La mort tragique d’un aciviste d’extrème droite, Quentin Deranque, nous saisit parce qu’elle est celle d’une vie fauchée. Ce drame révèle, une fois encore, ce que la violence politique porte en elle : la négation de l’autre, et finalement la négation de la République elle-même.
Une chronique d’Eric Pliez, maitre du 20eme arrondissement de Paris, auteur d’un livre récent « il existe des maires heureux »

Il n’est pas de cause qui justifie que l’on frappe, que l’on humilie, que l’on tue. La République ne se défend pas à coups de barre de fer ; elle se défend par le droit. Elle ne triomphe pas par l’intimidation ; elle triomphe par la conviction. Ceux qui cèdent à la violence trahissent la cause qu’ils prétendent servir.
Gardons-nous cependant d’une lecture commode, qui consisterait à enfermer cette violence dans un seul camp, à la réduire à l’image caricaturale des « antifas », pour mieux absoudre d’autres dérives. L’honnêteté impose de regarder en face une réalité plus vaste et plus inquiétante : l’extrême droite, dans son histoire comme dans son expression contemporaine, charrie une violence qui n’est pas accidentelle, mais constitutive.
L’actualité nous rappelle, avec une régularité glaçante, les ratonnades, les rixes organisées, les blessés et parfois les morts qui jalonnent l’action de groupuscules se réclamant de cette mouvance.
Là où l’idéologie hiérarchise les êtres humains, la violence n’est jamais loin.
Oui, les formations de gauche, et notamment celles qui aspirent à gouverner, doivent lever toute ambiguïté. Elles doivent condamner sans réserve les exactions commises en leur nom ou sous leur bannière. On ne transige pas avec la violence ; on s’en sépare clairement.
La clarté est une exigence morale autant que politique.
« Le Front Républicain » aux oubliettes
Mais la mort du militant Quentin Deranque ne saurait devenir l’alibi d’un reniement plus vaste. Elle ne doit pas servir de prétexte à la droite pour rompre ce que nous appelons le front républicain, c’est-à-dire cette ligne intangible qui sépare les forces attachées aux principes fondamentaux — égalité, dignité, primauté du droit — de celles qui les contestent.
Car le danger, aujourd’hui, ne se présente plus toujours sous les traits outranciers d’hier. Il avance parfois en costume sombre et cravate bien nouée ; il siège à l’Assemblée ; il invoque la nation pour mieux exclure, l’ordre pour mieux restreindre les libertés. Sous des apparences policées, il travaille à installer un régime où l’étranger, le différent, le dissident seraient relégués, surveillés, stigmatisés.
À nous de tenir ensemble deux exigences : la condamnation absolue de toute violence politique, d’où qu’elle vienne, et la vigilance constante face à ceux qui, sous couvert de respectabilité retrouvée, poursuivent un projet contraire aux valeurs de la République.
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