Libye, les services turcs draguent le camp d’Haftar

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Un haut responsable des services de sécurité d’Erdogan s’est rendu à Toubrouk rencontrer Akila Salah, le patron du parlement qui reste la façade politique du maréchal Haftar.

Après les échecs des tentatives des rencontres de Skhirat, de Bouzniga, de Berlin ou de Tunis, la Libye tarde à trouver le chemin du dénouement définitif d’une crise qui dure depuis 2011. L’ultime preuve de cette impasse diplomatique est tombée à la fin du mois de décembre. Le diplomate bulgare, Nikolay Mladenov, a renoncé « pour des raisons familiales » à son mandat de chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (Manul), et cela une semaine après que le Conseil de Sécurité l’ait confirmé dans ce poste. Ghassan Salamé avait démissionné des mêmes fonctions en mars dernier, officiellement par lassitude !

Le syndrome syrien

Les conciliabules secrets se substituent à une médiation de l’ONU rendue impossible en raison de la mauvaise volonté des Russes et des Turcs . Les premiers soutiennent traditionnellement l’Armée Nationale Libyenne (ANL) du maréchal Haftar et les seconds le Gouvernement d’Union Nationale (GAN) du premier ministre, Faiez Sarraj.

Forts de leur emprise sur chacun des deux camps, la Russie et la Turquie ont la volonté aujourd’hui de constituer une sorte de condominium qui prétend se poser en intermédiaires obligés de la crise libyenne. A la façon dont ils ont procédé en Syrie ou pour le Haut Karabach. Et cela au détriment des Occidentaux et de leurs alliés séoudien, émirat et égyptien.

Du coup, les émissaires d’Erdogan et de Poutine multiplient les discrets déplacements. Or la surprise, la voici: un haut responsable des services de sécurité turc s’est rendu à Toubrouk rencontrer Akila Salah, le patron du parlement qui passait jusqu’à aujourd’hui pour un allié fidèle du maréchal Haftar.

Structures tribales

 La structuration tribale de la société libyenne prédispose l’organisation des contacts entre les différents acteurs de la crise libyenne. De la monarchie des Senouci comme sous le long règne de Kaddafi, la tribu demeure en Libye le seul élément de structuration politique et de loyauté clanique. L’alliance entre Akila Salah et le maréchal Haftar est une illustration de ces réseaux de pouvoir.

Le président du parlement de Toubrouk, Aquila Salah Aissa, est natif d’Al Qubba une ville situé entre Derna et Al Beida. Issu de la tribu d’Al Aâbeydat majoritaire en Cyrinaique. Ce juriste de formation a exercé en tant magistrat au ministère de la justice dirigé par Moustapha Abdeljalil issu du même fief oriental. Khelifa Belkacem Haftar, lui, est natif de Syrte et issu de la tribu d’Al Ferjani qui a toujours évolué sous la domination de la tribu d’Al Ouarfalla, la plus représentée démographiquement en Libye.

Alors que tout tout oppose le politique de l’Est de la Libye et le militaire de l’Ouest, l’alliance entre les deux hommes a tenu jusqu’à présent. La rencontre du Président du parlement avec les services turcs est un signal fort d’une situation qui évolue chaque jour de façon imprévisible.

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