L’Etat Islamique met à sac une zone de réfugiés au Niger

Un abri détruit par une attaque de l'Etat islamique contre des réfugiés maliens au Niger, le 31 mai.
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Cent-cinquante terroristes au moins ont attaqué dimanche en fin de journée la zone d’accueil des réfugiés (ZAR) d’Intikane, au nord de la région de Tahoua, près de la frontière malienne, faisant 3 morts et détruisant les infrastructures.

Surpris dans une réunion, le président des réfugiés et  le responsable du comité de vigilance du site, ciblés par les assaillants, ont été emmenés à quelques mètres et tués à bout portant. Un dirigeant de la communauté locale hôte a également été tué et deux autres personnes, un Malien et un Nigérien, enlevées.

Les témoins parlent d’une attaque de grande envergure, sur plus de 80 motos. Ils ont encerclé la ZAR vers 16h00 et se sont répartis les tâches pendant trois heures. Ils ont incendié le magasin des articles de secours, le bureau de l’ONG Adkoul, qui gère le camp, le hangar des enseignants, les antennes des opérateurs téléphoniques Moov et Airtel, ainsi que le château d’eau. Ils ont également détruit la station de pompage d’eau d’Eknawene et les conduites d’eau pour réduire à néant tout l’approvisionnement en eau des populations installées sur place.

Pas d’intervention des militaires basés à 17 km de là

Les forces de défense et de sécurité du Niger, basées dans un camp à 17 km de là, à Telemces, n’ont pas bougé, sans doute pour ne pas s’exposer à des assaillants supérieurs en nombre.

Même si l’attaque n’a pas été revendiquée, les soupçons se tournent vers l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), qui signe ainsi une opération parfaitement organisée. Depuis quelques temps, suite à la pression de Barkhane et de ses alliés, et aux affrontements avec leurs frères ennemis du GSIM (Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans), certains observateurs estimaient que le chef de l’organisation, Abdoul Hakim Sahraoui, avait évolué vers le Nord-Est de sa zone traditionnelle, remontant autour d’Abala et vers Tassara, côté Niger.

Les terroristes ont adressé un ultimatum aux populations pour les inciter à quitter la zone, comme ils le font déjà dans la région où ils sont actifs depuis longtemps, à la frontière du Niger, du Burkina Faso et du Mali. Une écrasante majorité des habitants d’Intikane sont touaregs et militants dans d’autres groupes de l’inextricable conflit malien, au GSIM ou, plus encore, au sein du mouvement indépendantiste du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). MNLA et EIGS s’affrontent très durement au Mali depuis des années.

« Cet acte odieux et insensé commis contre des réfugiés vulnérables et leurs hôtes est navrant et déchirant. Il doit être condamné avec la plus grande fermeté », a déclaré Alessandra Morelli, la Représentante du Haut Commissariat aux Réfugiés au Niger. « En ciblant des réfugiés et en supprimant des sources d’approvisionnement vitales, ces groupes armés forcent des personnes vulnérables à fuir de nouveau, à quitter un endroit où elles avaient trouvé l’espoir et où un équilibre prudent avait été établi pour une solidarité envers les communautés locales. » 

Un camp ouvert pour permettre l’activité économique

La ZAR d’Intikane a été créée par le Haut Commissariat aux Réfugiés et le gouvernement du Niger pour permettre aux Maliens fuyant la guerre de s’installer avec leur bétail, non pas dans un camp mais dans un espace ouvert peu peuplé permettant la reprise d’une économie, notamment de commerce de bétail, avec des populations hôte profitant des infrastructures de base créées pour les réfugiés. En mai 2020, on comptait près de 20 000 réfugiés maliens et environ 15 000 personnes déplacées internes.

Selon le HCR, dès le soir de l’attaque, plus de 1000 personnes ont quitté la ZAR pour se rendre à Telemces, près du camp militaire. Elles sont aujourd’hui autour de 3000.

Un mécanisme d’urgence a été mis en place aussitôt pour permettre l’accès à l’eau, à travers des citernes acheminées par camion, en attendant la réparation des infrastructures hydrauliques.

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