Série Ukraine (3/4), les diktats américains

L’arrivée du Coronavirus avait provoqué un revirement de tendance en poussant à la baisse les cours du Pétrole et du Gaz. La pandémie du Covid 19 a débuté en janvier 2020 ! Les directives de la conférence internationale sur le climat Paris de 2015, dite COP 21, commençaient à être appliquées. Les prix mondiaux des hydrocarbures ont alors plongé.

Aussi, et pour la première fois, les pays de l’OPEP et la Russie se rapprochèrent-ils. En avril 2020, l’OPEP Plus, un groupe informel réunissant les pays de l’OPEP  la Russie et d’autres pays producteurs décide de réduire sa production de 9,7 millions de barils par jour, correspondant à environ 10% de la production mondiale, pour enrayer la plongée inédite des prix constatée à la suite de l’effondrement de la demande. Et c’est un succès !

Dès Juin 2020, l’OPEP Plus discute de la prolongation de la réduction de la production pétrolière du nouveau cartel[i]. Les producteurs de Pétrole fossiles découvrent leur immense pouvoir : ils comprennent comment le Pétrole – et par voie de conséquence le Gaz naturel – pourrait leur servir d’arme de destruction massive.

On assiste à la revanche des pays NANTIS du tiers-monde ! L’Amérique de Donald Trump se révèle incapable d’empêcher une hausse des cours, nonobstant le ralentissement de la consommation mondiale du fait de la pandémie ; elle est prise de cours. Les anciens producteurs d’huile de schiste ont été décimés par les faillites – ou bien ils sont découragés – et les majors ne réagissent pas, parce qu’ils ne croient dans une reprise. Washington a eu beau abonder le marché en puisant dans ses réserves stratégiques et battre le rappel d’alliés hypothétiques, son déstockage a été un fiasco. Les Russes et les Iraniens sont hilares ; et MBS, dans son coin, aussi.

Pour preuve que l’Amérique a perdu la main et ses opérateurs leur instinct, le marché manifeste un intérêt croissant pour le Gaz en dépit de la hausse régulière de ses cours. Les tradeurs anticipent sur la baisse de production du Gaz hollandais et se détourent du charbon, plus polluant. L’Allemagne renonce à l’énergie nucléaire ! Comme les moyens de transport du Gaz dépendent de la destination du produit et que les investissements en conséquence sont couteux et figent à long terme les contrats soit par mer soit par terre, les décisions à prendre sont cruciales. Le président turc et le président russe sont fébriles.

Le nouveau président américain Joe Biden, d’abord hostile au projet Nord Stream 2 au point de se heurter de front à l’Allemagne, ne finit par se laisser convaincre de le tolérer qu’à partir de mai 2021[ii]. Les travaux de pose sont déjà achevés. En juillet, il renonce à des sanctions contre l’opérateur du gazoduc sous prétexte que cela « affaiblirait » la crédibilité des États-Unis et « porterait finalement atteinte à l’unité transatlantique ». Mais il remplace aussitôt ces sanctions par d’autres contre la société russe Transadria Ltd et son navire.

C’est seulement en novembre qu’il voudra bien lever son interdit à la condition que l’Allemagne s’engage à prendre des mesures si la Russie venait à utiliser l’énergie comme une arme dans le cadre de ses relations avec l’Ukraine[iii] ! Après la seconde Guerre mondiale, l’Allemagne avait souvent dû courber l’échine. Mais ce gazoduc, d’un coût global de $11 milliards financés à 50% par le marché, avait l’approbation de l’Union Européenne dans son ensemble. Si Berlin ne s’est pas rebiffé, Moscou a ressenti alors le diktat américain comme une provocation intolérable.

Mais le président Biden affecte de minimiser le risque d’un conflit à la frontière ukrainienne : il s’est comporté, dans un premier temps, comme April Glaspee, l’ambassadrice américaine à Bagdad, le 25 juillet 1990, comme s’il donnait aux Russes ni plus ni moins que le feu vert pour attaquer l’Ukraine. John Kelly, le sous-secrétaire d’État chargé du Proche-Orient en juillet 1990, avait alors ajouté que « les États-Unis ne souhaitaient pas se mêler des disputes territoriales entre le Koweït et l’Irak » : il avait semé le doute, alors que les États-Unis ne cherchaient qu’un prétexte pour entreprendre une action militaire contre l’Irak.

C’est la raison pour laquelle les cours du Gaz naturel liquéfié (GNL) et du Brent ont explosé : les marchés croient-ils vraiment à une guerre ?

 

…Vladimir Poutine n’est pas pourtant Saddam Hussein !

[i] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/l-opep-et-la-russie-discutent-d-une-prolongation-de-la-reduction-de-la-production-petroliere-849158.html

[ii] https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/nord-stream-2-un-document-classifie-fait-la-lumiere-sur-les-tentatives-de-conciliation-entre-les-etats-unis-et-lallemagne/

[iii]https://www.lefigaro.fr/flash-eco/blinken-affirme-que-berlin-doit-stopper-le-gazoduc-nord-stream-2-si-la-russie-attaque-l-ukraine-20220105