L’extravagant système électoral libanais

Le 15 mai prochain, les électeurs libanais sont appelés aux urnes pour élire leurs 128 représentants au Parlement, selon une loi électorale opaque que les experts de Mondafrique, aidés par leurs confrères du site libanais « Ici Beyrouth », tentent de rendre claire. Et ce n’est pas gagné, même après un travail acharné !

Voici la répartition actuelle des sièges du Parlement libanais par confession qui attribue autant de sièges aux chrétiens qu’aux musulmans alors que les premiers sont approximativement moins de 30% de la population

Ce sont 128 sièges qui sont à conquérir lors des élections législatives du 15 mai, préalable pour l’élection présidentielle de l’automne prochain. Ce scrutin doit déterminer si l’actuelle coalition entre une minorité de chrétiens emmenés par le président de la République, le général Aoun, et les partis chiites restera majoritaire. Le Liban comprend 15 circonscriptions où se présentent 103 listes ( dont beaucoup « indépendantes » et issues de mobilisations populaires des dernières années) contre 77aux élections de 2018.

Le scrutin repose sur un curieux mélange de plusieurs régimes électoraux, qui ont été encore revus et corrigés par une loi en 2018, qui fait au total du système électoral libanais une incroyable usine à gaz.

Un scrutin proportionnel 

Au départ, tout semble simple, le Liban est une vieille démocratie. Il s’agit d’un scrutin de liste par grande région. Et qui plus est, à un seul tour et aux plus forts restes. Ce qui favorise les partis bien installés dans le paysage politique libanais.

Plus surprenant, le nombre de sièges est attribué dans un système semi proportionnel revu et corrigé. Un quotient électoral est obtenu en divisant le nombre de votants par le nombre de sièges. Les listes qui dépassent ce seuil se répartissent la totalité des sièges et les autres n’obtiennent rien. Ce qui favorise encore une fois les gros au détriment des petits

Les difficultés ne font que commencer.

Des listes confessionnelles

Les listes doivent comprendre un certain nombre de candidats par communauté religieuse: sunnite, chiite, druze, grec orthodoxe, grec maronnite ou encore arménien. Ces pourcentages communautaire varient selon l’importance des communautés par région. Ainsi dans dans une ville comme Tripoli, la seconde du Liban à majorité sunnite, aucun candidat ne vient d’une communauté chiite absente du paysage local.

Seul problème, le dernier recensement date de 1932. Les critères retenus sont donc datés, même s’ils ont été en partie revus par les accords de Taëf en 1989 qui mettaient fin à la guerre civile.

Autre problème, des millions de Libanais vivent à l’étranger.Près de 224000 sont votants.  Une situation source de multiples complications et conyestations. 

« Le vote préférentiel »

Mais là où tout se complique, c’est que l’électeur, le jour du vote, a deux choix à faire: celui d’une liste, mais aussi celui d’un « vote préférentiel ». Un choix uninominal dans le choix par liste!

Ce n’est pas tout. Pour être élu, le candidat doit obtenir, dans les limites du nombre de sièges attribués à sa communuité pour toutes les listes, plus de voix que ses concurrents appartenant à la même confession. On concourt entre membres de la même religion. Ainsi, un candidat druze, dont les concurrents druzes des autres listes font des scores très faibles, peut être élu avec moins de voix qu’un maronite qui serait arrivé, lui, derrière ses colistiers maronites qui auraient occupé tous les sièges proposés à cette communauté. 

Les arrière pensées politiques

.La loi électorale, adoptée en juin 2017 après des mois de bataille politique, a contribué à rendre le système électoral opaque. Ce texte avait diminué le nombre de circonscriptions (passant de 26 à 15), favorisant les forces politiques les mieux implantées,  donné à l’électeur l’obligation de choisir une liste ainsi qu’une voix préférentielle. L’ensemble des candidats doivent se regrouper dans ces listes, composées d’un minimum de trois candidats, ce qui rend impossible les candidatures sans étiquette.

La loi avait également instauré la proportionnelle, établi le système du quotient électoral. Fini le scrutin uninominal majoritaire. Le tout en conservant le système confessionnaliste – très caractéristique du Liban. Autre (grosse) nouveauté : les électeurs de la diaspora libanaise sont autorisés à voter.

A l’issue des législatives de 2018, c’est le Hezbollah qui est sorti vainqueur, collectant plus de 16% des suffrages. Il était suivi du Courant patriotique libre (CPL) et de ses alliés, puis du Courant du futur et des alliés indépendants

 

Comprenne qui pourra !

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