Liban : La tension politique à son paroxysme

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La tension est montée d’un cran lundi à Beyrouth où une réunion que le président de la République Michel Aoun a tenue avec le Premier ministre désigné Saad Hariri en vue de faciliter la formation d’un nouveau gouvernement s’est soldée par un échec retentissant.

Une chronique de Michel Touma

La crise ministérielle est due aux divergences qui opposent le président de la République (voir l’image ci dessus) au Premier ministre

A sa sortie du palais présidentiel au terme de l’entrevue, qui n’a duré qu’une vingtaine de minutes, M. Hariri s’est adressé sur un ton très tendu aux correspondants de presse, formulant publiquement des critiques acerbes à l’égard du président Aoun qu’il a accusé d’entraver la mise sur pied d’une équipe ministérielle appelée à appliquer une série de réformes structurelles pour mettre un terme à l’effondrement que subit le Liban depuis un an et demi. Face à cette impasse, une vive inquiétude règne à Beyrouth au sujet du cours que risquent de prendre les événements dans les prochains jours.

En apparence, cette crise ministérielle est due aux divergences qui opposent le président de la République au Premier ministre désigné concernant la répartition des portefeuilles et le poids de chaque faction au sein du futur gouvernement, le camp du chef de l’Etat désirant notamment obtenir le tiers de blocage au sein du Cabinet. Les milieux politiques à Beyrouth estiment toutefois que les divergences sur ces points précis ne sont que la partie visible de l’iceberg, la véritable cause de la crise semble être la détermination des mollahs iraniens à bloquer toute solution au Liban et à tenir ce pays en otage dans l’attente que se décante le bras de fer qui oppose Téhéran aux Etats-Unis, et au monde occidental en général, après le changement d’administration à Washington.

Manoeuvres de l’Iran

Un ancien député du Liban-Nord, Moustapha Allouche, membre du directoire du principal mouvement sunnite libanais, le Courant du futur (du Premier ministre désigné Saad Hariri), a confirmé récemment que la crise est due essentiellement aux manœuvres de l’Iran qui se cache sur ce plan derrière des factions locales utilisées comme paravent. Cette thèse du blocage iranien est accréditée par un fait indéniable : toutes les médiations entreprises par diverses parties afin de rapprocher les points de vue et de faciliter la mise sur pied d’une nouvelle équipe ministérielle se sont soldées par des échecs successifs, ce qui pousse les analystes à souligner qu’il est difficilement concevable que ce soient des considérations uniquement politiciennes et partisanes qui empêchent réellement la formation du gouvernement depuis plus de sept mois alors que le pays est confronté à la plus grave crise économique, financière et sociale de son histoire contemporaine.

La possible responsabilité de l’Iran dans l’impasse actuelle est reflétée dans le dernier discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a prôné une sortie de crise façonnée à sa taille, ou plus précisément à la taille de l’Iran, dans la mesure où elle sape l’initiative française que le président Emmanuel Macron avait lancée à Beyrouth au lendemain de la tragédie de la double explosion au port de Beyrouth, le 4 août dernier.

Inquiétudes françaises

Ce durcissement de la position du Hezbollah, et donc de l’Iran, sur la scène libanaise s’inscrit par ailleurs dans le prolongement de l’escalade à laquelle s’est livrée la République islamique iranienne à plusieurs niveaux depuis le changement d’administration à Washington, en janvier dernier. Cette escalade s’est traduite par : la recrudescence des bombardements de la milice yéménite des houthis (alliée de Téhéran) contre l’Arabie saoudite ; l’annonce à grand fracas de l’inauguration dans le Golfe d’un vaste entrepôt souterrain de missiles balistiques ; l’attaque du ministre iranien de la Défense contre le gouvernement irakien (qualifié d’hostile à l’Iran) ; les critiques acerbes formulées contre le patriarche maronite libanais Béchara Raï (chef de la plus grande communauté chrétienne du Liban) ; l’attaque contre un navire israélien dans le Golfe ; et enfin il y quelques jours l’annonce par les autorités US d’une tentative (déjouée) d’attentat contre une base américaine à … Washington ( !) et un projet d’assassinat du chef d’état-major adjoint de l’armée américaine. Le blocage par l’Iran de la formation du nouveau gouvernement libanais s’inscrirait ainsi en phase avec l’ensemble de ces mesures d’escalade.    

C’est dans un tel contexte que le chef du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian, a exprimé lundi sa vive inquiétude au sujet de la détérioration de la situation au Liban, soulignant qu’il allait demander à ses homologues européens, au cours de leur réunion cette semaine, d’envisager des mesures concrètes pour faire pression sur les dirigeants libanais afin de les inciter à trouver une issue à l’impasse actuelle. Le président

Macron avait déjà déclaré il y a quelques jours qu’une « nouvelle approche » devra être envisagée d’ici « quelques semaines » en ce qui concerne la crise libanaise. Ce qu’il omet de rappeler, c’est que la France était à la manoeuvre jusqu’à présent pour imposer la solution qui est en train d’échouer aujourd’hui

 

      

 

 

  

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