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Côte d’Ivoire : « Photocopie », le frère qui monte

Téné Birahima Ouattara, ministre de la Défense, au centre en gris, lors d'une cérémonie le 24 juillet 2025 au camp de gendarmerie d'Agban. (Page Facebook de Téné Birahima Ouattara,)

Attendu depuis les élections législatives du 27 décembre 2025, le nouveau gouvernement ivoirien a été dévoilé le vendredi 23 janvier dernier.

Par Venance Konan  

Si de nombreux Ivoiriens et observateurs de la vie politique ivoirienne s’étaient attendus à un grand bouleversement pour ce mandat qui pourrait être le dernier du président Alassane Ouattara, le chef de l’État ivoirien a plutôt choisi la continuité en reconduisant pratiquement tout le gouvernement précédent, à l’exception de cinq nouveaux entrants et quatre sortants.

La principale innovation est la création d’un poste de vice-Premier ministre confié à Téné Birahima Ouattara, surnommé « Photocopie » à cause de sa grande ressemblance physique avec le président de la République dont il est le frère cadet. Il cumule désormais ce poste avec celui de ministre de la Défense. Il était auparavant ministre d’État chargé de la Défense depuis 2021, après avoir été ministre des Affaires présidentielles de 2012 à 2021.

En orbite pour 2030 ? 

Pour de nombreux commentateurs, cette nomination vise à placer le frère du Président Ouattara sur orbite pour lui succéder, peut-être en 2030. Depuis quelques années, après les disparitions d’Amadou Gon Coulibaly et Ahmed Bakayoko, la question de la succession du président Alassane Ouattara a commencé à se poser compte-tenu de son âge – 84 ans – et de certains appétits pointant le nez au sein de son parti ainsi que des risques encourus de division, et peut-être même d’implosion du parti.

Et un consensus autour de Téné Birahima Ouattara avait commencé à se faire. Discret mais très affable, gros travailleur et homme à poigne, le frère du Président apparaissait de plus en plus comme le seul homme capable de réaliser l’unité autour de son nom au sein du parti présidentiel – dont il fut le grand argentier durant les années d’opposition – après les décès de ceux que l’on présentait comme les poulains d’Alassane Ouattara.

Un bon bilan à la Défense

Si sa nomination au poste de ministre avait fait lever quelques sourcils à cause de son lien de parenté avec le chef de l’État, « Photocopie » a vite démontré que sa promotion ne tenait pas uniquement à son sang, mais surtout à ses compétences propres. Il a notamment réussi à tenir une armée composée en partie d’ex-rebelles, agitée depuis longtemps par des mutineries, et à en faire l’une des mieux formées et équipées de cette région très troublée de l’Afrique de l’Ouest. Il est aussi parvenu à préserver la Côte d’Ivoire du fléau du djihadisme très actif dans la région, en coordonnant les activités des unités de lutte contre le grand banditisme et le terrorisme. Homme du peuple, il a été élu député de la ville de Kong à partir de 2011, puis maire de cette ville de 2013 à 2018, président du conseil régional du Tchologo depuis 2018, et député de la très turbulente commune d’Abobo aux dernières législatives.

Les Ivoiriens, qui ne manquent jamais d’humour en toutes circonstances, ont commencé à faire circuler sur les réseaux sociaux que « si Beugré Mambé, le Premier ministre, voit encore un dossier, c’est que c’est une photocopie ». Pour dire que la réalité du pouvoir du Premier ministre sera désormais concentrée entre les mains du vice-Premier ministre, justement surnommé « Photocopie ». Ce dernier pourrait dans quelques années monter en grade en tant que Premier ministre de plein droit et être présenté plus tard, en 2030, comme le candidat du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Des précédents dans l’histoire

Bien évidemment, la montée en puissance du frère du Président n’est pas du goût de l’opposition, qui parle d’une future succession dynastique. Mais elle est trop faible et désunie pour réellement donner de la voix et y faire obstacle, d’autant plus que cette nomination n’a rien d’illégal. Si certains ont argué que le poste de vice-Premier ministre n’était pas prévu par la Constitution, il leur a été rétorqué qu’il s’agissait là d’une simple question d’organisation au niveau du gouvernement et que ce n’était pas une nouveauté en Côte d’Ivoire. En effet, en avril 1959, M. Jean-Baptiste Mockey fut nommé vice-Premier ministre chargé du ministère de l’Intérieur du Premier ministre Félix Houphouët-Boigny.

Quant au fait que le nouveau promu est le frère du président de la République, ce n’est pas non plus une nouveauté : cela s’est déjà vu dans une grande démocratie telle que les États Unis, où le président John Kennedy avait nommé son frère Robert ministre de la Justice avant que ce dernier ne prétende à sa succession. On vit aussi George W. Bush devenir président des mêmes États Unis après son père Georges H. W. Bush, et l’épouse du président Bill Clinton prétendre à la succession de son mari. En France, le président François Mitterrand nomma bien son fils Jean-Christophe conseiller pour les affaires africaines.

 Si « Photocopie » a réussi à séduire les électeurs de Kong, du Tchologo, et d’Abobo et les militants du RHDP, il lui reste cinq ans pour séduire le reste des Ivoiriens, si son ambition est de les diriger en 2030.