L’ex président mauritanien Aziz tente d’échapper à la justice

Dans une tentative d’échapper à une convocation pour le 12 janvier prochain en vue de son procès, l’ex président mauritanien a tenté, mais en vain, de prendre la fuite vers la France

 

Un communiqué rendu public par la Direction de Lutte contre la Délinquance Economique et Financière informe que la dite direction avait reçu du Tribunal Anti-Corruption des convocations adressées aux prévenus, dont l’ex président Aziz,  pour comparaître devant elle le 12 janvier 2023.

« La fuite de Varenne », façon mauritanienne

Or mercredi dans la soirée, la police de l’aéroport international de Nouakchott a été surprise par la présence de l’accusé, Mohamed Ould Abdel Aziz, à l’aéroport alors qu’il s’apprêtait à partir pour la France, et il a été empêché de voyager légalement en raison des motifs liés à la convocation judiciaire adressée à lui.

À cette occasion, la direction de la répression des crimes économiques rappelle à l’opinion publique qu’une fois le contrôle judiciaire auquel l’accusé a été soumis au cours des derniers mois levé, il a pu bénéficier de tous ses droits et il a pu jouir de la liberté de mouvement et de déplacement à l’extérieur du pays.

« Le visage de Tinguerda »

Dans une comparaison osée, notre chroniqueur Babah Sidi ABDELLA évoque à propos de l’ancien Président mauritanien, le « visage de Tinguerda ». Lequel Tinguerda, un dérivé de fer résistant à la chaleur et utilisé pour fabriquer des ustensiles de cuisine, évoque la froideur et l’impassibilité avec le quel ce grand prédateur fait face auxx graves accusations de déturnement

Il est un adage mauritanien qui résume l’état d’esprit de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz; c’est un personnage à visage de Tinguerda! L’homme au cent scandales (une moyenne de 10 scandales par an),ne cesse de prendre les mauritaniens pour des dupes qui ont une mémoire de poisson rouge!Sinon, comment peut-il avoir l’outrecuidance de dire aux mauritaniens qu’il a toujours été riche et qu’il continue de s’enrichir sans avoir jamais détourné l’argent public


Et l’ancien chef de l’État de prétendre publiquement être l’un des rares chefs d’Etat mauritaniens à pouvoir justifier sa fortune! De Moctar Ould Daddah à Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en passant par Mohamed Saleck, Ahmed Louly, Maaouya Ould Taya et Ely ould Mohamed Vall, nos anciens présidents n’ont jamais vu les Mauritaniens mettre en doute leur probité morale. Et notre éditorialiste Babah Sidi ABDELLA d’expliquer: « La mémoire collective de notre peuple retiendr pour toujours le nom, l’image et la voix d’un certain Mohamed ould Abdel Aziz recevant au palais présidentiel des trafiquants de drogue, négociant au téléphone le blanchiment de faux dollars, marchandant ,en bilatéral, les positions diplomatiques de la Mauritanie et pratiquant la traite des êtres humains en contrepartie de millions de dinars ( la vente de Senoussi) ».

Une famille déchirée

La famille de l’ex Président Aziz, qui s’est permis, cet automne en France, de prétendre dans le journal « Jeune Afrique » s’être enrichi sans détourner un seul ouguiya, se déchire sur un héritage qui provient des détournements opérés justement par Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir. Ce qui serait cocasse si les sommes en jeu n’étaient pas considérables.

La veuve de son fils Ahmedou Ould Mohamed Ould Abdel Aziz, traduit en effet son beau-père devant la justice à propos des fonds qui lui reviendraient ainsi qu’à son petit-fils. Et lui même serait décidé à se retourner contre sa propre épouse !

L’humanitaire détourné

Depuis, Ahmedou Ould Abdel Aziz est décédé dans un terrible accident de la route le 23 décembre de 2015. L’accident qui lui avait coûté la vie s’était produit, près de Tintane, à environ 800 kilomètres de Nouakchott. Âgé de 24 ans, le fils du président mauritanien s’était rendu officiellement dans la région pour y distribuer de l’aide humanitaire dans le cadre de sa fondation « Rahma ». 
La vérité est toute autre. Cette ONG de bienfaisance fut un des nombreux vecteurs du blanchiment pour l’ancien l’ancien Président et de sa famille.  24 milliards d’ouguiyas anciennes auraient transité sur les comptes de cette fondation, d’après le pôle d’enquête chargé du dossier de corruption de la Présidence d’Aziz. Cet argent détourné était dépensé dans l’acquisition de terrains, de biens immobiliers et de terres agricoles.
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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)