition réussit à mélanger les genres : érudition et vulgarisation tout en insistant en effet sur le « ressenti ». Elle suggère un dialogue fécond entre des oeuvres et des cultures : édifiant sans jamais être didactiques, malgré les nombreux cartels explicatifs. On sort de l’IMA avec la sensation d’avoir appris, d’avoir compris mais surtout d’avoir vécu une véritable aventure poétique et sensuelle.

 

« Osiris, mystères engloutis d’Egypte »

Du 8 septembre 2015 au 31 janvier 2016
Institut du monde arabe – Paris

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