Le trésor de guerre du Hezbollah (volet 1): trafics et contrefaçon

Nous revenons sur les financements occultes du Hezbollah, un des deux mouvements chiites libanais, et de loin le plus radical dans ses options régionales totalement favorables à la Syrie et à l’Iran.

C’est un trésor de guerre caché, alimenté par Téhéran et Damas et que personne ne peut chiffrer, qui a permis à cette milice armée de devenir un des principaux partis libanais. État dans  l’État, le Hezbollah parvient même à exercer une sorte de droit de veto sur le choix, d’ici la fin du mois d’octobre 2022, du futur Président libanais qui appartiendra, en raison d’une tradition constante, aux communautés chrétiennes.

Nos articles sur les fonds secrets du Hezbollah doivent beaucoup aux recherches d’Yves Mamou, un ancien journaliste du quotidien français « Le Monde », qui est l’auteur d’un livre fort instructif: « Hezbollah, dernier acte » (Édition Plein Jour) et qui nous a autorisés à reprendre un certain nombre d’éléments factuels de son excellent travail.

Pour armer et rétribuer des milliers de miliciens, le Hezbollah a besoin de collecter des fonds considérables.

Le mouvement créé par les plus déshérités des chiites dans les années 1980 a acquis, quarante ans plus tard, une influence décisive à la veille de l’élection présidentielle libanaise qui doit avoir lieu cet automne. En effet le vainqueur de ce scrutin, issu de la communauté chrétienne en raison d’une tradition solidement établie depuis la fin du mandat français en 1943, doit passer par une forme de compromis avec la force chiite devenue un parti populiste aux pratiques bien peu démocratiques [1].

Si le Hezbollah s’est imposé au sein de l’État libanais en quelques dizaines d’années, c’est en raison d’un talent indéniable à adopter les codes les plus corrompus et claniques de la classe politique libanaise. Mais le mouvement chiite doit surtout sa percée à l’acquisition de fonds occultes considérables.

Cet argent trouble, voire carrément sale, lui a permis d’affiner son positionnement face à l’opinion publique libanaise, à travers deux atouts majeurs: une logique guerrière anti-israélienne qui ne s’est jamais démentie et une solidarité communautaire qui lui a permis de se substituer à un État libanais défaillant.

Le Hezbollah a toujours justifié le recrutement de milliers  de miliciens armés par « la résistance » contre l’ennemi sioniste

L’obsession anti-israélienne

Cet été, la dénonciation du sionisme par le chef du Hezbollah, le Cheikh Nasrallah, aura été plus vive que jamais. Alors qu’aucun accord ne se dessine sur le partage des champs pétroliers et gaziers entre Israël et le Liban, le Guide a martelé dans des prêches enflammés que le Hezbollah était prêt à entrer en guerre pour défendre les intérêts vitaux du pays.

Le Hezbollah a toujours imposé, malgré les résolutions de l’ONU[2],  le recrutement de milliers  de miliciens armées par « la résistance » contre l’ennemi sioniste. Le chef du Hezbollah  prétend être à la tête de 100000 miliciens armés. Un chiffre qui serait plus proche de 20000 à 25000, ce qui au sein d’une population de quatre millions de Libanais reste considérable.

Riad el-Assaad.

Dans le Liban-Sud, base arrière des chiites, envahi deux fois par les Israéliens en 1982 et en 2006, les populations restent sensibles à de tels mots d’ordre. « Le Hezbollah, confie Riad el-Assaad, héritier d’une grande famille du Sud Liban et opposant résolu du Hezbollah lors des quatre derniers scrutins législatifs a réussi à amalgamer l’identité du sud du Liban avec l’identité de leur combat. L’idée de résistance n’est pas pourtant une idée qui leur appartient. Et pourtant ils sont crédités d’une telle résistance ».  Au point que cet opposant courageux au Hezbollah pense qu’il serait prématuré de désarmer les miliciens du mouvement chiite, un bouclier malgré tout contre les visées israéliennes. 

Les Libanais qui ont laissé voter une incroyable loi qui considère comme un délit toute rencontre avec un citoyen israélien, restent pour la plupart d’un nationalisme ombrageux. La cause palestinienne est sinon omniprésente, du moins sacralisée.  

Le deuxième fonds de commerce du parti pro iranien est sa capacité à distribuer des aides et des emplois à ses sympathisants. Pour combattre l’extrême paupérisation de la population libanaise, le Hezbollah a ouvert des magasins bien achalandés auxquels seuls ses partisans ont accès. Là encore, cette économie parallèle est une bouée de sauvetage pour un pays dont l’endettement est proche de 85 milliards de dollars, soit 155% de son PIB. Ce qui le place au troisième rang des pays les plus endettés au monde, derrière le Japon et la Grèce

Quel est le véritable budget du Hezbollah pour financer à la fois un effort de guerre contre Israël et l’aide considérable aux plus démunis dans ses fiefs du Sud Liban et de la Bekaa? Le montant en cause relève du secret Défense. D’où viennent ces fonds qui permettent au mouvement chiite de se substituer à un État défaillant? Autant de questions que la presse libanaise n’ose guère poser dans un pays où l’usage de la violence par le Hezbollah distille une peur diffuse mais bien réelle, notamment dans les milieux de presse.

À l’image de ce blogueur très investi dans les mobilisations populaires de ces dernières années qui n’hésite pas à dénoncer les turpitudes du Président Aoun et de son gendre, chef du mouvement chrétien pro Hezbollah, mais qui reste prudent quand il s’agit des miliciens chiites eux mêmes: « Nasrallah et ses sbires, explique-t-il, il faut mieux s’en moquer mais sans les attaquer de front, surtout en matière financière ». 

En 2021, l’écrivain et éditeur Lokman Slim, adversaire farouche au Hezbollah, a été retrouvé mort au Liban-Sud

Attention aux attentats ciblés !

À Beyrouth, les journalistes craignent légitimement d’aller sur ce terrain face à un mouvement qui n’a jamais reculé devant des attentats ciblés. Ainsi en 2021, l’écrivain et éditeur Lokman Slim, adversaire farouche au Hezbollah, a été retrouvé mort au Liban-Sud. Le corps de ce courageux intellectuel chiite qui était abandonné dans une voiture de location, une Toyota Corolla à Zahrani au coeur du Liban-Sud, avait été atteint de cinq balles, quatre à la tête et une au dos. L’assassinat aura été le fait de professionnels qui n’ont jamais été retrouvés.

En Europe, peu de médias enquêtent sur les turpitudes du Hezbollah. Son hostilité au sionisme a longtemps suscité une attitude de sympathie dans de larges cercles politiques ou journalistiques. Sans évoquer ces diplomates français sensibles à la glorieuse politique arabe du général de Gaulle dénonçant « le peuple juif sûr de lui même et dominateur ».

À Paris et jusqu’au plus haut sommet de l’État français, on n’a pas voulu voir la transformation d’un mouvement de résistance à l’envahisseur israélien en une milice armée aux ordres de la dictature iranienne. Au plus haut niveau de l’État français, on feint l’ignorance. Lors de sa première tournée au Liban deux jours après l’explosion du Port durant l’été 2020, le président français négocie discrètement quelques arrangements avec le monde politique libanais. Dans un livre fort bien documenté, les journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot en racontent les coulisses. Lorsqu’il reçoit les chefs des partis à la résidence des pins qui est celle de l’ambassadeur de France, le Président français croise Mohamed Raad, le chef du groupe parlementaire du Hezbollah, le parti chiite proche de l’Iran totalement clivant sur la scène politique libanaise. « Je compte sur vous pour nous aider et me faire réussir ma mission », lui confie Emmanuel Macron avant un échange assez vif avec les leaders de l’opposition maronite, Samy Gemayelet et Samir Geagea . 

  • « Comment peut on construire une stratégie de redressement du Liban sans parler des armes du Hezbollah », demandent ces derniers au Président français .
  • « Mais cela fait des années que vous parlez des armes du Hezbollah, est-ce que vous êtes arrivés à un résultat? »,  leur répond avec une totale mauvaise foi le représentant de la France (1).
Or ces armes sophistiquées tournées notamment contre les Israéliens  supposent des financements considérables qui sont assurés notamment par l’Iran et la Syrie, les deux « parrains » régionaux du Hezbollah.

 

Les photos montrant le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, au-côté du guide suprême iranien Ali Khamenei, sont extrêmement rares. Les voici sur une image publiée en 2019 par le site officiel du Guide iranien, en compagnie du chef de la brigade al-Qods au sein des Gardiens de la révolution, le général iranien Kassem Souleimani. Aucun détail n’a été donné concernant le lieu et la date à laquelle cette photo a été prise.

L’Iran: 700 millions de dollars par an

Comment se voiler les yeux ? L’Iran finance le Hezbollah à hauteur de 700 millions de dollars par an, selon des propos de l’adjointe du secrétaire d’Etat américain, en charge de la lutte contre le terrorisme, Sigal Mandelker[3].

« L’Iran fournit jusqu’à 700 millions de dollars par an du Hezbollah, soit plus du triple de la somme de 200 millions de dollars annuels que Téhéran débloquait au profit du parti chiite avant son intervention en Syrie », a déclaré Mme Mandelker, s’exprimant dans les locaux du think-tank américain Foundation for Defence of Democracies (Fondation pour la défense des démocraties), proche des néo-conservateurs.

Dès 2002 alors que le mouvement bénéficiait d’une protection des troupes d’occupation syriennes, l’école d’entraînement militaire de la plaine de la Bekaa était déjà financé par l’Iran. Dans l’une des rares études sur le financement du Hezbollah, le chercheur Matthew Levitt [4] estimait  que l’Iran finançait déjà à lépoque ses activités militaires des chiites libanais à hauteur de 100 à 200 millions de dollars par an. Recrues du Hezbollah, militants du Hamas ou du Jihad islamique ont été formés ainsi à la pause d’explosifs, au combat rapproché et à l’usage et à la construction de roquettes. Le tout placé sous le patronage direct du général Ali Reza Tamza,  alors chef du Corps des gardiens de la révolution iranienne

En 2006, les trois cents millions de dollars qui ont servi à la reconstruction du Sud Liban en 2006 après l’invasion israélienne provenaient de l’Iran. À l’époque, le Hezbollah n’en a pas fait mystère. Cette aide d’envergure est venu s’ajouter aux subventions habituelles.

À ces fonds en cash, s’ajoutent des aides en nature plus difficilement quantifiables comme la fourniture de milliers de missiles, la formation des miliciens au maniement de ses bombe volante, le soutien logistique, les études de terrassement pour la construction de centre de commande et d’abri souterrain, le stockage d’armes et même des subventions pour la diffusion de la chaîne de télévision Al Manar.

Les aides financières de l’Iran permettent également au Hezbollah de sponsoriser des milices palestiniennes. Ce qui permet au mouvement chiite de monter des opérations anti israéliennes dans le monde entier. Bénéfice collatéral, le Hezbollah est parvenu à empêcher l’émergence de groupes inféodés à Daech, traditionnellement hostiles au chiisme, malgré la longue frontière du Liban avec la Syrie où prospèrent les groupes sunnites extrémistes. Le mouvement chiite peut ainsi se présenter aux yeux des occidentaux comme un solide rempart contre la menace djihadiste.

Le Hezbollah dont on voit les piliciens combattantsen Syrie prète main forte au régime syrien dans sa féroce répression contre les opposants démocrates et es groupes djihadistes.

Les Trafics vers la Syrie

L’autre source principale de financement du Hezbollah ces dernières années aura été la contrebande vers la Syrie, deuxième « parrain » du mouvement chiite dans la région. Une politique de subvention à grande échelle a été imposée à la Banque du Liban, portant sur des produits de première nécessité, tels que l’essence, la farine et même les médicaments. Le Hezbollah a profité de ces subventions pour parrainer une vaste contrebande de ces produits vers la Syrie du fait de la différence des prix, due à ces subventions, entre le Liban et la Syrie. A un point tel, que le Gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, devait déclarer au quotidien Le Figaro que «depuis 2017, le Liban importe pour deux pays, le Liban et la Syrie». L’ancien vice-gouverneur de la BDL, Nasser Saïdi, a abondé dans le même en précisant, sur les réseaux sociaux, que le Liban importait des carburants subventionnés «trois fois plus que ses besoins pour la consommation interne».

Le président de la commission parlementaire des Finances, Ibrahim Kanaan, a été encore plus explicite en indiquant, au cours d’une séance parlementaire, en mars 2021, que «les politiques de subvention des gouvernements qui se sont succédés au pouvoir ont coûté (au Trésor) 11 milliards de dollars par an »… Un chiffre qui en dit long sur les rentrées dont profitait le Hezbollah du fait qu’il parrainait toutes les activités de contrebande organisées le long de frontière poreuse au nord du Liban avec la Syrie par le biais de plusieurs voies de passage qui échappent à tout contrôle de l’Etat.

 Une collecte mondialisée  

Au delà des aides de l’Iran et de la Syrie, les deux forces régionales qui le protègent et le financent, la force du Hezbollah est de collecter des fonds dans le monde entier, via une diaspora riche et entreprenante. Rien de plus simple que de rapatrier des valises d’argent via l’aéroport de Beyrouth devenu le plus grand site de tranit de cash du monde.

Le 13 juillet 2009, la fondation européenne pour la démocratie, à Bruxelles, s’est indignée dans un communiqué de la liberté qu’avait le Hezbollah de collecter des fonds en Allemagne au profit de ses « œuvres » au Liban. Le projet « orphelins du Liban », basé à Gottingen en Allemagne, a permis d’envoyer des dons de résidents allemands à l’association libanaise «  Al-Shahid », proche du mouvement chiite. Laquelle a pour objectif de susciter l’évocation des martyres auprès de groupes d’enfants. En Allemagne les dons sont déductibles des impôts. Une façon dont l’administration allemande subventionne ainsi indirectement le Hezbollah.

Aux États-Unis, la ville  de Chicago connait une forte concentration musulmane, dont beaucoup de sympathisants du Hezbollah qui organisent des projections à domicile de film tourné par Al Manar. À la fin de la projection, un panier circule ; des dollars sont ainsi collectées qui bénéficie au « famille des victimes du conflit avec Israël ».

En Argentine, un bon exemple de l’action du Hezbollah est fourni par les attentats commis le 18 juillet 1994. Quatre vingt  cinq personnes ont trouvé la mort dans une explosion. Les détails sont connus aujourd’hui grâce a la défection d’ un agent iranien de haut niveau. L’opération avait été planifiée dans les plus petits détails. Ainsi ce don de 10 millions de dollars au président argentin Carlos Menem afin que ce dernier calme les ardeurs de la police. En Argentine toujours, Mario Baizan, ancien conseiller à la présidence, affirme que la ville de Ciudad El Este et plus important centre de financement du Hezbollah.

L’Afrique, un fief privilégié des chiites

Libanais en Côte d’Ivoire (volet 2), les transferts financiers vers les chiites du Hezbollah

L’Afrique enfin et surtout où les Libanais se sont installés en grand nombre, est traditionnellement devenue un gros pourvoyeur d’aides financières au Hezbollah. La première manifestation de ces liens financiers sera, le 25 décembre 2003, le vol 141 de la compagnie UTA reliant Cotonou à Beyrouth. Après le décollage, 136 passagers, libanais dans leur majorité, sont tués sur le coup. Or un responsable du Hezbollah et deux de ses collaborateurs sont morts dans l’accident. Dans leurs bagages, on a retrouvé une valise contenant 2 millions de dollars de petites coupures. Cet argent aurait été collecté auprès d’hommes d’affaires libanais établis dans le commerce du diamant de la Guinée, au Sierra Leone ou au Libéria.

Autre exemple plus récent, le libanais Aziz Ibrahim Nassour appartient à une de ces familles qui auront été, ces dernières années, une des passerelles entre  le Hezbollah, et les représentants de la communauté chiite installées en Centrafrique.

Aziz Nassour est le fils ainé de Ibrahim Khalil Nassour, un homme d’affaires qui avait créé en 1983 la société « Dianonds Forever » basée à Anvers et spécialisés dans l’import-export de diamants polis. Sa fille Diana Nassour, la sœur de Aziz Nassour, s’est mariée à Ali Saïd Ahmad qui appartient à une autre famille libanaise chiite enrichie dans le commerce de diamants du Zaïre à Anvers. Le clan Ahmad-Nassour, est spécialisé dans le commerce de diamants du Sierra Leone, du Libéria et de République Démocratique du Congo revendus à Anvers avant d’en investir les bénéfices au Liban, principalement par le biais d’acquisitions immobilières.

Autre piste, le 8 mars 2022, deux hommes d’affaires libano-guinéens, Ali Saadé et Ibrahim Taher, ont été poursuivis par le parquet de Conakry pour : « présomptions graves de blanchiment de capitaux et financement du terrorisme ». Tous leurs biens ont été saisis et leurs avoirs ont été gelés. La sanction de la justice guinéenne tombe quelques jours après que les mises en garde pour complicité avec le Hezbollah formulées par le Trésor américain contre les deux Libanais chiites !

Ces généreux donateurs mettent-ils la main au portefeuille de leur plein gré ? Personne ne s’est jamais plaint d’avoir été racketté

Contrefaçon à tous les étages

Le secrétaire général de Interpol de 2000 à 2014, Ronald K Noble

Copier un sac Vuitton, un film de Steven Spielberg, un médicament breveté et revendre ses produits pour son propre compte au mépris des droits de propriété intellectuelle relève du délit de la contrefaçon. Les profits élevés, le faible risque d’être démasqué et la légèreté des peines a incité de nombreuses  entreprises criminelles à s’y livrer sur une grande échelle.

Le secrétaire général de Interpol de 2000 à 2014, Ronald K Noble, a été le premier à attirer l’attention des gouvernements sur le fait que «  la criminalité liée à la propriété intellectuelle est en passe de devenir le moyen de financement d’un certain nombre d’organisation terroriste». Le 16 juillet 2003, déposant devant la commission des relations internationales de la chambre des représentants des États-Unis, le patron d’Interpol citait explicitement Al Qaïda, le Hezbollah, les séparatistes tchétchène, les extrémistes albanais comme autant d’entités qui « tirent un profit de la production ou de la vente de marchandises contrefaites ».

En mars 2009, le rapport de la Rand Corporation, proche de la CIA, estimait que différentes trafics menés dans la zone de la triple frontières en Amérique latine, entre le Brésil, l’Argentine et le Paraguay, aurait fourni 20 millions de dollars chaque année dans les caisses du Hezbollah.

Assad Ahmad Barakat, qui dirigeait deux sociétés dans la ville La ville de Foz do Iguaçu, dans l’État brésilien du Paraná, aurait participé largement à ces trafi. Catalogué « global terrorist » par les services américains, Assad  avait reçu un mot de remerciement de Hassan Nasrallah, avant d’être expulsé en 2020 du Brésil au Paraguay où il était accusé de toutes sortes de malversations

Le Captagon au cœur des trafics

Le champ de la contrefaçon c’est étendu aux produits de santé : du viagra, des anticancéreux, ou encore du Captagon, une molécule de la classe des amphétamines qui semble un marché convoité par le Hezbollah. Or les autorités saoudiennes ont annoncé , le 22 juillet 2022, la saisie de près de 15 millions de pilules de captagon, une drogue de la famille des amphétamines, qui fait des ravages dans le royaume comme dans toute la région. Les douanes séoudiennes ont «contrecarré une tentative de contrebande d’une grande quantité de captagon, s’élevant à 14.976.000 pilules», ont-elles annoncé, après avoir découver les pilules dissimulées dans «une machine destinée à fabriquer des blocs de béton» parvenus par fret au port de Jeddah, dans l’ouest du royaume.

Ce n’est pas aujourd’hui que le Hezbollah a découvert ces filières juteuses. Le 8 mars 2012, le journal L’Orient le jour consacré sa une ou « deux frères du député Moussaoui, au cœur du trafic de Cap Tagon, toujours introuvable ». L’article commençait ainsi : « après la saisie par les douanes de deux appareils en provenance de Chine utilisé pour la fabrication de pilules de Cap Tagon, l’enquête révèle progressivement les contours du réseau de commerçants impliqués. Ce sont les deux frères d’un député du Hezbollah qui sont impliqués dans ce trafic illicite, pour l’instant introuvable est réfugié dans le village Nabi Chit dans la Bekaa. »

En 2008, le directeur français du département affaires publiques de la compagnie européenne d’Intelligence stratégique, Eric Schmidt, avait remis au ministère de l’industrie français un rapport explosif[5]. Cet expert  notait que « la contrefaçon de médicaments peut faire le jeu du terrorisme international… Plusieurs organisations, telles que le Hezbollah libanais, la Camora italienne, les groupes criminels albanais sont ainsi suspecté de s’intéresser à ce trafic ».

Mais de façon beaucoup plus inquiétante pour l’ensemble du monde occidental, et notamment pour les Américains, le Hezbollh tire une grande partie de ses fonds secrets de son implication dans les trafics de drogue comme nous le verrons dans le prochain volet de ntre enquète

NOTES

[1] Le secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, a accueilli, vendredi soir, le chef du Mouvement Marada Sleiman Frangieh et le chef du Mouvement patriotique libre Gebran Bassil au dîner de l’Iftar (rupture du jeûne du mois de Ramadan).

[2] La résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 2 septembre 2004, qui est au cœur du débat politique libanais, demande entre autres « le désarmement et la dissolution de toutes les milices », essentiellement celles du Hezbollah, et « l’extension du contrôle du gouvernement libanais sur tout son territoire, dans la mesure où les forces sécuritaires négocient la moindre intervention dans le sud du Liban avec les partis chiites

[3] Ces propos ont été rapportés en juin 2018 par le quotidien émirati anglophone The National.

[4] « Hieballah Finances : Funding the party of God”, Washington Institute for the Near East Policy, mars 2005

  • [5] Le rapport était titré : « Évaluation de l’ampleur de la vente des produits contrefaits sur Internet ».
Previous articleEt si les mercenaires de Wagner quittaient le Mali…
Next article200 milliards de dollars pour le foot, rien pour les Palestiniens
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)