Cette année, Mondafrique a participé au Festival des cultures sahariennes qui se tenait au Tchad, dans la ville d’Amdjarass. Se rendre à cet événement, c’est aller au bout du monde, au bord d’un monde hors du temps. C’est aussi découvrir un désert rempli de richesses et de beautés insoupçonnées. Une expérience mémorable.
Amdjarass, une ville mirage
Si le Festival des cultures sahariennes se tient à Amdjarass, à plus de 1 000 kilomètres à vol d’oiseau de N’Djamena, c’est d’abord en raison de sa situation au cœur du Sahara tchadien. Mais c’est surtout pour sa portée symbolique : la localité est la terre natale d’Idriss Déby, ancien président et père de l’actuel chef de l’État. Il repose ici, dans le jardin de la maison familiale. Une tombe sobre, tournée vers la grande mosquée.
Sans cette volonté politique, Amdjarass serait sans doute restée un hameau. Le dernier recensement, en 2009, faisait état d’environ 20 000 habitants. Depuis, la localité a connu un certain essor, notamment avec l’arrivée de nombreux réfugiés soudanais fuyant la guerre qui fait rage de l’autre côté de la frontière, à quelques dizaines de kilomètres.
Amdjarass est également devenue un carrefour commercial. En 2023, le gouvernement tchadien a décidé que les camions en provenance de Libye transiteraient désormais par cette ville plutôt que par Fada, également située dans le département de l’Ennedi. Le trajet est plus long – cinq jours de pistes rocailleuses au lieu de trois – mais cette décision consolide le développement de la cité.
Il n’en demeure pas moins qu’Amdjarass reste une ville plantée au milieu du désert : un marché modeste, une piste d’aéroport, un petit quartier résidentiel où des notables de la communauté zaghawa de la capitale possèdent une résidence secondaire. Pourtant, lorsqu’ils reviennent sur leur terre d’origine, beaucoup délaissent les maisons en dur pour dormir sous la tente, sous les ciels étoilés des campements nomades.
Le souffle du festival
Du 6 au 13 février, des centaines d’invités venus des quatre coins du Sahara et du Sahel se sont retrouvés dans cette ville-mirage. Cette année, le Niger était à l’honneur : son Premier ministre, Lamine Zeine, et sa ministre de la Culture avaient fait le déplacement. Une importante délégation burkinabè était également présente.
La cérémonie d’ouverture, majestueuse et hors du temps, s’est déroulée sous le regard impassible de troupeaux de dromadaires parés de leurs habits de fête. Tambours et danses venus de chaque contrée saharienne se répondaient dans l’air clair du désert. Et, en invité d’honneur, le chanteur nigérien Bombino a illuminé la nuit de ses riffs électriques, pour le plus grand bonheur des festivaliers.
La porte d’entrée d’un patrimoine unique
En marge du festival, les plus aventureux prennent la piste vers les paysages grandioses du massif de l’Ennedi, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2016.
Ici, les falaises de grès sculptées par le vent dessinent des arches monumentales et des canyons vertigineux. Au creux des roches surgissent des gueltas, ces poches d’eau permanentes qui défient l’aridité et où viennent s’abreuver les troupeaux.
La guelta de Bachikélé, parfois orthographiée Bachiguiri, apparaît comme une oasis suspendue. Plus loin, La guelta d d’Archei, où subsistent encore des crocodiles du désert, vestiges d’un Sahara anciennement verdoyant.
Ces paysages ne sont pas qu’un décor spectaculaire, ils sont habités par les éleveurs nomades. Ils abritent aussi des peintures rupestres millénaires et portent la mémoire des routes caravanières qui reliaient autrefois la Méditerranée au Sahel.
Au bout du monde, il y a Amdjarass.
Au bout du monde, il y a le désert tchadien et un festival qui rappelle que même aux marges de la carte, au cœur d’un territoire classé, nature et mémoire dialoguent depuis des millénaires.































