Les USA s’interrogent sur leur présence en Afrique

Le camp Lemonnier, base américaine à Djibouti
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A la suite de la mort de quatre soldats américains au Niger, le Congrès à l’unanimité a demandé des réponses sur la vulnérabilité des troupes américaines en Afrique. Et la dernière attaque du 27 mai au Mozambique montre que la guerre contre le terrorisme est loin d’être gagnée.

Dans un attaque qui rappelle l’État islamique, une faction du groupe terroriste somalien Al-Shabaab a assassiné 10 personnes dans la province de Cabo Delgado, près de la frontière mozambicaine avec la Tanzanie, et leur a coupé la tête.
La police a arrêté des centaines de suspects dans une zone où l’Islam est la religion dominante – et affirme avoir tué neuf « insurgés » – bien que le gouvernement n’ait pas encore rendu public un compte rendu complet.

Le Mozambique du Nord est marqué par la pauvreté et le chômage, deux facteurs communs dans les zones où des groupes terroristes sont actifs, du Nigeria au Kenya et en Somalie.

Les Etats-Unis inquiets

Les corps sans tête marquent une poussée d’al-Shabaab vers le sud qui risque d’inquiéter les Etats-Unis.
Le président Donald Trump s’est engagé à gagner la guerre contre les extrémistes, mais un examen des forces spéciales du pays ordonné par le secrétaire à la Défense Jim Mattis, pourrait voir le nombre de troupes en Afrique réduit.

Selon les médias américains, plus de 7 300 « opérations spéciales » sont en cours dans le monde entier. Il y a une dizaine d’années, c’était presque le double, surtout en Irak et en Afghanistan. Mais M. Mattis, général à la retraite, pense que l’armée est maintenant trop dispersée.

L’année dernière, lorsque quatre soldats ont été pris en embuscade et tués au Niger, le Congrès et le Sénat ont demandé une enquête sur les soi-disant « guerres de l’ombre », et certains prétendent que le Pentagone fonctionne sans mandat clair de la Chambre.

L’impasse entre les législateurs et l’administration s’est aggravée ces derniers jours, sous la conduite de Donald Hunter, un des principaux partisans de M. Trump, qui représente la ville de San Diego dans le sud de la Californie et qui est lui-même un vétéran de la guerre en Irak.
Fin mai, M. Hunter s’est adressé au Congrès, pour exiger que M. Mattis et le secrétaire d’État Mike Pompeo – un ancien capitaine de l’armée et ancien chef de la CIA – informent le Congrès et le Sénat sur certaines questions sensibles de politique étrangère.

Le soutien au régime de Djibouti

Une des questions se rapporte à la base américaine à Djibouti au nord de la Somalie. Djibouti abrite l’un des régimes les plus répressifs d’Afrique, dirigé par le président Ismaïl Guelleh qui, en tant qu’allié de longue date, a échappé aux questions sur les droits de l’homme et la crédibilité des élections où il obtient régulièrement plus de 80% des voix.

Là où Washington a imposé des sanctions au Zimbabwe et même à la Russie, il n’y a pas eu de blâme à l’encontre de Guelleh, malgré les informations d’Amnesty International sur la torture, le contrôle de la presse et même les meurtres.

Puis, l’année dernière, la Chine a ouvert son propre poste naval à Djibouti avec une plus importante que les bases américaines et françaises réunies.

L’amendement Hunter exige qu’à la fin de juin, Mattis et Pompeo révèlent:

• Quel impact la Chine aura-t-elle sur la seule base américaine permanente en Afrique?

• La capacité de Pékin à obtenir des informations secrètes sur les troupes américaines et leur travail

• La vérité au sujet d’une attaque récente contre des pilotes américains volant près de leur base.

En février, le président Guelleh a publié un décret dépouillant DP World (le troisième exploitant portuaire mondial) de son contrat pour l’exploitation du seul port à conteneurs du pays. L’Etat dit que DP World a violé les termes du contrat, une revendication que l’entreprise nie et l’affaire risque d’être entendue devant un tribunal de Londres.

Maintenant Hunter veut, « une évaluation de la capacité du président de Djibouti à mettre fin par toutes les méthodes y compris par simple décret au contrat de location de la base américaine.
Cela met M. Trump dans une position difficile. Si son gouvernement prétend qu’il n’y a pas de risque venant de la Chine ou du président Guelleh, et qu’ils se trompent, cela risque d’ébranler la confiance de l’administration et pourrait entraîner d’autres problèmes avec le Congrès. Mais toute déclaration contraire contrarierait probablement Djibouti et Pékin, mettant en péril des relations déjà tendues.

Les critiques ont prétendu que Donald Hunter avait soulevé la question pour détourner de ses propres problèmes. Il fait l’objet d’une enquête pour avoir prétendument utilisé les fonds de la campagne pour payer le divertissement et les frais de scolarité de ses enfants.
Cette ligne d’attaque a disparu lorsque le Congrès a voté à l’unanimité pour sa proposition.

Le président Guelleh insiste sur le fait que la base américaine est en sécurité et s’est engagé à continuer de travailler avec les États-Unis alors que ces derniers effectuent des opérations depuis Djibouti à travers l’Afrique de l’Est, le Yémen et au-delà. Au cours du mois dernier, les forces spéciales ont tué 49 militants en Somalie.

La Chine augmente ses dépenses et sa présence

Aussi la Chine a augmenté ses dépenses et sa présence en Afrique, persuadant récemment le Burkina Faso de couper les liens diplomatiques avec Taiwan et signant ce qu’elle appelle un « partenariat stratégique global » avec le Mozambique, incluant de nouveaux projets d’une valeur de 100 millions de dollars.

A Djibouti, on ne sait pas encore si une réduction du nombre de soldats américains affectera les quelque 4 000 membres du personnel du camp ou quel rôle les forces spéciales pourraient avoir dans la réduction de la croissance des milices.

L’attaque macabre au Mozambique est un autre signe que la «guerre contre le terrorisme», loin d’être gagnée, et qu’elle se propage.
Cependant, les 10 cadavres sans tête avec la présence continue de Boko Haram en Afrique de l’Ouest et une menace d’al-Shabaab au Kenya et le long de la Corne mettront davantage de pression sur Washington pour justifier le maintien de troupes à Djibouti au lieu de maintenir une base de le continent.

Et la motion de Donald Hunter va ajouter aux appels au Congrès et au Sénat pour une révision des relations avec M. Guelleh.

par Said Aboubaker pour CAJ

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