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Disparition de Leïla Shahid, visage de la Palestine en France

Ancienne représentante de la Palestine en France et auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid est décédée à 76 ans dans le sud de la France. Figure majeure de la diplomatie palestinienne, elle a incarné pendant plus de vingt ans une voix engagée pour la reconnaissance et la paix.

La diplomate palestinienne Leïla Shahid est décédée mercredi 18 février à l’âge de 76 ans, à Lecques (Gard), où elle vivait depuis plusieurs années. L’information a été confirmée à l’AFP par sa sœur, Zeina, puis relayée notamment par Le Monde.

Selon une source proche de l’enquête, son corps a été retrouvé à son domicile. Une procédure pour « recherche des causes de la mort » a été ouverte, comme c’est l’usage dans ce type de circonstances. D’après plusieurs médias, elle était gravement malade depuis plusieurs années.

Sa disparition a suscité une vive émotion dans les milieux diplomatiques et politiques, en France comme au Proche-Orient. L’actuelle ambassadrice de la Palestine en France, Hala Abou-Hassira, a salué sur les réseaux sociaux « une ambassadrice iconique », évoquant « une immense perte pour la Palestine et pour tous ceux qui croient en la justice ».

Née en 1949 à Beyrouth, au sein d’une famille palestinienne marquée par l’exil, Leïla Shahid s’est engagée très tôt dans la cause nationale. Elle effectue ses études secondaires au Liban avant d’obtenir une licence d’anthropologie à l’American University of Beirut, puis poursuit son parcours académique en France, où elle s’installe durablement.

Dans les années 1970, elle préside l’Union des étudiants palestiniens en France, participant à structurer la présence politique et intellectuelle palestinienne en Europe. Son engagement la conduit vers la diplomatie officielle à la fin des années 1980. En 1989, elle devient la première femme à représenter l’Organisation de libération de la Palestine à l’étranger, d’abord en Irlande, puis aux Pays-Bas.

Sa carrière prend une dimension majeure lorsqu’elle est nommée déléguée générale de la Palestine en France en 1994. Elle occupe ce poste jusqu’en 2005, avant d’être désignée représentante auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg à Bruxelles pour une décennie supplémentaire.

À Paris, elle devient l’un des visages les plus identifiables de la diplomatie palestinienne. Maîtrisant parfaitement le français, dotée d’une solide culture politique et d’une grande aisance médiatique, elle intervient régulièrement dans les débats publics, défendant la reconnaissance d’un État palestinien et la solution à deux États fondée sur le droit international.

Son mandat couvre une période charnière : les accords d’Oslo, la seconde Intifada, la détérioration progressive du processus de paix et la mort de Yasser Arafat en 2004 à Paris. Proche du dirigeant palestinien, elle a accompagné, depuis l’Europe, les espoirs puis les blocages du dialogue israélo-palestinien.

Elle se distingue également par sa volonté d’entretenir des contacts avec des responsables et intellectuels israéliens favorables à une issue négociée du conflit. Cette approche, parfois critiquée, s’inscrit dans une stratégie diplomatique visant à maintenir ouverts les canaux du dialogue.

Mariée à l’écrivain marocain Mohamed Berrada, elle partage sa vie entre la France et le Liban après sa retraite en 2014. Même éloignée des fonctions officielles, elle reste une référence sur les questions moyen-orientales, régulièrement sollicitée pour des conférences et interventions publiques.

La disparition de Leïla Shahid intervient dans un contexte de tensions extrêmes au Proche-Orient, où la perspective d’un règlement politique semble plus incertaine que jamais. Son parcours demeure associé à la période ouverte par les accords d’Oslo, moment d’espoir diplomatique aujourd’hui largement perçu comme révolu.

Figure d’une génération formée dans les années 1970, elle aura contribué à inscrire la cause palestinienne dans les institutions européennes, en lui donnant un visage, une voix et une présence durable sur la scène diplomatique française et communautaire.