Liban, l’armée en faillite

Les Forces armées libanaises ( FAL) sont en train de payer un lourd tribu à la crise politico-financière qui ébranle le pays du cèdre.

Avec la chute de la livre -la monnaie nationale-, le budget de la défense a été sérieusement réduit, passant d’un milliard deux cents millions de dollars en 2019 à deux cent milliards cette année ! Impossible, désormais, de payer les 80 000 membres des FAL.

La correspondante du « Monde » à Beyrouth, Hélène Sallon, a interrogé des militaires en chômage partiel : tel « Georges » ( prénom d’emprunt), un sous-officier de la marine libanaise qui doit faire des travaux d’intérieur pour des particuliers afin de pouvoir boucler ses fins de mois. En raison de la dévaluation, son salaire de 2,5 millions de livres, a fondu, ne valant désormais plus qu’une centaine de dollars -contre 1700 avant le début de la crise financière.  

A 50 ans, écrit la journaliste du « Monde, et avec deux enfants de 11 et 17 ans à charge, Georges « est pris à la gorge ». Il ne lui reste plus grand-chose une fois l’électricité, l’eau et l’essence payées. « On vit au jour le jour. Je dois 35 millions de livres libanaises [1 500 dollars au taux de change sur le marché noir] à l’école, car l’armée ne couvre plus les frais de scolarité à hauteur de 80 %, comme avant. Je ne sais pas comment payer l’inscription de l’aîné à l’université l’année prochaine. Qui peut payer 5 000 dollars aujourd’hui ? », s’interroge-t-il.

Objectif, cent dollars par mois

Georges raconte aussi qu’il y a désormais beaucoup d’absentéisme dans le régiment :  « Certains soldats ne peuvent plus du tout venir à cause de la hausse des prix de l’essence. Depuis juillet, nos horaires ont été aménagés. » Une source militaire a confié à la correspondante du journal du soir : « On est réalistes : un soldat ne gagne plus que 60 dollars à 70 dollars par mois, s’il peut trouver un autre travail, on laisse faire. On veut les préserver. On les fait venir dix à douze jours par mois au lieu de vingt-deux jours, pour qu’ils puissent économiser sur les transports et travailler à côté. On espère que ça ne va pas durer ».

Le Haut commandement militaire songe désormais à proposer d’allouer une somme mensuelle de cent dollars, soit un budget annuel de 86 milliards. Reste à trouver l’argent

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)