Venezuela : l’Afrique dit « non » à Washington

Manifestation contre l'enlèvement de Maduro en Afrique du Sud, le 8 janvier 2026.

L’attaque américaine du 3 janvier contre le Venezuela a provoqué des réactions africaines surprenantes, révélatrices d’un monde en proie à de profonds bouleversements.

La réaction la plus inattendue à l’opération américaine à Caracas est sans aucun doute celle de la Cedeao. Peu habituée à commenter les crises politiques internationales, l’organisation sous-régionale ouest-africaine a fermement condamné les récents développements au Venezuela : « La Cedeao souhaite rappeler à la communauté internationale son obligation de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de chaque État, comme consacré par le droit international. » Elle a ensuite exprimé sa solidarité avec le peuple vénézuélien et exhorté tous les États à respecter l’indépendance et la souveraineté du Venezuela.

Certes, le langage est mesuré et diplomatique ; néanmoins, il traduit une crispation plus profonde, nourrie par le précédent des frappes américaines du 25 décembre sur le Nigeria, vécues dans la région comme un signal inquiétant. En s’exprimant ainsi, la Cedeao, pourtant traditionnellement alignée avec le camp occidental, critique sévèrement son allié américain et se place du côté de la Chine.

À l’inverse, la condamnation de l’Afrique du Sud s’inscrit dans une stricte continuité. Pretoria, fidèle à sa doctrine de non-ingérence et de respect du droit international, a été la première à dénoncer une violation de la Charte de l’ONU et à demander la tenue d’une réunion du Conseil de sécurité. Il en va de même pour l’Union africaine, attachée aux mêmes principes.

L’Alliance des États du Sahel a condamné encore plus fermement cet « acte d’agression ». Les trois pays membres de l’AES ont également dénoncé le « recours unilatéral à la force » et regretté « la violation du droit international par un membre du Conseil de sécurité ».

Dans un autre registre, la réaction du Somaliland a été tout aussi surprenante. Cette république autoproclamée, non reconnue internationalement, qui s’est récemment enhardie à la suite de sa reconnaissance par Israël, a ouvertement soutenue l’opération américaine. Cette prise de position en faveur de Washington a été la seule sur tout le continent et elle a été abondamment moquée sur les réseaux sociaux.

Enfin, certaines absences ont également surpris. L’Algérie, habituellement prompte à défendre les principes de souveraineté et de non-intervention, n’a toujours pas réagi. Un silence partagé par de nombreuses capitales africaines, qui craignent les foudres de Donald Trump, lequel vient, après son opération à Caracas, de se voir affubler sur les réseaux sociaux du surnom de « Donigula » (mot-valise associant Donald Trump et l’empereur romain Caligula, connu pour son exercice brutal du pouvoir et son imprévisibilité).