Liban, Hassan Nasrallah ou la « victoire de Dieu » (Volet 1)

Le chef suprême du Hezbollah (parti de Dieu), mouvement chiite radical, doit son ascension spectaculaire au sein de l’État libanais à une stature internationale acquise par son alliance indéfectible avec la dictature iranienne.

Rien que son nom, Nasrallah, résonne comme un destin. La trajectoire  du chef incontesté du Hezbollah est spectaculaire, voire improbable. Ce Libanais né en 1960 dans un bidonville de Beyrouth et qui porte l’auguste titre de Sayed, – en vertu de sa descendance présumé du prophète-, est le rejeton d’une famille pauvre de neuf enfants. Le père était épicier, la mère, au foyer, et la famille pas très versée dans les affaires de la religion…

Celui qui va devenir l’un des leaders chiites les plus connus et les plus admirés – le portrait du dignitaire au turban noir orne les murs de milliers de foyers, de magasins, de cliniques au Liban-, s’est rapidement affranchi du giron familial. Il a 16 ans quand il quitte Beyrouth pour le séminaire de Nadjaf, la grande ville sainte du chiisme, en Irak. En poche, une simple lettre de recommandation d’un théologien libanais, Muhammed Al Gharaoui ; et en guise d’expérience, un simple et court passé de jeune militant dans le mouvement chiite Amal.

Abbas Al Moussaoui: le mentor

Hassan Nasrallah va connaître un essor politico-religieux rapide car il est entre de bonnes mains : d’abord entre celles du grand Ayatollah Muhammad Baqir Al Sadr, puis celles de l’un des disciples de ce dernier, le cheikh Abbas Al Moussaoui. Ce dernier est le futur patron du Hezbollah et va devenir le mentor de Nasrallah.

L’aventure irakienne s’arrête en 1978 : comme des milliers d’autres étudiants étrangers, Hassan doit quitter Najaf quand Saddam Hussein sonne le signal de la répression contre les religieux chiites. Des camarades du futur chef du Hezbollah sont arrêtés, torturés, tués. Il revient alors au Liban où la guerre civile fait rage depuis trois ans. Il y reprend des études religieuses et enseigne ensuite à l’école du cheikh Moussaoui. Sa nomination de délégué politique du mouvement Amal pour la vallée de la Bekaa fait de lui un membre du bureau politique central de l’Organisation.

Mais l’histoire se précipite : l’armée israélienne envahit le Liban en 1982 et les deux hommes, Hassan Nasrallah et son inspirateur Moussaoui, quittent le mouvement Amal pour rejoindre le nouveau « Parti de Dieu » (Hezbollah) que soutient Téhéran. ( Officiellement, le Hezbollah ne sort du bois qu’en 1985, date à laquelle l’organisation publie son premier manifeste). À 22 ans, l’ascension de Nasrallah peut être qualifiée de sidérante. Mais s’il est l’un des fondateurs du parti, il n’est pas encore membre de la direction suprême.

Le détour par Qom, le Vatican iranien

À cet itinéraire déjà riche, étiré sur une si courte période, s’ajoute, en 1989, une nouvelle étape : l’Iran,  patrie de l’IMam Khomeiny, l’un de ses principaux inspirateurs. Hassan part étudier dans la sainte ville de Qom, le « Vatican » iranien. Il doit cependant quitter rapidement ce pays quand éclate des combats entre des miliciens du Hezbollah et de son ancienne organisation, Amal.

L’existence d’Hassan Nasrallah bascule en 1992 : Abbas Moussaoui est assassiné le 16 février par un tir de missile israélien. Ali Khamenei, le nouveau « guide » de la révolution iranienne qui a succédé à Khomeiny après la mort de ce dernier, invite Nasrallah à prendre la tête du parti. Ce dernier entre à peine dans la trentaine et il réussit au-delà de toute mesure. Un achèvement qu’il vit dans la douleur : il doit son poste à la mort de son ancien chef, disparition qui l’a beaucoup affecté. Des amis se souviennent que c’est la seule fois qu’ils l’ont vu pleurer.

Même quand son fils aîné, Muhammad Hadi, fut tué dans un combat contre l’armée israélienne, en septembre 1997, le père secrètement éploré déclare, bravache : « Je suis fier d’être, comme tant d’autres Libanais, le père d’un shahid (martyr).

Un acteur régional incontournable

Quand l’armée d’occupation israélienne se retire du sud Liban, en mai 2000, le leader du Hezbollah voit encore son aura grandir. Elle augmente encore un peu plus quatre ans plus tard après que, en échange des corps de trois soldats israéliens et la libération d’un colonel de réserve de tsahal, le Hezbollah obtient d’Israël la libération de 30 prisonniers libanais et de 420 détenus palestiniens. Il est fêté dans l’allégresse à Beyrouth.

C’est pourtant le conflit israélo-libanais de 2006 qui va graver dans le marbre de l’Histoire cette personnalité dont la réputation dépasse finalement celle dont il jouit auprès de ses coreligionnaires libanais : le Hezbollah et son chef auront fini par être perçus -à certains moment et par beaucoup-, comme les défenseurs de la nation arabe toute entière. Au-delà des clivages confessionnels rigides entre sunnisme et chiite, Nasrallah est désormais un acteur régional incontournable.

Cette légitimité que le leader du Hezbollah doit pour beaucoup à une sainte alliance avec l’Iran lui a permis d’imposer sur la scène politique libanaise un mouvement qui représente aujourd’hui un vrai danger pour la démocratie et pour l’unité du Liban

Dans Mondafrique lundi, le deuxième volet de notre portrait

  

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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