- Mondafrique https://mondafrique.com/libre-opinion/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 04 Feb 2026 19:34:56 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/libre-opinion/ 32 32 L’Amérique, l’or et l’émergence d’un monde en treillis https://mondafrique.com/libre-opinion/lamerique-lor-et-lemergence-dun-monde-en-treillis/ https://mondafrique.com/libre-opinion/lamerique-lor-et-lemergence-dun-monde-en-treillis/#respond Thu, 05 Feb 2026 09:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146509 L’ordre mondial issu de l’après-guerre ne s’effondre pas pour céder la place à un nouveau centre de pouvoir, mais se fragmente en une pluralité de systèmes imbriqués, sans hégémonie dominante, où la stabilité repose désormais sur l’interdépendance plutôt que sur la hiérarchie. L’effondrement de l’ordre international de l’après-guerre est souvent mal décrit comme un simple […]

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L’ordre mondial issu de l’après-guerre ne s’effondre pas pour céder la place à un nouveau centre de pouvoir, mais se fragmente en une pluralité de systèmes imbriqués, sans hégémonie dominante, où la stabilité repose désormais sur l’interdépendance plutôt que sur la hiérarchie.

L’effondrement de l’ordre international de l’après-guerre est souvent mal décrit comme un simple problème de transition : le déclin de l’hégémonie américaine suivi par l’ascension d’un successeur. Ce cadrage est rassurant, mais de plus en plus inexact. Ce que le monde traverse aujourd’hui n’est ni un passage mécanique d’un centre global à un autre, ni un interrègne temporaire avant l’affirmation d’un nouvel équilibre. Il s’agit d’une phase prolongée de perturbation dans laquelle les présupposés qui soutenaient autrefois la stabilité — la prévisibilité, la hiérarchie, des valeurs prétendument garanties par l’État de droit et la centralité monétaire — ne tiennent plus, et où aucun ordre de remplacement n’attend en coulisses.

La rupture trumpienne

La rupture la plus décisive ne s’est pas produite parce que la puissance américaine aurait soudainement disparu — ce n’est pas le cas. Elle s’est produite lorsque Donald Trump a rejeté un principe fondateur du leadership américain : l’idée que la prévisibilité constitue en elle-même un bien public. Pendant des décennies, la puissance américaine a toléré l’hypocrisie afin de préserver l’ordre. Les États-Unis violaient sélectivement les règles tout en les maintenant comme normes, soutenant un système dont la cohérence dépendait moins de la constance morale que de la retenue. Trump a rompu de manière décisive avec cette logique. Il a fait de l’imprévisibilité un levier, de la transaction une stratégie et de la perturbation une vertu. Ce faisant, il n’a pas seulement affaibli les institutions ; il a révélé à quel point le système mondial dépendait de l’autolimitation américaine plutôt que d’un consentement durable.

De nombreux acteurs de l’économie mondiale continuent — naïvement ou par nostalgie — de désirer la stabilité. Leurs profits, leur légitimité politique et leur cohésion interne demeurent liés à des règles qu’ils peuvent comprendre et anticiper. Banquiers centraux, planificateurs industriels, investisseurs et puissances intermédiaires partagent un intérêt commun pour la prévisibilité. Des figures comme Mark Carney soutiennent depuis longtemps qu’une forme de stabilité réordonnée finira par émerger, parce que trop d’intérêts en dépendent pour qu’il en soit autrement. Même la Chine se présente de plus en plus comme une garante de la cohérence transactionnelle, maniant avec aisance le langage de la coordination globale et projetant un message de réassurance plutôt que de rupture.

Cette croyance repose toutefois sur un vœu pieux : l’idée que, parce que les sociétés souhaitent la stabilité, celle-ci doit nécessairement se matérialiser au niveau systémique. L’histoire offre peu d’arguments en faveur de cette thèse. Il n’existe qu’un seul exemple majeur de transition financière mondiale s’étant déroulée avec un succès relatif — le passage, au milieu du XXᵉ siècle, de la livre sterling au dollar — et il a réussi pour des raisons largement absentes aujourd’hui. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s’imposaient comme une puissance industrielle, financière et militaire incontestée, capable de garantir simultanément la liquidité, la reconstruction et la sécurité. Ils ont assorti cette capacité d’une architecture institutionnelle délibérée : le système de Bretton Woods a créé le FMI et la Banque mondiale, instauré des taux de change fixes et des contrôles de capitaux, et géré l’ajustement de manière politique plutôt que de l’abandonner aux seules tensions des marchés. La transition s’est en outre déroulée dans un cadre de sécurité et de coopération politique occidentale relativement cohésif, et non dans un environnement multipolaire fragmenté et concurrentiel. Le résultat ne fut pas un transfert sans heurts, mais un cas rare où la transition monétaire fut stabilisée par la convergence de la puissance, des institutions et de la cohésion des alliances.

Supposer qu’un résultat comparable émergera naturellement dans le paysage actuel — bien plus dense, concurrentiel et fragmenté — revient à confondre préférence et causalité.

Un monde en treillis

Ce qui se dessine aujourd’hui n’est donc ni un nouvel ordre unipolaire ni un ordre bipolaire, mais une prolifération d’ordres partiels. Comme l’a soutenu Carney dans un texte visionnaire publié en 2019, l’avenir pourrait n’appartenir ni au remplacement hégémonique ni à des systèmes rigides d’équilibre des puissances, mais à des réseaux de stabilité qui se chevauchent — des régimes distincts de finance, de commerce, de technologie, d’énergie et de sécurité coexistant sans hiérarchie. Un tel monde ne ressemblerait pas à une pyramide, mais à un treillis : une pluralité de systèmes porteurs, s’entrecroisant de manière inégale, sans qu’aucun ne puisse imposer une cohérence d’ensemble. La stabilité dans un tel système ne découle pas de l’application de règles par une autorité centrale, mais du coût élevé de la sortie de multiples régimes imbriqués, où États, entreprises et institutions sont trop intégrés pour s’en retirer sans pertes économiques et politiques sévères.

Cette perspective est cruciale, car le cadrage alternatif dominant est dangereux. Décrire le moment présent comme une transition d’un ordre américain vers un ordre chinois déclenche immédiatement l’alarme aux États-Unis, en particulier parmi les courants revanchards de la base politique de Trump et de son entourage. Les récits de succession figent la logique du jeu à somme nulle, renforcent les coalitions ultra-bellicistes et rétrécissent l’imagination politique au profit de la confrontation. Une fois le déclin interprété comme un déplacement, l’escalade se rationalise, et même des idées grossières — telles que des sphères d’influence rigides — commencent à paraître modérées face au spectre du conflit ouvert.

L’ascension de la Chine ne correspond pas à ce schéma. Ce qui se déploie n’est pas une tentative d’instaurer une domination mondiale unifiée — objectif pour lequel la Chine n’est ni institutionnellement préparée ni stratégiquement disposée — mais une influence diffuse exercée par les infrastructures, la production et les réseaux. La Chine développe à une vitesse remarquable des systèmes industriels, investit dans des lignes de transport électrique à très longue distance et conçoit des réseaux régionaux intégrant énergie, industrie et logistique à l’échelle asiatique — des ambitions que les États-Unis et l’Europe peineraient à égaler sans réformes politiques majeures. Il s’agit d’une puissance fondée sur l’intégration technique plutôt que sur le commandement, sur des dépendances intégrées aux systèmes plutôt que sur une allégeance imposée par l’idéologie. C’est une forme d’ordonnancement sans hégémonie. Une grande partie de cette recomposition est portée non par de vastes stratégies, mais par des acteurs pragmatiques — puissances intermédiaires, multinationales, banques centrales et blocs régionaux — qui mettent discrètement en place des canaux de paiement alternatifs, des normes et des mécanismes de règlement destinés à réduire leur exposition à la volatilité plutôt qu’à renverser le système.

La dimension monétaire de cette transformation est tout aussi mal comprise. Le monde ne se précipite pas du dollar vers le chaos — ni vers le renminbi. Il se couvre. À mesure que la confiance dans un ancrage monétaire unique s’érode, l’or a réémergé non comme un retour à l’étalon-or, mais comme un collatéral apolitique — un actif hors juridiction, hors risque de sanctions et hors conditionnalité de politique étrangère. L’or joue un rôle d’assurance de bilan, de pont entre des systèmes incompatibles pendant que de nouveaux arrangements se mettent en place. Parallèlement, les mécanismes de règlement se fragmentent davantage : les échanges énergétiques, les chaînes d’approvisionnement industrielles, les services numériques et le commerce régional recourent de plus en plus à des monnaies et à des systèmes de compensation distincts, liés à des écosystèmes économiques spécifiques.

La fin du monople du dollar

L’issue la plus probable n’est donc pas l’effondrement du dollar, mais la fin de son monopole. Cinq ou six grandes zones de règlement sont en train d’émerger — énergie et matières premières, industrie est-asiatique, finance atlantique, commerce lié aux BRICS, dispositifs monétaires adossés aux matières premières et économies de plateformes numériques — chacune reposant sur des monnaies, des instruments et des règles différentes. Cette diversification n’abolit pas l’interdépendance ; elle la multiplie. Mais elle érode la capacité singulière de Washington à instrumentaliser le dollar par les sanctions et l’exclusion financière. Les projections récentes du FMI soulignent le caractère structurel de cette évolution : d’ici 2028, la Chine et l’Inde devraient chacune contribuer davantage à la croissance mondiale du PIB que les États-Unis, renforçant un monde où la gravité économique ne coïncide plus avec le monopole monétaire.

À mesure que cette capacité s’affaiblit, les États-Unis se trouvent confrontés à un choix structurel qu’ils n’ont pas consciemment formulé. La réduction de l’effet de levier monétaire poussera Washington vers une forme d’isolationnisme contraint — non par retrait volontaire, mais par limitation objective. Il ne s’agit pas d’un isolationnisme de choix ou d’idéologie, mais de la condition d’une puissance toujours présente à l’échelle mondiale, mais de moins en moins capable d’imposer sa volonté au moyen des instruments qui transformaient autrefois cette présence en influence.

Le danger réside dans la manière dont cette évolution est interprétée sur le plan intérieur. Présentée comme une perte ou une humiliation, elle risque de provoquer une réponse violente au changement structurel — une tentative de restaurer la primauté monétaire et stratégique par la coercition plutôt que par l’adaptation. La capacité des États-Unis à gérer cette transition avec prudence, ou au contraire à y réagir de façon destructrice, dépendra moins des forces globales que du leadership politique qui succédera à Trump.

Le monde à venir n’est pas ordonné au sens classique du terme, mais il n’est pas non plus voué à l’effondrement. Il est pluriel, inégal et inachevé : un treillis de systèmes économiques imbriqués, de monnaies partielles et de formes concurrentes de stabilité. Dans un tel contexte, la mauvaise interprétation — plus encore que le déclin lui-même — devient le principal danger stratégique. La tâche n’est pas de rechercher un nouvel ordre mondial qui finirait par s’imposer, mais d’apprendre à naviguer dans une condition permanente d’ordonnancement sans hiérarchie — sans nous alarmer jusqu’à la confrontation, ni confondre la complexité avec la catastrophe.

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« Non à la criminalisation de la solidarité en Tunisie » https://mondafrique.com/libre-opinion/non-a-la-criminalisation-de-la-solidarite-en-tunisie/ https://mondafrique.com/libre-opinion/non-a-la-criminalisation-de-la-solidarite-en-tunisie/#respond Tue, 03 Feb 2026 07:56:02 +0000 https://mondafrique.com/?p=146365 À l’occasion de la comparution d’Abdallah Saïd devant le tribunal de première instance de Médenine le 3 février, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa solidarité pleine et entière avec le défenseur des droits humains Abdallah Saïd, éducateur spécialisé au ministère de la Santé publique, […]

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À l’occasion de la comparution d’Abdallah Saïd devant le tribunal de première instance de Médenine le 3 février, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) exprime sa solidarité pleine et entière avec le défenseur des droits humains Abdallah Saïd, éducateur spécialisé au ministère de la Santé publique, militant associatif et acteur reconnu du champ humanitaire et social à Médenine.

Depuis plus de trente ans, Abdallah Saïd a consacré sa vie à l’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité, notamment les personnes en situation de handicap, les enfants, les migrant·e·s, réfugié·e·s et demandeur·euse·s d’asile. Fondateur et président de l’Association Enfants de la Lune à Médenine, il a développé, avec ses équipes, des actions multiples : soutien psychosocial, accompagnement médical, programmes d’alphabétisation, encadrement des enfants déscolarisés, formation professionnelle, appui à l’autonomisation économique des femmes, ainsi que la mise à disposition d’un espace associatif ouvert à de nombreuses organisations locales. Ces activités ont été menées de manière transparente, dans le respect des lois en vigueur, souvent en coordination avec les autorités locales et en partenariat avec des institutions nationales et internationales.

Le 12 novembre 2024, Abdallah Saïd a été arrêté par les forces de sécurité tunisiennes et placé en garde à vue auprès de l’unité nationale de recherche dans les crimes financiers complexes, sans notification de charges précises. Cinq jours plus tard, son dossier a été transféré au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, lequel a expressément constaté l’absence de tout élément à caractère terroriste et a décidé de renvoyer l’affaire au procureur de la République près le tribunal de première instance de Médenine.

Malgré cette absence reconnue de fondement terroriste, Abdallah Saïd est maintenu en détention depuis plus de 445 jours. Dans un premier temps, des accusations extrêmement graves lui ont été imputées, telles que la prétendue atteinte à la sûreté de l’État, le complot contre la sécurité intérieure et extérieure, ainsi que des chefs d’inculpation en lien avec des financements suspects. Ces accusations, à forte connotation politique, ont ensuite été progressivement abandonnées, pour être remplacées par des poursuites à caractère financier, sans que des éléments matériels probants ne soient rendus publics.

Les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés sont directement liés à son activité associative : assistance humanitaire à des migrant·e·s et réfugié·e·s, gestion de projets de soutien social, mobilisation de dons, partenariats avec des organisations nationales et internationales, et accompagnement de personnes vulnérables. Autrement dit, des actes de solidarité et d’action humanitaire, pourtant protégés par le droit tunisien et le droit international, sont instrumentalisés afin de justifier son maintien en détention.

Parallèlement, Abdallah Saïd a été la cible de campagnes de diffamation, d’attaques racistes et de discours de haine sur les réseaux sociaux, dans un contexte politique marqué par une stigmatisation croissante des migrant·e·s et une volonté manifeste de dissuader toute forme de solidarité à leur égard.

L’affaire Abdallah Saïd s’inscrit dans une dynamique plus large de criminalisation du travail associatif et de répression des défenseur·e·s des droits humains, en particulier celles et ceux engagés dans le champ de la migration, de l’anti-discrimination et de la justice sociale. Elle constitue une violation grave des principes de légalité, de présomption d’innocence, de proportionnalité des poursuites et du droit à un procès équitable.

En conséquence, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie :

  • Exprime sa solidarité totale et inconditionnelle avec Abdallah Saïd et sa famille ;
  • Dénonce son arrestation et sa détention arbitraires depuis plus de 445 jours ;
  • Affirme que les poursuites engagées contre lui relèvent d’une politique de criminalisation de la solidarité et de l’action civile ;
  • Exige sa libération immédiate et l’abandon de toutes les charges à son encontre ;
  • Appelle à la fin de toutes les formes de harcèlement judiciaire et administratif contre les défenseur·e·s des droits humains et les organisations de la société civile.

La solidarité n’est pas un crime.
L’action humanitaire n’est pas un crime.
Défendre la dignité humaine n’est pas un crime.

Tout notre soutien à Abdallah Saïd.

Paris, le 2 février 2026

Communiqué de solidarité avec le défenseur des droits humains Abdallah SaïdNon à la criminalisation de la solidarité – Non à la criminalisation de l’action civile

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La passivité des BRICS face aux menaces de Trump contre l’Iran https://mondafrique.com/libre-opinion/la-passivite-des-brics-face-aux-menaces-de-trump-contre-liran/ https://mondafrique.com/libre-opinion/la-passivite-des-brics-face-aux-menaces-de-trump-contre-liran/#respond Mon, 02 Feb 2026 18:53:02 +0000 https://mondafrique.com/?p=146336 Les tensions entre les USA et l’Iran pourtant membre des organisations des BRICS+ et de Shanghai, organisations cosmopolites avec des régimes et des alliances politiques différents montre clairement que l’architecture actuelle et certainement future des relations internationales qu’il n’y pas de sentiments mais que des intérêts et pour preuve l’expérience récente au Venezuela. Abderrahmane Mebtoul, […]

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Les tensions entre les USA et l’Iran pourtant membre des organisations des BRICS+ et de Shanghai, organisations cosmopolites avec des régimes et des alliances politiques différents montre clairement que l’architecture actuelle et certainement future des relations internationales qu’il n’y pas de sentiments mais que des intérêts et pour preuve l’expérience récente au Venezuela.

Abderrahmane Mebtoul, de nationalité algérienne, est Professeur des universités et Expert international

L’ONU étant impuissante à agir sur les événements mondiaux actuels, on se limite à des condamnations verbales de peu d’effets sous-tendant des contreparties entre certaines grandes puissances pour un partage du monde. Dans ce cadre, il est utile de rappeler les objectifs de ces deux organisations qui dans leurs statuts ont pourtant comme fondement la solidarité de défense de ses membres. Afin de s’affranchir de la domination et notamment des USA, de l’Occident, nous assistons à la naissance d’autres organisations, notamment les Brics composé de la Russie, de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique du Sud du Brésil, avec six nouveaux membres depuis au Brics+, (entre temps, l’Argentine s’étant retirée), dont l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, de l’Éthiopie, de l’Iran. Le groupe des 10 devenant les Brics+ qui s’étaient réunis se réunira à Kazan en Russie du 22 au 24 octobre 2024 a créé un groupe de partenaires, comprenant 13 pays, dont l’Algérie, la Biélorussie, la Bolivie, Cuba, l’Indonésie, le Kazakhstan, la Malaisie, le Nigeria, l’Ouganda, la Serbie, la Thaïlande, la Turquie et l’Ouzbékistan.

La Chine est pour l’instant le moteur de cette organisation, la deuxième économie au monde, le plus grand exportateur et un investisseur de plus en plus important et pour alimenter ses exportations et sa consommation intérieure, important monde entier des volumes considérables de matières premières et de produits semi-finis. Pour l’instant, les résultats sont mitigés, l’intensification du commerce intra-Brics, des infrastructures économiques et logistiques étant nécessaires pour garantir que les flux commerciaux où selon certaines données internationales au moins 80% de l’accroissement des échanges entre les différents Brics impliquent la Chine avec un accroissement entre Inde et Russie. Pour les organisateurs lors de la dernière réunion Kaza en Russie, le PIB des Brics+ s’élèverait « à plus de 60 000 milliards de dollars, et sa part totale dans le produit mondial brut dépasse les indicateurs correspondants du groupe du G7 et continue de croître ».

Afin d’essayer de s’affranchir des institutions de Bretton Woods mises en place après la Seconde Guerre mondiale (Fonds monétaire international et Banque mondiale) a été créé la Banque de développement des Brics qui a été inaugurée le 15 juillet 2014 à l’occasion du 6e sommet qui s’est tenu à Fortaleza au Brésil, le Bangladesh les Émirats arabes unis devenant membres en 2021, l’Égypte en 2023 et l’Algérie en 2024 (voir interview du professeur Abderrahmane Mebtoul, le 18 octobre 2024 à la Télévision internationale chinoise «CGTN») et actuellement présidé par Dilma Rousseff, présidente actuelle de la NDB et ancienne présidente de l’Etat du Brésil, et malgré cela le dollar et accessoirement l’euro dominent les transactions internationales.

Et pour le remplacement du dollar dans les transactions intra pays Brics+ qui d’ailleurs ne fait pas l’unanimité au sein des BRICS, il faut être réaliste, ce n’est pas pour demain, peut-être en 2030 car entre 2021/2022, selon les données du FMI du 28 avril 2023, la part du dollar, dans les paiements mondiaux s’élève à environ à 38 %, l’euro faisant jeu égal avec le dollar et la part du dollar dans les réserves de changes mondiales est passée de 71 % en 1999, à 58 % en 2022, l’euro 20,5 %, le yen 5,5 %, la livre sterling 5 % et le yuan chinois 2,7 %., il reste un long chemin à parcourir tant pour les Brics que pour les membres de l’OSC, tout dépendra entre 202/2030 de l’accroissement de leur poids économique au sein du PIB mondial (Voir notre interview au site américain Maghreb Voices du 30/08/2023 et au quotidien El Moudjahid du 2 septembre 2023).

Pour comparer le poids du Bricsc+, précisons qu’en 2024, le poids économique du G7 dans le PIB mondial étant en baisse à environ 29%, les États-Unis représentant la plus grande part avec près de 60 % du poids économique total du G7 à ne pas confondre avec le G20 incluant bon nombre de pays émergents, dont le PIB est estimé à environ 80,4 % du PIB mondial, représentant 79,3 % de la population et 79 % du commerce mondial Quant à l’Organisation de Shanghai, c’est une organisation non gouvernementale créée à Shanghai le 15 juin 2001, avec la Russie, la Chine et quatre anciennes Républiques soviétique d’Asie centrale : le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. En 2016, l’organisation s’est élargie pour inclure l’Inde, le Pakistan et, en juillet 2023, l’Iran qui était observateur depuis 2005. Comme pour les Brics, cette organisation milite pour un monde multipolaire basé sur le co-développement et la lutte contre les inégalités au niveau planétaire. Se réclamant de ce que l’on appelle «l’esprit de Shanghai», où en termes géographiques, l’OCS est la plus grande organisation régionale couvrant 34 millions de km2, le 22e sommet qui s’est tenu les 15 et 16 septembre 2023 à Samarcande, en Ouzbékistan, regroupant 14 pays dont l’objectif est l’instauration d’une confiance mutuelle, l’équilibre et la diversification en matière de sécurité, d’économie et de diplomatie et une plus grande liberté d’action politique dans les relations étrangères par la non-ingérence dans les affaires intérieures.

Nous avons trois États observateurs souhaitant devenir membres à part entière et les huit partenaires qui sont : l’Afghanistan, le Belarus et la Mongolie. Nous avons également 10 partenaires de dialogue qui sont en dernière date l’Arabie saoudite qui vient de s’associer depuis le 29 mars 2023 en tant qu’État «partenaire du dialogue» à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le Koweït a procédé les 4 et 5 mai 2023 dans la ville de Panaji, en Inde. Pour les autres pays nous avons : la Turquie membre de l’Otan, le Qatar, l’Egypte, l’Azerbaïdjan, le Cambodge et le Népal. Dans une déclaration reprise par l’APS en date du 21 juin 2023, malgré la non-prise en compte de l’adhésion de l’Algérie aux Brics lors du dernier sommet en Afrique du Sud, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a indiqué que l’Algérie a déposé une demande pour adhérer à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en tant qu’observateur.

En conclusion, un exercice naval conjoint Russie-Chine-Iran dans les eaux sud-africaines étant en cours alors que les tensions géopolitiques avec Washington sont au plus haut, pour un exercice militaire des Brics qui risque de provoquer, selon les agences Reuters et l’AFP la colère de Washingtons envers Prétoria nouveau cible récurrente de ses critiques, et que la marine iranienne ait annoncé un exercice militaire à tirs réels dans le détroit d’Ormuz où transitent environ 21 % de la consommation mondiale de pétrole y passe, pour bon nombre d’experts, il y a une forte probabilité, que sera évité une généralisation du conflit qui pourrait entraîner une flambée des prix des hydrocarbures qui affecterait l’avenir de la croissance de l’économie mondiale y compris les USA dont l’objectif n’est pas d’instaurer la démocratie mais de changer des régimes pour ses propres intérêts.

Aussi, malgré des condamnations diplomatiques notamment de la Russie et de la Chine, méditons l’expérience récente du Venezuela, la leçons à tirer, c’est qu’il n’y a pas d’amitié ou de fraternité dans les relations internationales, qu’un régime, à ne pas confondre avec Etat pour sa survie, ne peut compter que sur sa force économique et militaire propre et surtout sur sa population par une adhésion sans faille, ce qui renvoie à la nécessaire démocratie tenant compte de son anthropologie culturelle et accessoirement sur certaines de ses alliances avec les grandes puissances de ce monde et souvent avec des contreparties.

 

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L’immense succès des écoles religieuses coraniques au Sénégal https://mondafrique.com/societe/limmense-succes-des-ecoles-religieuses-coraniques-au-senegal/ https://mondafrique.com/societe/limmense-succes-des-ecoles-religieuses-coraniques-au-senegal/#respond Sat, 31 Jan 2026 05:59:44 +0000 https://mondafrique.com/?p=146072 Les daaras concernent des centaines de milliers d’enfants en Afrique de l’Ouest. Sur les vingt-cinq dernières années, plusieurs centaines de milliers, probablement près d’un million d’enfants, sont passés par ce système au seul Sénégal. On ne parle pas d’initiatives pédagogiques marginales. On parle d’un système éducatif de masse. Une chronique de Jehan Khaled Pour des […]

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Les daaras concernent des centaines de milliers d’enfants en Afrique de l’Ouest. Sur les vingt-cinq dernières années, plusieurs centaines de milliers, probablement près d’un million d’enfants, sont passés par ce système au seul Sénégal. On ne parle pas d’initiatives pédagogiques marginales. On parle d’un système éducatif de masse.

Une chronique de Jehan Khaled

Pour des millions de parents, notamment dans les milieux africains les plus précaires, cette alternative n’est pas théorique. Elle est quotidienne. Dans un système éducatif — religieux, militaire ou communautaire — l’enfant est considéré comme un être à former. Il est parfois rudement encadré, soumis à la contrainte, mais il reste une finalité. Dans la rue sans système, l’intention disparaît. L’enfant n’est plus un sujet éducatif. Il devient un outil, une ressource, parfois une marchandise.

L’absence d’alternative

Le système des talibés en Afrique de l’Ouest repose sur les daaras, écoles religieuses coraniques traditionnelles, particulièrement présentes en Afrique de l’Ouest. C’est un système ancien, massif, structuré, qui prend en charge des enfants très jeunes, majoritairement issus de familles sans capital financier. On n’y entre pas pour “réussir”. On y entre pour être formé.

L’entrée est précoce, parfois dès cinq ans. Il n’y a pas de sélection académique. Le critère est simple : l’absence d’alternative familiale ou éducative. Le daara ne promet rien. Il impose un cadre. Le quotidien est collectif, austère, répétitif. La hiérarchie est claire. L’autorité est incarnée par le maître. Les journées sont rythmées par l’apprentissage, la récitation, les tâches communes. Aucun confort.Aucune individualisation.

Mais un principe central: l’enfant n’est jamais livré à lui-même. L’exigence est élevée, la mémorisation intensive, la répétition quotidienne.

D’où l’endurance mentale, l’acceptation de la frustration et la soumission à une règle extérieure. Ce n’est pas une pédagogie moderne.C’est une pédagogie de tenue. Le système des talibés ne cherche pas à produire : -des diplômés, des cadres, des trajectoires linéaires. Il cherche à produire : – des enfants capables de tenir, d’obéir à une règle extérieure, d’endurer la frustration, d’exister dans un collectif sans en être le centre. C’est une pédagogie de désindividualisation.

Trajectoires comparées

Un enfant passé par un système éducatif imparfait peut échouer.Mais il a appris :

  • à obéir à une règle extérieure,
  • à tenir dans la durée,
  • à se situer dans un collectif.

Un enfant livré seul à la rue apprend autre chose :

  • l’opportunisme immédiat,
  • la loyauté forcée,
  • la violence comme langage.

Le système des talibés n’est pas pensé contre la rue. Il l’intègre. La rue n’est pas l’échec du système. Elle en est une composante éducative. Dans le daara, la rue est encadrée, ritualisée, limitée dans le temps, inscrite dans une hiérarchie. L’enfant ne traîne pas. Il circule. Il sait où il dort. À qui il rend des comptes. Quand la journée commence et s’arrête. La rue devient un apprentissage du réel. La différence essentielle n’est donc pas la rue elle-même. Dans un cas  la rue est intégrée à un système éducatif, dans le second cas, il n’y a : aucune règle, aucune limite, aucune autorité, identifiable. Ce n’est plus la rue comme apprentissage. C’est la rue comme captation.

Le système des talibés ne promet ni confort, ni modernité, ni réussite garantie. Il promet autre chose : un cadre, une structure, une intention éducative. C’est rude. C’est ancien. C’est discutable. Mais ce n’est ni un accident, ni une improvisation. C’est un choix éducatif.

Structure contre captation

Une seule option est exclue pour l’enfant : la rue. Votre gamin, guetteur ? Jamais. Restent donc les systèmes sobres, austères, exigeants. Ceux qui fonctionnent sans argent, mais avec des règles qui structurent. De la discipline religieuse à la discipline militaire, du Sénégal à la campagne française, en passant par les ashrams indiens, il y en aura pour toutes les bourses vides.Un seul objectif : éviter que votre enfant ne bascule. 

Un système éducatif, même rudimentaire, produit :

  • des règles explicites,
  • une hiérarchie identifiable,
  • une temporalité (début, fin, retour),
  • une responsabilité adulte, même minimale.

L’enfant sait où il dort, à qui il rend des comptes et quand la journée commence et se termine. Il est inscrit dans une structure.

Dans la rue sans système, les règles sont implicites et changeantes, la hiérarchie est violente, le temps est continu, la prédation est permanente.

L’enfant est disponible à tout moment. C’est cette disponibilité totale qui permet la captation criminelle.

 

 

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La liberté de culte des chrétiens d’Algérie, en particulier des Kabyles évangéliques, est devenue lettre morte. Depuis 2016, leurs 47 églises sont fermées et pour eux, la pratique religieuse n’est plus possible qu’en secret. Cette histoire méconnue – qui remonte dans l’agenda diplomatique depuis l’élection de Donald Trump – ne peut pas être séparée de celle des relations compliquées entre Alger et la Kabylie.

Par Charlotte Touati

Le 13 janvier 2026 le pasteur Nourredine Benzid était auditionné par la United States Commission on International Religious Freedom à Washington sur la situation des chrétiens en Algérie. Pour la première fois, un pasteur kabyle exposait directement la situation devant une institution fédérale américaine : fermetures d’églises, arrestations, pressions au quotidien.

La trajectoire du pasteur Benzid est emblématique. Converti durant la décennie noire – « Ma vie a dramatiquement changé en 1993, lorsque j’ai rencontré Jésus », dit-il – il fonde en 2004 l’église évangélique de Makouda dans la wilaya de Tizi Ouzou, rassemblant entre 600 et 700 fidèles, soit l’une des plus grandes communautés chrétiennes du pays. En octobre 2019, l’église est fermée définitivement sur décision administrative confirmée par le tribunal administratif de Tizi Ouzou. Le pasteur Benzid affirme avoir déposé tous les dossiers réclamés par l’administration dès 2018. Mais l’église est bouclée sans préavis en 2019, les autorités disant n’avoir rien reçu. Le pasteur décrit aussi le chantage à l’article 87 bis du Code pénal algérien concernant les « actes terroristes et subversifs », qui sert à criminaliser les opposants, parmi lesquels les chrétiens et les Kabyles.

47 églises fermées et plus de 130 000 fidèles

Les 47 églises protestantes de Kabylie sont désormais fermées. Des rapports d’ONG ont récemment documenté des arrestations ainsi que les contraintes imposées aux chrétiens dans l’exercice de leur liberté de culte. Cette répression empêche d’évaluer le nombre des chrétiens et l’ampleur du phénomène de conversion. Selon l’université de Baylor, ils seraient 380 000 et selon la World Christians Database reprise par Open Doors, 139 000. Comme les fidèles pratiquent et se baptisent en secret, il n’existe aucun registre.

Cette situation n’est ni marginale ni conjoncturelle. Elle s’inscrit dans une histoire longue, une logique juridique cohérente et un calcul politique assumé par les autorités algériennes, aujourd’hui mises sous pression par l’internationalisation du dossier. Auditions officielles à Washington, au Sénat français et au parlement britannique, classements mondiaux, articles de presse : les faits s’accumulent, dessinant le portrait d’une persécution administrative lente mais profondément structurée.

Audition du pasteur Nourredine Benzid devant la Commission américaine sur la liberté internationale de culte. Capture d’écran.

Un histoire religieuse singulière

La Kabylie appartient à l’ancienne Numidie, l’un des berceaux du christianisme africain. Dès le IIᵉ siècle, les premiers martyrs chrétiens d’Afrique –les martyrs de Scillium (180)– y sont attestés. En 203, Perpétue et Félicité, jeunes femmes numides mortes en martyres face à l’envahisseur romain, entrent dans l’histoire universelle du christianisme. Aux siècles suivants, la région donne naissance à des figures majeures de la pensée chrétienne : Tertullien, Cyprien, Donate, Saint Augustin, sans oublier le pape Gélase Ier.

Islamisée tardivement et partiellement, la Kabylie conserve pendant des siècles un rapport singulier à la religion, marqué par le pluralisme, la médiation communautaire et une faible institutionnalisation du religieux. Au 15e siècle, des sources espagnoles évoquent encore les        « Cabiles chrétiens ». Cette particularité est notée par les chroniqueurs ottomans, puis les observateurs européens. Au 19e siècle, la mission des Pères Blancs sous l’impulsion du Cardinal Lavigerie est bien accueillie. 

Famille chrétienne de Grande Kabylie, avant 1922. Wikimédia.

La décennie noire, un tournant

La décennie noire algérienne ne s’est pas seulement soldée par des dizaines de milliers de morts et un traumatisme collectif durable ; elle a aussi provoqué des ruptures intimes, spirituelles et politiques profondes, dont certaines continuent de produire leurs effets. En Kabylie, région fortement politisée, la guerre civile des années 1990 a agi comme un révélateur brutal : de la faillite morale de l’islamisme armé, de l’ambiguïté de l’État, d’un vide éthique et spirituel, enfin, que nombre de Kabyles ont cherché à combler. C’est dans ce contexte précis que s’inscrit le phénomène des conversions au christianisme.

Lorsque la guerre civile éclate au début des années 1990, la Kabylie se distingue. Les groupes islamistes armés se heurtent à une hostilité sociale massive. Les villages s’organisent, les intellectuels, les artistes et les femmes deviennent des cibles privilégiées des islamistes parce que la région refuse l’ordre moral qu’ils entendent imposer. Pour beaucoup de Kabyles, l’islamisme n’est pas seulement une violence politique : il constitue une rupture morale radicale, une profanation du religieux lui-même. La question n’est plus seulement politique, elle devient existentielle. « Comment continuer à croire lorsque la foi est invoquée pour justifier l’égorgement, le viol, l’assassinat d’enseignants, de femmes non voilées, de journalistes ? » s’exclame Samia, adolescente pendant la décennie noire, qui se définit aujourd’hui comme apostate et féministe.

Des expériences mystiques incomprises

C’est dans cette brèche que s’inscrivent les conversions au christianisme. Elles touchent en priorité des jeunes, instruits, citadins ou semi-ruraux, souvent marqués par la violence directe. « J’avais 25 ans et j’étais étudiant à Alger », se souvient pasteur M.. « Pour nous les jeunes, l’Islam n’était qu’une accumulation d’interdits et nous étions athées. Mais il me manquait quelque chose. Nous fêtions Noël dans ma famille en Kabylie et j’avais vu Jésus quand j’étais enfant. Je pensais que c’était un prophète, mais ce nom réussissait à m’apaiser. Un ami m’avait prêté un Nouveau Testament ; c’était interdit. Un week-end, j’étais retourné dans les montagnes et j’étais seul. Je l’ai ouvert et mon monde a basculé. Le feu [le Saint-Esprit] s’est abattu sur moi. J’ai pleuré pendant des heures, mais je n’étais pas triste. »

En s’entretenant avec les convertis, les témoignages d’expériences mystiques spontanées, qui laissent ceux qui en font l’objet démunis, font rapidement surface. « J’étais désorienté, ajoute pasteur M., alors je suis allé voir les catholiques à Alger, mais j’ai été rejeté. Ils ne voulaient pas de problèmes, pas de convertis, pas de Kabyles. Alors je suis retourné en Kabylie et j’ai découvert que je n’étais pas seul. Nous avons constitué des groupes de prières à l’Université de Tizi Ouzou et à Azazga. »

Des conversions en langue kabyle et dans les communautés locales

Ces conversions ne sont pas vécues comme une occidentalisation ou une rupture culturelle : elles se font en langue kabyle, dans des communautés locales, et s’orientent majoritairement vers le protestantisme évangélique, perçu comme plus horizontal, moins institutionnel, plus proche de l’éthique communautaire locale. Pour beaucoup, le christianisme renoue également avec une mémoire spirituelle antérieure à l’islamisation.

Lorsque la guerre s’achève à la fin des années 1990, la Kabylie – et avec elle les chrétiens kabyles – espère une reconnaissance. La région a résisté à l’islamisme armé et payé un lourd tribut humain. Or la sortie de guerre choisie par l’État algérien prend une tout autre direction. Avec l’élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999, puis surtout avec la Charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2005, le pouvoir opte pour une amnistie quasi générale, sans justice, sans vérité, sans reconnaissance des victimes. Les islamistes armés sont réintégrés, les crimes ne sont ni jugés ni même discutables publiquement et la parole des familles de disparus est juridiquement étouffée.

Un choc profond 

Pour les chrétiens kabyles, le choc est profond. Ceux qui ont parfois fui les groupes armés, parfois perdu des proches, voient leurs bourreaux bénéficier de l’amnistie, tandis qu’eux-mêmes demeurent sans protection. La logique est cruelle : l’État pardonne au nom de la paix ceux qui ont tué au nom de l’Islam, mais commence à regarder avec suspicion ceux qui ont quitté l’Islam. À ce moment précis, les chrétiens kabyles sont sacrifiés politiquement, non pas par une décision explicite, mais par un choix structurel : la stabilité autoritaire, au détriment des minorités dissidentes.

Cette logique se durcit encore après le Printemps noir de 2001. La mort du jeune Massinissa Guermah tué par un gendarme déclenche une révolte massive en Kabylie. L’État répond par la violence : près de 130 morts, des milliers de civils désarmés blessés, aucune sanction significative, aucune reconnaissance officielle. La décennie noire est terminée, mais les méthodes de guerre – tir à balles réelles et explosives, poursuite de l’ennemi intérieur – sont intactes. La contestation politique kabyle est écrasée ; la dissidence culturelle est contenue. Il reste alors à verrouiller la dissidence spirituelle.

C’est ce que permet l’ordonnance 06-03 de 2006, qui encadre les cultes non musulmans. Présentée comme une loi de régulation, elle institue en réalité une interdiction de fait du christianisme algérien, selon l’ONG Minority Rights Group. Toute église doit obtenir une autorisation administrative qui n’est jamais délivrée ; le prosélytisme est criminalisé ; l’exercice collectif du culte devient juridiquement risqué. Cette loi ne vise pas prioritairement le catholicisme institutionnel, discret et diplomatiquement protégé. Elle vise les chrétiens algériens, c’est-à-dire les convertis, majoritairement kabyles, visibles, communautaires, non contrôlés par l’État.

Une architecture légale au service de la discrimination

La répression des chrétiens et des Kabyles en Algérie repose sur un cadre juridique précis, souvent présenté comme neutre, mais appliqué de manière systématiquement restrictive. Dès le préambule 2 de la Constitution, il est affirmé que l’Algérie est arabe et l’Islam religion de l’État. Les Amazighs et les non-musulmans sont de facto exclus et s’élever contre cela transforme l’opposant en une menace à l’unité nationale.

Manifestation de chrétiens kabyles. Photo Facebook.

À l’ordonnance 06-03 s’ajoute l’article 144 bis 2 du Code pénal, qui punit l’« offense à l’Islam », notion volontairement floue permettant des poursuites pour des faits aussi variés que la possession de livres religieux, l’expression de convictions personnelles ou l’échange privé sur la foi. La conversion est criminalisée. Les apostats sont également visés, cet article donnant un fondement légal aux poursuites pour blasphème.

Les ONG internationales sont unanimes. Christian Solidarity Worldwide (CSW) note que les autorités exigent des autorisations qu’elles refusent ensuite de délivrer, créant une interdiction de fait du culte chrétien. La United States Commission on International Religious Freedom (USCIRF) parle d’un cadre juridique qui criminalise l’exercice pacifique de la religion.

Une pression sociale et administrative constante

Depuis 2016, toutes les églises protestantes de Kabylie ont été fermées. Cela concerne au moins quarante-sept lieux de culte, souvent scellés par la gendarmerie, parfois manu militari. Ces fermetures ne sont ni isolées ni accidentelles. Elles s’inscrivent dans une campagne nationale documentée par Open Doors, CSW, la USCIRF, l’ECLJ, Amnesty International. Les fidèles se retrouvent sans lieu de culte légal, exposés à des poursuites et à des peines de prison dès qu’ils se rassemblent, même en privé.

Au-delà des fermetures d’églises, et comme en témoignent les chrétiens interrogés, la pression sociale et administrative est permanente : poursuites judiciaires contre des pasteurs, condamnations pour « exercice de culte sans autorisation », licenciements, refus d’embauche, harcèlement scolaire d’enfants portant des prénoms chrétiens, obstacles administratifs lors des enterrements, surveillance policière accrue pendant le Ramadan, dissuasion des célébrations de Noël.

La répression religieuse prend également une dimension sécuritaire comme l’illustre l’histoire de Slimane Bouhafs. Converti en 1997, il est condamné à trois ans de prison en 2016 pour « offense à l’islam ». Libéré, il s’enfuit en Tunisie où il jouit du statut protégé de réfugié. Il est malgré tout enlevé sur le territoire tunisien en août 2021, ramené en Algérie, placé en détention préventive pour « appartenance à une organisation terroriste » et « atteinte à l’intégrité du territoire national » et finalement condamné à trois ans de prison supplémentaires à cause de ses liens supposé avec le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), considéré comme une organisation terroriste depuis le 18 mai 2021.

Ces faits ont conduit l’ONG Open Doors à classer l’Algérie au 20ᵉ rang mondial de son Index de persécution des chrétiens. Les États-Unis ont inscrit l’Algérie sur la Special Watch List du Département d’État. Le Royaume-Uni, via sa politique Freedom of Religion or Belief, identifie également l’Algérie comme un pays nécessitant une surveillance renforcée.

Entre Trump et le Pape, Alger sous pression

Cette internationalisation intervient alors qu’Alger cherche à améliorer son image diplomatique, notamment à travers une possible visite du pape après le Ramadan, associée aux commémorations de l’assassinat des moines de Tibhirine. Enlevés le 27 mars 1996, les sept moines trappistes ont été annoncés morts le 30 mai 1996 dans un communiqué du Groupe islamique armé, mais la version officielle est contestée.

Dans ce contexte, Mgr Jean-Paul Vesco, l’archevêque d’Alger, joue un rôle central dans le dialogue institutionnel avec les autorités. Se posant en figure clé de la « réconciliation », Mgr Vesco adopte une posture diplomatique prudente. Médiatique, il est engagé sur la scène politique tant en Algérie qu’en France. Il est également l’artisan de la visite d’Abdemadjid Tebboune au Saint-Siège le 24 juillet 2025. Ses prises de position publiques restent très mesurées, voire inexistantes sur les cas concrets de répression. Cette ambiguïté contribue à invisibiliser la situation spécifique des chrétiens kabyles, majoritairement évangéliques et dépourvus de relais diplomatiques.

Dans un contexte politique américain où la défense des chrétiens persécutés est devenue un thème mobilisateur, notamment dans les milieux évangéliques autour de Donald Trump – qui n’a pas hésité à envoyer ses bombardiers au Nigeria sous prétexte d’y défendre les chrétiens –la Kabylie devient un dossier potentiellement explosif pour Alger. Et en s’alliant à l’Église catholique au détriment des évangélistes, le gouvernement algérien a peut-être misé diplomatiquement sur le mauvais cheval. Résonne alors la boutade attribuée à Staline au sujet de la force réelle du Vatican : « Le Pape ? Combien de divisions ? ».

La « réconciliation » comme outil de répression

Le mot « réconciliation » occupe une place centrale dans le lexique politique algérien contemporain. Loin d’être un terme neutre ou simplement moral, il constitue, depuis plus de vingt ans, un outil de gouvernement, un mot-clé de légitimation, et parfois un instrument d’effacement. En Algérie, la « réconciliation » ne désigne pas un processus de vérité, de justice ou de reconnaissance des victimes, mais au contraire une sortie autoritaire du conflit fondée sur l’amnistie, l’oubli imposé et le silence. Cette idée est passée dans le langage commun que partagent des acteurs pourtant très différents : l’État algérien, une partie des élites religieuses, certains responsables français, et plus récemment des relais médiatiques inattendus.

La Charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2005 visait à présenter l’amnistie quasi générale des islamistes armés comme un acte moral supérieur, tout en neutralisant toute demande de justice. Mais en réalité, cette réconciliation n’est ni bilatérale ni réparatrice : elle est verticale, décrétée par l’État, et assortie d’une criminalisation de la mémoire. Les familles de disparus n’ont pas le droit de porter plainte, les victimes ne peuvent pas nommer leurs bourreaux (quels qu’ils soient) et les forces de sécurité bénéficient d’une impunité totale. Human Rights Watch avait d’ailleurs titré « L’impunité ne doit pas être le prix à payer pour la réconciliation ». Le mot réconciliation transforme le traumatisme collectif en sujet tabou et impose un récit unique : celui d’un État sauveur ayant restauré la paix. Toute voix dissonante devient alors suspecte de vouloir « rouvrir les blessures ».

Ce schéma ne s’arrête pas aux frontières algériennes. Il est réactivé dans le cadre des relations franco-algériennes, notamment avec le rapport publié en 2021 par Benjamin Stora et qui cite en préambule la lettre de mission à lui confiée par le président de la République : «Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens. Le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée.’ » Ce thème structure l’ensemble du rapport Stora, censé « apaiser les mémoires » sans jamais poser la question de la justice historique, ni du rapport de force mémoriel entre l’État algérien et les Kabyles.

La Kabylie, de l’indépendance au berbérisme

La Kabylie était indépendante avant la colonisation française et a été rattachée de force à l’Algérie coloniale après la bataille d’Icheriden (1857). La région a ensuite été le fer de lance de nombreuses révoltes anticoloniales et du déclenchement de la guerre de libération. Mais dès l’indépendance, les combattant kabyles ont été trahis par l’Armée des frontières qui n’avait pas combattu. « L’indépendance nous a été confisquée ! », estime amer, un acteur de cette époque. Ce sentiment a été renforcé par l’élimination, par la suite, des leaders kabyles taxés de berbérisme et l’adoption de la constitution d’une Algérie « arabe » en 1965. La langue et la culture kabyles sont interdites, mais la Kabylie conserve sa combativité : Printemps berbère (1980), grève du cartable (1994), Printemps noir (2001).

Le rôle des Kabyles n’est jamais mentionné dans le rapport Stora. La « réconciliation » permet à la France de reconnaître des souffrances sans assumer de responsabilités politiques et à l’Algérie de préserver son récit national univoque. Elle offre un terrain diplomatique confortable, précisément parce qu’elle évite les sujets qui fâchent.

Ce vocabulaire est repris dans une tribune commune publiée le 24 août 2025 dans Le Monde par Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, et Mgr Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger. La fraternité est invoquée sans que soient nommées les réalités concrètes des répressions passées et actuelles. Ce qui frappe, c’est ce que cette réconciliation ne voit pas : les protestants de Kabylie. Le dialogue interreligieux mis en avant repose sur des institutions reconnues et contrôlables, mais ignore les communautés dissidentes, précisément celles qui paient aujourd’hui le prix de la réconciliation de 2005. Cette cécité n’est pas accidentelle. La réconciliation suppose un ordre, une hiérarchie, et une discipline mémorielle. Les catholiques institutionnels, discrets et diplomatiquement intégrés, peuvent y trouver leur place.

Une réconciliation réservée à ceux qui se taisent

Le président Abdelmadjid Tebboune cite régulièrement la réconciliation dans ses discours, souvent associée à l’unité nationale et à la stabilité. Mais cette réconciliation reste strictement conditionnelle : elle vaut pour ceux qui se taisent, pas pour ceux qui revendiquent.

Lors du conseil des ministres du 11 janvier 2026, le Président a lancé un appel officiel aux jeunes Algériens de l’étranger : qu’ils rentrent et ils seront amnistiés des délits commis. Cette annonce a été très mal perçue à l’intérieur du pays, car elle signifie que des délinquants de droit commun seront amnistiés au nom de la réconciliation tandis que les prisonniers d’opinion ne peuvent être élargis qu’en signant le reniement de leurs convictions. Ce discours a été tenu à l’occasion de Yennayer, le Nouvel An amazigh. Les militants amazighs du MAK réfugiés en France sont également ciblés. Condamnés en Algérie au titre de l’article 87 bis – ce qui les distingue clairement des criminels de droit commun – ils peuvent bénéficier de la réconciliation à condition de signer le reniement de leur activisme. Cette réconciliation-là n’est pas un processus moral, mais un dispositif politique de clôture. Elle transforme la justice en menace et le silence en vertu. Dans ce cadre, demander vérité et droits devient un acte de rupture, voire de terrorisme. Et tant que la réconciliation sera brandie pour justifier l’arrestation de familles chrétiennes au petit matin, le silence des autorités religieuses, ou le sacrifice répété de la Kabylie sur l’autel de la stabilité, il ne désignera pas la paix mais la continuation du conflit par d’autres moyens.

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« Un jour splendide et glorieux pour notre pays » https://mondafrique.com/libre-opinion/un-jour-splendide-et-glorieux-pour-notre-pays/ Tue, 27 Jan 2026 15:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145995 Le 20 janvier, le Mali a fêté son armée, en mémoire du discours prononcé le 20 janvier 1961 par Modibo Keita pour exiger le départ du pays des troupes coloniales françaises. Voici le texte écrit en cette occasion par Cheick Boucadry Traoré, fils du président (et général) Moussa Traoré, qui mêle hommage aux forces armées […]

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Le 20 janvier, le Mali a fêté son armée, en mémoire du discours prononcé le 20 janvier 1961 par Modibo Keita pour exiger le départ du pays des troupes coloniales françaises. Voici le texte écrit en cette occasion par Cheick Boucadry Traoré, fils du président (et général) Moussa Traoré, qui mêle hommage aux forces armées maliennes (FAMA) et critique de la gouvernance militaire actuelle. Cheick Boucadry Traoré préside le parti Convergence Africaine pour le Renouveau (CARE).

Par Cheick Boucadry Traore

Cheick Boucadry Traoré

Le 20 janvier est un jour splendide et glorieux pour notre pays. Cette journée de la naissance et de la reconnaissance militaire est l’occasion idéale d’exprimer aux membres de l’armée malienne, ainsi qu’à leurs familles, notre gratitude pour tout ce qu’ils font chaque jour en défendant les intérêts et la sécurité de notre pays. Cette année, et en cette journée patriotique, alors que de nombreux militaires sont sur le champ de bataille, il est particulièrement important que nous, en tant que nation, prenions une pause pour rendre hommage à ceux qui ont tant sacrifié pour notre liberté. Aussi, au fil des années, à mesure que le nombre de nos femmes et hommes mariés en uniforme augmentait et que leurs missions militaires devenaient plus complexes et dispersées, leurs conjoints ont fait d’innombrables sacrifices personnels pour soutenir les forces armées. Nous devons sûrement apprécier et honorer celles et ceux qui sacrifient tant pour soutenir la mission de leurs conjoints militaires.

« L’institution la plus diversifiée de notre pays » 


En effet, ce 20 janvier, nous célébrons ceux qui ont honoré et ceux qui continuent d’honorer notre pays par la plus haute forme de service : le sacrifice ultime de leur vie pour la défense de la nation par les porteurs d’uniforme de nos forces de défense et de sécurité. Nous nous réunissons pour témoigner dignement notre respect et exprimer notre profonde gratitude pour les sacrifices et les contributions que vous et vos familles faites pour notre pays. Les forces armées maliennes, responsables de la défense de l’intégrité territoriale et de la
souveraineté du Mali, forment l’institution la plus diversifiée de notre pays – des femmes et des hommes des armées de terre et de l’air, de la garde nationale, de la gendarmerie et de la police militarisée qui représentent tous les coins de notre pays, toutes les nuances ethniques, sociales et politiques, forgeant en commun un service.

Nous le répétons chaque fois et nous devons encore le répéter aujourd’hui – nos engagements politiques mettent souvent à nu nos désaccords à travers notre pays. Mais l’instinct malien n’est pas de rechercher l’isolement. Nous avons toujours su trouver de la force dans notre credo commun, forger l’unité à partir de notre grande diversité, maintenir cette force et cette unité même quand c’est difficile. Et à la fin des combats politiques, nous cherchons toujours les moyens de nous rassembler, de nous reconnecter les uns aux autres et autour des principes – qui sont plus durables que la politique, transitoire.

« Se garder du piège de la division »

Certains de nos meilleurs exemples sont les femmes et les hommes que nous saluons en ce jour dédié aux FAMA. C’est pour cela que nous devons mobiliser tous les secteurs de la société pour repousser les campagnes d’intoxication contre nos forces de défense et sécurité et travailler avec nos institutions pour prendre des mesures sérieuses afin de mieux équiper, protéger et soutenir moralement nos femmes et hommes en uniforme. Il faut s’abstenir de donner l’occasion aux adversaires du Mali de continuer à diviser notre pays. Il faut sûrement se garder du piège de la division et de l’abdication et refuser la condescendance et le déni. Notre nation est menacée et nos femmes et hommes en uniforme comptent sur nous, le peuple dans son ensemble – uni et solidaire – pour poursuivre concrètement les efforts de défense et de sécurité. Il est temps de prendre nos responsabilités et de placer l’intérêt supérieur du Mali au-dessus de toute autre considération.

Cependant, il est très dommage de constater qu’en la veille de cette journée commémorative de notre Nation, la junte au pouvoir dans notre pays continue avec ses campagnes de représailles contre quiconque, au sein de l’armée ou de l’administration, refuse de faire
preuve de loyauté aveugle envers son chef, les limogeant pour des motifs administratifs ou politiques inappropriés. En effet, le régime continue d’écarter nos officiers généraux de compétence sans pareille, accuse et limoge sans jugement d’autres officiers militaires de
valeur.

Des officiers « trahis par les actions des officiers au pouvoir »

L’absence de procédures régulières, les arrestations arbitraires et le harcèlement crient aux yeux. Les conséquences de ces actes sont lourdes, affectant non seulement nos forces de défense et de sécurité, mais aussi la nation. De vicieuses politiques de ségrégation ont érodé la confiance envers notre vaillante armée et ont eu de profondes répercussions sur le tissu social de la nation. La confiance entre les officiers a été gravement ébranlée. Nombre d’entre eux se sont sentis trahis par les actions des officiers au pouvoir, ce qui a créé un environnement de travail toxique et une baisse du moral. En effet, ces actions ont non seulement affecté les militaires individuellement mais elles ont aussi porté atteinte à l’image de nos forces de défense et de sécurité et de la profession dans son ensemble. Cela a entraîné une surveillance accrue de la part du public et des médias, touchant la réputation de nos femmes et hommes en uniforme et créant un cercle vicieux de méfiance.

Ces décisions ont aussi causé du tort à la sécurité nationale du pays en limogeant les officiers opérationnels et les fonctionnaires les plus expérimentés de l’armée et de l’administration civile, tous experts en matière de prévention du terrorisme et de réduction de la criminalité violente. Les effets de ces actions irréfléchies et néfastes sont soudainement et clairement visibles au grand jour – en effet, les ‘‘djihadistes’’ multiplient les attaques armées et les enlèvements et imposent des blocus à travers le pays, jusqu’à la capitale. La médiocre compétence du régime n’est plus en question face aux crises que nous vivons. Les faits sont indéniables, obstinés et difficiles à ignorer, même face à nos désirs ou à nos opinions. 

Le drapeau et l’armée « indissociables » depuis l’indépendance

Bien que nous vivions un temps de profondes inquiétudes pour l’avenir de notre nation, nous devons toujours nous rappeler que nos forces de défense et de sécurité constituent la colonne vertébrale de notre nation. Alors, ensemble, continuons à soutenir les dignes femmes et
hommes qui sont irrésistiblement engagés dans une lutte sans merci pour non seulement défendre l’honneur et l’indépendance de notre patrie, mais aussi pour maintenir les principes de la liberté et de la paix. Continuons aussi à garder cette confiance sacrée avec nos anciens
combattants, engageons-nous avec eux, honorons leur sacrifice et apportons-leur les soins et assistance dont ils ont besoin. Souvenons-nous également de ceux qui sont tombés au champ d’honneur. Leurs vies étaient plus que précieuses.

Le drapeau et l’armée sont indissociables depuis les premiers jours de l’indépendance. Un lien sacré existe entre les deux. Partout où un soldat malien s’est tenu et a combattu, le Tricolore a toujours été là, guidant la voie à suivre sur le champ de bataille et veillant éternellement sur les vaillants guerriers qui ont donné la dernière mesure de leur dévouement. Notre drapeau ne flotte pas parce que le vent le déplace, mais grâce au dernier souffle de chaque soldat tombé en le protégeant. Nous nous tenons debout pour le drapeau, nous nous agenouillons pour ceux qui sont tombés au champ d’honneur. Souvenons-nous d’eux en ce jour de commémoration et toujours car nous sommes éternellement redevables à ces braves qui ont donné leur vie en sacrifice pour notre liberté et notre souveraineté. Rendons-leur honneur, amour et gratitude. Que Dieu du pouvoir et de la force continue de veiller sur nos forces de défense et de sécurité, qu’Il bénisse tous ceux qui ont servi notre pays et ceux qui continuent à remplir le devoir sacré de le servir, et qu’Il assiste notre pays dans sa quête pour la paix et la réconciliation.

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Jacques Marie Bourget: Zéro pointé pour « Complément d’enquête » sur l’Algérie https://mondafrique.com/libre-opinion/jacques-marie-bourget-un-zero-pointe-pour-complement-denquete/ Sun, 25 Jan 2026 11:14:11 +0000 https://mondafrique.com/?p=145899 Comme vendredi soir à la télévision, il n’y avait ni foot, ni film, j’ai décidé de regarder avec vingt quatre de retard l’émission de France 2 « Complément d’Enquête ». Consacrée aux relations de la France et de l’Algérie, sous le titre « Rumeurs et coups tordus », l’émission est surtout le reflet d’un journalisme […]

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Comme vendredi soir à la télévision, il n’y avait ni foot, ni film, j’ai décidé de regarder avec vingt quatre de retard l’émission de France 2 « Complément d’Enquête ». Consacrée aux relations de la France et de l’Algérie, sous le titre « Rumeurs et coups tordus », l’émission est surtout le reflet d’un journalisme disqualifié et aux ordres.

Ce visionnage aura été passionnant. Passionnant pour celui qui s’intéresse au journalisme, à ses règles, et aux références de la profession contenues dans « La Charte de Munich ». Ici j’ai sous les yeux deux des dix articles de la Charte en question, le 8 et le 9. Ils définissent la frontière entre le « journalisme » et la « communication ». En appuyant son reportage sur les propos de l’ambassadeur de France à Alger, aujourd’hui replié à Paris, « Complément d’Enquête » s’est ouvertement fait le porte propagande de l’Elysée. Le diplomate questionné n’étant plus qu’un porte parole, le journalisme, surtout de se®vice public, est tombé bien bas.

Mieux, comme dans une série télévisée, « le bureau des légendes « , co-réalisée ou quasiment avec les services français, nous avons eu droit à un one man show de l’ ambassadeur. Mis en scène chez lui, et dans de bien jolis salons dont je suppose qu’ils ont été prêtés par le Quai d’Orsay, donc complice de ce forfait. Observons que, pour être fidèle à son titre, le magazine a été très riche en rumeurs et constitue lui-même un coup tordu. La note finale est de vingt sur vingt, la mission  « flinguer l’Algérie » a été accomplie.

Le « Complément », comme on le dit dans les boutiques de régime, commence par un sujet sur l’emprisonnement de Christophe Gleizes, journaliste français condamné à 7 années de prison. C’est moche pour le confrère mais on ne nous livre jamais le dossier qui a conduit ce naïf à cette incarcération. C’est pourtant simple, il a exercé son métier sur le territoire algérien sans le visa de presse obligatoire. Circonstances aggravantes, vu d’Alger, il était en relations avec des militants du MAK, « Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie », organisation basée à Paris, avec de de solides appuis en Israël. Inutile de préciser que prononcer à Alger les trois lettres de MAK, c’est le chiffon rouge dans la corrida, ce mouvement étant classé « terroriste ». Sans imaginer qu’il allait enfoncer un peu plus Christophe Gleizes dans ce dossier boueux, depuis Paris, interrogé par le média d’extrême-extrême droite « Frontières », le numéro 2 du MAK à expliqué   comment il a facilité l’enquête du journaliste.

En tant que partisan d’un journalisme sans entraves, je souhaite que ce confrère soit vite libéré. Mais il faut avouer que, sans mesurer le risque car spécialisé dans le sport, il a joué et avec le brûlant. « Complément d’Enquête » n’a jamais fait état du dossier complet. Mais, pour étoffer leur film les reporters se sont rendus dans les bureaux de Reporters Sans Frontières. Une organisation décrédibilisée et en tout cas une mauvaise clé pour ouvrir une serrure à Alger.

Pour mettre des couleurs sur ses images, l’émission ne nous épargne pas, sur le dos du chanteur kabyle assassiné Lounès Matoub, une petite réunion de berbères avec robes chamarrées et bijoux d’argent pendants un peu partout. Séquence émotion qui va plaire au MAK, puisqu’ embusqué derrière tout cela. En revanche pas la moindre vue d’une autre manifestation tenue en décembre dernier place de la Nation à Paris. Et qui regroupait des Kabyles fiers de le berbéritude, mais, en « même temps », supporteurs de la « Révolution algérienne » dans laquelle leurs ainés ont joué un rôle si important. Ce jour-là les reporters de « Complément d’Enquête » avaient piscine.

La suite de cette fiction en est vraiment une, puisque les scènes « reconstituées » s’additionnent, faute de preuves à mettre à la lumière.  On y voit des « barbouzes », pourquoi pas, et un diplomate algérien mis en prison pour s’être pris pour James Bond. Enfin on nous affirme « la volonté des services de contrôler des élus français, algériens d’origine », Cette volonté étant certifiée par « des notes de la DGSI », le service de contre espionnage français. Hélas on ne nous montre aucun document et il faut croire France 2 sur parole. Et c’est bien léger. Cette pasta tchouta de rumeurs devient lassante avec ce mode « on ne sait rien mais on vous dit tout ». Nous restons chez Netflix ce qui provoque de gros dégâts dans le journalisme.

On pouvait s’attendre à ce que, pour être « objectif » dans le recensement des coups tordus, « Complément d’Enquête » décrive comment l’Algérie accuse la DGSE, service d’espionnage tricolore, d’avoir exfiltré du pays, vers la Tunisie, une opposante qu’Alger entendait juger. Aucun mot non plus sur Mohamed Amine Aïssaoui, un djihadiste qui dit avoir été « pris en main par les espions français avec pout mission de créer des cellules terroristes en Algérie »…  Un entretien avec monsieur Aïssaoui nous aurait été fort utile. Mais rien. Les barbouzes françaises sont donc trop bien élevées pour mettre un pied en Algérie.

La séquence finale, celle traditionnelle où un témoin, assis dans un fauteuil rouge, est cuisiné par le chef de « Complément ». Notons que pour jouer cette scène terminale, l’ineffable Jack Land a prêté les salons de l’Institut du Monde Arabe. Un lieu parfait pour coller l’Algérie au mur. Cette fois, dans le rôle du témoin ultime, c’est la député Verte d’origine algérienne, Sabrina Sebaihi qui sert d’otage volontaire. Bien fait pour elle, quand on veut jouer les Saint Sébastien on prend des flèches.  Tristan Waleckx , grand prêtre de ce « Complément » qui ne complète rien, va boxer la malheureuse avec d’autant plus de dureté qu’il sait qu’elle est sans défense. Mettez Mélenchon devant ce tigre de papier et vous verrez la différence. Je constate ce comportement, un poil colonial, avec autant de tristesse que j’ai été un ami de Benoît Duquesnes  le créateur de ce « Complément » alors conçu avec une grande rigueur, dans un bureau sans légende. J’ai même eu en 2003, un soir de guerre en Irak, l’honneur de m’asseoir dans le fauteuil rouge.

Pour conclure mon compte rendu de ce « Journalisme pour les Nuls », je veux rappeler que Waleckx, l’homme qui n’a que deux chaussures blanches, est un récidiviste. En février 2024 ce maître du vrai a déjà eu une bonne idée : pour réaliser un reportage sur le Hamas il a passé commande à la femme -franco-israélienne et sioniste ultra-, du porte parole de l’armée de Tel Aviv. Alors certain que la vérité allait sortir du puits. Tout habillée.

Jacques-Marie BOURGET

L’émission a rapidement provoqué une réaction officielle du côté algérien. Le MAE a convoqué le diplomate français le 23 janvier et diffusé un communiqué de protestation. Voici le texte intégral

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Venance Konan: « Omar Sy ou l’assimilation à la française » https://mondafrique.com/international/venance-konan-omar-sy-ou-lassimilation-a-la-francaise/ Sat, 24 Jan 2026 05:50:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145821 Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française. Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et […]

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Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française.

Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et que vous parlez français, mangez de « la vache qui rit », buvez du vin de Bordeaux et portez des nœuds papillons ? C’est bien. Mais pour être vraiment considéré comme un bon Français, c’est plus compliqué que cela. Laissez-moi vous raconter l’histoire d’Omar Sy, un Français bien comme il faut, que vous connaissez peut-être. Il est né français, en France, a grandi en France, parle le français sans accent et il est devenu un comédien à grand succès qui a remporté le Globe de cristal du meilleur acteur en 2012, le prix du meilleur acteur ex aequo avec son partenaire François Cluzet au festival international du film de Tokyo et le César du meilleur acteur la même année.

Omar Sy dans les vestiaires des Lions de la Teranga, le soir de la victoire.

Français bien comme il faut ? Oui, mais à quelques détails près. Omar Sy est donc français. Même si son nom ne sonne pas franchement gaulois. Sa couleur non plus. Il est grand, mais pas blond, et pas blanc du tout. Il a plutôt la couleur noire d’un Sénégalais, comme l’est d’ailleurs son père. En principe dans la grande France, pays de la liberté, de la fraternité et de l’égalité, cela ne devrait pas poser de problème. D’ailleurs selon les sondages, Omar Sy est depuis de longues années l’une des personnalités préférées des Français. Mais voilà ! Il s’appelle Omar Sy et il est Noir. Et pour compliquer davantage son cas, il est musulman. Alors, peut-on être Noir, musulman, porter un nom et un prénom pas européens ou judéo-chrétiens et être un bon Français ? Pour certains Français, plutôt proches de l’extrême-droite, ce n’est pas très évident. Ainsi, Omar Sy a été interpellé par un journaliste de la chaîne CNews pour avoir célébré la victoire de l’équipe du Sénégal sur le Maroc lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Précisons que le Sénégal n’avait pas battu la France mais le Maroc.

« Français à part entière et non entièrement à part »

Voici les propos du journaliste : « le fait que Omar Sy, qui est dans le classement du JDD (Journal du dimanche) la troisième personnalité préférée des Français, soit présent au stade du Maroc et fasse la fête avec les joueurs du Sénégal dans les vestiaires pose une question sur notre capacité à assimiler. Il est français et si un des Français les plus appréciés du peuple français a le besoin d’aller célébrer la victoire de son pays d’origine, cela pose question sur notre méthode d’assimilation. » Voici donc. Pour certains Français, si vous êtes Français avec une origine d’un autre pays, vous devriez rompre totalement avec ce pays, ou ne manifester aucune empathie pour lui si vous voulez être considéré comme Français à part entière et non comme Français entièrement à part.

Que dire alors de Manuel Valls, l’ancien Premier ministre français, d’origine espagnole, qui a cherché à se faire élire en Espagne ? On me rétorquera sans doute que l’Espagne est un pays européen et que ce n’est pas la même chose. Que dire alors de madame Salomé Zourabichvilli, l’ancienne présidente de la Géorgie, qui avait la nationalité française, était ambassadrice de la France en Géorgie, puis est devenue ministre des Affaires étrangères de ce pays avant d’en être la Présidente ? Cela n’avait dérangé personne en France. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle était caucasienne. Et que dire de ces Français qui vont faire la guerre en Palestine aux côtés des Israéliens ?

Et chez les anglo-saxons ? 

Bon, ne chipotons pas trop. Chaque pays a ses mœurs propres. Allons voir un peu ce qui se passe ailleurs. Aux États Unis, par exemple, le président de la Banque mondiale est un Américain d’origine indienne qui affiche fièrement son appartenance à la communauté Sikh à travers la barbe et le turban. Je ne sais pas si cet état de chose perdurera avec le grand blond qui occupe la Maison-Blanche actuellement. Au Canada, un officier de la police montée d’origine Sikh a été autorisé à porter son turban. De même que des joueurs de l’équipe de football. En Grande Bretagne, le pays n’avait pas hésité à se donner un premier ministre d’origine indienne qui n’avait pas caché son appartenance à la religion hindoue qu’il pratiquait ostensiblement. Et le ministre de l’Économie et des Finances de sa prédécesseur était originaire d’Afrique. En 2024, toujours en Grande Bretagne, un Noir avait été nommé ministre des Affaires étrangères.  Et aucun sourcil ne s’était levé dans ce pays. C’est d’ailleurs en Grande Bretagne que l’Ivoirien Tidjane Thiam fut nommé directeur général de la compagnie d’assurance Prudential, poste qu’il n’aurait jamais obtenu s’il était resté en France, pays dont il porte aussi la nationalité.

En France, il y eut une levée de boucliers du côté de l’extrême droite lorsque le pourtant français Pap Ndiaye fut nommé ministre de l’Éducation nationale. Il était Français, certes, mais son nom et sa couleur trahissaient une origine située un peu trop loin de l’Europe à leur goût. Les maires de Londres et de New York sont des musulmans. Dire qu’en France le port de l’abaya ou du simple voile donne de l’urticaire à bon nombre de personnes !

Selon les sondages, l’extrême droite a toutes les chances de prendre le pouvoir lors de la prochaine élection présidentielle en France. Dans la France qui arrive, les choses risquent d’être encore plus compliquées pour les Français et aspirants français à la peau un peu trop foncée.

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Trois rencontres avec Mohammed Harbi, trois souvenirs marquants https://mondafrique.com/libre-opinion/trois-rencontres-avec-mohammed-harbi-trois-souvenirs-marquants/ Fri, 16 Jan 2026 23:57:43 +0000 https://mondafrique.com/?p=145525 Chroniqueur à Mondafrique, notre ami Djaffar Amokrane se souvient de ses rencontres avec le grand historien algérien Mohammed Harbi, récemment disparu La première rencontre était liée aux événements des années 90. L’Algérie venait de vivre sa première élection législative libre après l’ouverture démocratique. On est entre les deux tour et le campus universitaire bouillonne après l’annonce […]

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Chroniqueur à Mondafrique, notre ami Djaffar Amokrane se souvient de ses rencontres avec le grand historien algérien Mohammed Harbi, récemment disparu

La première rencontre était liée aux événements des années 90. L’Algérie venait de vivre sa première élection législative libre après l’ouverture démocratique. On est entre les deux tour et le campus universitaire bouillonne après l’annonce des résultats. Les étudiants étaient partagés entre partisans de l’annulation de l’élection et ceux qui optaient pour la poursuite du processus électoral. Cette configuration au sein du milieu estudiantin algérien suscita un débat passionnel.

Une conférence a été organisé pour apaiser un climat au bout de la confrontation. L’association représentant les étudiants algériens a proposé Mohammed Harbi, professeur d’Histoire au sein de l’université. Son intervention magistral a fait un diagnostique de la situation, «  il n aura pas de second tour, l’armée va intervenir et le risque de la violence se confirmera dans les semaines qui suivent », c’est avec cette phrase prémonitoire que le conférencier a terminé son intervention.

Connaissant la nature du système politique algérien de l’intérieur, sa description objective de ce qu’il allait advenir, de la situation du pays, marqua les esprits de beaucoup d’étudiants présents dans la salle.

La seconde rencontre, était lors d’une séance de dédicace de son livre paru en 1999 ; «  l’Algérie et son destin : croyants ou citoyens ». Profitant de la fin de la dédicace pour se réunir avec certains étudiants et amis, nous avons entamé une longue discussion sur la situation sur le pays. On était en février 1999, la campagne présidentielle était en cours, et on lui a demandé son avis. « Le retour de Bouteflika répond à un deal entre le pouvoir réel et l’ancien ministre des affaires étrangères. Il terminera sa vie à la présidence » décrit cette élection présidentielle. Encore une analyse pertinence, pour ne pas dire une prophétie autoréalisatrice

Autres temps, autres moeurs.

Troisième rencontre était fortuite dans un restaurant Myanis à Ménilmontant dans 20éme arrondissement. Le cadre convivial de la rencontre nous a permis d’aborder des sujets divers et variés. Je me suis permis de lui poser une question sur son livre co écrit avec l’historien français Benjamin Stora : « La guerre d’Algérie 1934 2004 la fin de l’amnésie ». Comment, les deux historiens ont réussi à établir un consensus dans l’écriture de l’histoire notamment la période celle liée à la guerre de libération.

Derrière la guerre de libération, il y avait un affrontement idéologique entre les deux Trotskistes. Les « Pabloistes » dont Harbi faisait parti, soutenait le FLN sur la base que la guerre doit être encadré par une élite politique. Tandis que les « Lambertiste », dont Stora faisait parti, soutenait les Messalistes, l’autre tendance du nationalisme algérien qui considère que la révolution doit être menée par les masses populaires. Cette phase de la révolution était marquée par une guerre fratricide au sein des deux mouvements nationalistes, aussi bien dans les maquis algériens et dans l’émigration en France. En ironisant, comment un pabloiste et un lambertiste peuvent accorder leur différent idéologique antagoniste et écrire ensemble un livre sur une histoire dont chacun l’aborde sur un prisme différent ? Sa réponse fut : «  d’autres temps d’autres mœurs ».

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La disparition d’Albert Bourgi, un amoureux de l’Afrique https://mondafrique.com/libre-opinion/albert-bourgi-la-disparition-dun-homme-dinfluence/ Wed, 14 Jan 2026 17:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145319 La disparition, ce 7 janvier 2026, à 83 ans, du professeur Albert Bourgi touche bien plus que ses anciens collègues et étudiants de l’université de Reims, où il a longtemps enseigné. Homme d’engagement, en politique comme en amitié, il a durablement influencé la politique africaine, notamment à travers ses interventions dans les médias, et ses […]

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La disparition, ce 7 janvier 2026, à 83 ans, du professeur Albert Bourgi touche bien plus que ses anciens collègues et étudiants de l’université de Reims, où il a longtemps enseigné. Homme d’engagement, en politique comme en amitié, il a durablement influencé la politique africaine, notamment à travers ses interventions dans les médias, et ses positions progressistes exemplaires ont marqué les esprits.

Par Michel Galy 

Rien de plus éloigné de la Françafrique au quotidien que les décennies d’activité d’Albert Bourgi en France et en Afrique ; bien au contraire, par ses amitiés de longue date, il a établi des liens, et non des réseaux, des engagements et non des compromissions. Certains de ses amis ont parfois été puissants un temps. Il leur apportait tant qu’il pouvait son appui, sans accepter en retour richesses et prébendes.

Né à Dakar en 1942 d’une famille d’origine libanaise, Albert Bourgi parlait aussi bien le wolof de la médina et le langage populaire, que le parler compassé des juristes. Excellent orateur, fort d’une très longue expérience politique et d’informations inédites puisées aux meilleures sources, il pouvait mobiliser l’assistance, et parfois les foules, comme aussi passionner ses lecteurs de Jeune Afrique ou ses auditeurs de RFI (où il a exercé, non sans problèmes et résistances, comme éditorialiste, de 1991 à 1996) ou encore ceux de la presse sénégalaise et ivoirienne.

Sa longue amitié avec Abdou Diouf, grand maître de la Francophonie après son départ du pouvoir, et avec Amadou Mahtar Mbow, alors directeur général de l’Unesco, firent de Bourgi un membre éminent de ces deux institutions pour lesquelles il effectua d’innombrables missions.

Un professeur de droit constitutionnel 

Longtemps lié à un milieu très normatif, si ce n’est conservateur, Albert Bourgi était très fier de son agrégation de droit (et d’avoir été major de sa promotion) qui, si elle lui a valu postes et reconnaissance institutionnelle, ne l’a pas empêché de se tourner, par ses recherches et ses publications, vers une science politique progressiste, estimant les forces et les enjeux derrière chaque article constitutionnel ou législatif.

De l’université Cheikh Anta Diop de Dakar jusqu’à l’université de Reims (où il a dirigé plus de 34 thèses), depuis sa thèse d’État en 1976 sur « la politique française de coopération en Afrique », sous la direction de Pierre-François Gonidec, jusqu’aux articles de droit et de science politique publiés par la suite, son activité de chercheur et d’enseignant a été multiforme.

Loin de se positionner comme « faiseur de Constitutions » écrites « clef en main » pour des chefs d’État en manque de légitimité – comme l’ont fait Jean du Bois de Gaudusson, Gérard Conac, Guy Carcassonne – ou pire, comme inventeur de textes et procédures avalisant les tyrannies locales – à l’inverse, par exemple, de Charles Debbasch au Togo – il n’a pas hésité à conseiller directement ses proches sur les textes et procédures et leurs nécessaires évolutions, et soyons clairs, sans juteuses « consultations ».

Après de longs et peut être fastidieux travaux de recensement de textes dans toute l’Afrique subsaharienne, ce qui lui a permis d’établir nombre de contacts, vint le temps des articles de réflexions critique et celui de la synthèse.

Ses enseignements dans diverses universités, notamment à Reims, ses participations remarquées à des colloques et conférences internationales, lui ont aussi valu d’être envoyé par de grandes institutions, comme la Francophonie, pour diriger des missions d’observation électorale, comme, par exemple, en Mauritanie.

Si réseau il y avait, c’était celui de ses anciens professeurs, de ses collègues juristes et surtout constitutionnalistes, et encore plus de ses anciens étudiants et thésards, toujours un peu intimidés et fiers de le recevoir aux quatre coins de l’Afrique- et qui rédigent depuis ce 7 janvier nombre d’émouvants éloges nécrologiques.

L’homme des médias 

S’il est courant qu’universitaires et chercheurs tâtent du journalisme (c’était autrefois une des voies royales pour intégrer la profession), il est beaucoup plus rare qu’un professeur et agrégé de droit produise une telle activité médiatique. La tribune hebdomadaire (avec photo!) dans Jeune Afrique (où il fut éditorialiste de 1988 à 2002), lui valait d’être reconnu instantanément partout en Afrique, tel ce pêcheur mauritanien du bord du fleuve, racontait-il, qui après l’avoir immédiatement reconnu, lui avoua collectionner ses tribunes !

Peut-être caution de gauche d’un hebdomadaire plus françafricain que panafricain, Bourgi était connu pour entretenir des relations tumultueuses avec Béchir Ben Yamed, faisant parfois trembler les vitres. Mais, pour autant, le texte de ses tribunes n’était pas modifié d’un iota.  

Il faut l’avoir entendu fulminer contre tel journaliste de RFI qualifié d’« officier de la DGSE » (sic!), pour comprendre que ses relations avec une radio internationale qui n’avait pas que des amis dans l’Afrique anticoloniale a connu des hauts et des bas…

Souvent invité sur le plateau d’émissions prestigieuses, comme celle de Denise Epoté sur TV5 (« Et si vous me disiez toute la vérité ? »), ou  de journaux télévisés, Bourgi a fait entendre, en y mettant les formes mais parfois avec la dent dure contre les despotes locaux, une voix certes encore minoritaire, mais toujours pertinente : celle qui dit la vérité sans fards contre tous les rideaux de fumée du pouvoir parisien et des satrapes africains.

L’ami de trois Présidents

Il ne servirait à rien de dresser la liste des grands amis d’Albert Bourgi. Autant citer le gotha de l’Université et du monde politique africain des dernières décennies…

Si le Sénégal était son pays, l’Afrique de l’Ouest francophone était son fief, du moins sa région de prédilection.

Du Sénégal, où il a fréquenté son ami de longue date Abdou Diouf mais aussi Moustapha Niasse, il connaissait à fond la société et le microcosme politique et médiatique, au point d’être considéré comme un acteur majeur de ces deux milieux. 

En revanche – et c’était là le lieu de nos débats passionnés – il connaissait beaucoup mieux le monde politique ivoirien, malien et guinéen que leurs évolutions socio-anthropologiques. Son aide amicale sur ces sujets était souvent très volontariste, faisant fi de manière passionnée, voire emportée, des « pesanteurs » des blocs ethnico-régionaux, comme pour la Côte d’Ivoire de 2010.

Il faut bien dire que l’aveuglement a souvent été collectif, et que les débats ne sont pas tranchés : qui aurait pu deviner la « solution militaire » et judiciaire de 2011 et la force des réseaux françafricains ?

Quoiqu’il en soit, comme vient de le rappeler dans son hommage le président Laurent Gbagbo, « Albert » était pour lui « plus qu’un ami, un frère » ! Son soutien depuis les élections de 2000 a été constant. On se souvient encore de son reportage exclusif de 10 pages, pour Jeune Afrique, écrit dans la clandestinité pendant le sanglant coup de force du général Gueï en octobre 2000, qui a valu un temps à Bourgi le surnom de « Che Guevara » des médias !

Des principes de fer, de Laurent Gbagbo à Alpha Condé

Pendant les temps mauvais de l’intervention militaire française en 2011, de l’enlèvement, de la séquestration et de la déportation à La Haye du président ivoirien, Albert Bourgi mena une guérilla constante en faveur de son grand ami, jusqu’à sa libération. Dix ans de tribunes, écrits, colloques, comme celui d’Addis Abbeba, sur le colonialisme judiciaire d’une Cour pénale internationale qu’il honnissait régulièrement, la procureure Fatou Bensouda, qu’il avait connue dans une autre vie comme ministre de la justice de Gambie, étant l’une de ses cibles privilégiées. 

Visiteur assidu à la prison de Scheveningen, il mena aussi un discret combat judiciaire, proposant même, en compagnie de l’auteur de ces lignes, de comparaître comme « amicus curiae » (« ami de la Cour », témoin volontaire) pour faire entendre sa voix en audience publique, aux côtés de maître Altit – ce qui ne fut finalement pas possible. Si cette possibilité fut refusée par la Cour, le triomphe de l’acquittement en janvier 2019 conforta ses analyses et ses positions et augmenta encore son audience panafricaine.

Pour autant, amitié ne fut jamais complicité. Ayant mené, avec le député Serge Blisko, une longue et victorieuse lutte pour la libération de son autre ami proche, le professeur Alpha Condé, jusqu’à sa sortie des geôles guinéennes en mai 2001, il l’accompagna dans sa victoire électorale (en 2010), toujours prêt à le conseiller en toute franchise. Mais ces relations furent brisées net par la volonté, incompréhensible pour Bourgi, du président Alpha Condé de truquer la Constitution pour se présenter à un troisième mandat illégitime dix ans plus tard. « On ne peut pas s’opposer à une candidature anticonstitutionnelle à Abidjan et la cautionner à Conakry ! », affirmait-il alors.

…Et Ibrahim Boubacar Keïta

S’il avait côtoyé le professeur, ministre puis Président Alpha Oumar Konaré, au Mali, c’est surtout avec Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) qu’Albert Bourgi établit la relation la plus amicale et la collaboration politique la plus efficace, du moins pendant son premier mandat, à partir de septembre 2013. Là aussi, forçage électoral, concussion et prébendes menaçaient la légitimité du Président et l’emportèrent lors du coup d’État inopiné d’août 2020. Pour paraphraser la formule précédente, Bourgi ne pouvait critiquer durement Karim Wade, « ministre du ciel et de la terre » à Dakar, et bénir les détournements de Karim Keïta, le fils affairiste d’IBK à Bamako.

Depuis la cité internationale de Paris, où jeune étudiant, il côtoyait les futurs pontes ouest-africains, comme Charles Konan Banny ou André Salifou, jusqu’aux statuts d’éminence grise ou de conseiller du Prince, que de chemin parcouru…

Ce n’est que lorsque plusieurs ouvrages, mémoires, témoignages et recherches livreront les mille facettes de son activité incessante que l’on comprendra toute l’importance d’Albert Bourgi ; en attendant, on ne peut que souhaiter l’ouverture de ses archives personnelles et la publication de ses articles scientifiques et de ses tribunes, pour comprendre l’impact véritable de cette vie dans le siècle.

 

 

 

 

 

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