- Mondafrique https://mondafrique.com/libre-opinion/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 03 Mar 2026 14:33:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/libre-opinion/ 32 32 Trump ou Netanyahou : qui tient vraiment la guerre ? https://mondafrique.com/libre-opinion/trump-ou-netanyahou-qui-tient-vraiment-la-guerre/ https://mondafrique.com/libre-opinion/trump-ou-netanyahou-qui-tient-vraiment-la-guerre/#respond Tue, 03 Mar 2026 14:21:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148004 Quinze jours après avoir exclu l’hypothèse de frappes, notre chroniqueur, Xavier Houzel, admet s’être trompé. Il décrit une opération qu’il juge préméditée, interroge le rapport de force entre Trump et Netanyahou et alerte sur le risque d’un embrasement régional aux effets durables. Interview menée par Joëlle Hazard Il y a quinze jours, vous avez affirmé […]

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Quinze jours après avoir exclu l’hypothèse de frappes, notre chroniqueur, Xavier Houzel, admet s’être trompé. Il décrit une opération qu’il juge préméditée, interroge le rapport de force entre Trump et Netanyahou et alerte sur le risque d’un embrasement régional aux effets durables.

Interview menée par Joëlle Hazard

Il y a quinze jours, vous avez affirmé qu’il n’y aurait pas de frappes… Erreur de vision ?

Objectivement, je me suis bel et bien trompé, ou plutôt j’ai été « trumpé » : les Israéliens et les Américains ont attaqué l’Iran, pour une série d’assassinats. Je n’aurais pas cru qu’ils puissent le faire avec autant d’audace. Surtout, grâce à une telle rouerie.

Avant même de connaître le résultat des frappes sur l’Iran – et de savoir si le Guide suprême était effectivement mort –, j’en avais pourtant déduit que les négociateurs américains, Steve Witkoff et Jared Kushner, étaient des illusionnistes de talent, faits pour amuser le terrain, pour détourner l’attention, et que ce n’était pas normal. Autrement dit, que quelque chose de troublant couvait sous un semblant de calme. Avant la tempête.

J’avais eu cette prémonition en les voyant, à Genève, passer d’un sujet à l’autre – celui de l’Ukraine et celui de l’Iran – sans s’appesantir jamais, dans un survol chaotique qui ne menait nulle part.

Ce que j’en conclus aujourd’hui est alarmant. Ou bien Trump cache son jeu, mais il sait ce qu’il fait – il se fiche pas mal du nucléaire et des missiles balistiques, lesquels ne sont, pour son administration, ni plus ni moins que la fiole de Colin Powell. Ce qu’il pourrait vouloir alors, à défaut du Groenland en apanage, c’est le territoire iranien dans son intégralité, en tant que plateforme stratégique idéalement située dans un des centres de gravité de la planète, à équidistance de la Chine et de la Russie. L’affaire se terminerait par l’installation sur place d’un chapelet de bases militaires américaines. Les entreprises américaines prendraient le gaz et le pétrole, et le Pentagone le contrôle du détroit d’Ormuz.

Ou bien ce n’est pas lui qui décide, et il se moque de nous sur toute la ligne. Par « nous », je veux dire les 27 dirigeants de l’Union européenne, la Grande-Bretagne, les monarchies du Golfe, tous des alliés traditionnels de l’Amérique, qui n’y voient que du feu.

Reste à savoir qui est le deus ex machina.

Est-ce la guerre de Trump ou celle de Netanyahou ?

Vous brûlez ! La question est grave.

Il existe, en apparence, une convergence de préoccupations entre Israël et les États-Unis. Elles ont pris un caractère obsessionnel. Le premier pays invoque sa survie et stigmatise l’Iran et son projet de bombe, qui est mythique. Le second évoque le danger existentiel que représenterait pour lui la Chine, avec la perspective d’un effondrement de l’ordre américain. Nous en avons amplement débattu – l’OPEC+, les BRICS, etc.

Mais d’autres contingences expliquent la complexité des rapports personnels entretenus entre les personnages, et leur évolution : l’affaire Epstein et l’approche des élections de mi-mandat pour Trump ; un agenda judiciaire chargé pour Netanyahou, avec la perspective d’une série d’enquêtes à venir sur l’avant et l’après 7 octobre. L’un tombe et l’autre ne se relèvera pas !

Dans le couple qu’ils forment, la vraie question est de savoir quel est le dominant… Difficile, car l’un est le plus fort alors que l’autre est plus malin.

Il en va de même des services américains face aux services israéliens, dont les rapports incestueux en font un troisième centre de pouvoir. Tout-puissant ! L’action conjuguée des deux services est un tel classique, et elle est parfois tellement bien huilée qu’on peine à en deviner la trace.

C’est le cas, par exemple, s’agissant de la guerre ouverte déclenchée, il y a quelques jours à peine, par le Pakistan contre l’Afghanistan, et qui augure de graves problèmes, à savoir un risque de fractionnement de l’Iran au Sud, en région pachtoune, de même qu’un phénomène analogue au Nord – avec les Kurdes et les Azéris, qui feraient volontiers sécession. C’est le genre de mèches lentes que la CIA et le Mossad manipulent volontiers.

Or cela peut aller si loin, et les effets des manœuvres élaborées par lesdits services peuvent être tels que certaines de leurs conséquences peuvent s’imposer aux États de manière inattendue : ils réagiront alors de façon irrationnelle. Nous sommes ici, je le redoute, dans la configuration d’un ménage à trois – avec une montagne de secrets dans les placards.

Toutes ces raisons semblent indiquer que l’on s’oriente vers une guerre longue ?

Le risque existe, compte tenu de la diversité des composantes de l’Iran et de la superficie de ce pays, limitrophe d’une quinzaine d’autres, y compris les riverains du Golfe persique et ceux de la mer Caspienne, que cela finisse par une guerre civile générale ou par plusieurs conflits internes et externes.

Les frappes qui ont tué le Guide suprême, en même temps qu’une quarantaine de hauts responsables du régime, ont été le fait d’Israël – apparemment en solo – sous couvert de l’opération dite Lion rugissant. Cette particularité aura frappé les esprits en ravivant un sentiment patriotique chez de nombreux Iraniens.

À la condition de faire « porter le chapeau » de tels assassinats à Israël, les Américains pourraient encore éviter le pire et entamer un dialogue. Au rythme auquel les représailles s’enclenchent de part et d’autre, la guerre s’arrêtera assez vite faute de munitions. Il ne faudra pas s’attendre, dès lors, à une guerre conventionnelle, mais plutôt à des affrontements plus épisodiques, à la manière de l’État islamique (Daech), et à une multiplication possible d’attentats antisémites à travers le monde.

Les pays arabes voisins sont remontés contre l’Iran, dont certains des missiles qui visaient les bases américaines ont explosé sur des centres urbains émiratis et qataris… Vous croyez que des négociations seraient encore possibles ?

Difficilement, parce que l’Histoire dira qu’à Genève, l’Iran était prêt à faire d’énormes concessions. Le pays était ouvert à pratiquement toutes les demandes américaines s’agissant du nucléaire. Il était prêt à envisager de limiter la portée et le nombre de ses missiles balistiques dans le cadre d’une opération de démilitarisation mutuelle et réciproque. Quant au gaz et au pétrole, cela aurait été de soi…

Le médiateur omanais devrait être là pour en témoigner, de même que de la mystification dont le ministre des Affaires étrangères iranien et lui-même – voire le Sultanat d’Oman, honteusement utilisé – ont été les dupes. Cela demande un retour en arrière et un plongeon dans les secrets, face à l’indicible.

Dans les coulisses de l’opération Bouclier de Juda – ainsi dénommée pour désigner une série de scénarios militaires méticuleusement préparés pendant de longs mois et prévus pour être mis en œuvre conjointement, le jour venu, par les deux armées israélienne et américaine –, une autre opération, jumelle mais complètement secrète, que nous appellerons Baiser de Judas, a été simultanément montée par le Mossad (de concert ou non avec la CIA).

Ce baiser de la mort – celui de Judas avec un « s » – a demandé rien de moins que deux négociateurs réputés nantis d’un large pouvoir délibérant, mais ne possédant aucun moyen direct d’exécution : comme ces messieurs Witkoff et Kushner, conscients ou non de l’être.

À Genève, au soir du jeudi fatidique, l’on se congratula : un accord était au bout du stylo. Mais il manquait l’approbation formelle – autrement dit la rédaction d’un mémorandum et la signature du Guide suprême et celles des principaux responsables de la République islamique, lesquels devaient… se réunir à cet effet !

Pour qu’ils en aient le temps, rendez-vous fut donné à Vienne pour le lundi d’après. Une occasion pareille ne se représenterait plus.

Vous devez commencer à comprendre ! Mais la question se pose surtout de savoir si, parce qu’une occasion se présente et qu’elle est considérée comme exceptionnelle par ses « organisateurs » – Israël en avait rêvé –, il est nécessairement juste, moral et opportun de « sauter dessus » !

Je pense, pour ma part, que le président Trump a eu « la main forcée » par Netanyahou. Je l’imagine émerveillé, tenté par le diable.

La tâche allait être répartie entre les deux comparses : à Israël le soin de tirer le premier (30 bombes de 500 kg) sur le complexe résidentiel où devaient se réunir les aides autour de leur cacique. Cette opération très ciblée serait baptisée The Roaring Lion (le Lion rugissant), par opposition à la partie de l’opération The Epic Fury (la Fureur épique), réservée aux Américains, sous couvert de l’opération globale dite Bouclier de Juda. Le distingo est important.

Pour que le « travail » des Israéliens soit d’avance couronné de succès, il avait fallu au Mossad l’infiltration d’une cohorte d’agents de toutes sortes et l’orchestration des partitions jusqu’au moindre détail : aucune alerte, aucun comportement inhabituel ne devraient laisser supposer aux Iraniens que les négociations puissent ne pas être transparentes, sincères et véritables !

Il fallait que le tandem Witkoff & Kushner se prête parfaitement au jeu ! Et qu’on leur souffle ce qu’ils avaient à dire.

L’Histoire dira si la « fine équipe » avait anticipé ou non le piège qui était tendu ; et le fait que la frappe (par des avions israéliens exclusivement) allait inéluctablement entraîner des représailles iraniennes aussi bien contre Israël que contre des bases ou des navires américains ; et que l’ensemble aurait pour effet de déclencher une riposte américaine dite The Epic Fury – la Fureur épique –, celle-là ostensiblement décidée par le président américain, dans le plein exercice de ses prérogatives… que le Congrès ne pourrait pas lui contester.

Il n’y a rien d’honorable dans tout cela, ce qui me dispense de faire amende honorable. Il est devenu très difficile d’avoir des certitudes de nos jours.

Mais je reste optimiste ! Un dialogue est encore possible ; il est toujours possible. C’est en revanche exactement ce dont Netanyahou ne voulait pas.

Le président américain doit regretter d’avoir été pris dans l’engrenage d’une fuite en avant qui pourrait le contraindre à mettre demain des troupes au sol, selon l’expression consacrée, sachant qu’il serait alors mis en minorité dans son propre camp républicain.

Mais Netanyahou n’a pas gagné non plus. Lorsqu’on aura la confirmation de ce que je vous dis, ce n’est pas de l’admiration que l’on aura, mais du dégoût pour ses méthodes. Les conséquences pour la région seront telles que les Accords d’Abraham s’annuleront d’eux-mêmes. On ne fait pas confiance à un voisin dont la langue est à ce point fourchue.

Pauvres amis iraniens, pauvres amis israéliens, pauvres amis américains !

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La sorcellerie de l’Union africaine https://mondafrique.com/libre-opinion/la-sorcellerie-de-lunion-africaine/ https://mondafrique.com/libre-opinion/la-sorcellerie-de-lunion-africaine/#respond Tue, 03 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147945 Décidément agacé par les organisations régionales africaines, Venance Konan s’en prend, cette fois, à l’Union africaine, qui s’est effectivement révélée incapable de gérer les multiples problèmes et crises du continent. Au commencement étaient deux pays, la France et l’Allemagne. Deux pays qui s’étaient tellement détestés qu’ils s’étaient fait la guerre au moins trois fois en […]

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Décidément agacé par les organisations régionales africaines, Venance Konan s’en prend, cette fois, à l’Union africaine, qui s’est effectivement révélée incapable de gérer les multiples problèmes et crises du continent.

Venance Konan.

Au commencement étaient deux pays, la France et l’Allemagne. Deux pays qui s’étaient tellement détestés qu’ils s’étaient fait la guerre au moins trois fois en moins d’un siècle. Il y eut la guerre de 1870-1871, celle de 1914-1918 et celle de 1939-1945. Et à la fin de la dernière guerre, ils comprirent que c’était complètement idiot de passer tout le temps à s’entretuer alors qu’ils seraient beaucoup mieux en paix.

Alors ils eurent l’idée de mutualiser leur production de charbon et d’acier, afin de rendre la guerre entre eux désormais matériellement impossible. Puis ils associèrent d’autres pays européens amateurs de guerre qui produisaient aussi du charbon et de l’acier, à savoir la Belgique, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, et créèrent ainsi la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), en 1951. Ils virent que c’était bon. Alors ils décidèrent de construire un marché commun entre eux, ainsi qu’une union douanière. C’est ainsi que naquit en 1957 la Communauté économique européenne (CEE), entre d’abord six États, puis 9, 10, et 12 membres. Celle-ci évolua pour devenir plus tard, en 1992, l’Union européenne.

« Ils virent que l’Union européenne était une très bonne chose »

D’élargissement en élargissement, l’Union européenne compte désormais 27 membres, suite au retrait de la Grande-Bretagne. Ne devient pas membre de l’Union européenne qui veut. Il faut partager un certain nombre de valeurs avec les pays fondateurs, telles que la démocratie, le respect des droits humains, et respecter des critères d’ordre économique. Et, ce qu’on ne dit pas à haute voix, ne pas être un pays musulman, comme la Turquie par exemple. Bref, avant d’adhérer à l’Union européenne, il faut faire une demande, et subir beaucoup d’examens avant que les pays membres ne vous acceptent en leur sein. Et tous les pays membres de l’Union européenne, dont certains étaient très pauvres avant leur adhésion, figurent désormais parmi les pays les plus prospères du monde.

Les Africains qui, aux indépendances, avaient créé l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) n’arrivant pas à développer leurs pays, virent que l’Union européenne était une très bonne chose. Ils décidèrent donc de transformer leur organisation en quelque chose comme l’Union européenne. Ils la baptisèrent Union africaine. Ils virent que l’Union européenne était dirigée par une commission composée de 27 membres, avait un parlement et beaucoup d’autres institutions, telles qu’une cour de justice, etc. Ils créèrent eux aussi une commission composée d’un président, de dix commissaires, un conseil exécutif, un parlement, une cour de justice, etc. Bref, ils essayèrent de faire de leur union une copie de celle des Européens.

« Ils voulaient devenir très rapidement prospères »

Seulement, les Européens, eux, intégraient leurs nouveaux membres progressivement, quand ils respectaient un certain nombre de critères. Les Africains estimèrent que c’était trop lent, alors qu’ils étaient pressés. Ils avaient beaucoup de retard à rattraper dans leur marche vers l’intégration et le développement. Ils voulaient devenir rapidement, et tous ensemble, prospères comme les pays européens. Alors ils mirent tout le monde dans leur union. Avec eux, il suffisait simplement d’être un pays africain pour devenir membre.

C’est ainsi que la très riche Libye mais qui a deux gouvernements qui se font la guerre et où l’on vend encore des Noirs sur des marchés à esclaves ou la Mauritanie où l’esclavage des Noirs est toujours ouvertement pratiqué se retrouvèrent aux côtés des pays noirs africains dont les ressortissants étaient justement les esclaves que l’on vendait en Libye ; que les démocratiques Seychelles, Maurice ou Botswana se trouvèrent aux côtés des pires dictatures du continent ; que des pays qui se font la gueule ou la guerre se trouvèrent également côte à côte, avec des pays qui n’ont plus de gouvernement, qui sont ravagés par le terrorisme, la guerre civile, etc.

« Leur Union n’a rendu riche aucun pays »

De plus, les Africains oublièrent que les membres de l’Union européenne payaient eux-mêmes leurs contributions pour faire marcher leur organisation, alors que, eux, ils comptaient justement sur les Européens et les autres pays riches pour financer la leur. Et pour construire le siège de leur organisation, ils demandèrent à la Chine de le faire gratuitement pour eux. Ce que la Chine fit très gentiment. Et les Africains furent très étonnés de trouver plus tard dans le bâtiment de nombreux micros qui transmettaient tous leurs petits et grands secrets à on ne sait qui. Aux Russes ? Aux Américains ? Aux Européens ? A la Corée du nord ? Personne ne l’a jamais su jusqu’à ce jour.

Mais ce qui étonne le plus les Africains est que leur Union ne marche pas du tout comme celle des Européens, n’a rendu riche aucun pays membre, et n’a apporté la paix nulle part. Surtout que, beaucoup mieux que l’Union européenne, ils ont doté leur Union d’un Conseil de paix et de sécurité copié sur celui de l’ONU et et qui est chargé de prévenir, gérer et résoudre les conflits. Les pays africains ne comprennent vraiment pas et commencent à se demander sérieusement si ce n’est pas une affaire de sorcellerie.

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Iran–États-Unis : la tentation du coup d’avance? https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-etats-unis-la-tentation-du-coup-davance/ https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-etats-unis-la-tentation-du-coup-davance/#respond Thu, 26 Feb 2026 19:25:23 +0000 https://mondafrique.com/?p=147710 Entre rumeurs de frappes israéliennes, négociations nucléaires à Genève et signaux ironiques scrutés jusqu’aux livraisons de pizzas du Pentagone, Washington et Téhéran évoluent dans une zone grise où la diplomatie côtoie l’escalade. Chronique d’un moment suspendu, entre calcul stratégique et théâtre politique. Depuis plusieurs jours, la même question revient dans les chancelleries et sur les […]

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Entre rumeurs de frappes israéliennes, négociations nucléaires à Genève et signaux ironiques scrutés jusqu’aux livraisons de pizzas du Pentagone, Washington et Téhéran évoluent dans une zone grise où la diplomatie côtoie l’escalade. Chronique d’un moment suspendu, entre calcul stratégique et théâtre politique.

Depuis plusieurs jours, la même question revient dans les chancelleries et sur les plateaux de télévision : frappera, frappera pas ? Comme on effeuille une marguerite, les analystes scrutent la moindre déclaration, la moindre fuite, le moindre mouvement de troupes. À Washington, des conseillers du président américain Donald Trump auraient envisagé l’hypothèse d’une frappe israélienne contre l’Iran avant toute action directe des États-Unis. À Genève, les négociateurs américains et iraniens poursuivent des discussions nucléaires sous médiation omanaise. Entre les deux, un maelström stratégique où chaque acteur tente d’infléchir la perception de l’autre sans perdre la main.

L’idée prêtée à certains cercles proches de la Maison-Blanche est simple dans sa brutalité : si Israël attaquait en premier et que l’Iran ripostait, notamment contre des intérêts américains ou alliés, l’opinion publique américaine pourrait plus aisément accepter une intervention militaire de Washington. La séquence donnerait l’impression que les États-Unis sont entraînés dans un conflit par une agression indirecte, et non qu’ils en sont l’initiateur.

Nous ne sommes pas dans la décision formelle, encore moins dans l’annonce officielle. Nous sommes dans le domaine du scénario, du calcul politique, de la projection stratégique. Mais l’existence même de cette hypothèse en dit long sur la tension actuelle.

Le précédent et la mémoire de 2019

Pour comprendre la charge explosive de ces discussions, il faut revenir à 2019. Lorsque Donald Trump s’était retiré de l’accord nucléaire de 2015, le Joint Comprehensive Plan of Action, il avait parié sur une pression maximale pour contraindre Téhéran à négocier un accord plus contraignant et plus durable. L’Iran avait répliqué en relançant progressivement son enrichissement d’uranium, réduisant le temps théorique nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire.

Depuis, les deux pays évoluent dans une logique d’escalade maîtrisée. Frappes indirectes, attaques de milices alliées, cyberopérations, sanctions économiques. Une guerre de l’ombre, contenue mais permanente.

Aujourd’hui, la nouveauté tient au chevauchement de deux dynamiques contradictoires : la menace militaire et la reprise d’un canal diplomatique à Genève.

Genève, théâtre discret d’un bras de fer

Les discussions en cours à Genève réunissent des émissaires américains et iraniens sous médiation d’Oman. L’objectif affiché : parvenir à un accord qui limiterait durablement les capacités nucléaires iraniennes en échange d’un allègement substantiel des sanctions.

Washington réclame des garanties fortes. La Maison-Blanche veut éviter le piège des clauses dites de caducité qui figuraient dans l’accord de 2015, ces dispositions temporaires au terme desquelles certaines restrictions s’éteignaient. Cette fois, l’administration américaine aspire à un encadrement sans date d’expiration claire, ou du moins à des engagements suffisamment longs pour neutraliser la question nucléaire dans le paysage stratégique régional.

Téhéran, de son côté, affirme que son programme est strictement civil. Il accepte l’idée de contrôles renforcés, mais refuse de renoncer au principe même de l’enrichissement sur son sol. Surtout, il exige des garanties économiques tangibles. Les sanctions américaines ont asphyxié son économie, frappant ses exportations pétrolières et ses transactions financières.

C’est dans ce contexte que des informations font état d’offres iraniennes d’opportunités économiques substantielles aux entreprises américaines dans les secteurs du pétrole, du gaz et des mines. Une manière d’introduire un élément de séduction dans une relation dominée par la méfiance. Une tentative de faire peser sur Washington le coût d’un échec diplomatique.

Dans ce tableau, Israël occupe une place centrale. L’État hébreu considère l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire comme une menace existentielle. Son armée a déjà mené des frappes contre des installations nucléaires dans la région, en Irak en 1981, en Syrie en 2007.

L’hypothèse d’une frappe israélienne préventive contre des sites iraniens n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, c’est la possibilité qu’elle soit intégrée à une séquence stratégique américaine plus large.

Mais cette option comporte des risques considérables. Une attaque israélienne pourrait déclencher une riposte iranienne massive, directe ou via ses alliés régionaux. Les bases américaines dans le Golfe, les intérêts occidentaux au Moyen-Orient, les voies maritimes stratégiques pourraient devenir des cibles.

Une coordination étroite entre Washington et Jérusalem serait alors presque inévitable. Et l’idée d’une frappe isolée, destinée à provoquer une réaction iranienne pour justifier une intervention américaine, relève autant du calcul politique que d’une prise de risque extrême.

Le Pentagone et le baromètre des pizzas

Dans cette atmosphère électrique, l’actualité stratégique se mêle parfois à l’ironie. À Washington, un indicateur officieux amuse autant qu’il intrigue : le volume des commandes de pizzas autour du Pentagone. Depuis des années, certains observateurs affirment que des pics inhabituels de livraisons nocturnes coïncident avec des crises militaires majeures. Une sorte de baromètre informel de l’orage à venir.

On scrute donc, presque sérieusement, ces flux de cartons empilés comme des indices d’une frappe imminente. L’image prête à sourire. Mais elle traduit une réalité plus profonde : dans un monde saturé d’informations, la guerre se devine aussi dans les signaux faibles, les détails logistiques, les frémissements périphériques.

Ce mélange d’analyses géopolitiques sophistiquées et de folklore stratégique révèle le climat actuel. Personne ne sait si l’on se dirige vers une désescalade diplomatique ou vers une confrontation ouverte. Alors on guette les pizzas.

L’un des enjeux centraux reste la perception intérieure aux États-Unis. Les interventions militaires longues et coûteuses en Irak et en Afghanistan ont laissé une fatigue profonde dans l’opinion. Une guerre ouverte contre l’Iran, pays vaste et structuré, serait d’une toute autre ampleur.

Pour une administration américaine, l’adhésion de l’opinion est cruciale. Une riposte iranienne contre des intérêts américains modifierait radicalement le cadre narratif. Elle transformerait une opération préventive en réaction défensive. Ce glissement sémantique compte.

Mais le calcul n’est pas mécanique. L’opinion américaine est traversée par des courants contradictoires. Une partie soutient fermement Israël et considère l’Iran comme une menace stratégique. Une autre redoute l’enlisement dans un nouveau conflit au Moyen-Orient.

Téhéran entre dissuasion et pragmatisme

Du côté iranien, la stratégie oscille entre démonstration de fermeté et pragmatisme économique. Le régime sait que son économie souffre et que la levée partielle des sanctions offrirait un répit crucial. Mais il ne peut apparaître comme cédant sous la menace.

Téhéran a développé au fil des années une capacité de dissuasion indirecte. Réseaux alliés, milices, capacités balistiques. Il peut frapper sans toujours assumer frontalement. Cette ambiguïté fait partie de sa doctrine.

Dans les négociations de Genève, l’Iran cherche à obtenir un accord qui lui permette de sauver la face tout en desserrant l’étau économique. Mais il sait aussi que toute concession excessive serait perçue comme une faiblesse.

Ce qui rend la séquence actuelle particulièrement dangereuse, c’est la simultanéité de la diplomatie et de la menace. Chaque camp teste la détermination de l’autre. Chaque déclaration publique est calibrée. Chaque fuite peut être un message.

Dans ce contexte, le risque d’erreur de calcul augmente. Une frappe limitée peut entraîner une escalade incontrôlée. Une riposte symbolique peut être interprétée comme une provocation majeure.

L’histoire du Moyen-Orient est jalonnée de ces moments où la tension semblait maîtrisée jusqu’au point de rupture.

Pour les pays de la région, l’incertitude est lourde de conséquences. Les monarchies du Golfe redoutent d’être entraînées dans un conflit qui perturberait leurs exportations énergétiques. L’Europe craint un embrasement aux portes de la Méditerranée orientale. Les marchés pétroliers réagissent à la moindre rumeur.

Dans les capitales arabes, on observe avec inquiétude cette partie d’échecs entre Washington, Téhéran et Jérusalem. Chacun sait qu’une guerre ouverte redessinerait durablement l’équilibre régional.

Frappera, frappera pas…

Alors, frappera, frappera pas ? La réponse, à ce stade, est que tout reste ouvert. Les discussions de Genève peuvent déboucher sur un compromis fragile. Elles peuvent aussi échouer, ouvrant la voie à une phase plus coercitive.

La présence de scénarios militaires dans les cercles décisionnels américains ne signifie pas que la décision est prise. Mais elle montre que l’option est sérieusement envisagée.

Dans cette séquence, la diplomatie et la force ne s’excluent pas. Elles coexistent, s’alimentent, se répondent. La menace peut renforcer la négociation. Mais elle peut aussi la faire exploser.

Au cœur de ce moment, il y a une vérité simple : la guerre n’est jamais un automatisme, mais elle n’est jamais totalement exclue. Entre les cartons de pizzas livrés tard dans la nuit au Pentagone et les tables feutrées de Genève, le destin d’une région se joue peut-être.

Et la marguerite continue de perdre ses pétales.

 

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États-Unis – Iran : vers une «guerre Witkoff» ? https://mondafrique.com/moyen-orient/etats-unis-iran-vers-une-guerre-witkoff/ https://mondafrique.com/moyen-orient/etats-unis-iran-vers-une-guerre-witkoff/#respond Wed, 25 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147670 Si un conflit éclatait entre Washington et Téhéran, il ne serait peut-être pas seulement le fruit d’une rivalité régionale, mais le symptôme d’une transformation plus profonde : le passage d’une diplomatie institutionnelle à une négociation personnalisée, rapide, mais structurellement vulnérable. L’hypothèse d’une « guerre Witkoff » ne renvoie pas d’abord à l’Iran, ni même à […]

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Si un conflit éclatait entre Washington et Téhéran, il ne serait peut-être pas seulement le fruit d’une rivalité régionale, mais le symptôme d’une transformation plus profonde : le passage d’une diplomatie institutionnelle à une négociation personnalisée, rapide, mais structurellement vulnérable.

L’hypothèse d’une « guerre Witkoff » ne renvoie pas d’abord à l’Iran, ni même à la dynamique régionale du Moyen-Orient. Elle pointe une mutation interne du pouvoir américain. Sous l’impulsion de Donald Trump, la politique étrangère a été repensée comme un espace d’efficacité transactionnelle, libéré des lenteurs bureaucratiques.

La réduction du Conseil de sécurité nationale, le contournement des processus interministériels et la mise en avant d’intermédiaires personnels tels que Steve Witkoff ou Jared Kushner ont marqué un basculement structurel. L’autorité ne procédait plus d’un appareil institutionnel dense, mais d’une proximité présidentielle.

Historiquement, des figures comme Henry Kissinger, James Baker ou George Shultz négociaient avec le poids d’un État entier derrière eux : agences de renseignement, planificateurs militaires, experts régionaux, mémoire diplomatique accumulée. Leur pouvoir était institutionnel avant d’être personnel.

Le modèle contemporain inverse cette hiérarchie. L’envoyé devient le canal. L’État devient l’arrière-plan.

Une négociation déséquilibrée

Dans les discussions liées à l’Ukraine, des témoignages ont suggéré que l’envoyé américain aurait privilégié l’interprète de Vladimir Poutine plutôt que des personnels américains. Dans les échanges avec l’Iran, des experts du dossier nucléaire auraient été tenus à l’écart des premières réunions à Oman.

Face à une délégation iranienne composée de négociateurs rompus depuis des décennies aux arcanes du nucléaire, des sanctions et de la dissuasion régionale, le déséquilibre ne tenait pas à la puissance relative des États, mais à la profondeur de préparation.

La diplomatie ne repose pas uniquement sur l’autorité politique ; elle dépend d’une expertise cumulative. Lorsque la représentation personnelle remplace la structure, la négociation devient vulnérable aux asymétries techniques et stratégiques.

La confusion s’est accentuée lorsque des signaux d’ouverture perçus lors des discussions furent suivis de déclarations publiques maximalistes du président américain, élargissant les exigences bien au-delà du nucléaire. L’écart entre la salle de négociation et la rhétorique politique transforma un espace de compromis potentiel en scène d’ultimatum.

Un système rapide, mais fragile sous pression

Un appareil décisionnel restreint peut produire des résultats rapides, notamment dans des situations de cessez-le-feu ou de médiation ponctuelle. Mais empêcher une guerre entre puissances exige autre chose : frictions internes, voix dissidentes, prudence militaire, tests contradictoires des hypothèses stratégiques.

Or, au moment où la crise s’intensifiait, les garde-fous institutionnels paraissaient affaiblis. Moins de débats internes, moins de résistances bureaucratiques, un haut commandement militaire renouvelé et perçu comme plus loyal que contradicteur : la structure semblait optimisée pour la vitesse, non pour la retenue.

Face à cela, Téhéran demeure structuré par une logique de survie. Son architecture de dissuasion – missiles, réseaux régionaux, capacités asymétriques – n’est pas conçue comme une monnaie d’échange, mais comme une garantie existentielle. De part et d’autre, la contrainte politique interne rend le compromis visible presque impossible : Washington ne peut paraître céder ; l’Iran ne peut paraître capituler.

Dans cet espace rétréci, l’escalade peut devenir non un choix, mais l’issue par défaut.

Si l’histoire devait parler un jour de « guerre Witkoff », ce ne serait pas pour désigner un responsable individuel. Ce serait pour nommer un moment : celui où une grande puissance, ayant redessiné sa diplomatie pour aller plus vite, aurait découvert que la rapidité transactionnelle ne suffit pas à contenir les logiques d’escalade.

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Eric Pliez: « la lecture commode » de la mort tragique de Quentin Deranque https://mondafrique.com/libre-opinion/eric-pliez-la-lecture-commode-de-la-mort-tragique-dolivier-deranque/ https://mondafrique.com/libre-opinion/eric-pliez-la-lecture-commode-de-la-mort-tragique-dolivier-deranque/#respond Fri, 20 Feb 2026 14:12:32 +0000 https://mondafrique.com/?p=147474 La mort tragique d'un aciviste d'extrème droite, Quentin Deranque, nous saisit parce qu’elle est celle d’une vie fauchée. Ce drame révèle, une fois encore, ce que la violence politique porte en elle

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La mort tragique d’un aciviste d’extrème droite, Quentin Deranque, nous saisit parce qu’elle est celle d’une vie fauchée. Ce drame révèle, une fois encore, ce que la violence politique porte en elle : la négation de l’autre, et finalement la négation de la République elle-même.
 
Une chronique d’Eric Pliez, maitre du 20eme arrondissement de Paris, auteur d’un livre récent « il existe des maires heureux »
 
Il n’est pas de cause qui justifie que l’on frappe, que l’on humilie, que l’on tue. La République ne se défend pas à coups de barre de fer ; elle se défend par le droit. Elle ne triomphe pas par l’intimidation ; elle triomphe par la conviction. Ceux qui cèdent à la violence trahissent la cause qu’ils prétendent servir.
 
Gardons-nous cependant d’une lecture commode, qui consisterait à enfermer cette violence dans un seul camp, à la réduire à l’image caricaturale des « antifas », pour mieux absoudre d’autres dérives. L’honnêteté impose de regarder en face une réalité plus vaste et plus inquiétante : l’extrême droite, dans son histoire comme dans son expression contemporaine, charrie une violence qui n’est pas accidentelle, mais constitutive.
 
L’actualité nous rappelle, avec une régularité glaçante, les ratonnades, les rixes organisées, les blessés et parfois les morts qui jalonnent l’action de groupuscules se réclamant de cette mouvance.
Là où l’idéologie hiérarchise les êtres humains, la violence n’est jamais loin.
 
Oui, les formations de gauche, et notamment celles qui aspirent à gouverner, doivent lever toute ambiguïté. Elles doivent condamner sans réserve les exactions commises en leur nom ou sous leur bannière. On ne transige pas avec la violence ; on s’en sépare clairement.
La clarté est une exigence morale autant que politique.
 

« Le Front Républicain » aux oubliettes

 
Mais la mort du militant Quentin Deranque ne saurait devenir l’alibi d’un reniement plus vaste. Elle ne doit pas servir de prétexte à la droite pour rompre ce que nous appelons le front républicain, c’est-à-dire cette ligne intangible qui sépare les forces attachées aux principes fondamentaux — égalité, dignité, primauté du droit — de celles qui les contestent.
 
Car le danger, aujourd’hui, ne se présente plus toujours sous les traits outranciers d’hier. Il avance parfois en costume sombre et cravate bien nouée ; il siège à l’Assemblée ; il invoque la nation pour mieux exclure, l’ordre pour mieux restreindre les libertés. Sous des apparences policées, il travaille à installer un régime où l’étranger, le différent, le dissident seraient relégués, surveillés, stigmatisés.
 
À nous de tenir ensemble deux exigences : la condamnation absolue de toute violence politique, d’où qu’elle vienne, et la vigilance constante face à ceux qui, sous couvert de respectabilité retrouvée, poursuivent un projet contraire aux valeurs de la République.
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Liban : un garagiste grimé en prince saoudien manipule le pouvoir https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-un-garagiste-grime-en-prince-saoudien-manipule-le-pouvoir/ Tue, 17 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147263 Au Liban, un garagiste d’Akkar (province marginalisée du nord du pays) s’est fait passer pour un prince saoudien et a réussi à influencer des députés jusqu’à la désignation du Premier ministre fin 2025. Chronique d’une farce politique qui révèle un mal bien plus profond. Il s’appelait « Abu Omar ». Il parlait avec l’accent saoudien, […]

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Au Liban, un garagiste d’Akkar (province marginalisée du nord du pays) s’est fait passer pour un prince saoudien et a réussi à influencer des députés jusqu’à la désignation du Premier ministre fin 2025. Chronique d’une farce politique qui révèle un mal bien plus profond.

Il s’appelait « Abu Omar ». Il parlait avec l’accent saoudien, citait Riyad avec l’assurance d’un diplomate, évoquait des « instructions de la cour royale » comme on lit un bulletin météo. Il ne rencontrait personne, ne signait rien, n’apparaissait nulle part. Il téléphonait. Et cela suffisait.

En réalité, derrière la voix se cachait Moustafa al-Hasian, quadragénaire, garagiste dans la province d’Akkar. Une région marginalisée du nord du Liban, plus connue pour ses routes cabossées que pour ses intrigues d’État. Pourtant, pendant plusieurs années, cet homme aurait réussi à monnayer de prétendues connexions saoudiennes contre des faveurs économiques et politiques auprès de parlementaires libanais. Jusqu’à peser, selon plusieurs témoignages, sur l’élection du Premier ministre fin 2025.

Le scénario paraît invraisemblable. Il ne l’est pas. Il est, au contraire, d’une cohérence implacable.

Car « Abu Omar » n’a pas seulement exploité la crédulité de quelques élus. Il a exploité une structure. Un système politique fondé sur l’équilibre confessionnel, la recherche permanente de parrainages extérieurs et l’obsession des signaux venus d’ailleurs.

Selon les révélations du Financial Times, c’est une parfaite maîtrise de l’accent saoudien et une connaissance fine des positions diplomatiques de Riyad qui auraient permis au faux prince de convaincre. Dans un pays où l’appui de l’Arabie saoudite peut redessiner des alliances internes, la voix compte parfois davantage que la preuve.

Un cheikh sunnite influent d’Akkar, Khaldoun Oraymet, aurait servi d’intermédiaire. Son réseau, s’étendant des hommes d’affaires du Golfe aux membres du gouvernement, aurait ouvert des portes. Le garagiste devenait alors une passerelle supposée vers Riyad. Et chacun voulait traverser.

Les politiciens rivalisaient d’attention. On offrait une voiture au fils du cheikh. On sollicitait l’aide d’« Abu Omar » pour obtenir des médailles équestres en Arabie saoudite. On demandait des appuis, des bénédictions, des signes.

Le détail le plus révélateur ? Personne ne rencontrait jamais le fameux prince. Tous les échanges se faisaient par téléphone. Un indicatif britannique, une voix assurée, et le tour était joué.

L’affaire aurait atteint son apogée lors de la course à la présidence du Conseil en 2025. Prétextant des « instructions de la cour royale saoudienne », Abu Omar aurait demandé à un groupe de députés de ne pas voter pour le Premier ministre sortant, Najib Mikati.

Selon le député Ahmed Kheir, plusieurs participants auraient alors changé leur vote en faveur de Nawaf Salam, finalement désigné le 13 janvier 2025.

Influence réelle ou exagération a posteriori ? La justice devra trancher. Mais le simple fait que des parlementaires admettent avoir été sensibles à des consignes téléphoniques d’un émissaire jamais vu dit déjà beaucoup.

Le 20 janvier, la juge d’instruction de Beyrouth, Roula Osman, a émis un mandat d’arrêt contre Moustafa al-Hasian et Khaldoun Oraymet. Les deux hommes sont poursuivis pour fraude, chantage, usurpation d’identité, influence sur des décisions de vote et atteinte aux relations entre le Liban et l’Arabie saoudite.

La farce s’est transformée en dossier pénal.

Une comédie révélatrice

On pourrait rire. Un garagiste devenu prince. Des députés fascinés par un accent. Des décisions politiques influencées par un numéro britannique.

Mais l’ironie masque mal une réalité plus inquiétante.

Comme l’a souligné au Financial Times Sami Atallah, directeur du think tank The Policy Initiative à Beyrouth, l’affaire illustre « à quel point l’élite politique s’est soumise aux décisions des puissances étrangères ». La phrase est sévère. Elle n’est pas nouvelle.

Le système libanais repose depuis des décennies sur des équilibres externes : Arabie saoudite pour une partie du camp sunnite, Iran pour le camp chiite, appuis occidentaux pour d’autres forces. Les leaders se targuent de soutiens internationaux pour asseoir leur légitimité interne.

Dans ce contexte, l’idée qu’un émissaire de Riyad puisse appeler et donner une « consigne » n’a rien d’absurde. Elle s’inscrit dans une pratique politique familière : attendre le signal.

Abu Omar n’a donc pas inventé le mécanisme. Il s’y est glissé.

Ce scandale révèle aussi une autre faille : la confusion entre symbolique et réel. Dans un système saturé de rumeurs, d’émissaires officieux, de médiations discrètes, la frontière entre le vrai et le vraisemblable s’estompe.

Il suffit d’une voix crédible. D’un discours cohérent. D’une promesse de soutien.

La politique devient alors un théâtre où l’apparence de l’appui vaut presque autant que l’appui lui-même.

Que des responsables publics aient pu se laisser convaincre par un interlocuteur jamais rencontré en personne interroge la solidité des procédures, mais aussi la culture politique. La vérification semble avoir cédé la place à la projection : on voulait croire à l’existence d’un prince influent. On a donc cru.

Depuis la révélation de l’affaire en décembre, la question circule : combien d’« Abu Omar » y a-t-il au pays du Cèdre ?

La formule, reprise par plusieurs médias, dont notre confrère Ici Beyrouth – lien menant à l’article en fin de page -, dépasse le cas d’espèce. Elle renvoie à une inquiétude plus large : si un garagiste peut influencer des choix politiques majeurs, qu’en est-il des véritables réseaux d’influence ? Des intermédiaires discrets, des conseillers officieux, des bailleurs invisibles ?dépasse le cas d’espèce. Elle renvoie à une inquiétude plus large : si un garagiste peut influencer des choix politiques majeurs, qu’en est-il des véritables réseaux d’influence ? Des intermédiaires discrets, des conseillers officieux, des bailleurs invisibles ?

Abu Omar n’est peut-être que la version caricaturale d’une pratique plus diffuse.

L’ironie de l’histoire tient à ceci : il n’a pas eu besoin d’argent colossal, ni d’appareil sophistiqué, ni de protection diplomatique. Il a eu besoin d’un accent et d’un système prêt à l’écouter.

Dans une démocratie fragilisée, où la souveraineté est souvent négociée, symboliquement ou réellement, l’autorité se mesure parfois à la proximité supposée avec l’étranger.

Le faux prince a prospéré sur cette obsession.

Son arrestation clôt un chapitre judiciaire. Elle n’efface pas la question politique.

Car le scandale ne révèle pas seulement l’audace d’un individu. Il met en lumière une vulnérabilité structurelle : celle d’élites qui cherchent à l’extérieur la validation qu’elles peinent à trouver à l’intérieur.

Abu Omar n’était peut-être qu’un mirage. Mais s’il a pu exister si longtemps, c’est que le désert était déjà là.

L’article d’Ici Beyrouth

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L’Amérique, l’or et l’émergence d’un monde en treillis https://mondafrique.com/libre-opinion/lamerique-lor-et-lemergence-dun-monde-en-treillis/ Thu, 05 Feb 2026 09:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146509 L’ordre mondial issu de l’après-guerre ne s’effondre pas pour céder la place à un nouveau centre de pouvoir, mais se fragmente en une pluralité de systèmes imbriqués, sans hégémonie dominante, où la stabilité repose désormais sur l’interdépendance plutôt que sur la hiérarchie. L’effondrement de l’ordre international de l’après-guerre est souvent mal décrit comme un simple […]

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L’ordre mondial issu de l’après-guerre ne s’effondre pas pour céder la place à un nouveau centre de pouvoir, mais se fragmente en une pluralité de systèmes imbriqués, sans hégémonie dominante, où la stabilité repose désormais sur l’interdépendance plutôt que sur la hiérarchie.

L’effondrement de l’ordre international de l’après-guerre est souvent mal décrit comme un simple problème de transition : le déclin de l’hégémonie américaine suivi par l’ascension d’un successeur. Ce cadrage est rassurant, mais de plus en plus inexact. Ce que le monde traverse aujourd’hui n’est ni un passage mécanique d’un centre global à un autre, ni un interrègne temporaire avant l’affirmation d’un nouvel équilibre. Il s’agit d’une phase prolongée de perturbation dans laquelle les présupposés qui soutenaient autrefois la stabilité — la prévisibilité, la hiérarchie, des valeurs prétendument garanties par l’État de droit et la centralité monétaire — ne tiennent plus, et où aucun ordre de remplacement n’attend en coulisses.

La rupture trumpienne

La rupture la plus décisive ne s’est pas produite parce que la puissance américaine aurait soudainement disparu — ce n’est pas le cas. Elle s’est produite lorsque Donald Trump a rejeté un principe fondateur du leadership américain : l’idée que la prévisibilité constitue en elle-même un bien public. Pendant des décennies, la puissance américaine a toléré l’hypocrisie afin de préserver l’ordre. Les États-Unis violaient sélectivement les règles tout en les maintenant comme normes, soutenant un système dont la cohérence dépendait moins de la constance morale que de la retenue. Trump a rompu de manière décisive avec cette logique. Il a fait de l’imprévisibilité un levier, de la transaction une stratégie et de la perturbation une vertu. Ce faisant, il n’a pas seulement affaibli les institutions ; il a révélé à quel point le système mondial dépendait de l’autolimitation américaine plutôt que d’un consentement durable.

De nombreux acteurs de l’économie mondiale continuent — naïvement ou par nostalgie — de désirer la stabilité. Leurs profits, leur légitimité politique et leur cohésion interne demeurent liés à des règles qu’ils peuvent comprendre et anticiper. Banquiers centraux, planificateurs industriels, investisseurs et puissances intermédiaires partagent un intérêt commun pour la prévisibilité. Des figures comme Mark Carney soutiennent depuis longtemps qu’une forme de stabilité réordonnée finira par émerger, parce que trop d’intérêts en dépendent pour qu’il en soit autrement. Même la Chine se présente de plus en plus comme une garante de la cohérence transactionnelle, maniant avec aisance le langage de la coordination globale et projetant un message de réassurance plutôt que de rupture.

Cette croyance repose toutefois sur un vœu pieux : l’idée que, parce que les sociétés souhaitent la stabilité, celle-ci doit nécessairement se matérialiser au niveau systémique. L’histoire offre peu d’arguments en faveur de cette thèse. Il n’existe qu’un seul exemple majeur de transition financière mondiale s’étant déroulée avec un succès relatif — le passage, au milieu du XXᵉ siècle, de la livre sterling au dollar — et il a réussi pour des raisons largement absentes aujourd’hui. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s’imposaient comme une puissance industrielle, financière et militaire incontestée, capable de garantir simultanément la liquidité, la reconstruction et la sécurité. Ils ont assorti cette capacité d’une architecture institutionnelle délibérée : le système de Bretton Woods a créé le FMI et la Banque mondiale, instauré des taux de change fixes et des contrôles de capitaux, et géré l’ajustement de manière politique plutôt que de l’abandonner aux seules tensions des marchés. La transition s’est en outre déroulée dans un cadre de sécurité et de coopération politique occidentale relativement cohésif, et non dans un environnement multipolaire fragmenté et concurrentiel. Le résultat ne fut pas un transfert sans heurts, mais un cas rare où la transition monétaire fut stabilisée par la convergence de la puissance, des institutions et de la cohésion des alliances.

Supposer qu’un résultat comparable émergera naturellement dans le paysage actuel — bien plus dense, concurrentiel et fragmenté — revient à confondre préférence et causalité.

Un monde en treillis

Ce qui se dessine aujourd’hui n’est donc ni un nouvel ordre unipolaire ni un ordre bipolaire, mais une prolifération d’ordres partiels. Comme l’a soutenu Carney dans un texte visionnaire publié en 2019, l’avenir pourrait n’appartenir ni au remplacement hégémonique ni à des systèmes rigides d’équilibre des puissances, mais à des réseaux de stabilité qui se chevauchent — des régimes distincts de finance, de commerce, de technologie, d’énergie et de sécurité coexistant sans hiérarchie. Un tel monde ne ressemblerait pas à une pyramide, mais à un treillis : une pluralité de systèmes porteurs, s’entrecroisant de manière inégale, sans qu’aucun ne puisse imposer une cohérence d’ensemble. La stabilité dans un tel système ne découle pas de l’application de règles par une autorité centrale, mais du coût élevé de la sortie de multiples régimes imbriqués, où États, entreprises et institutions sont trop intégrés pour s’en retirer sans pertes économiques et politiques sévères.

Cette perspective est cruciale, car le cadrage alternatif dominant est dangereux. Décrire le moment présent comme une transition d’un ordre américain vers un ordre chinois déclenche immédiatement l’alarme aux États-Unis, en particulier parmi les courants revanchards de la base politique de Trump et de son entourage. Les récits de succession figent la logique du jeu à somme nulle, renforcent les coalitions ultra-bellicistes et rétrécissent l’imagination politique au profit de la confrontation. Une fois le déclin interprété comme un déplacement, l’escalade se rationalise, et même des idées grossières — telles que des sphères d’influence rigides — commencent à paraître modérées face au spectre du conflit ouvert.

L’ascension de la Chine ne correspond pas à ce schéma. Ce qui se déploie n’est pas une tentative d’instaurer une domination mondiale unifiée — objectif pour lequel la Chine n’est ni institutionnellement préparée ni stratégiquement disposée — mais une influence diffuse exercée par les infrastructures, la production et les réseaux. La Chine développe à une vitesse remarquable des systèmes industriels, investit dans des lignes de transport électrique à très longue distance et conçoit des réseaux régionaux intégrant énergie, industrie et logistique à l’échelle asiatique — des ambitions que les États-Unis et l’Europe peineraient à égaler sans réformes politiques majeures. Il s’agit d’une puissance fondée sur l’intégration technique plutôt que sur le commandement, sur des dépendances intégrées aux systèmes plutôt que sur une allégeance imposée par l’idéologie. C’est une forme d’ordonnancement sans hégémonie. Une grande partie de cette recomposition est portée non par de vastes stratégies, mais par des acteurs pragmatiques — puissances intermédiaires, multinationales, banques centrales et blocs régionaux — qui mettent discrètement en place des canaux de paiement alternatifs, des normes et des mécanismes de règlement destinés à réduire leur exposition à la volatilité plutôt qu’à renverser le système.

La dimension monétaire de cette transformation est tout aussi mal comprise. Le monde ne se précipite pas du dollar vers le chaos — ni vers le renminbi. Il se couvre. À mesure que la confiance dans un ancrage monétaire unique s’érode, l’or a réémergé non comme un retour à l’étalon-or, mais comme un collatéral apolitique — un actif hors juridiction, hors risque de sanctions et hors conditionnalité de politique étrangère. L’or joue un rôle d’assurance de bilan, de pont entre des systèmes incompatibles pendant que de nouveaux arrangements se mettent en place. Parallèlement, les mécanismes de règlement se fragmentent davantage : les échanges énergétiques, les chaînes d’approvisionnement industrielles, les services numériques et le commerce régional recourent de plus en plus à des monnaies et à des systèmes de compensation distincts, liés à des écosystèmes économiques spécifiques.

La fin du monople du dollar

L’issue la plus probable n’est donc pas l’effondrement du dollar, mais la fin de son monopole. Cinq ou six grandes zones de règlement sont en train d’émerger — énergie et matières premières, industrie est-asiatique, finance atlantique, commerce lié aux BRICS, dispositifs monétaires adossés aux matières premières et économies de plateformes numériques — chacune reposant sur des monnaies, des instruments et des règles différentes. Cette diversification n’abolit pas l’interdépendance ; elle la multiplie. Mais elle érode la capacité singulière de Washington à instrumentaliser le dollar par les sanctions et l’exclusion financière. Les projections récentes du FMI soulignent le caractère structurel de cette évolution : d’ici 2028, la Chine et l’Inde devraient chacune contribuer davantage à la croissance mondiale du PIB que les États-Unis, renforçant un monde où la gravité économique ne coïncide plus avec le monopole monétaire.

À mesure que cette capacité s’affaiblit, les États-Unis se trouvent confrontés à un choix structurel qu’ils n’ont pas consciemment formulé. La réduction de l’effet de levier monétaire poussera Washington vers une forme d’isolationnisme contraint — non par retrait volontaire, mais par limitation objective. Il ne s’agit pas d’un isolationnisme de choix ou d’idéologie, mais de la condition d’une puissance toujours présente à l’échelle mondiale, mais de moins en moins capable d’imposer sa volonté au moyen des instruments qui transformaient autrefois cette présence en influence.

Le danger réside dans la manière dont cette évolution est interprétée sur le plan intérieur. Présentée comme une perte ou une humiliation, elle risque de provoquer une réponse violente au changement structurel — une tentative de restaurer la primauté monétaire et stratégique par la coercition plutôt que par l’adaptation. La capacité des États-Unis à gérer cette transition avec prudence, ou au contraire à y réagir de façon destructrice, dépendra moins des forces globales que du leadership politique qui succédera à Trump.

Le monde à venir n’est pas ordonné au sens classique du terme, mais il n’est pas non plus voué à l’effondrement. Il est pluriel, inégal et inachevé : un treillis de systèmes économiques imbriqués, de monnaies partielles et de formes concurrentes de stabilité. Dans un tel contexte, la mauvaise interprétation — plus encore que le déclin lui-même — devient le principal danger stratégique. La tâche n’est pas de rechercher un nouvel ordre mondial qui finirait par s’imposer, mais d’apprendre à naviguer dans une condition permanente d’ordonnancement sans hiérarchie — sans nous alarmer jusqu’à la confrontation, ni confondre la complexité avec la catastrophe.

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« Non à la criminalisation de la solidarité en Tunisie » https://mondafrique.com/libre-opinion/non-a-la-criminalisation-de-la-solidarite-en-tunisie/ Tue, 03 Feb 2026 07:56:02 +0000 https://mondafrique.com/?p=146365 À l’occasion de la comparution d’Abdallah Saïd devant le tribunal de première instance de Médenine le 3 février, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa solidarité pleine et entière avec le défenseur des droits humains Abdallah Saïd, éducateur spécialisé au ministère de la Santé publique, […]

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À l’occasion de la comparution d’Abdallah Saïd devant le tribunal de première instance de Médenine le 3 février, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa solidarité pleine et entière avec le défenseur des droits humains Abdallah Saïd, éducateur spécialisé au ministère de la Santé publique, militant associatif et acteur reconnu du champ humanitaire et social à Médenine.

Depuis plus de trente ans, Abdallah Saïd a consacré sa vie à l’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité, notamment les personnes en situation de handicap, les enfants, les migrant·e·s, réfugié·e·s et demandeur·euse·s d’asile. Fondateur et président de l’Association Enfants de la Lune à Médenine, il a développé, avec ses équipes, des actions multiples : soutien psychosocial, accompagnement médical, programmes d’alphabétisation, encadrement des enfants déscolarisés, formation professionnelle, appui à l’autonomisation économique des femmes, ainsi que la mise à disposition d’un espace associatif ouvert à de nombreuses organisations locales. Ces activités ont été menées de manière transparente, dans le respect des lois en vigueur, souvent en coordination avec les autorités locales et en partenariat avec des institutions nationales et internationales.

Le 12 novembre 2024, Abdallah Saïd a été arrêté par les forces de sécurité tunisiennes et placé en garde à vue auprès de l’unité nationale de recherche dans les crimes financiers complexes, sans notification de charges précises. Cinq jours plus tard, son dossier a été transféré au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, lequel a expressément constaté l’absence de tout élément à caractère terroriste et a décidé de renvoyer l’affaire au procureur de la République près le tribunal de première instance de Médenine.

Malgré cette absence reconnue de fondement terroriste, Abdallah Saïd est maintenu en détention depuis plus de 445 jours. Dans un premier temps, des accusations extrêmement graves lui ont été imputées, telles que la prétendue atteinte à la sûreté de l’État, le complot contre la sécurité intérieure et extérieure, ainsi que des chefs d’inculpation en lien avec des financements suspects. Ces accusations, à forte connotation politique, ont ensuite été progressivement abandonnées, pour être remplacées par des poursuites à caractère financier, sans que des éléments matériels probants ne soient rendus publics.

Les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés sont directement liés à son activité associative : assistance humanitaire à des migrant·e·s et réfugié·e·s, gestion de projets de soutien social, mobilisation de dons, partenariats avec des organisations nationales et internationales, et accompagnement de personnes vulnérables. Autrement dit, des actes de solidarité et d’action humanitaire, pourtant protégés par le droit tunisien et le droit international, sont instrumentalisés afin de justifier son maintien en détention.

Parallèlement, Abdallah Saïd a été la cible de campagnes de diffamation, d’attaques racistes et de discours de haine sur les réseaux sociaux, dans un contexte politique marqué par une stigmatisation croissante des migrant·e·s et une volonté manifeste de dissuader toute forme de solidarité à leur égard.

L’affaire Abdallah Saïd s’inscrit dans une dynamique plus large de criminalisation du travail associatif et de répression des défenseur·e·s des droits humains, en particulier celles et ceux engagés dans le champ de la migration, de l’anti-discrimination et de la justice sociale. Elle constitue une violation grave des principes de légalité, de présomption d’innocence, de proportionnalité des poursuites et du droit à un procès équitable.

En conséquence, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie :

  • Exprime sa solidarité totale et inconditionnelle avec Abdallah Saïd et sa famille ;
  • Dénonce son arrestation et sa détention arbitraires depuis plus de 445 jours ;
  • Affirme que les poursuites engagées contre lui relèvent d’une politique de criminalisation de la solidarité et de l’action civile ;
  • Exige sa libération immédiate et l’abandon de toutes les charges à son encontre ;
  • Appelle à la fin de toutes les formes de harcèlement judiciaire et administratif contre les défenseur·e·s des droits humains et les organisations de la société civile.

La solidarité n’est pas un crime.
L’action humanitaire n’est pas un crime.
Défendre la dignité humaine n’est pas un crime.

Tout notre soutien à Abdallah Saïd.

Paris, le 2 février 2026

Communiqué de solidarité avec le défenseur des droits humains Abdallah SaïdNon à la criminalisation de la solidarité – Non à la criminalisation de l’action civile

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La passivité des BRICS face aux menaces de Trump contre l’Iran https://mondafrique.com/libre-opinion/la-passivite-des-brics-face-aux-menaces-de-trump-contre-liran/ Mon, 02 Feb 2026 18:53:02 +0000 https://mondafrique.com/?p=146336 Les tensions entre les USA et l’Iran pourtant membre des organisations des BRICS+ et de Shanghai, organisations cosmopolites avec des régimes et des alliances politiques différents montre clairement que l’architecture actuelle et certainement future des relations internationales qu’il n’y pas de sentiments mais que des intérêts et pour preuve l’expérience récente au Venezuela. Abderrahmane Mebtoul, […]

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Les tensions entre les USA et l’Iran pourtant membre des organisations des BRICS+ et de Shanghai, organisations cosmopolites avec des régimes et des alliances politiques différents montre clairement que l’architecture actuelle et certainement future des relations internationales qu’il n’y pas de sentiments mais que des intérêts et pour preuve l’expérience récente au Venezuela.

Abderrahmane Mebtoul, de nationalité algérienne, est Professeur des universités et Expert international

L’ONU étant impuissante à agir sur les événements mondiaux actuels, on se limite à des condamnations verbales de peu d’effets sous-tendant des contreparties entre certaines grandes puissances pour un partage du monde. Dans ce cadre, il est utile de rappeler les objectifs de ces deux organisations qui dans leurs statuts ont pourtant comme fondement la solidarité de défense de ses membres. Afin de s’affranchir de la domination et notamment des USA, de l’Occident, nous assistons à la naissance d’autres organisations, notamment les Brics composé de la Russie, de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique du Sud du Brésil, avec six nouveaux membres depuis au Brics+, (entre temps, l’Argentine s’étant retirée), dont l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, de l’Éthiopie, de l’Iran. Le groupe des 10 devenant les Brics+ qui s’étaient réunis se réunira à Kazan en Russie du 22 au 24 octobre 2024 a créé un groupe de partenaires, comprenant 13 pays, dont l’Algérie, la Biélorussie, la Bolivie, Cuba, l’Indonésie, le Kazakhstan, la Malaisie, le Nigeria, l’Ouganda, la Serbie, la Thaïlande, la Turquie et l’Ouzbékistan.

La Chine est pour l’instant le moteur de cette organisation, la deuxième économie au monde, le plus grand exportateur et un investisseur de plus en plus important et pour alimenter ses exportations et sa consommation intérieure, important monde entier des volumes considérables de matières premières et de produits semi-finis. Pour l’instant, les résultats sont mitigés, l’intensification du commerce intra-Brics, des infrastructures économiques et logistiques étant nécessaires pour garantir que les flux commerciaux où selon certaines données internationales au moins 80% de l’accroissement des échanges entre les différents Brics impliquent la Chine avec un accroissement entre Inde et Russie. Pour les organisateurs lors de la dernière réunion Kaza en Russie, le PIB des Brics+ s’élèverait « à plus de 60 000 milliards de dollars, et sa part totale dans le produit mondial brut dépasse les indicateurs correspondants du groupe du G7 et continue de croître ».

Afin d’essayer de s’affranchir des institutions de Bretton Woods mises en place après la Seconde Guerre mondiale (Fonds monétaire international et Banque mondiale) a été créé la Banque de développement des Brics qui a été inaugurée le 15 juillet 2014 à l’occasion du 6e sommet qui s’est tenu à Fortaleza au Brésil, le Bangladesh les Émirats arabes unis devenant membres en 2021, l’Égypte en 2023 et l’Algérie en 2024 (voir interview du professeur Abderrahmane Mebtoul, le 18 octobre 2024 à la Télévision internationale chinoise «CGTN») et actuellement présidé par Dilma Rousseff, présidente actuelle de la NDB et ancienne présidente de l’Etat du Brésil, et malgré cela le dollar et accessoirement l’euro dominent les transactions internationales.

Et pour le remplacement du dollar dans les transactions intra pays Brics+ qui d’ailleurs ne fait pas l’unanimité au sein des BRICS, il faut être réaliste, ce n’est pas pour demain, peut-être en 2030 car entre 2021/2022, selon les données du FMI du 28 avril 2023, la part du dollar, dans les paiements mondiaux s’élève à environ à 38 %, l’euro faisant jeu égal avec le dollar et la part du dollar dans les réserves de changes mondiales est passée de 71 % en 1999, à 58 % en 2022, l’euro 20,5 %, le yen 5,5 %, la livre sterling 5 % et le yuan chinois 2,7 %., il reste un long chemin à parcourir tant pour les Brics que pour les membres de l’OSC, tout dépendra entre 202/2030 de l’accroissement de leur poids économique au sein du PIB mondial (Voir notre interview au site américain Maghreb Voices du 30/08/2023 et au quotidien El Moudjahid du 2 septembre 2023).

Pour comparer le poids du Bricsc+, précisons qu’en 2024, le poids économique du G7 dans le PIB mondial étant en baisse à environ 29%, les États-Unis représentant la plus grande part avec près de 60 % du poids économique total du G7 à ne pas confondre avec le G20 incluant bon nombre de pays émergents, dont le PIB est estimé à environ 80,4 % du PIB mondial, représentant 79,3 % de la population et 79 % du commerce mondial Quant à l’Organisation de Shanghai, c’est une organisation non gouvernementale créée à Shanghai le 15 juin 2001, avec la Russie, la Chine et quatre anciennes Républiques soviétique d’Asie centrale : le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. En 2016, l’organisation s’est élargie pour inclure l’Inde, le Pakistan et, en juillet 2023, l’Iran qui était observateur depuis 2005. Comme pour les Brics, cette organisation milite pour un monde multipolaire basé sur le co-développement et la lutte contre les inégalités au niveau planétaire. Se réclamant de ce que l’on appelle «l’esprit de Shanghai», où en termes géographiques, l’OCS est la plus grande organisation régionale couvrant 34 millions de km2, le 22e sommet qui s’est tenu les 15 et 16 septembre 2023 à Samarcande, en Ouzbékistan, regroupant 14 pays dont l’objectif est l’instauration d’une confiance mutuelle, l’équilibre et la diversification en matière de sécurité, d’économie et de diplomatie et une plus grande liberté d’action politique dans les relations étrangères par la non-ingérence dans les affaires intérieures.

Nous avons trois États observateurs souhaitant devenir membres à part entière et les huit partenaires qui sont : l’Afghanistan, le Belarus et la Mongolie. Nous avons également 10 partenaires de dialogue qui sont en dernière date l’Arabie saoudite qui vient de s’associer depuis le 29 mars 2023 en tant qu’État «partenaire du dialogue» à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le Koweït a procédé les 4 et 5 mai 2023 dans la ville de Panaji, en Inde. Pour les autres pays nous avons : la Turquie membre de l’Otan, le Qatar, l’Egypte, l’Azerbaïdjan, le Cambodge et le Népal. Dans une déclaration reprise par l’APS en date du 21 juin 2023, malgré la non-prise en compte de l’adhésion de l’Algérie aux Brics lors du dernier sommet en Afrique du Sud, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a indiqué que l’Algérie a déposé une demande pour adhérer à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en tant qu’observateur.

En conclusion, un exercice naval conjoint Russie-Chine-Iran dans les eaux sud-africaines étant en cours alors que les tensions géopolitiques avec Washington sont au plus haut, pour un exercice militaire des Brics qui risque de provoquer, selon les agences Reuters et l’AFP la colère de Washingtons envers Prétoria nouveau cible récurrente de ses critiques, et que la marine iranienne ait annoncé un exercice militaire à tirs réels dans le détroit d’Ormuz où transitent environ 21 % de la consommation mondiale de pétrole y passe, pour bon nombre d’experts, il y a une forte probabilité, que sera évité une généralisation du conflit qui pourrait entraîner une flambée des prix des hydrocarbures qui affecterait l’avenir de la croissance de l’économie mondiale y compris les USA dont l’objectif n’est pas d’instaurer la démocratie mais de changer des régimes pour ses propres intérêts.

Aussi, malgré des condamnations diplomatiques notamment de la Russie et de la Chine, méditons l’expérience récente du Venezuela, la leçons à tirer, c’est qu’il n’y a pas d’amitié ou de fraternité dans les relations internationales, qu’un régime, à ne pas confondre avec Etat pour sa survie, ne peut compter que sur sa force économique et militaire propre et surtout sur sa population par une adhésion sans faille, ce qui renvoie à la nécessaire démocratie tenant compte de son anthropologie culturelle et accessoirement sur certaines de ses alliances avec les grandes puissances de ce monde et souvent avec des contreparties.

 

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L’immense succès des écoles religieuses coraniques au Sénégal https://mondafrique.com/societe/limmense-succes-des-ecoles-religieuses-coraniques-au-senegal/ Sat, 31 Jan 2026 05:59:44 +0000 https://mondafrique.com/?p=146072 Les daaras concernent des centaines de milliers d’enfants en Afrique de l’Ouest. Sur les vingt-cinq dernières années, plusieurs centaines de milliers, probablement près d’un million d’enfants, sont passés par ce système au seul Sénégal. On ne parle pas d’initiatives pédagogiques marginales. On parle d’un système éducatif de masse. Une chronique de Jehan Khaled Pour des […]

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Les daaras concernent des centaines de milliers d’enfants en Afrique de l’Ouest. Sur les vingt-cinq dernières années, plusieurs centaines de milliers, probablement près d’un million d’enfants, sont passés par ce système au seul Sénégal. On ne parle pas d’initiatives pédagogiques marginales. On parle d’un système éducatif de masse.

Une chronique de Jehan Khaled

Pour des millions de parents, notamment dans les milieux africains les plus précaires, cette alternative n’est pas théorique. Elle est quotidienne. Dans un système éducatif — religieux, militaire ou communautaire — l’enfant est considéré comme un être à former. Il est parfois rudement encadré, soumis à la contrainte, mais il reste une finalité. Dans la rue sans système, l’intention disparaît. L’enfant n’est plus un sujet éducatif. Il devient un outil, une ressource, parfois une marchandise.

L’absence d’alternative

Le système des talibés en Afrique de l’Ouest repose sur les daaras, écoles religieuses coraniques traditionnelles, particulièrement présentes en Afrique de l’Ouest. C’est un système ancien, massif, structuré, qui prend en charge des enfants très jeunes, majoritairement issus de familles sans capital financier. On n’y entre pas pour “réussir”. On y entre pour être formé.

L’entrée est précoce, parfois dès cinq ans. Il n’y a pas de sélection académique. Le critère est simple : l’absence d’alternative familiale ou éducative. Le daara ne promet rien. Il impose un cadre. Le quotidien est collectif, austère, répétitif. La hiérarchie est claire. L’autorité est incarnée par le maître. Les journées sont rythmées par l’apprentissage, la récitation, les tâches communes. Aucun confort.Aucune individualisation.

Mais un principe central: l’enfant n’est jamais livré à lui-même. L’exigence est élevée, la mémorisation intensive, la répétition quotidienne.

D’où l’endurance mentale, l’acceptation de la frustration et la soumission à une règle extérieure. Ce n’est pas une pédagogie moderne.C’est une pédagogie de tenue. Le système des talibés ne cherche pas à produire : -des diplômés, des cadres, des trajectoires linéaires. Il cherche à produire : – des enfants capables de tenir, d’obéir à une règle extérieure, d’endurer la frustration, d’exister dans un collectif sans en être le centre. C’est une pédagogie de désindividualisation.

Trajectoires comparées

Un enfant passé par un système éducatif imparfait peut échouer.Mais il a appris :

  • à obéir à une règle extérieure,
  • à tenir dans la durée,
  • à se situer dans un collectif.

Un enfant livré seul à la rue apprend autre chose :

  • l’opportunisme immédiat,
  • la loyauté forcée,
  • la violence comme langage.

Le système des talibés n’est pas pensé contre la rue. Il l’intègre. La rue n’est pas l’échec du système. Elle en est une composante éducative. Dans le daara, la rue est encadrée, ritualisée, limitée dans le temps, inscrite dans une hiérarchie. L’enfant ne traîne pas. Il circule. Il sait où il dort. À qui il rend des comptes. Quand la journée commence et s’arrête. La rue devient un apprentissage du réel. La différence essentielle n’est donc pas la rue elle-même. Dans un cas  la rue est intégrée à un système éducatif, dans le second cas, il n’y a : aucune règle, aucune limite, aucune autorité, identifiable. Ce n’est plus la rue comme apprentissage. C’est la rue comme captation.

Le système des talibés ne promet ni confort, ni modernité, ni réussite garantie. Il promet autre chose : un cadre, une structure, une intention éducative. C’est rude. C’est ancien. C’est discutable. Mais ce n’est ni un accident, ni une improvisation. C’est un choix éducatif.

Structure contre captation

Une seule option est exclue pour l’enfant : la rue. Votre gamin, guetteur ? Jamais. Restent donc les systèmes sobres, austères, exigeants. Ceux qui fonctionnent sans argent, mais avec des règles qui structurent. De la discipline religieuse à la discipline militaire, du Sénégal à la campagne française, en passant par les ashrams indiens, il y en aura pour toutes les bourses vides.Un seul objectif : éviter que votre enfant ne bascule. 

Un système éducatif, même rudimentaire, produit :

  • des règles explicites,
  • une hiérarchie identifiable,
  • une temporalité (début, fin, retour),
  • une responsabilité adulte, même minimale.

L’enfant sait où il dort, à qui il rend des comptes et quand la journée commence et se termine. Il est inscrit dans une structure.

Dans la rue sans système, les règles sont implicites et changeantes, la hiérarchie est violente, le temps est continu, la prédation est permanente.

L’enfant est disponible à tout moment. C’est cette disponibilité totale qui permet la captation criminelle.

 

 

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