Le prédicateur a tenu la vedette au premier jour de son procès en correctionnel à Genève. Accusé de viol et de contrainte sexuelle, il risque jusqu’à dix ans de prison.
Par Ian Hamel
A bientôt 61 ans, l’ancien professeur à l’université d’Oxford n’a rien perdu de sa pugnacité. Soupçonné d’avoir violé quatre femmes en France et une en Suisse, il déroule depuis bientôt six ans un scénario identique : il ne s’agit que d’un club de frustrées qui, n’ayant pu obtenir ses faveurs, se serait vengé en contactant ses « ennemis idéologiques de toujours ». En clair, Tariq Ramadan serait tombée dans un traquenard. Mais alors pourquoi RAD (qui se fait appeler “Brigitte“) a-t-elle attendu une décennie avant de déposer plainte contre lui en Suisse en 2018 ?
L‘acte d’accusation du Tribunal correctionnel de Genève est particulièrement accablant. Dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008, dans un hôtel de la Cité de Calvin, l’islamologue aurait violé à trois reprises la jeune femme, lui aurait imposé une fellation, lui tirant les cheveux, lui donnant des gifles à de multiples reprises. Ajoutez les insultes. Le promoteur des valeurs familiales auprès de la communauté musulmane la traite de « pute », de « sale chienne », de « salope ». Il l’apostrophe : « Et Dieudonné, il a une grosse bite ? », « Hein, il en a une grosse ! », « Pis untel, il en a une grosse ? ».
Sagement dans le même lit
Bien évidemment, la version du petit-fils de Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans en Égypte, diverge totalement. Aguicheuse, « Brigitte » serait venue frapper à la porte 511 de l’hôtel. Elle aurait aussitôt tenté de le séduire. Le prédicateur ne se serait livré qu’à quelques baisers et caresses au-dessus des vêtements. Mais découvrant que la femme avait ses règles, il refuse toute relation sexuelle. Il accepte néanmoins que « Brigitte » passe la nuit sagement dans le même lit que lui. Elle ne part qu’au petit matin.
Une version difficile à avaler ? Tariq Ramadan a réponse à tout. Comme le souligne la presse française, très nombreuse pour ce procès hors norme, l’auteur de « Devoir de vérité » tonne, sermonne, précise, dénonce, s’indigne, menace. Il occupe le terrain, coupant même la parole au président du tribunal. « Je n’ai violé personne sur la surface de cette terre », « tout n’est qu’affabulation », « je veux que mon honneur soit restitué », répète-t-il.
Dieudonné en vedette américaine
La deuxième journée va notamment être marquée par la venue de Dieudonné, appelé à témoigner par la défense. On peut douter que les propos de l’“humoriste“ controversé puissent faire basculer l’issue du procès, qui se terminera le mercredi 17 mai. Le jugement est attendu le 24 mai.
Dans une interview donnée à Libération, le sociologue Franck Fregosi, spécialiste de l’islam, estime que l’ancienne star de l’islam politique militant, est depuis 2017 (date des premières plaintes pour viol) « sorti du champ intellectuel musulman », et que « plus personne n’en parle ». En revanche, sur son site, Tariq Ramadan annonce un déjeuner littéraire sur Nietzsche le 21 mai prochain en région parisienne, suivi d’un séminaire intensif d’écriture les 27 et 28 mai 2023 pour 360 euros. Vous avez dit pugnace ?

