Au Mali, l’espoir de l’électrification

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Alors que la situation sécuritaire au Mali demeure extrêmement fragile, une lueur d’espoir a surgit d’un projet technologique prometteur.

Alors que la conférence des Nations unies sur le climat (COP 21) s’est achevée le 11 décembre à Paris sans avoir réglé le problème du financement de l’accès à l’électricité en Afrique, la société Petroma installée au Mali produit à titre expérimental de l’électricité à base d’hydrogène naturel.

C’est une production pilote qui pourrait faire basculer la bataille pour l’accès de près de 650 millions d’Africains à l’électricité. Depuis 2013, la société Petroma assure la fourniture de l’énergie électrique grâce à l’hydrogène naturel aux habitants du village de Bourakebougou, à une quarantaine de km de Bamako.

« C’est une première mondiale. Il existe ailleurs des expériences de production l’électricité à partir de l’hydrogène manufacturé ou chimique. Au Mali, c’est hydrogène naturel, extrait de 107 mètres sous terre, qui est directement utilisé in situ pour fournir de l’électricité au village de Bourakebougou », explique Aliou Boubacar Diallo, président directeur général de Petroma.

Découvert un peu accidentellement sur un des blocs de recherche de la société malienne, le gisement d’hydrogène naturel est une des sources d’énergies la mieux adaptée au contexte africain. D’abord, il s’agit d’une production non polluante qui s’inscrit dans la droite ligne des engagements pris par la COP 21. «  Nous avons la preuve en fournissant de l’électricité aux populations de Bourakebougou que notre technique se fait sans émission de CO2. Elle donne des perspectives aux scientifiques, aux industriels et même aux investisseurs », ajoute M. Diallo.

Excellent avantage comparatif

La production de l’électricité à base d’hydrogène naturel offre ensuite un excellent avantage comparatif en matière de coût, en écartant le recours à des gazoducs chers et dangereux pour l’environnement.

«L’hydrogène qui jaillit des terres est automatiquement utilisable sur place. Il n’a pas besoin d’être transporté. C’est donc une très bonne piste dans le combat pour la transition énergétique dont on a tant parlé à la conférence de Paris», soutient un spécialiste burkinabé du secteur.

La phase pilote de production, qui alimente Bourakebougou, devrait connaître une accélération en fonction des réserves qui seront prouvées et des partenariats que Petroma pourrait nouer.

La société malienne poursuit en effet ses forages sur 43.000 km2 de bloc de recherche en partenariat avec des sociétés pionnières dans le domaine de l’Hydrogène naturel.

L’Afrique doit compter sur elle

«Nous sommes en train de travailler à cuver les réserves. Pour cela, nous avons fait appel comme consultant à Calgery Alberta, spécialiste mondialement connu dans la quantification des réserves selon les normes 51-101, en vigueur au Canada. En attendant, on se réjouit d’ores et déjà d’avoir prouvé qu’on peut produire de l’électricité à base d’hydrogène naturel. C’est une avancée dans la bataille de l’électrification en Afrique», insiste Aliou Boubacar Diallo.

Reste désormais l’engagement des dirigeants africains à soutenir la production à une échelle plus grande de l’électricité à base d’hydrogène naturel afin de contribuer à la bataille pour l’accès des dizaines de millions d’Africains à l’énergie.

Le continent doit d’abord compter sur ses propres initiatives pour relever ce défi, au regard surtout des difficultés de l’ancien ministre français de l’Ecologie Jean-Louis Borloo à faire décoller son initiative « Energies pour l’Afrique »

Seidik ABBA

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