- Mondafrique https://mondafrique.com/libre-opinion/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 02 Apr 2025 15:17:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.7.2 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/libre-opinion/ 32 32 Mezri Haddad, « J’accuse Kaïs Saïed de Haute Trahison » https://mondafrique.com/libre-opinion/mezri-haddad-jaccuse-kais-saied-de-haute-trahison/ https://mondafrique.com/libre-opinion/mezri-haddad-jaccuse-kais-saied-de-haute-trahison/#respond Wed, 02 Apr 2025 15:17:28 +0000 https://mondafrique.com/?p=130991 Figure inclassable de l’élite politique et intellectuelle tunisienne, philosophe de formation, souverainiste et plus exactement bourguibiste de conviction, Mezri Haddad est l’un des rares survivants politique de l’ère Ben Ali. Violemment stigmatisé à la chute du régime pour avoir traité les manifestants de « hordes fanatisées » et la révolution tunisienne « d’imposture islamo-atlantiste qui […]

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Figure inclassable de l’élite politique et intellectuelle tunisienne, philosophe de formation, souverainiste et plus exactement bourguibiste de conviction, Mezri Haddad est l’un des rares survivants politique de l’ère Ben Ali. Violemment stigmatisé à la chute du régime pour avoir traité les manifestants de « hordes fanatisées » et la révolution tunisienne « d’imposture islamo-atlantiste qui mènera le pays à la ruine » (c’était le 12 janvier 2011 sur BFM-TV avec Jean-Jacques Bourdin), il suscite depuis quelques années auprès de ses compatriotes sinon l’admiration, du moins le respect. Ses atouts majeurs, la franchise et surtout la hauteur de vues.

Il y a deux ans, à l’occasion de la sortie de son livre sur le conflit russo-ukrainien, Imed Bahri de Kapitalis l’a surnommé « le Cassandre tunisien », en précisant : « quoi qu’on puisse penser de lui, de ses positions politiques, de son parcours sinueux et complexe d’opposant au régime à allié de Ben Ali, il faut reconnaitre que l’Histoire lui a souvent donné raison ».

C’est en cela que sa parole est minutieusement suivie aussi bien par ses fervents supporters que par ses ennemis politiques. En exclusivité pour Mondafrique dans un entrtien avec Nicolas Beau, il sort de son silence pour faire au scalp l’anatomie du régime actuel.

Vous avez récemment écrit sur votre page Facebook au sujet du président Kaïs Saïed : « je déclare la guerre politique et médiatique à cette canaille présidentielle qu’un caprice de l’histoire a placé à la tête du pays ». Cette déclaration n’est pas passée inaperçue. Que s’est-il donc produit pour tenir de tels propos et avec une telle violence d’autant plus que vous l’aviez plutôt défendu au départ ?

La coupe est bien pleine et il y a des limites au-delà desquelles le silence n’est plus possible, sauf à faire preuve d’indifférence à l’égard d’un pays en décomposition accélérée et d’un peuple exténué dont la moitié vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, statistiques à l’appui. Vous avez raison, en 2019, j’ai défendu et soutenu la candidature de Kaïs Saïed contre celui que j’ai appelé le Zelensky tunisien, un certain Nabil Karoui, affairiste véreux qui espérait succéder au président assassiné, Béji Caïd Essebsi. Sans trop m’étaler sur la face cachée de son élection, fortement soutenu qu’il était par les islamistes, par le régime iranien et par certains lobbys américains de la mouvance démocrate -ce que j’ignorai à l’époque- j’ai considéré que mieux valait au pays un juriste universitaire qu’un saltimbanque de télévision. Je l’ai également soutenu le 25 juillet 2021, lorsqu’il a décidé de mettre fin à dix longues années de destruction massive et programmatique du pays indistinctement menée par Ennahdha, le CPR, Nidaa Tounès, …et une multitude de staliniens, de droit-de-l’hommistes, de syndicalistes, de révolutionnaires de pacotille. Connaissant ses états de service au sein du RCD à l’époque de Ben Ali et ses fatwa constitutionnelles et télévisuelles après sa chute, j’ai naturellement pensé qu’il allait débrasser la Tunisie de toutes ces scories politiciennes, qu’il allait stopper le délire révolutionnaire, s’entourer de compétences pour redresser une économie déjà en berne, et surtout pour rétablir la Souveraineté pleine et entière de la Tunisie.  Mais je me suis assez rapidement rendu compte qu’il n’était pas du tout à la hauteur de la situation, ni des attentes réelles d’un peuple revenu de ses illusions révolutionnaires. Plutôt que de réparer un pays complètement bousillé par 8 années d’infantilisme pseudo-révolutionnaire, de persiflage politicien, d’amateurisme économique, de corruption et pillage systémique…Kaïs Saïed et ses mini-ministres interchangeables n’ont fait qu’aggraver la situation.  

Qu’est-ce qui a rempli la coupe pour la faire déborder récemment ? Serait-ce par hasard les mises en garde de la nouvelle équipe au pouvoir à Washington et dernièrement de Donald Trump en personne à l’occasion de la désignation du nouvel Ambassadeur américain à Tunis ?

Même si j’entretiens de bonnes relations avec certains proches de Donald Trump depuis 2017, voire avant son élection à l’époque, et que mon centre CIGPA a été le premier think tank à organiser, le 25 mars 2017, le premier colloque sur « Le rapprochement russo-américain et ses conséquences politiques et géopolitiques sur l’Europe et le Monde Arabe », je compte beaucoup plus d’amis à Moscou qu’à Washington ! Votre question serait donc utile et légitime si vous la posiez à un autre parmi la myriade d’opposants en pleine effervescence ces derniers mois. Ceux-là savent plier l’échine lorsqu’il s’agit de casting pour dégommer un président et occuper sa place. Je ne mange pas de ce pain et depuis 40 ans de vie politique, j’ai toujours considéré que les problèmes de mon pays doivent être et demeurer tuniso-tunisiens. Je vais maintenant répondre au premier volet de votre question : qu’est-ce qui a rempli la coupe ? 

D’abord des signes avant-coureurs et qui ne trompent personne. Premièrement, le choix, par Kaïs Saïed, des responsables à tous les niveaux, du chef de gouvernement au simple PDG d’entreprise publique, en passant par les ministres, les conseillers au palais, les gouverneurs, les directeurs dans la haute administration…A quelques rares exceptions, ces gens n’avaient aucune expérience, ni la compétence minimale, ni pour certains les moindres diplômes requis pour occuper de telles fonctions. Je ne voudrai pas citer des noms ici, mais la liste est longue et édifiante. En 31 ans de règne accomplissant une œuvre titanesque, Bourguiba n’a eu que quatre Premier-ministres outre le multi-ministre Ahmed Ben Salah : Béhi Lafgham, Hédi Nouira, Mohamed Mzali et Rachid Sfar. En 23 ans de redressement économique et de réformes diverses, Ben Ali en a eu trois : Hédi Baccouche, Hamed Karoui et Mohamed Ghannouchi. En seulement 6 ans, Kaïs Saïed en a usé et abusé de six chefs de gouvernement, tous aussi profanes en politique et médiocres que lui, à l’exception du premier qui n’a duré que six mois. Ces choix n’étaient pas accidentels mais délibérés. Nommer un second insignifiant de manière qu’il ne puisse jamais lui faire de l’ombre, ensuite le chasser comme un malpropre. S’il voulait réellement sauver la Tunisie du naufrage économique, pourquoi n’a-t-il pas fait appel aux grandes compétences du pays, notamment Mondher Zenaïdi, Taoufik Baccar, Ahmed Friâ, Hathem Ben Salem…pour ne citer que ceux-là ?      

Deuxièmement, la nouvelle constitution, qui est dans son contenue et dans sa forme une insulte à l’intelligence tunisienne. J’étais personnellement pour l’abolition de la « constitution Feldman », comme je l’ai appelé dès janvier 2014 par allusion à Noah Raam Feldman, un juriste américain islamo-progressiste ayant déjà fait ses premiers pas de constitutionnalisme expérimental en Irak et en Afghanistan. Par dignité nationale autant que par réalisme juridique, cette constitution d’importation, validée par une ANC tragi-comique, devait impérativement être abolie. Mais en aucun cas être remplacée par un torchon constitutionnel, hâtivement rédigé au coin d’une table d’examen d’un étudiant en première année de droit. Torchon constitutionnel à des années lumières de la constitution de 1861 sous Sadok Bey, et à plus forte raison de la constitution de 1959, celle des pères fondateurs de la République au premier rang desquels Habib Bourguiba. Je l’ai dit en pleine hystérie révolutionnaire (mars 2011), ne touchez pas à la constitution originelle du pays, un simple toilettage constitutionnel suffirait, notamment la suppression de l’article relatif à la présidence à vie qui était de jure et de facto caduc déjà sous Ben Ali.

Troisièmement, justement la figure emblématique du père de l’indépendance et du fondateur de l’Etat moderne tunisien. J’ai factuellement constaté que Kaïs Saïed éprouve et cultive une haine pathologique à l’égard de Bourguiba et de tous les grands ministres de l’ère postcoloniale. C’est que l’actuel usurpateur de Carthage se prend pour un philosophe-roi, un chef inégalable, depuis Hannibal jusqu’à Ben Ali, y compris donc Bourguiba. Pourtant, il ne lui arrive pas à la cheville à tout égard : il n’a ni le charisme de Bourguiba, ni sa culture, ni son éloquence, ni ses diplômes, ni son patriotisme, ni même ses défauts. Cette détestation du Père de la Nation, dissimulée sous le couvert d’une empathie fallacieuse à l’égard de certains Beys ainsi que de l’image mythologique de Salah Ben Youssef tout aussi trompeuse, recèle en réalité un mépris total de l’Indépendance. Dans quel autre pays du monde la fête de l’indépendance est-elle considérée comme un non-événement indigne d’être célébré si ce n’est comme gloire historique, du moins comme narratif national ? Le 20 mars 1956 est occulté, pour ne pas dire refoulé, par Kaïs Saïed, avec l’acquiescement de notre armée nationale !      

Quatrièmement, et c’est la dernière goutte qui a fait déborder le vase de l’indignation après la vague d’arrestations arbitraires d’opposants politiques, d’hommes d’affaires, de journalistes : la chasse aux Tunisiens dans certaines capitales européennes. Voilà des compatriotes qui ont risqué leur vie en Méditerranée à la recherche d’un eldorado chimérique, fuyant un pays sans horizon et sans le moindre espoir. Que l’on expulse des Tunisiens au séjour irrégulier et au casier judiciaire chargé, cela se comprend et se justifie. Mais que l’on pourchasse des compatriotes qui sont en Europe depuis plus de dix ans, qui y travaillent sous contrat, qui n’ont jamais fait de mal à personne et qui ont même fondé une famille, cela est d’autant plus abjecte que les pays concernés se gargarisent d’humanisme et de respect des droits de l’homme. Aucun Tunisien ne peut accepter un tel traitement inhumain infligé à ses compatriotes. Aucun, à l’exception de celui qui est censé défendre leur dignité à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, à savoir Kaïs Saïed.

Oui mais cette vague d’expulsion que vous appelez chasse aux Tunisiens est conforme aux lois en vigueur dans ces pays, qui plus est avec l’accord des autorités tunisiennes ?

C’est précisément là que le bât blesse. Primo, sur le respect des lois, il y a plusieurs cas où des juges sont allés à l’encontre d’arrêtés préfectoraux, ce qui n’a pas empêché les forces de police de les embarquer contre leur gré. En Italie, des vidéos montrent que les Tunisiens qui résistent sont enchaînés des mains aux pieds et, selon plusieurs témoignages, certains ont été carrément endormis et se sont réveillés à l’aéroport de Tabarka. Secundo et c’est le plus grave à mes yeux, l’accord des autorités tunisiennes auquel vous faites allusion est moralement illégitime et juridiquement illégal. Il a été conclu en catimini entre celui qui fait office de président de la République et Giorgia Meloni. Les deux rares personnalités politiques qui ont osé dénoncer publiquement cet accord sont depuis en prison, Abir Moussi et le médecin Lotfi Mraïhi. Les zélotes du dictateur assurent que leur idole n’y est pour rien, que les accords en question remontent à l’époque de Moncef Marzouki puis de Béji Caïd Essebsi, mais les faits sont têtus.

Vous voulez dire que le président Saïed assume seul l’engagement de la Tunisie de récupérer ses propres migrants clandestins ?  

Non, bien évidemment. Il est vrai qu’en avril 2011, BCE a signé un mémorandum avec Silvio Berlusconi et son ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, lors de leur déplacement à Tunis, document bilatéral dans lequel la Tunisie acceptait le rapatriement des immigrés irréguliers qui ont envahi Lampedusa à la suite du coup d’Etat du 14 janvier 2011 et de la déstabilisation criminelle de la Libye. D’après les statistiques du ministère de l’Intérieur tunisien, 4 453 Tunisiens ont ainsi été expulsés d’Italie en 2011 et 1 837, du 1er janvier au 31 août 2012. Durant sa présidence, Marzouki a poursuivi cette politique en acceptant d’ailleurs son élargissement à la France. Sous la présidence de BCE, un Mémorandum d’entente a été signé à Rome le 9 février 2017, qui stipulait déjà le rapatriement des clandestins tunisiens en échange de 165,5 millions d’euros dont la moitié sous forme de crédits.

Les défenseurs de Kaïs Saïed n’ont donc pas tort lorsqu’ils accusent Moncef Marzouki et Béji Caïd Essebsi ?

Ils ont tort car les engagements de BCE et Marzouki sont sans commune mesure avec les concessions de Kaïs Saïed à la suite du harcèlement séducteur de Meloni. Déjà du temps de Mario Draghi, le mémorandum du 9 février 2017 a été abrogé le 16 juin 2021 à Rome et il a été remplacé par un autre Mémorandum pour la coopération au développement pour la période 2021-2023, moyennant l’octroi d’une enveloppe de 200 millions d’euros, dont 150 à titre de crédit et 50 à titre de don. Deux ans après l’arrivée de Meloni au pouvoir, en octobre 2022, les chiffres des migrants clandestins en 2024 donc ont baissé de 65% par rapport à la même période (2023). De 115 000 migrants essentiellement Tunisiens et Subsahariens, on est tombé à 40 000. C’est la conséquence directe de l’accord entre l’héritière de Mussolini et l’héritier sans héritage de Sadok Bey ! Selon Le Monde, le 17 avril 2024, Meloni s’est rendue à Tunis « avant de s’envoler pour la réunion du Conseil européen à Bruxelles. Elle en a profité pour annoncer plusieurs protocoles de coopération : un soutien direct d’une valeur de 50 millions d’euros au budget de l’Etat tunisien… et une ligne de crédit de 55 millions d’euros ». Toujours selon le quotidien français, « Giorgia Meloni n’a pas manqué lors de son discours de « remercier encore une fois les autorités tunisiennes » pour le travail effectué et de se féliciter des résultats de l’accord de « partenariat stratégique complet » signé, sous ses auspices, par l’Union européenne et la Tunisie, le 16 juillet 2023 ». Pour l’anecdote, le 16 juillet 2023 était un dimanche, mais pour Meloni, Ursula von der Leyen et le premier-ministre néerlandais, Mark Rutte, ce déplacement urgent à Carthage, le second après celui du 11 juillet, valait bien la peine ! Ainsi, Meloni ne s’est pas contentée d’imposer ses conditions dans un précédent accord bilatéral entre Rome et Tunis, elle a pu convaincre Kaïs Saïed de l’élargir à l’ensemble de l’espace Schengen ; elle a partagé sa prise de guerre avec ses amis européens, ce qui était astucieux pour dédiaboliser son image de néofasciste. 

En d’autres termes, pour 105 millions d’euros dont la moitié est un crédit, Kaïs Saïed a bradé à vil prix la Souveraineté du pays. Je parle de Souveraineté car, dans sa face cachée, ce « partenariat stratégique » ne se limitait pas uniquement au rapatriement des Tunisiens clandestins mais transformait le pays en chien de garde des frontières européennes. Pire que cette mission affligeante de gardiennage, la Tunisie doit, en effet, contenir et maintenir sur son sol l’invasion Subsaharienne, aussi bien celle qui arrive de nos frontières terrestres que celle dont notre marine est chargée d’interpeller en Méditerranée pour ramener toutes ces embarcations de fortune vers la Tunisie.  

Il y a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre dans votre réquisitoire. Quel est donc l’intérêt de Kaïs Saïed dans cette affaire ? Il a au contraire tout à perdre. Il a fait du souverainisme l’axe central de sa politique et il sait parfaitement que l’expulsion des sans-papiers Tunisiens d’une part et l’accueil des Africains d’autre part vont le rendre très impopulaire en Tunisie, ce qui fragiliserai davantage la stabilité du pays.     

D’abord, il n’a pas fait du souverainisme l’axe central de sa politique mais l’épine dorsale de sa rhétorique populiste. Kaïs Saïed s’en fout de l’opinion publique, il est persuadé à juste titre que sa longévité au pouvoir ne dépend pas des Tunisiens mais de l’Occident. Ses ennemis politiques qui convoitent son fauteuil savent aussi que la partie se joue à l’étranger plus qu’à l’intérieur du pays. C’est une réalité amère que le séisme politique de janvier 2011 a imposé à la défunte Tunisie. Je veux dire par là que le pouvoir illégitime de Kaïs Saïed -illégitime compte tenu de la mascarade électorale d’octobre 2024 de laquelle il a exclu tous ses concurrents, des plus crédibles aux plus folkloriques- tient à un fil, ou plutôt à un coup de fil d’une capitale européenne et à plus forte raison de Washington. Si loufoque et autocratique soit-il, son régime arrange bien certains pays européens qui ne trouveront pas meilleure sentinelle pour leurs frontières. Il sait que c’est à cela, rien qu’à cela que tient son pouvoir reconduit avec 90,7% des « suffrages exprimés » et un taux d’abstention de 28,8%, soit 2,4 millions d’électeurs sur près de 10 millions d’inscrits.

Malgré ses homélies pseudo-souverainistes et ses interminables monologues devant des conseils des ministres studieux et scolaires, ou des conseils de sécurité nationale en présence de trois hauts gradés dont les décorations alourdissent les épaulettes mais pas assez la Conscience Nationale, j’accuse clairement Kaïs Saïed de haute trahison. Si le 12 mai 1881 à Ksar Saïd, Sadok Bey a signé le traité du protectorat le pistolet du général Bréart pointé sur la tempe, Kaïs Saïed a ratifié son équivalent avec l’Italie et l’UE dans la gaieté et sans forcer sa nature. Cette délocalisation de Lampedusa vers Sfax, jadis haut lieu de la résistance anticoloniale, avec la certitude matérielle que les populations allogènes africaines sont amenées à se dissoudre durablement dans la société et le paysage sociologique tunisien, constitue et caractérise juridiquement la qualification de haute trahison. Il y a deux ans, sur Open Box TV, Alain Juillet, l’ancien patron de la DGSE déclarait que « Melonie contrôle maintenant la Tunisie ». Victoire posthume de Mussolini dont Meloni se réclame et qui a toujours considéré que l’Italie avait des droits historiques et préhistoriques inaliénables sur la Tunisie. Mais victoire temporaire et conjoncturelle car l’armée nationale, dont je ne me fais aucun doute quant à la mission patriotique qui est la sienne, ne saurait supporter longtemps cette gabegie suicidaire qui met en péril l’existence même du pays et qui piétine sa propre doctrine militaire.

N’y a-t-il pas un peu d’exagération dans ce que vous prenez pour une menace existentielle ?

Vous ne croyez pas si bien dire ! Menace existentielle est exactement l’expression que j’aurai dû employer et je n’aurais en rien exagéré. Je lis l’Histoire longue comme disait Fernand Braudel, j’observe l’histoire immédiate, j’analyse la géopolitique en gestation et je vous interroge à mon tour : combien d’Etats-Nations ont disparu ne serait-ce que depuis la fumisterie du « printemps arabes » ? La Libye, qui a subi une agression militaire, ensuite une partition en deux entités. La Syrie qui, après la résistance héroïque de ses dirigeants, de son peuple et de son armée est aujourd’hui répartie entre la Turquie et son allié stratégique Israël, sous la présidence d’un égorgeur islamiste relooké en « musulman conservateur »…Il y avait autrefois un pays qui s’appelait la Yougoslavie, où est-elle passée. De nos jours, un président américain affiche clairement son intention d’annexer le Groenland et même le Canada ! La Tunisie et pas seulement elle d’ailleurs n’est pas à l’abri de tels soubresauts dictés par un changement radical des paradigmes et des valeurs, et par une reconfiguration brutale de la carte du monde. C’est l’Afrique du Nord qui est visée, mais dans cet espace géographique et géopolitique, les maillons faibles sont la Tunisie et la Libye, déjà victime de partition.

Je m’explique. Depuis plusieurs années, un ami démographe et économiste, Gérard-François Dumont, me dit que le plus grand défi géopolitique dans l’avenir, notamment pour l’Afrique et le Maghreb, c’est ce qu’il appelle la loi du nombre. Cela fait au moins 15 ans que l’Afrique du Nord est entrée dans une phase de mutation démographique intense. Sur cette conjoncture vient se greffer une donne prospective effrayante émanant des Nations-Unies : en 2050, la population noire-africaine sera doublée pour atteindre les 2,5 milliards d’habitants. C’est essentiellement sur le Maghreb que va s’exercer cette poussée démographique et par conséquent migratoire subsaharienne. Le Maroc (près de 38 millions) et l’Algérie (46 millions) seront affectés mais pas autant que la Tunisie (12 millions) et la Libye (7 millions). L’Europe, qui est elle-même en crise démographique, fera tout pour cantonner et fixer les migrants subsahariens en Tunisie et en Libye. Si rien n’est fait pour arrêter cette tendance lourde, la démographie et la sociologie tunisienne changeraient inexorablement. Voilà pourquoi je parle effectivement de menace existentielle.

Qui en est responsable et que faire justement pour éviter ce scénario catastrophe ?

Tous les présidents et gouvernements qui se sont succédés en Tunisie depuis son effondrement en janvier 2011 jusqu’à ce jour, tous sans exception. Si le pire devait arriver en Tunisie, ce ne serait pas le début de l’aliénation mais l’aboutissement paroxystique d’une dégradation graduelle qui a commencé dès la « révolution du jasmin ». En 14 ans de République bananière, la Turquie, l’Iran et même l’émirat bédouin du Qatar se sont relayés pour se partager la dépouille tunisienne. Sur la question névralgique de l’invasion migratoire Subsaharienne et à un moment déterminant de son histoire, la Tunisie n’avait plus un pouvoir fort et stratège pour la prémunir, ni des ministres compétents, ni une diplomatie alerte et efficace pour défendre ses intérêts. Elle avait en revanche des présidents fantoches, des ministres inconsistants et des cadres nonchalants.

Vous savez, Bourguiba, qui est mon unique modèle politique, qui tutoyait l’Histoire et redoutait ses revers, répétait souvent à ses compatriotes, dont il connaissait aussi les gênes et atavismes, que l’indépendance n’est pas un acquis définitif et qu’on peut la perdre si les élites ne veillent pas à sa protection comme sur le bien le plus précieux. Voilà pourquoi, me sentant redevable à ce pays, mon devoir est de lutter contre tous ceux qui veulent le brader pour colmater les trous budgétaires et surtout pour conserver le pouvoir.

Comme au sujet de Bourguiba à l’époque, certains médias ou opposants estiment que Kaïs Saïed souffre de troubles mentaux. Cela est-il vrai ?

Même dans la maladie si maladie il y a, je n’accepte pas la comparaison entre Bourguiba et Kaïs Saïed, parce qu’il faut toujours comparer ce qui est comparable. A en croire le livre de Bernard Cohen sur Bourguiba que j’ai lu quand j’étais plus jeune (1987), le combattant suprême était à la fin de sa vie un maniaco-dépressif, la pathologie des génies ! Je n’ai pas fait des études de psychiatrie mais de philosophie pour pouvoir diagnostiquer le cas Saïed. Pour tout vous dire, je ne crois pas du tout qu’il soit réellement atteint psychologiquement. Même dans ses sorties sur l’ouragan Daniel, sur Laurel et Hardy, sur l’arbre de Noël…je n’y voyais pas de trouble mental ou cognitif mais plus simplement ses limites intellectuelles incroyablement réduites. C’est une certaine Nadia Akacha, qui était sa plus proche collaboratrice au palais, qui est à l’origine de cette rumeur devenue un secret bien gardé. Je n’y crois pas et je ne veux pas y croire car il serait dans ce cas irresponsable de ses actes, donc pénalement absous du fait même de l’abolition de son discernement.      

Dans votre livre anti-printemps arabe de 2011, vous avez fait un certain nombre de prédictions, dont l’arrivée au pouvoir d’Ennahdha, les attentats terroristes, la débâcle économique, les vagues migratoires…Mais vous avez aussi évoqué le risque d’une guerre civile. Y croyez-vous toujours ?

Oui j’y crois, aujourd’hui plus que jamais. Tous les ingrédients d’une guerre civile sont maintenant réunis. Primo, l’antagonisme et la haine de classe, dans un pays où il n’y a pourtant quasiment plus de bourgeois ni de prolétaires mais uniquement des individus atomisés et égaux devant la cherté de la vie, les pénuries, la fiscalité galopante, la corruption des fonctionnaires, les injustices des tribunaux… Secundo, le régionalisme et le tribalisme même qui secrètent la concupiscence et la discorde, ce que Bourguiba craignait le plus eu égard à sa connaissance de ce peuple et de son histoire. Tertio, l’insociabilité puisque tout ce qui constituait le lien social a été rompu : la Nation, l’histoire, l’éducation, la culture, les médias et même la religion, car de musulmans majoritairement sunnites-malékites, nous avons maintenant une communauté chiite de plus en plus visible. Quarto, la présence précisément de populations subsahariennes, venues de pays ravagés par les guerres civiles et la violence anomique. Enfin, le retour forcé au pays de 10 000 à 18 000 (premier quota) de jeunes tunisiens expulsés d’Europe dont la plupart ne vont pas manquer de se venger. La Tunisie est une poudrière qui n’attend que l’allumage de la mèche ! Pendant ce temps, l’Etat profond assiste passivement à la désintégration de l’Etat-Nation sans se douter que l’usurpateur de Carthage traite la Tunisie comme un corpus juridique, jamais comme un corps social et politique. Vendeur de fables et de sable, Kaïs Saïed sera ruiné par un coup de vent parfaitement prévisible, n’en déplaise aux pays dont il assure l’étanchéité frontalière.    

Je vois qu’il s’agit pour vous effectivement d’une déclaration de guerre. Mais dans une guerre, il faut des alliés et surtout des troupes ! Seriez-vous disposé aujourd’hui à vous réconcilier avec vos anciens adversaires qui mènent la lutte contre le régime ?

Jamais, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que ces gens-là sont les principaux responsables de la situation actuelle. Les islamistes évidemment, mais aussi les gauchistes, certains naufragés de Nidaa Tounès, du CPR, d’Etttakatol, de l’UGTT…Ils ont tous commis des crimes abominables, inoubliables et impardonnables à l’égard du peuple tunisien. La décennie noire n’est pas une fiction mais une vérité. Ensuite parce que je n’ai besoin ni de troupes ni encore moins d’alliés pour mener solitairement mon combat. Et pour cause, je ne prétends à aucune carrière politique et je n’aspire à aucune fonction. J’ai 64 ans et lorsque je regarde les années écoulées, je suis en paix avec ma conscience, ma patrie et ma foi en Dieu. Un seul cauchemar trouble mon sommeil et mon réveil : l’avenir de la Tunisie et le destin des futures générations.

Après l’éclipse de ce régime autocratique et népotique, l’abolition du torchon constitutionnel vaguement schmittien, le rétablissement de la Constitution des pères fondateurs, ainsi que l’organisation par l’armée de nouvelles élections législatives et présidentielles, mon dernier acte politique, si Dieu me prête vie, se limiterait à la consigne de vote que je donnerai en faveur du candidat ou de la candidate qui serait à la hauteur des espérances de ce pauvre peuple paupérisé et bientôt affamé ; candidat qui pourrait, par son charisme et sa clairvoyance, restaurer la noblesse de la politique et le prestige de l’Etat, auprès des Tunisiens comme des pays étrangers, qu’ils soient « frères », amis ou ennemis, arabes ou occidentaux. Résister, ce que je fais depuis bientôt 40 ans, c’est à la fois mon choix, mon sacerdoce et mon destin, mon Maktoub comme on dit en Tunisie.

       

 

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L’enquête approximative sur les liens entre Sarkozy et Kadhafi https://mondafrique.com/libre-opinion/lenquete-approximative-sur-les-liens-entre-sarkozy-et-khadafi/ https://mondafrique.com/libre-opinion/lenquete-approximative-sur-les-liens-entre-sarkozy-et-khadafi/#respond Tue, 01 Apr 2025 04:46:22 +0000 https://mondafrique.com/?p=130833 Le procès contre Nicolas Sarkozy qui a débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier se termine cette semaine par les plaidoiries de la défense. Les avocats de l’ancien président de la République et de ses proches devraient se battre sur le terrain de […]

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Le procès contre Nicolas Sarkozy qui a débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier se termine cette semaine par les plaidoiries de la défense. Les avocats de l’ancien président de la République et de ses proches devraient se battre sur le terrain de la technique judiciaire. Les magistrats ont cru bon en effet de retenir le délit d’association de malfaiteurs, une catégorie pénale à géométrie variable qui a été utilisée pour masquer les lacunes d’une enquête peu aboutie. 

Indépendamment de l’intime conviction que l’on puisse avoir sur les possibles frasques financières de Nicolas Sarkozy qui n’est pas un perdreau de l’année, les condamnations que pourrait prononcer la justice française en première instance auraient du reposer sur des faits précis. Ce qui n’est, hélas, pas le cas.

En l’absence de tout versement direct avéré de  Mouammar Kadhafi à l’ancien Président français, le pole financier s’est rabattu sur un délit, l’association de malfaiteurs, dont on connait l’approximation. Il n’est pas matériellement prouvé que Nicolas Sarkozy ait touché des fonds illicites. Certains de ses proches en revanche ont reçu quelques gâteries, bien modestes au regard des montants que l’ex chef d’état aurait reçu d’après l’instruction en profitant  du réchauffement diplomatique entre la Libye et la France initié par Nicolas Sarkozy. 

Notons que la France n’est pas la seule à l’époque à tendre la main aux Libyens. L’administration américaine très hostile au départ au régime libyen s’était elle aussi et avant Paris rapprochée de la dictature libyenne. 

Une partie des accusations repose sur le témoignage d’un intermédiaire douteux et versatile, Ziad Takieddine, réfugié au Liban

Du coup pour faire tenir une procédure restée bancale et confiée à deux ou trois policiers seulement et déja surchargés de travail par ailleurs, les magistrats français relayés par « Mediapart » et « le Monde » abreuvés d’informations par la justice finanvière, ont accusé Nicolas Sarkozy d’être à la tète d’une association de malfaiteurs, mais sans que lui même, patron de cette bande quasi maffieuse, en profite.  À l’exception de quelques valises de cash qu’aurait apporté à Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et à son fidèle Guéant en vue de sa campagne présidentielle de 2007 un intermédiaire douteux et corrompu, Ziad Takieddine, qui en a fait lors de l’instruction un récit rocambolesque et invraisemblable, digne d’un mauvais polar.

Le témoin épargné, Souheil Rached,

Mondafrique revient sur le mystérieux Souheil Rached, un agent de la Libye qui n’a jamais été entendu par la justice et qui fait partie pourtant des onze personnalités que l’ancien Président de la République et ses amis n’ont pas eu le droit de rencontrer depuis le début de l’instruction. Cet oubli est d’autant plus surprenant que ce représentant de Mouammar Kadhafi en France, au mieux avec Nicolas Sarkozy et ses proches, actif en Afrique francophone et très lié aux services français, est parfaitement au courant des relations entre le pouvoir français et le Guide libyen.

Son audition aurait permis d’éclairer utilement les coulisses de ce dossier complexe de financement politique. En privé en effet et lorsqu’il se confiait à son entourage, Souheil Rachel révélait la réalité des aides de Kadhafi à la classe politique française, de gauche comme de droite. « Onze millions, leur expliquait-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».  

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La diplomatie de Donald Trump bouscule l’Europe https://mondafrique.com/libre-opinion/la-diplomatie-de-donald-trump-et-son-america-first-bousculent-leurope/ https://mondafrique.com/libre-opinion/la-diplomatie-de-donald-trump-et-son-america-first-bousculent-leurope/#respond Sun, 30 Mar 2025 04:11:48 +0000 https://mondafrique.com/?p=128270 Les dirigeants européens ont vu leur univers tanguer au premier jour de l’élection de Donald Trump. L’Europe et les États Unis sont-ils restés les alliés qu’ils ont toujours été ou sont-ils devenus des adversaires? Amis ou ennemis? Personne à ce jour ne peut répondre à cette question tant le Président américain tient un discours changeant […]

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Les dirigeants européens ont vu leur univers tanguer au premier jour de l’élection de Donald Trump. L’Europe et les États Unis sont-ils restés les alliés qu’ils ont toujours été ou sont-ils devenus des adversaires? Amis ou ennemis? Personne à ce jour ne peut répondre à cette question tant le Président américain tient un discours changeant sur ses intentions. Les déclarations provocantes, voire insultantes, de la Maison Blanche laissent entrevoir quelques lignes de force diplomatiques aux antipodes des approches occidentales traditionnelles et montrent une volonté de combattre plus que de rassembler.
Emmanuel Macron s’est fait fort de convaincre Donald Trump de la justesse des positions européennes sur l’Ukraine. Vraiment?
Lors de sa rencontre avec le président américain, le lundi 24 février, et lors de leurs deux conférences de presse communes, Emmanuel Macron a adopté une posture audacieuse mais intenable en jouant une hypothétique complicité avec Donald Trump, tout en tenant,  sur l’Ukraine notamment, des propos aux antipodes de son interlocuteur américain. L’avenir dira à quel point cette mise en scène a fait avancer la paix espérée entre Russes et Ukrainiens alors que les États Unis se sont alliés à la Russie, lundi à l’ONU, lors de votes sans précédent sur le conflit ukrainien, poussant leur idée d’une paix rapide sans condamnation de Moscou, ni défense des frontières de l’Ukraine..

Notons que le Mali qui avait rompu, l’été dernier, ses relations avec l’Ukraine coupable à ses yeux de soutenir les rebelles touaregs s’est rallié dans le vote de lundi à l’ONU aux États Unis et à la Russie, l’alliée des Maliens dans leur combat contre les groupes armés du Nord du pays. 

                                                     La rédaction de Mondafrique

Nous publions ci dessous une chronique d’Yves Mamou, un ancien journaliste du Monde, qui vient de créer un site sur la question du Moyen Orient
Vous pouvez vous abonner gratuitement à ce media très engagé et peu conformiste, mais dont les analyses tranchées sont toujours bien informées et font avancer le débat.

Donald Trump a été élu le 6 novembre 2024, mais il n’a pris ses fonctions que le 20 janvier 2025. Dans cet intervalle de presque trois mois, le Président-elect s’est bien gardé d’empiéter sur les prérogatives de l’administration Biden sortante. Il s’est tu. Mais il a laissé la bride sur le cou à Elon Musk, patron de Tesla, dont chacun savait qu’il allait occuper des fonctions importantes dans l’administration Trump.

Et le patron de Tesla a multiplié les « excentricités ». Lesquelles peuvent être considérées comme les jalons de ce que va être l’action diplomatique du président républicain.

La guérilla diplomatique d’Elon Musk.

Allemagne. Le 20 décembre 2024, au lendemain d’une attaque islamiste particulièrement meurtrière sur un marché de Noël allemand, Musk a appelé sur X le chancelier allemand Olaf Scholz à « démissionner immédiatement ». Il l’a également traité d’« Imbécile incompétent ».

Le même jour, Elon Musk a exprimé son soutien au parti Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne, affirmant que seul ce parti peut sauver l’Allemagne. Et le 9 janvier, Elon Musk a organisé sur X, un entretien d’une heure avec la chef de file de l’AfD, Alice Weidel

Déjà le 29 septembre 2023, Elon Musk avait dénoncé sur X, ces ONG allemandes qui recueillent des migrants à la dérive en Méditerranée pour les déverser en Italie. « Le public allemand est-il conscient de cela » avait demandé le patron de Tesla ?

Angleterre. Le 9 janvier, le Financial Times a accusé Elon Musk de chercher à faire tomber le Premier ministre britannique Keir Starmer avant les prochaines élections générales. Début janvier, Musk avait accusé Keir Starmer, ancien procureur général chargé des poursuites publiques, d’avoir volontairement minoré les centaines de milliers de violences sexuelles infligées à des jeunes filles mineures blanches de la classe ouvrière par des gangs d’origine pakistanaises.

Elon Musk a exigé une nouvelle enquête nationale, a qualifié M. Starmer de « totalement méprisable » et a déclaré qu’il devrait être « en prison ».

Musk a également soutenu Tommy Robinson, un activiste britannique qui cumule les peines de prison en raison des campagnes qu’il mène contre les gangs de violeurs pakistanais. Le 25 janvier Politico a annonçé que Musk avait payé les amendes infligées à Tommy robinson par la justice britannique.

Italie. Les relations entre Elon Musk et Georgia Meloni, premier ministre italien sont en revanche au beau fixe. Meloni, dirigeante du parti Fratelli d’Italia, a été élue Premier ministre en 2022. Son engagement en faveur de la lutte contre l’immigration illégale, lui a valu les faveurs de Donald Trump et d’Elon Musk. Le 16 décembre 2023, Elon Musk s’est déplacé à Rome pour assister au festival Atreju, un événement apparenté à l’”extrême droite” italienne depuis 2014 (il était plutôt associé à la droite auparavant). Organisée par Fratelli d’Italia, le parti politique de la première ministre Giorgia Meloni, la manifestation politique a déjà vu défiler Steve Bannon, Marine Le Pen ou Viktor Orbán. L’édition 2023, qui avait pour slogan « Bentornato Orgoglio Italiano » (le Retour de la Fierté Italienne), a misé sur la présence d’Elon Musk, en plus de la visite de chefs d’État étrangers.

En septembre 2024, Elon Musk a remis à Meloni un prix décerné par l’Atlantic Council de New York. Meloni espère apparemment que sa relation avec Musk donnera à l’Italie un rôle privilégié dans les relations des États-Unis avec l’Europe. SpaceX, la société de M. Musk, est également en pourparlers avec le gouvernement de Mme Meloni pour fournir des communications militaires sécurisées via son réseau de satellites Starlink.

Le 20 janvier 2025, J.D Vance a pris le relais d’Elon Musk.

Lors de la Conférence sur la sécurité qui a eu lieu du 14 au 16 février, à Munich, J.D. Vance, vice-président américain, a poursuivi – officiellement cette fois – le travail de déstabilisation d’Elon Musk. Il a déclaré aux dirigeants européens que leurs démocraties étaient imparfaites et que la plus grande menace à laquelle l’Europe était confrontée n’était pas extérieure : elle était intérieure. Autrement dit, JD Vance a accusé les dirigeants européens de représenter eux-mêmes un danger pour leurs compatriotes.

Pour l’administration Trump, la Russie ou la Chine menacent moins l’Europe que l’immigration de masse, la censure des opposants, le refus d’écouter les électeurs sur la question de l’immigration et le barrage politique que les partis de gauche et du centre imposent aux partis populistes nationalistes. «Je peux vous le dire clairement : il ne peut y avoir de sécurité si vous avez peur des voix, des opinions et de la conscience qui guident votre propre peuple », a déclaré J.D Vance à Munich.

Le 11 février, JD Vance a quitté Munich pour Paris où avait lieu un sommet sur l’intelligence artificielle. Là, il a réitéré l’idée qu’en Europe, la menace intérieure était plus forte que la menace extérieure. « Une régulation excessive pourrait tuer un secteur en développement juste au moment où il prend son envol et j’aimerais qu’un air de dérégulation souffle sur les conversations lors de cette conférence. » Le vice-président américain a ajouté, « nous pensons très clairement que l’IA doit rester exempte de biais idéologique. L’IA américaine ne servira pas d’outil de censure. »

Et concernant les élections parlementaires allemandes du 23 février, Vance a appelé les politiciens allemands à abandonner le « pare-feu » mis en place contre les partis populistes. Le pare-feu fait référence à un accord entre les principaux partis pour ne pas gouverner ni collaborer avec l’Alternative pour l’Allemagne, ou AfD, un parti anti-immigration qui a recueilli 153 sièges et 20,8% des voix aux élections du Bundestag.

L’humiliation des élites européennes par la nouvelle administration américaine, s’est poursuivie à Munich, avec l’envoyé spécial de Trump pour l’Ukraine. Le lieutenant général à la retraite Keith Kellogg, a fait savoir sans détour que l’Europe (progressiste) ne serait pas autorisée à participer aux négociations sur l’avenir de l’Ukraine, même si Washington s’attend à ce que les forces européennes supervisent un éventuel cessez-le-feu et souhaite que l’Europe finance la reconstruction de l’Ukraine.

QUELLES CONCLUSIONS TIRER DE CETTE SERIE D’EVENEMENTS ?

Il n’y a pas de diplomatie américaine. Donald Trump mène un combat unique contre le progressisme, les partisans de l’immigration, et le wokisme… à l’intérieur et à l’extérieur des Etats Unis.

· Les alliés non conformes sont déstabilisés, voire brutalisés. Le premier ministre britannique Keir Starmer qui persécute à coups de procès et d’amendes les Britanniques qui protestent contre l’immigration musulmane a aujourd’hui compris qu’il ne sera pas considérés comme un allié. Elon Musk le lui a fait savoir.

Cette brutalité s’exerce à l’extérieur de l’Europe aussi. C’est sous la menace que Panama a rompu tous ses projets d’insertion dans la Silk and Belt Initiative chinoise. Pas question que le canal de Panama, un axe vital pour la sécurité des Etats Unis bascule dans la sphère d’influence chinoise. Le Canada et le Mexique se voient menacés de droits de douane déstabilisateurs s’ils ne font pas un effort pour endiguer le flux de drogue et d’immigration clandestine.

· Si la sécurité des Etats Unis l’exige, il est possible de sacrifier un allié. La sécurité des Etats Unis passe par le découplage de la Russie et de la Chine. Tel semble être le but recherché par l’accord de paix qui va être imposé à l’Ukraine. Il n’est pas dit que Donald Trump réussisse. Mais en attendant, pas question donc de continuer à financer la guerre en Ukraine. Donald Trump va négocier la paix directement avec Poutine …. Et tant pis pour elle si l’Ukraine y laisse des plumes.

· Aider autant que possible les forces de type MAGA en Europe. Trump et Musk ont noté qu’il existe en Europe des forces de type MAGA (AfD en Allemagne, RN et Reconquête en France..). Il les aidera donc à accéder au pouvoir. Les forces type MAGA déjà au pouvoir (Meloni en Italie, Orban en Hongrie) sont confortées.

· Trump veut une diplomatie axée sur l’identité des nations. Les élites progressistes ont affaibli l’Amérique en marginalisant les classes moyennes. Obama/Biden ne considéraient que deux paramètres, l’humanité toute entière et l’individu. Pour Donald Trump, l’Amérique ne redeviendra puissante qu’en s’appuyant sur les classes moyennes qui ont fait la force de la nation américaine. « Écoutez ce que votre peuple vous dit », a lancé J.D Vance aux dirigeants européens à Munich.

L’Amérique MAGA marque le retour des classes moyennes américaines – blanches, noires, latinos… mais fières d’être américaines – sur le devant de la scène politique. Et cette Amérique là veut s’allier à des nations qui ont une identité forte, et savent la défendre les armes à la main s’il le faut. Ce n’est sans doute pas un hasard si Benjamin Netanyahou, en pleine guerre contre l’islamisme du Hamas et du Hezbollah, a été le premier dirigeant étranger invité à la Maison Blanche.

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Gillaume Ancel: « notre posture militaire est post coloniale » https://mondafrique.com/libre-opinion/gillaume-ancel-notre-posture-militaire-est-post-coloniale/ https://mondafrique.com/libre-opinion/gillaume-ancel-notre-posture-militaire-est-post-coloniale/#respond Fri, 28 Mar 2025 16:07:13 +0000 https://mondafrique.com/?p=130590 Guillaume Ancel détonne dans le paysage militaire , mais pas dans les médias, lui qui esr membre la réserve où il  est aujourd’hui  lieutenant-colonel . On ne le voit plus  dans les  centres de  stratégie officiels , tellement liés à l’armée et dûment rétribués, qu’ils ne font que refléter  les options du Ministère ou  du […]

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Guillaume Ancel détonne dans le paysage militaire , mais pas dans les médias, lui qui esr membre la réserve où il  est aujourd’hui  lieutenant-colonel . On ne le voit plus  dans les  centres de  stratégie officiels , tellement liés à l’armée et dûment rétribués, qu’ils ne font que refléter  les options du Ministère ou  du pouvoir en place.

Il manque toujours un bouton de guêtre, c’est à dire le scénario jugé improbable., comme le déclenchement de « l’opération spéciale » russe que les Services et intellectuels n’ont pas vu venir ou comme le retournement d’alliances en cours.

 

Rien de tel chez Guillaume Ancel : fini  avec lui silences et compromissions de la « Grande Muette » qu’il dénonçait dans son avant dernier livre. On peut ne pas partager ses idées comme celles implicite dans son  dernier et passionnant ouvrage -« Petites leçons sur la guerre »- sur l’état de l’armée française et européenne face à la Russie et de son indispensable réarmement  : mais y aura toujours quelque chose à glaner. Homme de communication aujourd’hui, Ancel est toujours ouvert à la discussion , surtout hétérodoxe.

D’ou l’idée, à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage , de l’interpeller sur l’aveuglement et le déni de l’armée française en Afrique aujourd’hui- et des président français successifs.




«  AU BOUT DE TROIS ANS, UNE FORCE D’INTERVENTION EST PERÇUE COMME UNE ARMÉE D’OCCUPATION » 

Mondafrique :- Vous avez connu l’Afrique comme jeune officier au Rwanda  et vous continuez à suivre les conflits en cours et les fameuses OPEX, et vous en avez témoigné,notamment pour le Rwanda en 1994 .Comment analysez vous  personnellement le départ du Sahel ? Quelle perception dans l’armée : un échec ou un redéploiement vers les pays côtiers ?

 Guillaume Ancel :Les Opérations extérieures(Opex) ,il faut bien le dire, ont été menées en dehors de tout débat de société. Quand ça se passe mal, pas de réactions particulières, on ne sait même pas pourquoi on y était ! Il y a là comme une forme de déni : comme les militaires sont emmurés dans une forme de culture du silence, on n’explique pas pourquoi on y va ni comment on en est chassé, globalement c’est incompréhensible pour la population.

Les gens ne perçoivent pas en 2025 que l’on est menacés prés de nos frontières, et du coup ces interventions en Afrique ont encore moins de sens.

Mondafrique. Sans retour sur expérience, cela aurait dû déclencher un double débat : qu’est ce qu’on y fait, qu’est ce qu’on doit y faire? Quel équilibre entre missions en Europe et opérations plus lointaines ?

On a l’impression d’une société qui n’a plus du tout de culture militaire et ne comprend pas de quoi on parle. Cela n’a pas protégé l’armée , au contraire cela  met les militaires en difficulté parce que cela n’a pas de sens pour les citoyens.

En Afrique et au Sahel, c’est impressionnant :au départ on part pour une intervention légère au Mali (Serval), 10 ans après on y est encore(Barkhane)…

Or on n’ a jamais défini réellement ce que l’on voulait y faire ni quels en étaient  les buts. On se souvient de la doctrine Clinton qui disait qu’il faut des objectifs avant toute intervention, d’une part pour savoir si on les a  atteint et par ailleurs de savoir quand est ce que l’on part.
On dirait que l’on s’est réinstallé en Afrique comme si notre présence était indispensable ; au lieu d’avoir le raisonnement inverse : qu’est ce qu’on veut faire ? Comment on peut achever ce qu’on veut faire ?

On marche à l’envers et on n’a pas réellement terminé avec une sorte de « posture néo coloniale »  c’est à dire que nous seuls Français décidons que l’on veut intervenir en Afrique sans se demander si réellement on nous le demande…

Mondafrique Ce n’est pas parce que l’on  a une remarquable armée d’intervention qu’on va régler les problèmes du Mali! On s’est trompé sur une dernière chose : la tolérance des peuples .A partir de quel moment on n’est plus toléré, mais considéré comme des intrus ?

Même en Allemagne dans les années 80 les Allemands ne supportaient plus les forces françaises : quelles que soient les justifications, elles étaient considérées comme des forces d’occupation.

Ça agace considérablement les populations. Par expérience, je considère que l’on ne peut pas rester plus de deux ou trois ans. Forcément, passé ce laps de temps, cette présence non désirée entraîne un  sentiment de rejet de la population.

 Imaginez comme me le disait un ami de Dakar, une force d’intervention  sénégalaise s’installer à l ‘Est de la France, disant aux populations :«  On va vous protéger !»Imaginons l’inverse !

Si l’on y réfléchissait , on privilégierait des interventions rapides, ponctuelles, et d’autre part une réelle coopération ;  au lieu de cela on constate une triste « guerre business » : se faire du fric, des soldes triples, des boîtes qui font des bénéfices considérables avec des formations par exemple celles  financées par l’Union européenne.Or on voit bien que ces « formations «  sont bien souvent un  faux nez pour garder le contrôle sur la situation sur place. 

Tout cela sans qu’il y ait une réelle communication envers les populations locales. De sorte qu’à la fin , on se voit endosser la responsabilité de sujets éminemment politiques sur lesquels on n’aurait jamais dû s’engager.  On se retrouve piégés à l’aune de notre propre myopie !

Et quand on est depuis 10 ans au Mali, on devient une sorte d’envahisseur…Aujourd’hui au XXI ème siècle , on ne peut plus agir de cette manière.

Mondafrique : l’armée française est restée en Afrique francophone plus d’un demi siècle après les « Indépendances ». On était censé faire la formation des armées nationales. Beaucoup d’officiers français on été à cette « École de l’Afrique » , dans une grande continuité historique. Quand il y a des situations conflictuelles, comme les djihadistes au Sahel, ou des rebellions périphériques cherchant à renverser le pouvoir d’État, comme en Côte d’Ivoire en 2011 ou aujourd’hui  en RDC, on voit que ces armées africaines sont plutôt inefficaces ; est ce c’est la formation qui a été inadaptée,  ou encore le matériel? Qu’en est il pour vous de cet échec militaire ?

Guillaume Ancel: Notre conception de la formation, de l’entraînement, de l’armement de ces armées est complètement dépassé. On est resté à une période purement coloniale, on leur donnait un peu de matériel, on les entraînait dans une relation de dépendance. En quelque sorte « si on partait demain , vous ne pourriez pas faire tout seuls »..

On ne les a jamais vraiment formés à faire des missions opérationnelles de combat. On était sur une sorte de maintien de l’ordre militaire particulièrement ambigu, notamment contre les civils .Comme si on voulait s’assurer que cela reste quand même des armées de deuxième ordre. Comme cela,  s’il se passait quelque chose d’important, ils seraient obligés d’en appeler à l’armée française.

Un peu dans la filiation des tirailleur sénégalais, et ce qui est gênant , lorsque ces armées sont confrontées avec des moments de guerre, elles découvrent qu’elles n’ont pas la connaissance et le matériel pour ce genre d’actions.

Nous même on peut s’interroger : est que l’on ne s’est pas rendu obsolètes sur un certain nombre de concepts, se référant à un état de la guerre « classique » … comme si on ne s’était pas tellement éloigné de l’époque de Fachoda ! Être très présent. Imposer ses modèles d’armes comme les fusils d’assaut ; au lieu de se demander par exemple si ces armées africaines n’ont pas plutôt besoin  d’un bon système de renseignement qui permet d’anticiper ce que seront les menaces de  demain.Ou créer un réseau de tous ces systèmes africains pour en faire un système mondial plutôt que vouloir les garder avec une relation de vassalisation.

Mondafrique : – Au point de vue technique n’a t on pas récemment manqué un certain nombre de transitions, ce que vous évoquez dans votre récent ouvrage, notamment sur le passage  de l’avion  au drone ?

-Guillaume Ancel. L’armée de l’air en France  était considérée effectivement comme une arme d’élite : la plus récente, la plus industrielle, la plus « techno » ! Or quand ils se trouvent devant un sujet largement d’ordre politico- culturel, on les sent très démunis. Une autre génération de combats : Azerbaïdjan, Éthiopie, Sahel…

Les combats ont en fait incroyablement changé…Ce qui est important c’est ce qu’il se passe sur le terrain : en même temps en Ukraine les drones n’ont pas fait la décision.

Or la première arme d’une armée  c’est l’intelligence collective.

 

 

 

 

 Mondafrique Est ce qu’on peut dire , du point de vue géopolitique, que l’on va partir de l’Afrique à cause du tournant vers l’Europe , et vers l’Est en particulier?Et que l’on privilégie par ailleurs, toujours au détriment de l’Afrique , ce que l’on appelle encore la «  France d’Outre Mer » ?

 

-Guillaume Ancel :

C’est possible. Ce que je trouve très inquiétant, dans notre relation avec l’Afrique, c’est que l’on n’a pas pris le tournant nécessaire. On n’a pas compris que l’on était au XXI ème siècle,

On aurait pu capitaliser, un peu comme les Britanniques avec le Commonwealth, sur le fait que l’on avait là un réseau extraordinaire : on partageait une langue, ce qui est considérable, et beaucoup de choses culturelles ; parce que il y a eu beaucoup de croisements et de liens humains, on  aurait pu avoir un réseau formidable avec ces pays africains , à condition de ne pas y avoir gardé des relations de domination.

On risque d’être obligé d’en partir, d’une part parce que l’on n’a pas capitalisé sur ce réseau, et d’autre part parce que on s’est mis à dos les peuples africains parce que l’on ne leur a pas donné assez de place et surtout que l’on ne les a jamais assez valorisé.

Quand on parle dans la société française d’immigration c’est systématiquement avec une connotation négative et critique, alors que nos sociétés survivent grâce à cette immigration, grâce à cette jeunesse

On s’est trompé dans notre rapport avec l’Afrique et tant pis pour nous !

En conclusion notre société a peur par méconnaissance, parce que l’on ne sait pas de quoi on parle en terme   de Défense. Un effort reste  à faire, en particulier en direction de l’Afrique, pour partager cette culture de Sécurité  avant de vouloir la dominer.

 

 

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Mondafrique qui rentre dans sa onzième année d’existence le doit à ses fidèles lecteurs qui résident pour moitié en Europe (majoritairement en France, beaucoup au Canada) et pour moitié dans les pays du Maghreb (surtout en Algérie) , du Sahel (le Niger et le Mali en tète)  et du Moyen Orient (notamment le Liban).

Avec quelques 300000 visiteurs par mois pour le site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhatsApp (Afrique, Liban, Niger, Gabon, Algérie, Maroc…etc), « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain. Depuis le début des guerres en Ukraine et au Moyen Orient, nous ne nous interdisons pas d’accueillir des analyses sur les grands équilibres mondiaux qui ne peuvent pas manquer de se répercuter sur le mode africain et maghrébin. 

Notre positionnement critique vis à vis des pouvoirs en place, la diversité des contributeurs du site -journalistes, diplomates, universitaires ou simples citoyens-, la volonté enfin d’apporter des informations et des analyses qui tranchent avec la reste de la presse ont été nos seules lignes de conduite.  

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Maroc, la solidarité avec Ghannouchi, l’islamiste tunisien emprisonné https://mondafrique.com/libre-opinion/maroc-la-solidarite-avec-ghannouchi-lislamiste-tunisien-emprisonne/ https://mondafrique.com/libre-opinion/maroc-la-solidarite-avec-ghannouchi-lislamiste-tunisien-emprisonne/#respond Sat, 22 Mar 2025 08:04:54 +0000 https://mondafrique.com/?p=130230 Le Forum méditerranéen pour l’échange et le dialogue a organisé un colloque intellectuel le mardi 18 mars 2025 dans la ville de Salé, réunissant un groupe de penseurs et de politiciens autour d’un petit-déjeuner ramadanesque suivi des travaux du colloque qui portait sur le livre « La démocratie musulmane » signé par Rached Ghannouchi et par le […]

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Le Forum méditerranéen pour l’échange et le dialogue a organisé un colloque intellectuel le mardi 18 mars 2025 dans la ville de Salé, réunissant un groupe de penseurs et de politiciens autour d’un petit-déjeuner ramadanesque suivi des travaux du colloque qui portait sur le livre « La démocratie musulmane » signé par Rached Ghannouchi et par le chercheur américain Professeur Andrew March

Le Forum Méditerranéen pour l’Échange et le Dialogue a organisé un séminaire intellectuel le mardi 18 mars 2025 dans la ville de Salé. L’événement a réuni un groupe de personnalités intellectuelles et politiques autour d’un Iftar ramadanesque, suivi des travaux du séminaire qui a porté sur le livre « Sur la Démocratie Musulmane » de l’universitaire américain, le professeur Andrew March, et de Cheikh Rached Ghannouchi. Cet ouvrage est une étude qui explore la pensée de Cheikh Rached Ghannouchi, chef du parti tunisien Ennahdha et ancien président du Parlement tunisien. L’étude retrace l’évolution de l’idée de démocratie dans les écrits de Ghannouchi, mettant en lumière un tournant majeur : le passage de la démocratie islamique idéale à une démocratie musulmane fondée sur le pluralisme, le consensus et l’état de droit. Il ne fait aucun doute que la diversité idéologique du paysage politique tunisien a poussé Ghannouchi à rechercher un terrain d’entente qui protège la démocratie des dérives autoritaires et populistes. Cependant, malgré ses efforts, il a reçu ce que l’on pourrait appeler la « récompense de Sinmara » (référence à une punition malgré les contributions offertes).

Dans son discours d’ouverture, le président du forum, l’ancien ambassadeur Dr Ridha Benkhaldoun, a déclaré que l’importance de ce séminaire réside non seulement dans le thème traité — à savoir la question de l’islam et de la démocratie — mais aussi dans la personnalité honorée, Cheikh Rached Ghannouchi, qui mérite d’être célébré plutôt que d’être maintenu derrière les barreaux.

Plusieurs personnalités de renom ont répondu à l’ouvrage du professeur March et de Monsieur Ghannouchi, notamment Abdullah Saaf, Hassan Aourid, Mohamed Yatim, Bilal Tlidi et Salim Ahmimenat. Leurs interventions ont exprimé une solidarité unanime avec Ghannouchi, soulignant que les idées ne doivent être confrontées qu’avec des idées. Les intervenants ont analysé l’évolution de la théorie politique de Ghannouchi, cherchant à expliquer ses transformations intellectuelles en les reliant aux défis politiques émergents, ainsi qu’à sa quête d’un cadre de consensus qui préserverait les valeurs morales de l’islam tout en respectant la liberté de choix des citoyens. Les interventions ont été marquées par une analyse approfondie des écrits de Ghannouchi et de ses influences intellectuelles, tirées à la fois des traditions occidentale et islamique.

Le débat a ensuite été ouvert au public, qui a également exprimé sa solidarité avec Cheikh Rached Ghannouchi face à l’épreuve qu’il traverse, enrichissant ainsi le débat.

L’une des particularités marquantes de ce séminaire a été la diversité des participants, permettant un échange intellectuel riche et de haute tenue dans un cadre authentique. Parmi les figures politiques présentes figuraient Moulay Ismail Alaoui, Nabil Benabdallah (secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme), Idriss Azami (président du Conseil national du Parti de la Justice et du Développement) et plusieurs anciens ministres, dont Dr Najib Boulif, Khalid Samadi, Mustapha El Khalfi et Habib Choubani. Étaient également présents des membres du secrétariat général du Parti de la Justice et du Développement, notamment Dr Abdelali Hamieddine, Amina Maelainine, Bahaeddine Akdi et Nabil Cheikhi.

Le séminaire a également réuni plusieurs figures culturelles et des défenseurs des droits humains au Maroc, telles que Latifa Bouhsini, Fatima Al-Ifriqi, Bouthaina Al-Qururi, Youssef Bilal (président du Forum Aziz Bilal), Ali Bouabid (de la Fondation Abderrahim Bouabid) et le professeur Ahmed El-Bouz. Plusieurs figures médiatiques étaient également présentes, dont Abdelssamad Benchrif, directeur de la chaîne Quatre, ainsi que des responsables de divers sites d’information en ligne.

Les participants à ce séminaire d’envergure, retransmis en direct sur Facebook, ont unanimement salué l’engagement profond de Ghannouchi en faveur de la démocratie et ont exprimé l’espoir que la Tunisie puisse bientôt renouer avec son héritage d’ouverture et de rationalité.

Un autre moment marquant de l’événement a été la précieuse intervention de  Ridha Driss, conseiller de Rached Ghannouchi pour les affaires politiques et les relations extérieures. Il a souligné la solidité des relations maroco-tunisiennes, rappelant le soutien du défunt roi Hassan II au président Bourguiba lorsque la Tunisie avait été attaquée par la Libye. Il a également évoqué la visite historique du roi Mohammed VI en Tunisie, lorsqu’il avait parcouru les rues de la capitale en pleine vague d’attentats terroristes — un geste que les Tunisiens libres n’oublieront jamais.

Il est à noter que Cheikh Ghannouchi, âgé de 83 ans, est toujours détenu dans les prisons tunisiennes, aux côtés d’un groupe de militants politiques et de défenseurs des droits humains. Cette situation a conduit de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme à exiger leur libération, qualifiant leur détention d’arbitraire et motivée par des raisons politiques.

 

 

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« Le fascisme rampant » en Tunisie, un plaidoyer de Hamma Hammami https://mondafrique.com/libre-opinion/le-fascisme-rampant-en-tunisie-un-plaidoyer-de-hamma-hammami/ https://mondafrique.com/libre-opinion/le-fascisme-rampant-en-tunisie-un-plaidoyer-de-hamma-hammami/#respond Fri, 21 Mar 2025 03:32:17 +0000 https://mondafrique.com/?p=130120 Annoncé depuis quelque temps le nouvel ouvrage de Hamma Hammami, dirigeant historique de Parti des Travailleurs de Tunisie, vient de paraître. L’ouvrage est composé de 416 pages réparties en 17 chapitres, avec une préface de Jilani Hammami, compagnon de route de l’auteur, et une introduction en langue française de Jean-Luc Mélenchon, leader de La France […]

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Annoncé depuis quelque temps le nouvel ouvrage de Hamma Hammami, dirigeant historique de Parti des Travailleurs de Tunisie, vient de paraître. L’ouvrage est composé de 416 pages réparties en 17 chapitres, avec une préface de Jilani Hammami, compagnon de route de l’auteur, et une introduction en langue française de Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise.

Mortadha Laabidi

Si ce dernier a consacré son introduction au « néofascisme en Europe » pour en dévoiler le mode de fonctionnement et les classes sociales qui le soutiennent, l’auteur de la préface s’est attaqué au cas tunisien, à ce que Hamma Hammami considère comme un « Fascisme rampant ».Sur les 17 chapitres qui composent l’ouvrage, certains sont publiés pour la première fois, d’autres ont fait l’objet de publications antérieures, mais ils ont été retenus parce qu’ils s’inscrivent dans la thématique traitée. En effet, il est question de disséquer le mode de gouvernement individuel, dictatorial, fasciste de retour en Tunisie sous la forme d’un populisme de droite, conservateur et extrémiste.

Les différents chapitres montrent que l’auteur s’est intéressé très tôt au phénomène et lui a accordé une attention particulière. Ce qui lui permet aujourd’hui d’en présenter une lecture tant minutieuse que rigoureuse. Il a en effet dévoilé les tenants et les aboutissants de la version tunisienne –si l’on puisse dire – du populisme en présentant une analyse du contexte de son apparition, de son ascension au pouvoir ainsi que de l’essence de ses choix politiques, économiques, sociaux et culturels. L’objectif étant de dévoiler sa base sociale, les classes qu’il représente aussi bien au niveau du pays qu’à l’extérieur.

Kais Saied, le populisme triomphant

Le livre passe en revue, en les analysant, les caractéristiques du populisme à la tunisienne, non seulement au niveau de son appareil idéologique et conceptuel transmis à travers la propagande que colportent ses fameux « exégètes », mais surtout à travers la mise à l’épreuve de cinq années de pouvoir de Kais Saied dont trois ans et demi de règne absolu.

Nous considérons que le dernier chapitre rédigé à cette fin, en septembre 2024 (le premier chapitre du livre) constitue un bilan exhaustif, précis et clair de la gouvernance du président-candidat. Il passe en effet en revue toutes les mesures prises depuis le 25 juillet 2021 pour démanteler les structures de l’État dans le but de leur substituer un nouvel appareil tel conçu par lui et lui seul.
Sans s’attarder sur les détails, nous considérons que la conclusion magistrale à laquelle cette analyse a abouti est celle relative à la nature du pouvoir en construction. L’auteur affirme que le pays est en train de basculer d’un type de régime politique à un autre : du régime démocratique libéral issu du processus révolutionnaire de 2010-2011 avec toutes ses lacunes et ses inconvénients à un régime despotique, dictatorial dont l’objectif essentiel est de « fermer la parenthèse de la Révolution », un régime qui n’aurait rien à envier à ses prédécesseurs d’avant la révolution.
Cet ouvrage constitue donc, à notre avis, une contribution importante qui s’ajoute aux nombreux écrits publiés par l’auteur durant son parcours politique et qui avaient suscité à leur parution des débats aussi vifs que fructueux (voir liste, en annexe). C’est une contribution également dans l’élaboration des lignes tactiques d’une politique de résistance à laquelle sont appelées toutes les forces qui s’opposent à ce « Fascisme rampant »

Annexe :
Bibliographie de Hamma Hammami
• Contre l’obscurantisme, éd. Samed, Tunis, 1985
• La perestroïka : une contre-révolution dans la contre-révolution, éd. Samed, Tunis, 1988
• Histoire du mouvement syndical en Tunisie, éd. Samed, Tunis, 1988
• La société tunisienne : étude économique et sociale, éd. Samed, Tunis, 1989
• De la laïcité, éd. Samed, Tunis, 1990
• La femme tunisienne : son présent et son avenir, éd. Samed, Tunis, 1992
• Le chemin de la dignité, éd. Comité national et international de soutien à Hamma Hammami et ses camarades, Paris, 2002
• Socialisme ou barbarie, éd. Al Badil, Tunis, 2012
• Liberté ou tyrannie ?, éd. Al Badil, Tunis, 2013
• Qui juge qui ?, éd. Al Badil, Tunis, 2013
• La femme et le socialisme aujourd’hui, éd. Al Badil, Tunis, 2013
• L’individu et la collectivité dans la liberté et l’égalité, éd. Parti des Travailleurs, Tunis, 201937
• Le populisme en Tunisie : la trinité de la tyrannie et de l’appauvrissement et de la dépendance, éd. Parti des travailleurs, Tunis, 2022

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Les gaz toxiques des grottes algériennes ont effacé la mémoire française https://mondafrique.com/libre-opinion/les-gaz-toxiques-des-grottes-algeriennes-ont-efface-la-memoire-francaise/ Sun, 16 Mar 2025 17:34:35 +0000 https://mondafrique.com/?p=129753 En déprogrammant un documentaire « Algérie, sections armes spéciales » sur les crimes de guerre de la guerre d’Algérie quelques jours à peine avant sa diffusion, prévue dimanche 16 mars dans l’émission La Case du siècle (France 5), France Télévisions n’imaginait pas que sa décision provoquerait autant de remous de l’autre côté de la Méditerranée. « C’est […]

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En déprogrammant un documentaire « Algérie, sections armes spéciales » sur les crimes de guerre de la guerre d’Algérie quelques jours à peine avant sa diffusion, prévue dimanche 16 mars dans l’émission La Case du siècle (France 5), France Télévisions n’imaginait pas que sa décision provoquerait autant de remous de l’autre côté de la Méditerranée. « C’est un défaut de vigilance de notre part sur un sujet sensible », admet la direction du groupe, contactée par Le Monde.

Face au tollé, le service public de l’audiovisuel s’est engagé à le reprogrammer à l’antenne mais sans préciser de date. En attendant, il reste disponible sur sa plateforme en accès gratuit. Ceux qui s’indignen en apprenant qu’en Algérie, de Bugeaud à Mollet, à Mitterrand et  De Gaulle, on a gazé dans des grottes en Kabylie ou dans les Aurès…c’est qu’ils n’ont rien compris.

Jacques Marie Bourget

Soixante-dix ans après les crimes, si la mémoire française reste sereine, c’est que l’acte auraait été justifié. Ces êtres là, asphyxiés, brûlés, n’ont jamais été admis au rang des humains. Alors pourquoi un remord ou un pardon ? En réalité dans les grottes et cavités algériennes on ne tuait pas de vrais hommes. Pour conforter cette philosophie du crime nous avons aujourd’hui l’exemple de Gaza, où plus de 50 000 non humains ont aussi été écrasés dans l’indifférence.  

Comme tout homme qui se révolte contre son envahisseur, son colon, Jean Moulin fut en son temps un « terroriste ». Les révolutionnaires du FLN n’ont pas échappé à la même estampille: « Ces gazés, tués comme des mouches, n’étaient que des « terroristes ». Des nuisibles éliminés au « Fly-Tox ». Des assassins ayant le goût de la métaphore ont même qualifié ces abattoirs humains d’Algérie de « contraception tardive ». Les victimes du 17 octobre 1961 à Paris étant, elles, noyées dans l’eau purificatrice de la Seine.

« Algérie, sections armes spéciales ».

L’histoire continue d’être muette. Et ce sont maintenant les indignés des morts « chimiques » de Halabja – en Irak en 1988- qui interdisent la diffusion du documentaire « Algérie, sections armes spéciales ». Film parfait, pédagogique, au contenu calme et équilibré, pourtant programmé sur France 5. Et censuré. Depuis le film qu’Alain Resnais a consacré en 1959 à l’apocalypse atomique, nous savons tous que « l’on n’a rien vu à Hiroshima ».

Dans les grottes d’Algérie aussi, la fumée et les gaz ont aveuglé la mémoire française. Nous n’avons rien vu. Il ne s’est rien passé. Pourtant la France est experte à dénoncer les crimes : ceux des autres, commis par des bourreaux d’ailleurs. Jamais les siens. Quand un citoyen bleu blanc rouge s’est risqué à lancer l’alerte, au temps où l’Algérie était la France, et je ne cite que Maurice Audin et Fernand Iveton (mais tous leurs amis furent égaux en héroïsme), ils furent assassinés. Cinquante ans plus tard, le criminel Aussaresses pouvait, en grand père peinard, déguster des fruits de mer à « La Coupole ».

Pourquoi la France, sans doute la bouche trop pleine d’étouffants « Droits de l’Homme », ne peut parler de ses propres crimes ? Il est faux de croire que ce silence n’est que le produit d’une omerta imposée par le lobby militaire. Qui, du Pétain de 1917 assassinant les poilus « mutins », aux gazages, tortures et assassinats d’Algérie interdirait l’examen des atrocités. Si l’Armée pousse à l’oubli, c’est le monde politique, presque dans son ensemble, qu’il faut accuser de cette complicité de crimes. Quel parti peut vivre sans se hausser sur une histoire héroïque, sans accrocs à la bannière. Nous ne fûmes jamais bourreaux, jamais collabos.

L’ignominieuse clique de la SFIO

Piocher dans les blessures béantes de la guerre d’Algérie, c’est dire que François Mitterrand a laissé couper 45 têtes sans lever le pouce pour sauver ces vies de la guillotine. C’est dire encore que Mollet, le même Mitterrand et leur Robert Lacoste, l’ignominieuse clique SFIO, ont conduit cette guerre pendant quatre ans, avec des coups de pouce des partis « chrétiens » ? Comment accuser un complice de crimes de guerre, devenu Président abolitioniste, sans désespérer ces militants de gauche convaincus d’être les enfants naturels de Jaurès ?

Le Parti Communiste étant, aux heures de guerre, le seul à protester, souvent mollement, contre « l’opération de maintien de l’ordre » algérienne. Le PCF laissant ses militants tenir individuellement l’honneur, puisque le Parti Communiste Algérien soi-disant autonome, avait la charge de la lutte sur son propre terrain.

 

La droite aussi se sait honteuse des crimes d’ Algérie, et préfère laisser l’histoire au creux de sa tombe et les boîtes d’archives sous scellées. Parlons du rôle de la « démocratie chrétienne » et de sa peste MRP. Parlons de Giscard et de ses bons amis de l’OAS,  Des alternances de la IV e République qui les ont mouillés dans un même fleuve de sang. Et les gaullistes donc ? Ils ne sont pas absents sur les lignes de l’acte d’accusation. N’oublions pas, en mai et juin 45, les 45 000 morts des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, le Général étant au pouvoir. Puis le retrouvant en 58 alors que les grottes d’Algérie fumaient toujours. Comment, après tout cela, imaginer que le monde politique va dresser le crêpe noir du deuil sur son passé ?

 

Pour donner une deuxième mort aux victimes algériennes une rafale d’amnisties, murailles contre la vérité, vont ponctuer notre droit. D’abord en 62 lors des « Accords d’Evian » puis les récidives en 64, 66 et 68. Pour voir Mitterrand planter le dernier clou en 82 là où il donne le pardon aux putschistes d’Alger, aux héros de l’OAS. Étonnons-nous alors qu’un simple documentaire soit interdit de diffusion par la télévision d’état…Mais aussi dans une salle de cinéma du Quartier Latin. Une fois pour toutes nous devons en rester « aux bienfaits de la colonisation », concept promu par Raffarin et tamponné Chirac, par un article de loi du 23 février 2005. Ignoble baliverne qui fait encore le miel des « experts » qui exercent leur magistère sur les chaines « d’information » ; lors de « débats » déshonorants où la place de celui qui pourrait dire la vérité est celle du mort. Alors on daube sur cette Algérie « ingrate » . Alors que la colonisation l’a fait passer du stade « cloaque » (version Zemmour) à « l’usage des routes et chemins de fer » (uniquement construits pour le bénéfice du commerce colon). Si l’on excepte l’explosion de honte exprimée par un Jean-Michel Apathie trop las du sinistre mensonge, le curseur est aujourd’hui calé au point Retailleau, célèbre penseur de la philosophie ventre à choux.

 

Comme celle de Troie la guerre d’Algérie n’a donc pas eu lieu. Et l’on observe aucune retenue, pour raisons de mémoire, chez les propagandistes de la foi démocratique brandie comme un fouet qui fustige le « régime » d’Alger. Des hommes et des femmes, assignés à oublier un passé de souffrance, et qui méritent que se poursuive la leçon coloniale. Mieux , entre 1991 et 2000, alors que des fous d’Allah, nés des entrailles de Ben Laden et poussés par l’Occident, attaquaient la République, des moralistes français ont fait avaler à la croyance hexagonale l’horrible farce du « Qui tue qui ». Qu’en réalité les Algériens s’exterminaient entre eux sans raison, comme d’autres aiment à tuer le temps. Aujourd’hui des écrivains néo-colonisés, donc plumes françaises, continuent d’alimenter le brasier franco-algérien. Oubliant celui des grottes et le pardon attendu de la France. Semblable à celui exprimé par le Royaume-Uni après la répression des Mau-Mau du Kenya et ses100 000 morts dans les années 50. Mais le pardon français reste figé, statue de sel puisque de 1830 à 1962. Nous n’avons rien vu en Algérie .

 

  1. A propos de « pardon » il ne faut pas oublier la lutte admirable de l’Universitaire et chercheuse française Armelle Mabon qui, contre l’hostilité féroce de l’état, se bat « quoiqu’il en coûte » pour la reconnaissance des crimes commis par la France contre les Tirailleurs Sénégalais, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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Justice pour Jean-Michel Aphatie https://mondafrique.com/libre-opinion/justice-pour-jean-michel-aphatie/ Thu, 13 Mar 2025 09:53:51 +0000 https://mondafrique.com/?p=129554 Le 25 février 2025, lors d’une émission sur RTL, le journaliste Jean-Michel Aphatie osa affirmer que la France, en Algérie, avait commis des actes semblables à certains de ceux perpétrés par le IIIᵉ Reich, comme le massacre d’Oradour-sur-Glane. La réaction fut immédiate : Florence Portelli, ancienne porte-parole de François Fillon présente sur le plateau, s’indigna, […]

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Le 25 février 2025, lors d’une émission sur RTL, le journaliste Jean-Michel Aphatie osa affirmer que la France, en Algérie, avait commis des actes semblables à certains de ceux perpétrés par le IIIᵉ Reich, comme le massacre d’Oradour-sur-Glane. La réaction fut immédiate : Florence Portelli, ancienne porte-parole de François Fillon présente sur le plateau, s’indigna, dénonçant une insulte aux victimes du nazisme. Quelques jours plus tard, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) annonça l’ouverture d’une instruction à la suite de ces propos, confirmant ainsi le caractère tabou de cette comparaison.

Mouloud Améziane, sociologue

Le 5 mars 2025, RTL prit la décision de suspendre Jean-Michel Aphatie de l’antenne. Selon des sources internes, la direction considéra que ses propos constituaient une « comparaison inappropriée » qui heurta de nombreux auditeurs. Refusant de s’excuser ou de revenir sur ses déclarations, le journaliste fut mis « en retrait de l’antenne ». Le 9 mars, c’est Jean-Michel Aphatie lui-même qui annonce qu’il ne reviendra pas à RTL, car il ne souhaite pas valider une punition qu’il ne reconnaît pas comme justifiée, choisissant ainsi la dignité contre l’injustice et le silence.

Comparaison n’est pas raison ?

Jean-Michel Aphatie a évoqué, lors de cet échange, le massacre d’Oradour-sur-Glane en France en 1944 et a suggéré que des pratiques similaires avaient eu lieu en Algérie au XIXᵉ siècle. Cependant, il est essentiel de souligner qu’il n’a jamais affirmé que colonisation et nazisme étaient équivalents. Il n’a pas lui-même parlé de comparaison, ce sont ses interlocuteurs sur le plateau de RTL et ses détracteurs qui l’ont fait, lui reprochant d’avoir mis en parallèle ces violences.

Si l’on entend par comparaison une mise en équivalence stricte, confondant toutes les dimensions des deux phénomènes, alors, en effet, comparaison n’est pas raison. Mais si comparer signifie mettre en évidence certains éléments communs, notamment dans les logiques de domination et de violence d’État, alors cette mise en parallèle est non seulement légitime, mais nécessaire.

« Le courage, c’est résister à tout ce qui va trahir nos idées. » — Edgar Morin

Jean-Michel Aphatie a ainsi identifié une similitude entre Oradour-sur-Glane et les enfumades des grottes du Dahra en 1845, sans pour autant assimiler la colonisation au nazisme dans son ensemble. Il ne s’agissait pas pour lui d’établir une équivalence globale entre les deux systèmes, mais de montrer que certains mécanismes de terreur et d’oppression ont pu se retrouver dans différents contextes historiques.

Ce qui est inacceptable, ce n’est pas d’établir ces parallèles, mais de minimiser les souffrances extrêmes vécues par les uns ou les autres,  pire, de nier l’existence de certaines d’entre elles. Or, nous n’avons constaté aucune reconnaissance ni condamnation explicite des crimes coloniaux de la part de Madame Portelli, qui ne semble ni connaître l’histoire de la colonisation française en Algérie, ni même s’y intéresser. Le véritable problème réside dans ce déni.

Les crimes coloniaux, abondamment documentés par les historiens, ont touché de nombreux peuples colonisés, bien au-delà des seuls Algériens. Nous sommes nombreux à appeler à leur reconnaissance et à une prise en compte équilibrée de toutes les souffrances humaines, sans hiérarchiser les victimes ni minimiser les horreurs subies par les uns et les autres.

Des logiques comparables, entre hiérarchisation des vies et violence d’État

D’un côté, le nazisme, incarnation du mal absolu, érigé en paradigme de l’horreur. De l’autre, la colonisation, parfois présentée comme une « mission civilisatrice » et dont certains revendiquent encore les « bienfaits ». Pourtant, une analyse historique et anthropologique permet de dégager des logiques comparables entre ces deux systèmes de domination.

Nazisme et colonisation partagent un fondement idéologique commun : la classification des êtres humains selon une hiérarchie raciale. Dans l’Europe nazie, cette hiérarchie visait à exclure et à exterminer les « races inférieures ». Dans les empires coloniaux, elle légitimait la domination des peuples conquis, déniant aux colonisés leur pleine humanité et leur droit à l’autodétermination. Le Code de l’Indigénat en Algérie (1881-1946) ou les législations raciales en Afrique du Sud et en Indochine inscrivaient dans la loi l’infériorité juridique des populations colonisées, tout comme les lois de Nuremberg (1935) excluaient les Juifs de la citoyenneté allemande.

Une violence d’État systémique

La conquête coloniale en Algérie a reposé sur une violence de masse : massacres, déplacements forcés, enfumades, tortures. À Oradour-sur-Glane, les nazis enfermèrent et brûlèrent des civils innocents dans une église. Un siècle plus tôt, en 1845, dans les grottes du Dahra en Algérie, citées donc en exemple par Jean-Michel Aphatie, les troupes du colonel Pélissier avaient en effet déjà expérimenté une méthode similaire sur des centaines d’Algériens.

Et puis la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) mit au grand jour des exécutions sommaires, des camps de regroupement et des tortures de masse, pratiquées par un État démocratique contre un peuple insurgé.

Des politiques d’exception et de déshumanisation

Le régime de Vichy et le IIIᵉ Reich multiplièrent les lois d’exception contre les Juifs, les résistants, les communistes. Dans les colonies, l’état d’exception était la norme : privation des libertés, tribunaux spéciaux, coercition généralisée. Les « indigènes » étaient des sujets sans droits, gouvernés par une administration autoritaire qui décidait de leur sort sans leur consentement.

Face à ces continuités, Aimé Césaire, dans son Discours sur le colonialisme (1950), dénonçait déjà la filiation entre les violences coloniales et celles du nazisme : « Ce que l’Européen ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime, c’est le crime contre l’homme blanc. »

Albert Memmi, dans Portrait du colonisé (1957), allait plus loin en mettant en lumière le paradoxe fondamental du colonialisme : son fantasme est l’effacement du colonisé, mais son existence même repose sur son exploitation. Le colonisateur ne peut donc pas se débarrasser de celui qu’il opprime sans se détruire lui-même.

Une différence de fond

Nazisme et colonisation diffèrent sur un point essentiel : leur finalité. Le nazisme portait un projet génocidaire d’anéantissement total, une volonté d’extermination industrialisée qui n’a pas d’équivalent exact dans la colonisation. Celle-ci, bien qu’ayant causé des millions de morts et imposé des violences extrêmes, visait à exploiter et dominer plutôt qu’à éradiquer.

Toutefois, cette distinction doit être nuancée : la colonisation a parfois pris des formes génocidaires, comme en Tasmanie, en Namibie (massacre des Hereros et des Namas par l’Allemagne entre 1904 et 1908), ou dans certaines régions du Congo sous Léopold II. De plus, la frontière entre extermination et exploitation s’efface lorsque l’exploitation elle-même mène à la destruction des populations (travail forcé, famines provoquées, stérilisation sociale et culturelle).

Pourquoi le refus de ce parallélisme ?

L’Europe a fait du nazisme une singularité absolue, une borne infranchissable dans l’histoire de la barbarie humaine. Admettre que la colonisation puisse partager certaines logiques avec le nazisme reviendrait à ébranler ce récit. Cela signifierait reconnaître que les démocraties occidentales ont elles aussi pratiqué des politiques d’extermination et de terreur, bien avant 1939.

Ce rejet révèle également une hiérarchisation des souffrances. Certaines victimes méritent une reconnaissance immédiate et universelle, tandis que d’autres doivent encore se battre pour faire reconnaître leur douleur. Une telle hiérarchisation est injuste et occulte des blessures profondes qui continuent à modeler les sociétés contemporaines.

Enfin, reconnaître des similitudes entre nazisme et colonisation pourrait encore davantage ouvrir la voie à des revendications mémorielles et à des demandes de réparation.

Le débat soulevé par Jean-Michel Aphatie, au-delà de la polémique immédiate, met en lumière une vérité dérangeante : l’histoire coloniale, dans sa violence et ses mécanismes d’oppression, doit être regardée en face, sans fard ni tabou. Car si l’histoire ne se répète jamais à l’identique, elle enseigne des leçons précieuses à ceux qui acceptent d’ouvrir les yeux.

De la nécessité de la reconnaissance des crimes de la colonisation

Il est crucial de souligner que la véritable question qui émerge aujourd’hui est celle de la reconnaissance des crimes de la colonisation.

La reconnaissance des crimes coloniaux, souvent niés ou minimisés, reste un combat en soi.

Jean-Michel Aphatie, victime d’une injustice dans cette affaire, a mis en lumière les parallèles existants entre certaines violences historiques, non pour en minimiser l’une au profit de l’autre, mais pour attirer notre attention sur la nécessité d’une reconnaissance équitable et globale de ces atrocités.

Il est vain de tenter d’obscurcir l’essentiel, car il finit toujours par s’imposer de lui-même : la reconnaissance de toutes les souffrances subies par les peuples colonisés et leur juste qualification est une nécessité absolue. C’est à ce niveau, et non dans une concurrence mémorielle stérile et indigne, que doit se situer notre engagement collectif.

À ce titre, il est essentiel d’apporter un soutien indéfectible à Jean-Michel Aphatie dans sa démarche de vérité et de justice historique.

 

 
 
 
 

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Du bon usage de la démocratie, le fétiche de l’occident ! https://mondafrique.com/libre-opinion/du-bon-usage-des-fetiches-de-la-democratie/ Tue, 11 Mar 2025 07:30:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=129429 Sur un ton à la fois provocateur et détaché, Venance Konan, journaliste et écrivain, lauréat du Grand prix littéraire d’Afrique noire 2012, revient dans cette nouvelle chronique pour Mondafrique sur les croisades, parfois meurtrières, qui ont été nécessaires pour imposer des religions dans le monde. Avec finesse et parti pris assumé, le journalisme et écrivain […]

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Sur un ton à la fois provocateur et détaché, Venance Konan, journaliste et écrivain, lauréat du Grand prix littéraire d’Afrique noire 2012, revient dans cette nouvelle chronique pour Mondafrique sur les croisades, parfois meurtrières, qui ont été nécessaires pour imposer des religions dans le monde. Avec finesse et parti pris assumé, le journalisme et écrivain tente le parallèle entre les stratégies d’imposition de la religion et celles de la démocratie. Sous couvert d’être une démocratie, soutient-il, aujourd’hui on peut se permettre certains graves abus et même couvrir les turpitudes d’autres Etats amis, pour peu qu’ils soient riches et généreux.

Par Venance Konan

Il y a environ cinq siècles, le fétiche de l’Europe s’appelait le christianisme. Ce continent, qui avait dompté la poudre et les mers, était à la conquête du monde entier, et le christianisme était le fétiche qu’il utilisait. Avec des fusils aussi. Dès lors que l’Europe, qui se considérait comme le centre du monde, la référence absolue, la civilisation par excellence, était chrétienne, tout le reste du monde qu’il arrivait à conquérir devait aussi être chrétien.

Comme la Chine et la Corée du Nord

Qui n’était pas chrétien était un sauvage. Et c’est ainsi que toute l’Amérique, et de grandes parties de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie devinrent chrétiennes. Et dès lors que l’Europe était chrétienne et civilisée, elle pouvait se permettre tout.

Tuer les autres, les sauvages, pour leur voler leurs terres et tout ce qu’ils ont comme richesse, ou les réduire en esclavage par exemple. C’est donc ainsi que les premiers habitants des continents américains et australiens furent massacrés par les très chrétiens et civilisés Anglais, Français, Espagnols, Portugais, Néerlandais, que les Noirs d’Afrique furent déportés en masse en Amérique et dans les Caraïbes par les mêmes, pour servir comme esclaves. Plus tard, ils vinrent très chrétiennement coloniser les terres africaines et dominer leurs populations.

Puis de nouveaux fétiches se mirent à concurrencer le christianisme qui commença à faiblir. Ces fétiches avaient pour nom, islam, bouddhisme, communisme, capitalisme. Alors les Européens se cherchèrent un autre fétiche. Et le trouvèrent.

Ainsi, aujourd’hui, l’Europe et ses excroissances que sont les Etats Unis, l’Australie, la Nouvelle Zélande et Israël, ceux-là qu’on a appelé le monde occidental, ont trouvé un nouveau fétiche qui s’appelle la démocratie. Et comme avec le christianisme, puisqu’il vient de l’occident, il faut l’imposer au monde entier. Qui n’est pas démocrate ne mérite donc pas d’exister. Sauf s’il a assez de force pour résister. Comme la Chine ou la Corée du nord par exemple.

Même l’Inde et Israël sont des démocraties

Depuis la seconde guerre mondiale, le monde occidental est en croisade pour répandre la démocratie partout sur la terre. Comme au temps du christianisme, on a fait des guerres à des peuples pour leur imposer la démocratie.

En utilisant le mensonge au besoin, comme ce fut le cas de l’Irak par exemple. Ou en imposant de lourdes sanctions, comme c’est le cas avec l’Iran, Cuba et la Corée du nord. Etre démocrate, surtout lorsque l’on est très fort, donne le droit de faire tout ce qu’on veut. Ainsi, les Etats Unis, la plus puissante démocratie au monde, veulent piétiner le droit international, piquer les Groenland au Danemark, chasser les Palestiniens de leurs terres ?

Chut ! Le président américain a été élu démocratiquement. Israël a massacré près de 50000 Palestiniens à Gaza, tue chaque jour les Palestiniens de Cisjordanie, a bombardé le Liban, la Syrie, l’Iran, pratique l’apartheid entre ses citoyens juifs et arabes ? Taisez-vous bon Dieu ! Israël est la seule démocratie au Moyen-Orient.  En Inde, les extrémistes hindous de Narendra Modi font la chasse aux musulmans ? Attention ! Vous parlez de la plus grande démocratie du monde, Monsieur !

Et lorsque l’on est démocrate, l’on peut donner des leçons au reste du monde et choisir ses amis. Même s’ils ne sont pas tout à fait démocrates. Par exemple, un de vos amis peut ne jamais organiser d’élection, couper régulièrement des têtes, interdire aux femmes (qui doivent être toutes voilées) de conduire des voitures, mais s’il a beaucoup de pétrole et à la bonne idée de dépenser tout son argent chez vous, on peut le considérer comme un démocrate et il peut faire tout ce qu’il veut. Comme découper un journaliste en petits morceaux par exemple.

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