Depuis plus de six mois, la question revient comme un refrain dans les rues de Conakry et sur les réseaux sociaux : où est passé le président guinéen ?
Une absence qui dure
La dernière apparition publique formellement documentée de Mamadi Doumbouya remonte au 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, à la mi-février 2026. Photos officielles, cérémonie d’ouverture, image de famille des chefs d’État, puis, plus rien…
Avant Addis-Abeba, il faut remonter à son investiture du 17 janvier 2026 pour retrouver une véritable apparition publique. Entre ces deux moments : silence.
Même lors de la campagne électorale, le président de la transition d’alors n’avait pas tenu de meetings. Il ne s’était montré qu’une seule fois, amaigri, le regard hagard, esquissant quelques pas de danse aux côtés du chanteur congolais Koffi Olomidé. Loin de faire taire les rumeurs, cette apparition les avait renforcées. De nombreuses hypothèses circulaient sur son état de santé ; la plus persistante évoque une tumeur au cerveau.
La semaine dernière, le Premier ministre Amadou Oury Bah, s’est enfin exprimé et a confirmé que le chef de l’État était absent du territoire, sans préciser dans quel pays. Selon le journaliste Thomas Dietrich, qui suit de près ce dossier, Mamadi Doumbouya serait hospitalisé à Singapour. Aucune confirmation officielle n’est venue étayer cette information et l’absence de communication nourrit mécaniquement les spéculations.
De rumeur en rumeur, la Guinée se retrouve confrontée à un malaise politique profond.
Paris en coulisses : simple visite ou signal politique ?
Autre élément troublant : d’après des informations de Mondafrique, le ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, est actuellement à Paris. Il aurait été rejoint par Baba Barry, commandant des forces spéciales. Simple déplacement diplomatique ou séquence plus stratégique ?
La question se pose d’autant plus que les relations entre Conakry et l’Élysée sont scrutées avec attention. Paris cherche-t-il à anticiper une transition ? S’oriente-t-on vers un scénario à la manière de Mahamat Idriss Déby au Tchad, où la continuité militaire a été organisée pour préserver la stabilité du régime après la disparition du père ?
Rien ne permet d’affirmer qu’un tel scénario est en cours. Mais dans un contexte d’absence prolongée du président, chaque déplacement prend une dimension politique.
Le clan Doumbouya prépare-t-il ses arrières ?
Autre fait qui alimente les suspicions : selon le journaliste guinéen Latif Diallo, le 28 février « aux environs de 20 heures, des véhicules blindés ont escorté une voiture jusqu’à l’aéroport. Les passagers ont ensuite embarqué à bord d’un jet privé, un Gulfstream G500, qui a atterri dans le sud de la France. »
L’avion se serait posé à Montpellier, ville d’où est originaire Laurène Doumbouya, l’épouse du président. Que transportait cet appareil ? Les enfants du couple ? D’autres proches ? Des biens ?
Dans ce climat de suspicion généralisée, l’idée d’un pouvoir qui sécurise ses arrières commence à être prise au sérieux.
Qui gouverne ?
Qui gouverne la Guinée depuis des mois ? La question est centrale, d’autant que le pays doit faire face à des défis économiques majeurs.
Le franc guinéen se déprécie face au dollar et à l’euro. Les prix augmentent sur les marchés. L’économie informelle prospère pendant que l’économie officielle s’essouffle. Les souvenirs du gel des comptes d’anciens ministres du gouvernement d’Alpha Condé ont marqué durablement les esprits, renforçant la défiance vis-à-vis du système bancaire.
La crise de liquidités dure depuis plus d’un an. Retirer du cash relève du parcours du combattant. Les plafonds de retrait se resserrent. Les banques attendent des instructions. La confiance s’érode.
Dans ce contexte, l’absence prolongée du chef de l’État n’est pas qu’un problème d’image. Elle pose une question institutionnelle : où se prennent les décisions ? Qui arbitre ? Qui assume ?
Une crise de liquidité qui s’installe, une monnaie qui glisse, une communication présidentielle inexistante, des mouvements diplomatiques ambigus : l’addition alimente chaque jour un peu plus le climat d’incertitude.
La question n’est peut-être plus seulement « Où est Mamadi Doumbouya ? », mais bien « Où va la Guinée ?»



























