Le juge d’instruction antiterroriste chargé du dossier de l’enquête sur l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon en novembre 2013 à Kidal a demandé au ministère des Armées français de déclassifier des documents secrets défense concernant plusieurs acteurs du crime, qui avait été revendiqué par Al Qaïda au Maghreb islamique.

Selon l’Agence France Presse, la requête du juge, envoyée le 13 janvier, vise l’un des deux commanditaires présumée, Seidane Ag Hita, bras droit du parrain du djihadisme malien Iyad Ag Ghali, ainsi que le dernier membre vivant du commando, Hamadi Ag Mohamed, qui serait toujours actif dans une katiba du nord du Mali.
Le magistrat a également demandé des renseignements sur un ancien très proche d’Iyad Ag Ghali, Cheikh Ag Haoussa, que l’équipe de RFI avait rencontré quelques jours avant son enlèvement le 2 novembre 2013. Cheikh Ag Haoussa, personnage ambigu tué dans un attentat le 8 octobre 2016 à Kidal, était un informateur de la force des Nations unies – la MINUSMA – et de la force Serval, en tant qu’influent acteur politico-militaire du nord. Ancien bras droit d’Iyad Ag Ghali à Ansar Dine – le groupe armé de celui qui est devenu plus tard le chef de la nébuleuse Al Qaida au Sahel – Cheikh Ag Haoussa était revenu à Kidal après l’entrée en guerre de Serval, en 2013, sous la nouvelle étiquette « blanchie » du Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad, organisation qui avait recyclé beaucoup de combattants touareg d’Ansar Dine. Cheikh Ag Haoussa a été vu dans son véhicule, le jour de l’enlèvement, avec le chef du commando, Baye Ag Bakabo. La justice s’interroge sur le rôle qu’il aurait pu jouer dans toute cette affaire.
Plus de soldats français au Mali donc plus de sources à protéger
Le juge a également relayé une interrogation persistante des parties civiles sur l’absence de rapport écrit des forces spéciales françaises sur le drame et demandé la déclassification de « tout document » attestant qu’un commanditaire de l’enlèvement « aurait contacté après les faits » un membre du commando « pour lui reprocher d’avoir ‘gâché la marchandise' ». François Hollande avait publiquement révélé ces propos qu’il a contestés par la suite devant le juge.
Les corps avaient été découverts, tués par balles, à quelques mètres du véhicule en panne qui avait servi au rapt, à une dizaine de kilomètres de la sortie de Kidal, par un convoi de militaires français. L’alerte avait été donné dès l’enlèvement par Ambery Ag Ghissa, la personnalité touareg devant le domicile duquel a eu lieu l’enlèvement. Toute l’opération, avortée à cause de la panne moteur du 4×4 des ravisseurs, avait duré moins d’une heure.
Danièle Gonod, la présidente de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, a expliqué à l’AFP que les déclassifications accordées aux magistrats instructeurs successifs ont jusqu’ici été « limitées, avec des documents caviardés ». « On nous a opposé le secret défense en nous disant que cela relevait de la protection des sources au Mali mais aujourd’hui, il n’y a plus un seul soldat français au Mali donc plus de source à protéger », a-t-elle dit. L’enquête conduite ces dernières années à partir de la téléphonie a révélé, a précisé Danièle Gonod, « un vrai réseau djihadiste, politique et organisé, avec des liens en Algérie. »
Un contexte très trouble
Lors de l’enlèvement, en novembre 2013, l’armée française et la MINUSMA étaient déployées à Kidal, après la reconquête du nord du Mali engagée en janvier de la même année par la force Serval. En 2012, le bastion rebelle était passé sous le contrôle des djihadistes alors qu’un groupe indépendantiste touareg, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et plusieurs groupes djihadistes se disputaient le pouvoir, après avoir chassé l’armée malienne de toutes les régions du nord. Les indépendantistes du MNLA étaient, au moment de l’enlèvement, en position de force dans la ville où ils collaboraient avec l’armée française dans la traque des djihadistes. Mais une grande partie des hommes d’Iyad Ag Ghali, alors en fuite, étaient aussi de retour, prétendument « rangés » du djihad et recyclés à l’intérieur d’un nouveau groupe, officiellement allié du MNLA. De ce fait, alors que la ville pouvait sembler reconquise, les forces hostiles continuaient d’agir clandestinement. Pour Al Qaïda au Maghreb islamique, l’enlèvement de Ghislaine Dupont et Claude Verlon a pu être considéré comme une action d’éclat destinée à démontrer la faiblesse de leurs rivaux locaux et étrangers sur le terrain, au-delà d’une opportunité d’empocher une grosse rançon.
Mali, Iyad Ag Ghali serait bien le commanditaire de l’assassinat des journalistes de RFI






























